« De rouille et d’Os » de Jacques Audiard – critique du blanc lapin

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« De rouille et d’os » est le sixième long métrage de Jacques Audiard, attendu par nombre de cinéphiles tant sa filmographie impose le respect. De « Regardes les hommes tomber » à « Un prophète« , où il faillit remporter la palme d’or il y a trois ans, Audiard a toujours su créer l’évènement, par ses thèmes, sa direction d’acteur, son sens de la fluidité du récit, entre cinéma social et polar. Tout se déroule avec une telle mécanique dans un film d’Audiard, une telle maitrise de la technique et du rythme, que l’on se trouve bluffé à chaque fois.

Marion Cotillard interprète une jeune femme victime d’amputation des deux jambes, qui va s’accrocher à une brute, un homme dur sur qui les sentiments, les responsabilités et les questionnements existentiels n’ont aucune prise, ou si peu. Et pour interpréter ce bulldozer, Audiard a choisi Matthias Schoenaerts, acteur belge qui a explosé dans le récent et excellent « Bullhead« . C’est vrai que cette rencontre improbable a quelque chose de cinégénique. Deux êtres brisés vont apprendre à s’apprivoiser l’un l’autre, à reconstruire leur vie qui vient de s’effondrer. Attention, scénario casse gueule ! Même si c’est un grand classique du cinéma, même si l’histoire surprend moins que dans les précédents opus, Audiard réussit à maintenir une tension parsemée de petits moments de grâce, à l’image du visage de Marion Cotillard, blafard, qui renait peu à peu au contact du soleil et de cet homme montagne, qui ne la prend pas en pitié et la traite comme toute autre femme.

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Que ce soit dans les scènes de combats de boxe ou celles de petits boulots pas très reluisants du personnage masculin, Audiard filme cette violence avec un esthétisme juste bien dosé. C’est que cette brute est délicate parfois et que cette écorchée mutilée fut une femme dure avant…exercice difficile que de le rendre à l’écran sans tomber dans des messages pompiers.

Lorsque l’on croise quelqu’un d’amputé, on évite de regarder trop directement, gêné de donner un tel regard à la personne…ici les membres coupés sont présents tout au long du film et bien exposés. Ils y sont montrés crument pour qu’ils finissent par être acceptés par le spectateur. Ce n’est plus une handicapée mais une survivante qui reprend gout à la vie. C’est bien la première fois qu’Audiard distille autant d’optimisme dans une histoire solaire, là où il nous avait habitués à du noir bien profond. Surprenant aussi de voir contée une histoire d’amour par cet artiste si pudique à son habitude. Audiard réussit haut la main cet exercice en évitant les clichés et en conservant l’âpreté de ses histoires tout en faisant avancer l’émotion par à-coups, par des événements forts. Le jeu de Cotillard et Schoenaerts y est pour beaucoup bien sur, comme toujours chez Audiard, l’acteur est dirigé avec grande classe et minutie.

« De rouille et d’os » est un très beau film, peut être pas mon préféré d’Audiard, mais à n’en pas douter l’un des grands films de l’année.

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