« Quand vient la nuit » de Michael R. Roskam avec Tom Hardy, Noomi Rapace – critique du Blanc Lapin

« Quand vient la nuit » est l’exemple parfait du passage réussit d’un auteur européen à Hollywood, passage qui aurait pu s’avérer casse gueule à deux niveaux. Tout d’abord le belge Michael R. Roskam fut auréolé en 2012 par la presse mondiale sur « Bullhead« , ensuite parcequ’il s’agit de son second long métrage seulement et que les studios les plus puissants lui font de l’œil.

Alors certes, niveau casting, il est difficile de faire mieux. Tom Hardy a rarement été aussi bon, dans ce rôle d’ex petite frappe un peu limité, avec une diction au ralenti, un peu empatée. Noomi Rapace crève l’écran comme d’hab, Matthias Schoenaerts retrouve son réal de Bullhead et le regretté James Gandolfini livre une prestation ambigue comme celle de son Tony Soprano. Et puis le scénariste est juste Dennis Lehane, l’écrivain de « Mystic River », « Gone baby Gone », et « Shutter Island », qui pour la première fois n’adapte pas un de ses livres.

Mais surtout, Michael R. Roskam a la grande classe d’arriver avec un polar humble, d’une facture en apparence très classique. Trop classique dirons certaines mauvaises langues alors que justement, c’est en rendant hommage par la petite porte d’entrée à ses grand ainés que Roskam nous cueille par ses effets de surprise. Le film est davantage une étude du milieu mafieu des bars dépots qui blanchissent l’argent sale des bas fonds de Brooklyn. Ou comment lorsque l’on a été élevé dans ces quartiers, il est très difficile de s’en extirper, de vivre en dehors de ce système parallèle où la violence et le diktat de la mafia font partie du paysage, qu’on le veuille ou non. C’est même une donnée intégrée. Roskam filme des individus qui ont abandonné, des loosers victimes d’avoir baissé les bras. Ses personnages sont pour l’un dépressif et prêt à faire n’importe quoi pour s’échapper, avec un amateurisme limite touchant, et l’autre blasé par son quotidien de chien chien de malfrats, prenant un recul assez étrange par rapport à la vie. Et c’est ce qui rend ses personnages froids mais attachants tout de même car on sent qu’il y’a eu de l’humain avant qu’ils déconnent complet, s’ennivrent du crime organisé et se brisent les bras contre plus forts qu’eux.

C’est un film sur l’échec dans son propre milieu et la reconstruction dans un froid sec et vif, dans une ambiance crépusculaire qu’un James Gray n’aurait en rien reniée.

Le film a beau être classique dans sa forme, il arrive à vous décontenancer par ses personnages, leurs fêlures et sa violence sous-jacente qui peut vous exploser à la figure à tout moment mais qui pourtant reste la plupart du temps tapie dans l’ombre.

Un scénario subtil, des acteurs excellents et une mise en scène modeste et ample font de ce « Quand vient la nuit » un des très bon films à voir en cette fin d’année 2014.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

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