« Life during War time » de Todd Solondz – critique

« Life during war time » est la suite du sulfureux Happiness qui avait divisé la presse en 1998 mais que j’avais personnellement trouvé excellent. Hélas, il n’en va pas de même cette fois-ci. Je m’explique.
Le pitch : 10 ans après l’emprisonnement du chef de famille pour acte pédophile sur un jeune garçon, la famille Jordan ne va pas très bien, entre sa femme qui ne trouve pas de nouvel amant, son jeune fils qui découvre avec horreur ce qui s’est passé, sa tante dépressive au dernier degré et bien entendu, le pédophile qui ressort de prison… »
Ambiance…
« La vie c’est de la merde, achetez-vous un gun ! »
Si vous souhaitez passer un moment de détente, et bien comment dire ? Ce n’est pas le film adéquat…Je suis sorti avec un certain malaise. Pourtant, certaines scènes sont réussies mais la plupart du temps, je suis resté interrogatif…Mais qu’est ce que Todd Solondz cherche à nous montrer ?
En effet, qu’un film trouve un sens ou qu’il dénonce ou non quelquechose n’a pas toujours de l’importance. Cependant, quand on s’attaque à un sujet aussi touchy que la pédophilie et qu’il devient omniprésent dans le long métrage, il faut faire très attention… Dans le petit bijou qu’est « mysterious skin » de Greg Araki, le monstre était décrit à travers les yeux des deux victimes non comme un monstre mais comme un gentil monsieur qui faisait plein de cadeaux. En revanche, tout le long métrage permettait de constater les ravages sur la personnalité des enfants, le vide béant qu’avait laissé cette enfance violée au sens le plus atroce du terme. L’approche était toute en finesse. Ici, que voit-on ? Un criminel sexuel qui sort de taule et qui n’est pas guéri. Il est toujours dangereux mais malheureux car il a conscience de ce qu’il a fait et de ce qu’il pourrait refaire. Bien, seulement voila, faut-il deux heures d’errances du bonhomme pour comprendre qu’il n’a pas d’issue, qu’il est récidiviste ? Le seul sujet intéressant le concernant dans son rapport à sa famille est expédié en deux minutes. Enfin je trouve assez « faux cul » le parti-pris de montrer le visage humain du « monstre » comme c’était le but exprimé pour Hitler dans le film « la chute ». Je me fous totalement de savoir qu’Hitler avait un gentil chien chien et qu’il était humain. Merci, je ne suis pas débile. De la même manière, je n’ai pas bien compris le but de la manoeuvre sur ce personnage. Choquer pour choquer c’est toujours au final très vide. La même provocation qui m’avait fait détester « Irréversible » de Gaspard Noé. Noé avait fait un film bien plus choquant auparavant, « seul contre tous » qui nous faisait entendre les délires d’un fachiste. Et dans ce dernier cas, le film présentait un grand intérêt car on percevait toute l’horreur qui se bousculait dans sa tête et non uniquement sa tronche patibulaire effleurée de loin. Seulement avec un pédophile, entendre ce qu’il pense en voyant des gamins serait insupportable et dégueulasse là où le personnage fachiste du film de Noé avait un raisonnement confus et des raccourcis intéressants à entendre bien que dégueulasses eux aussi à leur façon. Dès lors Todd Solondz nous montre son monstre sans le faire parler. Mais quel est l’intérêt de le montrer alors ? Prouver qu’il reste humain ? Encore une fois, on le sait…et après ?
Tout le problème du film est qu’il aborde chaque autre caractère de la même manière. Chacun a une vie de merde plus noire que noire, plus noire que cela, tumeur. Chaque scène semble être une vignette de glauque accolée à une autre vignette sans véritable architecture. Quel est le propos du film ? Les americains moyens n’ont pas tous les dents qui brillent dans leurs gentils pavillons avec leur kinder bueno ? Noooon!! j’en tombe à la renverse. Là où « Happiness » mettait un bon coup de pied dans cet « american way of life », cette fausse suite se contente hélas de nous présenter des personnages sans reliefs et tous sans exception dépourvus de tout espoir mais aussi très creux. On ressent parfaitement l’influence de Robert Altman sur cette sorte de Woody Allen pas drôle. Mais Altman savait mettre en scène un film choral à savoir diverses histoires ayant un lien fort entre elles, où l’humanité transperçait. Ici l’humain donne place à des ombres sèches et désincarnées. Mais ces ombres n’indiquent aucune direction particulière…
Enfin, un dernier élément m’a gêné dans ce film. Le petit garçon et sa mère confondent homosexualité et pédophilie, soit. L’ignorance est la chose la mieux partagée au monde. En revanche, le plus dérangeant était de voir le pédophile faire un amalgame entre les deux. Et là pour le coup, j’ai trouvé le propos plus que limite.
Je pardonne d’autant moins la facilité quand elle vient de réalisateurs brillants. Il ne suffit pas de balancer un sujet tapageur agrémenté de postures pour faire un bon film. Avec un scénario et de bons dialogues, c’est mieux.
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