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Archives pour 8 juillet, 2012

« Holy Motors » de Léos Carax – critique du blanc lapin

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Léos Carax est l’auteur maudit par excellence, une image un peu agaçante parfois mais pourtant bien vraie. Alors que « Mauvais sang » l’avait propulsé comme un jeune prodige estimé de tous, « Les amants du pont neuf » avaient créé le scandale par le coût faramineux du long métrage et le four au box-office qui s’en suivit, faisant oublier au passage la qualité du film. Puis ce fut un long désert, un « Pola X » pas terrible, et pas grand chose en vingt ans.

Dès lors, que ce soit le réalisateur lui-même qui ouvre la première scène de « Holy Motors » et nous invite à entrer dans son imaginaire est chargé de sens et de promesses.

Seulement voilà, pour celles et ceux qui voudraient de la cohérence et du scénario linéaire, il faudra repasser une autre fois. Car très honnêtement, on ne comprend pas tout. Et c’est tant mieux. L’acteur fétiche de Carax, Denis Lavant, endosse avec brio un rôle protéiforme, celui de Monsieur Oscar, un homme payé pour jouer des rôles et entrer dans la peau de vrais personnages. Edith Scob joue la conductrice de l’énorme Cadillac dans laquelle il se change et se maquille. Elle l’emmène d’histoires en histoires. Il faut bien évidemment y voir une métaphore ou plusieurs mêmes, dont celle du métier d’acteur, qui n’aide pas franchement à avoir des racines mais se résume plutôt à devenir un passeur de vies.

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Cette très belle idée est particulièrement bien rendue et donne lieu à des scènes relativement perchées. Le danger de ce genre de film, c’est ne pas adhérer et de s’emmerder ferme. Pour ma part, ceci m’a touché, pas au point de crier au génie comme l’on fait certaines critiques à Cannes. Mais j’avoue avoir été bluffé à plusieurs reprises. Le film n’est pas prétentieux, il est juste décousu, volontairement, sans ligne directrice, ce qui s’avère perturbant mais pas chiant. On se retrouve simplement frustré de ne pas tout saisir tout le temps. Voir Kylie Minogue chanter avec mélancolie son amour gâché en pleine Samaritaine en ruine a quelquechose de kitsch et de poétique.

L’autre force du film est son humour, chose surprenante mais oui, Léos Carax s’amuse avec son spectateur, avec qui, dès le départ, il assume le côté toc du film. Il regarde la salle et l’invite à passer de morceaux d’histoires en morceaux d’histoire, comme dans un envers du décor surréaliste où les vrais gens seraient pour certains des acteurs qui se croisent et vivent de multiples vies. Le film se métamorphose, Carax s’autocite que ce soit en explorant cette samaritaine si proche de son fameux Pont Neuf ou en faisant revenir le personnage de Piccoli de « Mauvais sang ». C’est sûr que pour les non cinéphiles, ceci vous laissera de marbre.

Et puis grâce à ce choix sans concession, Léos Carax arrive à tourner plusieurs films et non un seul, laissant libre court à son talent de mise en scène, à la forme plutôt qu’au fond, le fond étant un long murmure délirant…

C’est une manière d’autoparodier sa propre vie d’artiste, cinéastes incapable de faire un choix sur une histoire à raconter et voguant de projets avortés en projets avortés depuis 15 ans. On ne comprend pas toujours un poème et ce n’est pas bien grave au final, le tout est d’en ressortir ému, transpercé de diverses sensations, de bribes d’histoires et de visuels fantaisistes, un film détonant par la liberté qu’il s’offre.

Un objet filmique non identifié et unique. Merci Monsieur Carax d’être revenu passer nous faire un clin d’oeil. Vous serez toujours le bienvenu.

« La part des anges » de Ken Loach – critique du blanc lapin

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La grande classe de Ken Loach est d’alterner le style de ses films et de montrer parfois des situations sociales déprimantes avec une belle politesse, celle du désespoir, qui passe par l’humour, la bonne humeur de personnages simples et résistants.

Et c’est vrai que j’ai eu le sourire aux lèvres tout au long du film. En montrant de jeunes écossais condamnés à des travaux d’intérêt général, Loach va explorer la naissance d’une camaraderie et d’une lutte de classe au milieu d’une vie sans avenir. Vous me direz qu’il n’y a rien de très nouveau…mais cette fois-ci, il choisit de nous conter une histoire lumineuse. Une histoire à la morale émouvante, où l’argent reste un moyen, pas une fin en soit, gagner le max de blé sur un coup a moins de sens que de remercier son bienfaiteur désintéressé. Les personnages refusent la violence physique et entreprennent un coup tordu pour se refaire, repartir sur des bases saines et sereines. Le film constitue en soit un beau pied de nez où les principes avares du capitalisme sont gentiment détournés par de petits robins des bois écossais aux trognes fort sympathiques.

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On est dans le ton léger et drôle  mais pas pour autant un film mineur de Ken Loach. Le déterminisme social est tout aussi fort mais à 76 ans, Loach se veut combatif et optimiste. Et le regard tendre pour ses personnages paumés et exclus du système n’a d’égal que l’optimisme taquin et goguenard de l’ensemble du long métrage. Comme une soirée passée entre potes autour d’un bon Whisky, refaire le monde n’apporte rien de plus qu’un sentiment de se sentir moins seul et moins isolé. Voir un film de Ken Loach en mode choral, ce qui n’est pas son habitude, provoque un peu le même sentiment grisant. On est un peu chez soi, dans un univers connu et balisé au cours d’une filmographie riche de 30 longs métrages dont très peu de ratés.

Un cinéma qui ne donne jamais dans les grands discours, qui ne fait que montrer des pauvres se démerder comme ils peuvent pour surnager. Parfois c’est triste et noir, parfois c’est drôle et terriblement touchant comme dans cette « Part des anges », très réussie. Mais dans tout Ken Loach de bon niveau, c’est la justesse du scénario, du jeu d’acteurs non professionnels et du style épuré hérité du documentaire qui font que la recette fonctionne à merveille et font de Ken Loach un grand monsieur. Respect pour ce film et la régularité de cette filmographie, très classe.

« The dictator » de Sacha Baron Cohen – critique du blanc lapin

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Sacha Baron Cohen revient avec un nouveau personnage infâme à souhait après « Borat » et « Bruno » !
J’avais bien adhéré à l’humour débilo régressif des deux opus précédents et le thème de « the dictator » ouvrait un boulevard au comique américain. En pseudo dictateur nord africain entre Saddam Hussein et Muammar Kadhafi, la provoque de Cohen est en effet dans son élément, taclant au passage ses chers Etats Unis d’Amérique sur le thème de leur démocratie immaculée, montreuse de leçons. Il est vrai que quelques scènes du film déclenchent l’hilarité. Hélas, nombre d’entre elles sont…dans la bande-annonce.

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Et si le mauvais gout est toujours roi pour le meilleur et pour le pire, Sacha Baron Cohen trouve ici la limite de son comique. En effet, en devenant célèbre et en côtoyant de « vrais acteurs » et des réalisateurs de renom (Scorsese, Burton, etc…) il a du se dire qu’il pouvait tourner un film comique « classique ». Sauf que voila, il a oublié un ingrédient, les cameras cachées de ses précédents longs métrages, qui parfois étaient des fakes et parfois de vrais vidéos piégeant des stars ou de simples ricains moyens. Ceci créait une atmosphère particulière. Sans cet élément, la recette s’essouffle, l’humour se fait plus consensuel et attendu et le temps entre deux éclats de rire devient comment dire, pénible car inintéressant et juste lourd.

Faire de l’ humour pas fin exige d’être brillant tout le temps, sans interruption. Sinon le rythme s’effondre et laisse apparaitre de manière encore plus béante les failles scénaristiques et le manque d’écriture ou d’inventivité.

Bref, pas sur que Sacha Baron Cohen ait intérêt à poursuivre ses films centrés sur un personnage ignoble caricatural…car à force de tirer sur la corde de sketches étirés sur tout un film, il risque d’agacer et de perdre très vite son public.  Qu’il poursuive sa carrière d’acteur normalisé serait peut être plus recommandé. On le verra notamment en Freddie Mercury chez Stephen Frears, ce sera l’occasion de constater si il sera une étoile filante ou une étoile tout court.



Blanc lapin

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