« The Master » de Paul Thomas Anderson – critique du Blanc Lapin

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Voila enfin le nouveau film de Paul Thomas Anderson, l’un des meilleurs réalisateurs américains du moment, à la carrière sans fautes, de « Boogie nights » à « There will be blood », en passant par « Magniola« .
Il faut dire que « The master » est un rescapé car depuis 6 ans qu’il traine comme projet, il a bien failli ne pas se tourner, les grands studios ayant eu peur du thème, la montée d’une secte qui ressemble étrangement à la scientologie. Et sans la milliardaire productrice Megan Ellison, Anderson n’aurait pu aborder ce sujet fascinant qu’est le rapport entre le gourou d’une secte et son numéro deux, et la montée en puissance de ses idées dans une Amérique des années 50, déboussolée par la seconde guerre mondiale.

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La première évidence du film c’est que la double interprétation de Philipp Seymour Hoffman en gourou et Joaquin Phoenix en disciple est magistrale, récompensée à juste titre au dernier festival de Venise. Joaquin Phoenix avait quitté les plateaux depuis 5 ans et revient donc maigri et transformé. En jouant cet homme alcoolique, ex marine brisé par la guerre, il rencontre un rôle d’une grande finesse. En jouant à la fois vouté et parlant avec la bouche déformée, Phoenix est bluffant. Face à lui, Seymour Hoffman confirme qu’il est l’un des meilleurs acteurs au monde. Il donne à cet avatar de Ron Hubbard une bonhommie séduisante et dangereuse.

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Mais là où Anderson est très fort, c’est qu’il ne présente pas les dirigeants de la secte uniquement comme des manipulateurs mais plus comme des aficionados déboussolés par le charisme d’un homme. Et cet homme complexe est lui même un peu fou et croit en partie aux délires qu’il tente de théoriser. Le détournement qu’il fait des esprits est manifeste, telle une grande entreprise de reformatage des pensées, de croisade non denuée d’intêrét personnels et financiers.

La démonstration d’Anderson est subtile. Sa mise en scène épurée et classieuse sert le recit car contrairement à ce que certains ont reproché à ce trop bon élève qu’est le metteur en scène chouchou des festivals, le manque d’émotion de l’ensemble est volontaire. Anderson ne cherche pas à provoquer de l’empathie mais plutôt à décortiquer un mécanisme et un caractère. Sa réalisation très proche de « There will be blood » permet justement de conserver la distance nécessaire. Tout comme l’infame pétrolier que jouait Daniel Day Lewis dans l’opus précité, il ne servait à rien d’épouser de trop prêt l’humanité du gourou. C’était même dangereux pour le propos général. Grâce à ce parti pris, Hoffman nous livre la figure d’un homme qui peut entrainer derrière lui des centaines de personnes sur de petits détails de personnalité, mélangeant théories scientifiques fumeuses pour créer une nouvelle croyance qui sera d’autant plus suivie qu’elle sera abérante !

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Et puis « The master » est aussi une histoire d’amour entre deux hommes hétéros que tout oppose. D’un coté l’ intellectuel délirant, ogre égocentrique qui avale toute personnalité sur son passage et de l’autre la bête blessée sans aucune direction, sans attaches et totalement exclue de la société. Les deux se fascinent autant qu’ils se détestent, s’aiment autant qu’ils se rejettent. Paul Thomas Anderson nous montre que même un grand gourou de secte peut être faillible et dépendant d’un être très éloigné de lui. Le sujet est donc brillament traité, du jeu à la mise en scène, un grand film.

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