« Carnage » de Roman Polanski – critique

Avec « Carnage« , Polanski enchaîne un projet rapide à mettre en boite après le long épisode de son assignation à résidence à Gstaad en Suisse d’octobre 2009 au printemps 2010.

Après le succès critique de son « Ghost writer« , superbe synthèse des différents visages de sa carrière, je ne pensais plus revoir le maitre, empêtré dans son affaire de mœurs. Et pour son retour à la liberté, Polanski réunit un casting ultra classe autour d’un auteur de renom, Yasmina Reza.

Pour prendre la relève d’Isabelle Huppert dans « le dieu du carnage », succès théâtral d’il y a trois ans, Jodie Foster revient enfin au cinéma, avant d’enchainer plusieurs gros projets qui sortiront en 2012. Comme à son habitude, elle est juste et semble savourer son texte. Elle assume aussi son âge face un John C.  Reilly tout en fausse bonhommie. Kate Winslet assure également et Christopher Waltz confirme tout le bien qu’on pense de lui depuis « Inglorious basterds« , l’ ironie et le cynisme du personnage lui seyant à merveille.

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A partir de cette banale histoire de parents qui tentent de régler à l’amiable une dispute ayant mal tourné entre leurs enfants, Yasmina Reza étudiait les limites de la sociabilité et des faux semblants d’une petite bourgeoisie citadine, pétrie de bonne conscience, d’idées convenues sur la modernité de leur engagement politique, de leurs goûts artistiques. Des intellectuels arty de gauche caviar, confrontés à un couple plus terre à terre et moins embarrassés de ces oripeaux, plus francs du collier dans leur intégration au monde capitaliste moderne.

A quel moment le dédain de ce que représente l’autre va t-il prendre le dessus sur la convenance et la belle image que chacun souhaite se renvoyer à lui même? Un sujet théâtral fort intéressant mais un film au final gentiment ennuyeux et convenu à force de jouer sur du velours, un comble. En effet, nous assistons à une démonstration des comédiens un peu trop visible mais justifiée par le matériau d’origine, le théâtre.

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Adapter une pièce n’a rien d’évident. Sombrer dans du théâtre filmé demeure le risque inhérent au style. Et ici, Polanski s’avère  submergé par ses acteurs, sa mise en scène ne servant pas à grand chose. Une mise en scène si pépère que l’on ne voit ni la patte du réalisateur de « Répulsions« ,  « Le locataire » ou « La jeune fille et la mort« , pourtant devenu une référence dans le traitement du huis clos.

Le projet semble sous-dimensionné pour Polanski, donnant plus une impression de projet paresseux mis en boite uniquement pour se prouver qu’il n’était pas cinématographiquement mort. Le thème n’a pas assez de force et de profondeur et le jeu des acteurs devient presque un handicap puisqu’on ne voit que cela, Polanski s’effaçant jusqu’à livrer une oeuvre assez anodine et mineure dans sa filmographie. Un film inutile pour quelqu’un comme lui.

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