« La ménagerie de verre » de Tennessee Williams

Tennessee Williams a marqué le théâtre des années 40 à 60 ainsi que pas mal de chefs d’oeuvres cinématographiques adaptés de ses pièces. Ces dernières ont eu la chance de rencontrer des maitres de la mise en scène, que ce soit Richard Brooks (La chatte sur un toit brûlant), John Huston (la nuit de l’iguane), Sidney Lumet (l’homme à la peau de serpent) ou bien entendu Elia Kazan (un tramway nommé désir, Baby Doll).

C’est donc avec la même ferveur que j’ai découvert cette pièce fort connue, que je n’avais jamais lue ni vue jouée.

L’histoire se déroule dans un lieu unique, l’appartement d’Amanda, mère célibataire qui vit dans une certaine misère et couve comme une louve ses deux enfants d’une vingtaine d’années.

Amanda est hantée par son passé. Elle a peur que ses échecs ne se perpétuent à travers ses enfants. Pragmatique, cette dernière met tout en oeuvre pour qu’ils réussissent leur vie…une vie qu’elle ne voit qu’à travers son prisme personnel, l’idéal qu’elle se fait de la réussite, de l’accomplissement. Tom, son fils, rêve d’écrire…rien de très concret pour elle, rien qui puisse signifier la réussite. Quant à sa tendre fille, sa timidité maladive risque fort de l’envoyer tout droit vers un célibat et une prison mentale effroyable. Amanda se débat donc pour sauver cette famille, pour la ramener dans le chemin de l’american way of life…Seulement voilà, Tom cherche à s’émanciper de cette mère étouffante. Il aimerait vivre autrement que pour cette famille pesante et qu’il n’a pas choisie. Son tourment se manifeste par la plus grande douceur envers les deux femmes de sa vie qui sont aussi sa prison. Mais cette gentillesse se laisse vite balayer de vents de rage intériorisés qui ne demandent qu’à éclater à la figure de cette mère omniprésente et castratrice. Vous pouriez vous dire, bonjour le tableau ! C’est pire que Dickens niveau moral ! Et bien non, rassurez vous,  cette pièce très courte de 134 pages est ciselée de personnages torturés à la Tennessee Williams certes, mais ciselés de sa tendre cruauté et de son ironie toujours blessante. Un chaux et froid si particulier qu’on le reconnait en deux pages. Nul autre que lui ne sait nous toucher de manière aussi rapide, nous imprégner de la sueur de ces caractères, de leurs tourments, de leurs émois, de leurs regrets et de leurs rêves brisés et ce, sans jamais tomber dans le cliché, juste avec classe et efficacité.

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