« Le discours d’un roi » – critique

 

Le frère du roi Edouard VII d’Angleterre, père de la Reine Elisabeth II, accède au trône sous le nom de Georges VI, son frère ayant abdiqué par amour pour une roturière. Nous sommes à la veille de la seconde guerre mondiale et le Roi, bien que respecté pour sa droiture et son sens des responsabilités, souffre d’un handicap important pour sa fonction. Il est bègue et se trouve incapable de prendre la parole en public. Il va alors se tourner, après de nombreux échecs, vers un thérapeute du langage peu commun (Geoffrey Rush). Leurs rapports ne vont pas être simples.

Ce film du jeune Tom Hooper, est le grand favori pour les prochains oscars et il possède tous les ingrédients pour gagner, une petite histoire dans le tumulte de la grande et un casting impressionnant, Colin Firth et Geoffrey Rush se livrant à un face à face de très haute tenue, avec un jeu vraiment excellent.

C’est le genre de film qui m’exaspère et tombe très vite dans le sirop pour s’y engluer définitivement. Mais voilà, dans ce film, l’idée géniale du réalisateur est de justement profiter de ce quasi huit clos entre deux acteurs monstres pour raconter de façon fort originale un moment clé de l’histoire tout en livrant devant nous la naissance d’une très belle amitié.

Les rapports entre la royauté et le petit peuple sont parfaitement retranscrits, donnant à voir à quel point un monarque britannique peut se sentir dévoué à son « métier » mais très loin de la réalité, ne côtoyant jamais ses sujets et se sentant finalement extrêmement seul.

Le-Discours-d-un-roi-film-photo-03-580x312 dans Films - critiques perso 

La truculence du médecin campé par Rush se confronte alors en permanence à la suffisance de ce roi. Un roi qui se refuse à perdre de sa superbe en acceptant d’avoir recours et besoin d’un prolétaire et surtout, de reconnaitre qu’il devient peu à peu son ami, son confident et un homme indispensable à sa fonction.

Le réalisateur arrive donc à dresser deux portraits des deux cotés de la barrière, à ciseler avec finesse ce qui fait qu’une amitié peut naitre entre deux individus que tout oppose. Mais surtout, il laisse aux deux acteurs la pleine mesure de leur talent, en optant volontairement pour une mise en scène très sobre et un choix de lieux limité et relativement épurés, afin que le spectateur se sente comme un patient, en confiance dans le décor. Un sentiment qui renforce d’autant plus l’issue du récit, portée par de très bons dialogues.

Le film traite aussi du lien qui unit les anglais à leur Roi, lien que nous moquons toujours, nous français, si fiers d’avoir coupé la tête du notre il y a plus de deux siècles. Pour quelqu’un comme moi, laïc, agnostique et républicain jusqu’au bout des ongles, cette immersion dans l’esprit qui attache ce peuple à un Roi de représentation m’a fortement interpelé. De la même manière que dans « the Queen », le rôle moral de ce personnage seul qui n’est qu’un homme parmi les autres, prend toute son ampleur.

Ce film drôle et loufoque remporte donc tous les suffrages, même si d’élections, il n’est pas question ici, bien au contraire !

Laisser un commentaire