« Enemy » de Denis Villeneuve – Critique du Blanc Lapin

Denis Villeneuve avait impressionné les critiques et reçu un oscar du meilleur film étranger avec « Incendies« .

Puis l’an dernier, il changeait de style avec l’excellent thriller « Prisoners« . Cette filmo de cinéphile talentueux, sachant utiliser ses références avec brio, ne pouvait que nous exciter avec son troisième film, ou plutôt second puisqu’en réalité il fut tourné avant et présenté à Toronto en 2012. La presse était excellente sur « Enemy », film dans lequel Villeneuve retrouve le caméléon Jake Gyllenhaal, dans le rôle d’un professeur de fac, à la vie paisible, qui va se trouver confronté à son double.

Je n’aurais qu’un avertissement à vous donner… »méfiez vous des critiques ! » …sauf de celles du Blanc Lapin bien sûr…

enemy-11 Jake Gyllenhaal dans Films - critiques perso

Le traitement que choisit Villeneuve de son sujet est radicalement différent de ses précédents films, rythmés dans leur mise en scène. Ce dernier instaure davantage une ambiance, une impression d’irréalisme des situations, comme si le personnage était claustrophobe et que le spectateur devait douter en permanence sur ce qui relève du réel ou de la projection. Si j’ai bien compris le but de cette mise en abymes et de ce rythme particulièrement lent, je me suis hélas ennuyé à plusieurs reprises, ce qui ne devait pas être l’objectif initial.

Disons que le film fait attendre un rebondissement, une chute et que lorsque cette dernière intervient, elle peut tout simplezment vous laisser sur le bas côté de la route et vous frustrer méchamment.

Le long métrage n’est en effet pas aimable, il est stressant et avec trop peu d’aspérités pour comprendre là où il veut nous amener. Or le problème, c’est que la clé du film est tout aussi nébuleuse. J’ai pensé à certains films des années 80 comme le « Possession » de Żuławski, soit un cinéma hermétique et chargé de symboles. Sauf que les symboles, par leur manque d’évidence et le trop peu dit, ont l’incroyable capacité d’agacer une partie des spectateurs, en les livrant à un énorme point d’interrogation. Ici bien entendu, l’intérieur de la psyché des protagonistes est représentée. Mais comme aucune frontière n’est dressée entre le dedans et le dehors, il faut s’accrocher pour comprendre le sens.

Personnellement, je préfère une vision plus imagée. Dans le domaine du dédoublement, l’excellent et récent « The double » de Richard Ayoade avec Jesse Eisenberg, m’a davantage convaincu de part sa forme et ses choix stylistiques. Mes préférences culturelles pour Terry Gilliam et les univers Kafkaïens expliquent probablement cette appétence pour avoir moins de subjectif dans le récit.

C’est dommage car la prestation de Jake Gyllenhaal est très bonne, l’ambition du film est là mais voilà, je n’ai juste pas accroché aux choix. Et le fait de devoir réfléchir hyper longtemps pour ne serait que comprendre ce que Denis Villeneuve voulait nous raconter, m’a tout simplement gonflé. Une fois compris, je reconnais que le film a des qualités indéniables mais son aspect volontairement élitiste et opaque m’a laissé de marbre. L’étrangeté comme réponse m’agace, l’ellipse également. Fermer toutes les portes et ne refiler aucune clé au spectateur n’est pas très « wellcome » comme attitude. Et j’ai été déçu de la part de Denis Villeneuve, que je pensais plus généreux. On ne fait pas toujours du cinéma pour un très large public mais c’est bien de penser aux spectateurs de temps en temps.

Et puis surtout, lorsque j’ai trouvé l’explication bien plus tard, le concept m’avait déjà exclu depuis longtemps d’un plaisir de cinéphile. Le film ne m’a pas envouté, pas subjugué, juste énervé, d’autant plus lorsque j’ai compris que le scénario tenait sur un ticket de métro. Et puis la mise en scène se prend trop au sérieux, beaucoup trop. Un film tour à tour frustrant ou agaçant.

La piste aux Lapins :

2 étoiles

 

 

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