Ceci faisait de très nombreuses années que ce grand réalisateur américain ne tournait plus. A 88 ans, nous savions tous qu’il n’y avait plus rien à espérer. Mais Arthur Penn a marqué l’histoire cinématographique avec quelques bijoux. Hommage.
Arthur Penn entre de plein fouet dans le septième art avec « le gaucher », son premier film, avec Paul Newman, sur Billy the kid, qui rencontrera immédiatement le succès critique et public. En 1958, ce western marque un tournant dans l’étude psychanalytique de personnages au cinéma, Paul Newman éclate au grand jour et du sang neuf arrive à Hollywood. Puis avec « Miracle en Alabama« , il donne à Anne Bancroft (torch song trilogie, la mère) un rôle en or, celui d’une éducatrice chargée de ramener une enfant à la parole. Oscars pour les deux actrices principales.
Puis c’est un autre acteur qu’il va découvrir, Robert Redford, qu’il confronte au dieu des acteurs, Marlon Brando. « La poursuite impitoyable » est un plaidoyer contre l’autodéfense aveugle de cow boys mal dégrossis, un très bel hymne, toujours aussi vif et enragé, porté par un Brando au sommet de son art, un chef d’oeuvre. Et un prélude à la vague de films seventies qui vont suivre. On est en pleine lutte pour les droits civiques des noirs, Brando est à fond dans le combat et Penn lui donne une occasion superbe d’affirmer à sa façon son rejet du racisme, de la bêtise des gens formatés à l’american way of life.
Mais le plus étonnant est qu’Arthur Penn récidive tout de suite après avec le classique « Bonnie and Clyde » où la violence sans mesure et la sexualité des personnages interprétés par Warren Beatty et Faye Dunaway nous explose en pleine figure. Ah, Faye Dunaway…qui n’est pas tombé amoureux d’elle en regardant ce film ?
Il y eu ensuite « Alice’s restaurant« , réputé mais que je n’ai pas vu, honte à moi.
Et comme un réalisateur brillant s’arrête rarement à deux chefs d’oeuvres, Arthur Penn conclut sa période faste avec un western totalement déjanté qui donne un bon coup de pied dans le mythe de la conquête de l’ouest sauvage, « Little big Man » où Dustin Hoffman porte sur ses frêles et jeunes épaules un rôle craquant et cynique à souhait.

Il retrouve Marlon Brando en 1976 dans « Missouri breaks« , Jack Nicholson ayant convaincu son ami de jouer un tueur à gages complètement siphonné. La scène mythique de cet excellent western verra Brando habillé en femme, apparaitre dans la nuit, déguisé de manière grotesque en une espèce de Ma Dalton. Marlon avait décidé de jouer la scène ainsi, ce qui n’était pas prévu bien entendu. Penn trouva le résultat si désarmant et en phase avec l’appropriation du tueur par Brando, qu’il conserva la prise. Curieux et très réussi.
Ce fut un peu le chant du cygne, à 54 ans, puisque sa carrière tomba ensuite dans des films médiocres, comme si l’inspiration l’avait quitté. Un peu le même syndrome qu’Ettore Scola. Une carrière fulgurante stoppée nette à la cinquantaine.
En tout cas, il reste tout de même six très bons films à découvrir ou redécouvrir d’urgence, en hommage à ce grand Monsieur, qui, précisons le, n’a strictement aucun rapport avec Sean Penn, l’acteur.
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