« Les adieux a la reine » de Benoit Jacquot – critique


« Les adieux a la reine » est une bonne surprise de ce début d’année. Non que Benoit Jacquot ne nous ait pas habitué à une rigueur de mise en scène et un talent certain. Mais voir Diane Kruger en Marie-Antoinette amoureuse d’une femme, sa favorite, Madame de Polignac, intriguait.

D’autant que du côté de notre reine décapitée, Sophia Coppola nous a bien calmés avec son film pop et toc.
Jacquot nous invite à suivre le quotidien de la liseuse de la reine, en admiration devant elle, pourtant capricieuse, parfois cruelle mais il est vrai très seule. Le portrait de cette reine froide et sans attaches est la première réussite du film.

En l’épiant par les regards d’une vraie fan, le personnage est présenté sur son flanc humain avant de montrer les rigidités dues à son rang. Une femme totalement déconnectée de tout, qui vit dans sa bulle et tombera de très haut.

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On y découvre aussi ce petit monde, reclu sur lui même, qu’était la cour de Versailles. Un royaume de pantins rythmé par un jeu de dupes et de rabaissements, des courtisans totalement assistés, prêt à vivre dans des conditions précaires pour bénéficier d’éventuelles faveurs du roi. Ces derniers sont totalement exclus du pouvoirs, réduits à l’état de gentils toutous. Ce qui explique bien entendu qu’ils soient prêts a quitter le navire une fois la Bastille tombée. Si l’on n’apprend rien, il est intéressant de voir le crépuscule d’un système fragilisé à ses pieds car n’ayant que peu de soutien et dont le monarque n’est pas franchement crédible. Xavier Beauvois donne en deux scènes seulement tout le décalage entre ce type né roi qui préférerait être ailleurs et l’histoire qui lui coupera bientôt la tête.

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Aborder la cour par l’envers du décors, le brouhaha des servantes, des gardes, et courtisans dans leurs modestes cages à lapin, était l’idée brillante du livre de Chantal Thomas et du film que voici. Une façon d’impliquer le spectateur en l’invitant à grappiller des informations aux détours d’un couloir par la vision biaisée de courtisans spectateurs de la fin du régime.

Au final, c’est un petit monde de puissants qui s’effondre dans son château, lieu d’autarcie unique du film, prison de verre renforçant l’aspect autiste du monarque et de ses proches, sans liens avec le peuple qui le déracinera avec une facilité déconcertante.
Les adieux à la reine est aussi l’histoire d’une dévotion aveugle pour son idole, jusqu’à se jeter dans le brasier de la révolution pour s’assurer son amour et sa considération. Un film réussi et de bonne facture.

Une Réponse à “« Les adieux a la reine » de Benoit Jacquot – critique”

  1. dasola dit :

    Bonjour, je confirme que ce film est excellent. Je suis entièrement d’accord avec cette critique. J’ai aimé ce grouillement de population: courtisans, nobles, domestiques et laquais se mélanger. Jacquot nous fait bien sentir la fin d’un monde. Bonne après-midi.

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