« Mammuth » du Gustave de Kernvern et Benoit Delépine – critique

Pitch : Serge Pilardosse vient de partir en retraite mais à l’heure des comptes, il lui manque des trimestres. Il n’a pas conservé toutes les traces de ses divers emplois. Débute alors un road movie à travers la France pour aller récupérer ces justificatifs auprès de ses anciens employeurs.

Le nouveau film des deux anars du grosland est-il réussi ? La réponse est complexe. Disons que pour ceux qui aiment leur humour ainsi que leurs deux premiers films « Avida » et « Aaltra », la réponse est assurément positive. Pour les autres, certains resteront sur le côté. Le film est moins axé sur l’humour trash des compères que l’était « Louise Michèle ».

En ce sens, j’ai préféré « Louise Michèle », le dernier opus m’ayant très honnêtement un peu déçu. Cependant, il serait dommage de passer à côté car le résultat reste drôle mais surtout exigeant dans un cinéma souvent bien formaté et peu original quand il s’agit de retransmettre des chroniques « sociales ».

Le film s’intéresse aux petites gens, des personnages qu’on a l’habitude de voir chez les frères Dardenne, Mike Leigh ou Ken Loach. Mais ici, la grande classe des deux réalisateurs est de conserver leur touche personnelle, cette ironie salvatrice parsemée de petits moments poétiques.

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Gérard Depardieu est énorme, physiquement. Et c’est cette caracasse, ce visage buriné par la vie que les réalisateurs choisissent de filmer souvent avec une économie de mots. L’un des meilleurs rôles de l’ogre Depardieu depuis bien longtemps. Rassurez-vous, ce n’est pas un film muet et le comique de situation est bien souvent là pour nous faire rigoler. Yolande Moreau est parfaite. Pour une fois, elle tient un rôle moins cruche que dans nombre des emplois dans lesquels on a bien voulu l’enfermer. Mais l’une des  principales forces du film, c’est cette liberté retrouvée du personnage principal, qui n’a plus rien à faire au quotidien du fait de sa mise en retraite. Cette liberté est superbement mise en scène. Le choix du format de l’image rappelle les films super 8 des années 70 pour mieux faire remonter à la surface le parfum du passé, de la jeunesse du personnage. Ce road movie fait également penser à Aki Kaurismaki dont ils sont de grands admirateurs mais aussi à Jim Jarmush, et il y’a pire comme références !

Enfin et ce n’est pas le moindre des compliments, le film donne pour une fois à la vieillesse un avenir, un message d’espoir, ce qui n’est pas banal en notre époque marquée par le jeunisme.

Le seul hic qui fait que je n’ai pas adhéré totalement est la présence parfois maladroite de deux personnages féminins, celui de la nièce et celui de l’ex petite copine (Adjani). Les scènes ne sont pas toutes très réussies, hélas. Enfin, les personnages sont quand même un peu tous des beaufs et nous ne sommes jamais bien loin de la caricature facile. Certes, Delèpine et Kernvern aiment leurs personnages mais cette vision du prolo me dérange toujours un peu. Ceci me rappelle celle de Claude Sautet ou même de Chabrol, un tantinet pétrie de la vision d’intellectuels parisiens n’ayant visiblement pas fréquenté ces milieux. Mais bon, on peut difficilement faire ce type de faux procès aux deux réalisateurs. Disons qu’un contre pied au niveau de certains personnages aurait été de bon aloi dès lors que le film n’était pas plus franchement ancré dans la satire sociale un peu trash. Il n’y a pas que des paumés chez les prolétaires et heureusement…

Vous l’aurez compris, j’ai aimé « Mammuth », je me suis bien marré mais allez-y en vous disant que c’est un peu en dessous de « Louise Michèle » afin de ne pas être déçus. C’est tout de même du très bon cinéma d’auteur et surtout, Gustave de Kernvern et Benoit Delèpine ont un style, une vraie identité et ce n’est pas donné à tout le monde.

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