« Lincoln » de Steven Spielberg – critique du Blanc Lapin

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Voici enfin le « Lincoln » de Steven Spielberg, vieux projet d’une quinzaine d’années et véritable arlesienne pour le pape d’Hollywood, qui a pensé successivement à Harrison Ford puis Liam Neeson dans le rôle titre avant de convaincre l’un des plus brillants et rares acteurs au monde, Daniel Day Lewis. Ce dernier est sans surprise confondant de ressemblance et sa partition est fine. Hélas, la réalisation de Spielberg, sans tomber dans ses pires travers, m’a laissé un peu sur le coté. Comme si ce dernier, c’était pris dans le tapis, à trop vouloir prendre au sérieux son sujet sans verser dans le pathos, chose qu’on lui a reproché tant de fois, de « ET », « La couleur pourpre » ou « Always » en passant par « Intelligence articielle » ou « Amistad ».
Justement, Spielberg choisit le même thème que Amistad à savoir la lutte contre l’esclavagisme et s’intéresse plus particulièrement aux derniers mois de Lincoln, pour décrocher un vote en faveur de l’abolition et provoquer ainsi la fin de la guerre de Sécession. Moins sirop que Amistad, film le plus insupportable de Steven Spielberg, Lincoln provoque un intérêt par la sobriété des nombreuses scènes de dialogues et les rouages des manoeuvres politiques qu’a du entreprendre le sacralisé Lincoln pour tordre le cou aux préjugés et accélerer l’histoire. Mais voilà, la cause est tellement pleine de bons sentiments que dès que le personnage de Day Lewis part dans des élans lyriques, le sirop rejaillit et déborde.
Ce n’est pas la faute de l’acteur mais bien celle du réalisateur. La musique pompeuse de John williams n’aide pas franchement, les trompettes rappelant un peu trop la vocation du film à concourir aux Oscars et de flatter le patriotisme américain. Quant à l image quasi christique de Lincoln, elle a évidemment de quoi agacer le chaland, malgré tout le brio de Daniel Day Lewis, qui livre ici une performance de très haut niveau, comme à son habitude.
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L idée de montrer la grande histoire par le trou de la lorgnette, en entrant dans le quotidien du Président est pertinente. Spielberg réussit à humaniser le mythe et nous faire palper les hésitations et efforts intellectuels de chacun pour conceptualiser l’abandon de l’esclavage. Il explique aussi très bien le long chemin qu’il restait à parcourir pour l’égalité totale. Mais le didactisme de sa démonstration est un peu lourd, comme toujours chez Spielberg. Le film fait un peu le même effet que « La liste de Schindler »  à savoir qu il s’adresse avant tout à un public americain, Steven expliquant avec un académisme de professeur la grande histoire.
Le film est bavard et parfois trop. Le rythme lent colle en revanche bien aux manoeuvres politiciennes qui ont amené au vote, au risque d’être légèrement ennuyeux par instants.
Bref, Lincoln est un film honnête, bien réalisé mais un peu trop sage à mon gout…

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