« 7h58 ce samedi-là » de Sidney Lumet avec Ethan Hawke et Philip Seymour Hoffman

En 2007, à 83 ans, Sidney Lumet nous livrait  un petit bijou de tragédie noire. Ce sera certainement son dernier film après une liste de chefs d’oeuvre tels que 12 hommes en colère, l’homme à la peau de serpent, la colline des hommes perdus, Serpico, Un après-midi de chien, Le verdict, le crime de l’orient express, Network, The offence.

Le pitch : deux fils d’un bijoutier de New York, chacun ayant besoin d’argent rapidement, décident de cambrioler l’affaire familiale et de faire marcher ensuite les assurances pour que l’opération soit indolore vis à vis de leurs père et mère. Mais rien ne va se passer comme prévu…

A la vision de « 7h58 ce samedi là », j’ai pensé aux drames shakespeariens, à ces histoires de familles aux traumas se dénouant dans le sang. J’ai pensé au cinéma de James Gray (little Odessa, la nuit nous appartient), en moins intense. Et puis le film m’a également rappelé un autre film noir très réussi, « un plan simple » de Sam Raimi.  Car comme dans ce dernier, le film réussit à instaurer un climat où les liens familiaux ne sont pas assez forts devant l’instinct de survie ou le sentiment de vengeance. Jusqu’où peut-on aller par besoin d’argent ? Jusqu’en enfer, très probablement.

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Philipp Seymour Hoffman joue donc le fils maudit. Il n’a plus rien à prouver, il est l’un des plus grands acteurs de sa génération. Et pourtant, il impressionne dans ce personnage, tout en nuances, cette force de la nature, immoral dans ses choix et qui a raté sa vie en grande partie parcequ’il était le mal aimé des deux frères. Face à lui, Ethan Hawke, le « bébé », trouve l’un de ses meilleurs rôles en frère paumé, immature et influençable. J’étais très surpris par son jeu véritablement brillant et à la hauteur de celui de Seymour Hoffman. Enfin Albert Finney complète le casting dans le rôle du père, toujours avec la même sobriété et la même classe.

Lumet choisit de raconter son histoire par des flashs backs qui nous ramènent sans cesse au temps présent. Chaque retour en arrière permet de mieux cerner un personnage et son univers individuel, de reconstruire le puzlle de la tragédie. L’histoire traite de l’échec d’une famille, de l’éducation des parents. Pourtant, en apparence, il s’agit de parents tout ce qu’il y’a de plus normaux mais l’humanité est parfois bien cruelle, sans raisons particulières. Pourquoi préférer un enfant à un autre ? Pourquoi demander plus à l’un et couver davantage un autre ? Il s’agit de feeling, de sentiments inexplicables que certains parents n’arrivent parfois pas à réprimer ou à cacher suffisamment. Et c’est le noeud de cette histoire qui va dégénérer en un polar extrêmement bien réalisé, d’une direction d’acteur impeccable, sur un scénario classique mais efficace.

Les principes moraux peuvent-ils tenir longtemps face à la pression de l’argent, des rapports amoureux, de la place à assumer dans la société et dans sa famille pour ne pas sombrer ?

Ce long métrage est donc un très beau chant du signe de la part de l’un des maitres du septième art des années cinquante. A ne pas louper.

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