« Argo » de Ben Affleck – critique du blanc lapin

 

 

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Après un excellent premier film, « Gone baby gone » et un solide second, « The town », Ben Affleck confirme tout le bien qu’on pense de son choix de carrière, celui de devenir lui-même metteur en scène, et s’offrir des rôles intéressants qu’on lui boudait quelques peu.

« Argo » s’intéresse par ailleurs à un épisode historique peu connu et développé, la libération de six otages ayant fuit l’ambassade des Etats-unis à Téhéran au moment de la prise de cette même ambassade par une foule de militants iraniens soutenant Khomeini.

La première force du film est d’éviter de tomber dans les clichés du film « histoire vraie » en optant pour un traitement scénaristique très malin. Bien qu’on connaisse la fin, Affleck va nous raconter l’histoire comme un thriller, faisant monter la pression et le stress sur de petits détails. Pourtant, cette mission suicide ne s’intéresse pas au côté humain et aux histoires personnelles des six individus à faire échapper d’Iran. La première partie du film suit au contraire l’agent de la CIA, joué par Ben Affleck, et son parcours pour monter une fausse production de film de science-fiction, convaincre les autorités que son projet farfelu est finalement le moins mauvais des scénari d’exfiltration de ses compatriotes.

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Pour ne pas trop s’attacher et s’identifier aux victimes, il a choisi des acteurs aux visages inconnus, ce qui est une excellente idée. Ces hommes et femmes sont donc des gens ordinaires qui n’ont tout simplement pas de bol et ont eu un réflexe de survie en fuyant l’ambassade et en se cachant dans la capitale iranienne.

L’excellent John Goodman apporte quant à lui son physique charismatique à l’homme de l’art de l’industrie cinématographique, aidé par le génial Alan Arkin en vieux producteur cynique, distillant des touches d’humour plaisantes.

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Le maitre mot du succès du film est donc cette mise en scène vive, ce montage, dirigés vers un but ultime, le suspens et cadré dans un contexte politique fort et une reconstitution historique des plus crédibles. D’ailleurs, Affleck n’oublie pas dans son préambule de rappeler brièvement l’historique ayant amené à cette révolution islamique. Le rôle des Etats-Unis et de leurs alliés vis à vis de l’avènement du Shah est clairement rappelé, montrant ce dictateur vu par l’occident comme un ami à qui l’ont pardonna de scandaleuses exactions par simple intérêt pétrolier. Un recul historique bienvenu et indispensable, qui nuance beaucoup de choses dans le récit final. « Argo » bénéficie d’un tempo, d’une orchestration qui en font tant un divertissement intelligent qu’une prise de distance par rapport à nos grands principes occidentaux, sans jamais juger les révolutionnaires mais en les regardant d’un œil extérieur, conscient de la dangerosité de leurs excès et de leur absence de limites mais aussi de nos fautes dans cet engrenage.

« Argo » est donc une bonne surprise et la confirmation d’un talent de plus en plus affuté de Ben Affleck, dans la droite ligne de ses prédécesseurs, Clint Eastwood, Georges Clooney, Robert Redford et bien d’autres…des acteurs de talent qui ont bien appris sur les plateaux !

2 Réponses à “« Argo » de Ben Affleck – critique du blanc lapin”

  1. Fab dit :

    Précisément les manifestants iraniens qui envahissent l’ambassade ne soutiennent pas Khemenei, au contraire ils reprochent aux Etats-Unis de le défendre, et veulent qu’il soit rapatrié afin d’être jugé.
    Le film a beau être réussi, l’image des Iraniens qu’il renvoie n’est pas très positive.

  2. Fab dit :

    J’ai écrit trop vite, c’est le Shah qu’ils veulent rapatrier, donc finalement je suis d’accord.
    Je maintiens tout de même que les Iraniens sont perçus très négativement.

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