Les meilleurs films 2014 du Blanc Lapin – Partie 2 – N°10 à N°1
Suite et fin du classement du Blanc Lapin des films préférés 2014…
Alors alors, qui squate le podium cette année ?
Etes vous d’accord avec ce jugement toujours contestable ?
On commence…
N°10 – « The double » de Richard Ayoade avec Jesse Eisenberg, Mia Wasikowska

Quatre ans après le remarqué « Submarine« , Richard Ayoade revient avec une adaptation du second livre de Dostoïevski, « Le double ».
Le Jacob du livre s’appelle désormais Simon et l’histoire est transposée dans une société très kafkaïenne là où le livre se situe en russie. C’est donc l’histoire d’un jeune homme timide, qui travaille pour une entreprise dirigée par un Général lointain et tout puissant. Simon est invisible, effacé et son travail n’est pas respecté. Il tombe amoureux d’une jeune femme, jouée par Mia Wasikowska, étrangère à son charme car de charme, il n’en n’a pas. Cette absence totale de charisme et de caractère va se confronter violemment à un autre jeune homme qui surgit dans son quotidien et dans son entreprise. Sauf que ce garçon est son double parfait. Personne ne semble se préoccuper ou se rendre compte qu’ils sont sosies. Au contraire, l’autre fait l’unanimité rapidement, il est enjoué, volontaire, drôle, roublard. Il se permet même de l’utiliser et de reprendre son travail à son compte, à plaire à sa place, à gravir les échelons à sa place, à être celui qu’il aurait pu être avec une autre personnalité, à prendre sa place.
La métaphore est non seulement filmée telle quelle mais avec des choix de mise en scène qui donnent au film une patine ressemblant fort à « Brazil » de Terry Gilliam, le non sens et la profonde depression de cet univers étant en effets très proches. Il y’a pire comme référence. Or Richard Ayoade ne se plante jamais dans ces emprunts donc Gilliam aurait du mal à rejeter l’héritage.

Jesse Eisenberg confirme quant à lui qu’il est l’un des plus talentueux acteurs parmi les trentenaires hollywoodiens. Son visage enfantin et naif peut tout aussi bien verser dans le cynisme qu’on décelait déjà dans « The social Network« . Sa double partition est excellente car elle ne vire dans l’excès d’aucun des deux côtés. Elle est juste suffisante pour distinguer l’un de l’autre, les deux étant plutôt maitres de leurs expressions. Il appuie sur le bon détail du visage et des mouvements pour interpréter le falot ou le winner. L’un est plus gauche quand il marche. Le film tient sur ses frêles épaules.
« The double » est donc un film sur l’identité, la projection de l’être dans un « sur soit » nettoyé de ses scories, de ses défauts tellement encrés dans la personnalité qu’ils vous rattrapent. Le propos est celui de l’affirmation de soit face à la rudesse du monde du travail et de la vie en société tout simplement. L’enfer c’est les autres et les autres font rarement des cadeaux. Dès lors qu’est ce qui différencie un être avec une aura du même que l’on ne remarque pas. Quels codes plaisent au plus grand nombre et qu’est ce qui provoque le désintérêt ? Bien entendu, il s’agit d’une vision caricaturale, d’une fable sur un personnage qui n’a pas choisi spécialement de jouer le jeu de la représentation, qui a bien évidemment un caractère mais pas celui qui convient. Et qui ne sait pas se transformer d’agneau en loup.
L’utilisation de la bande son est également pertinente, car poussée dans les accès de violence uniquement entre violons stridents et envolées enflammées. Bien vu. Ou plutôt entendu.
Surréaliste et fantastique à la fois, l’oeuvre a quelques défauts bien sûr, dont un aspect pudding pour son accumulation et son rythme qui s’accélère de façon surprenante. Mais c’est justement cet aspect hors du temps qui m’a séduit aussi. Le film est visuellement très réussi, superbement interprété, angoissant et drôle à la fois, nihiliste et sombre, trop référencé parfois mais captivant.
N°9 – « The Grand Budapest Hôtel » de Wes Anderson

Avec « The Grand Budapest Hôtel » Wes Anderson était très attendu après le succès critique et public de « Moonrise Kingdom » il y’a deux ans.
Suivant la même recette d’un casting plein comme un oeuf de stars venant faire des caméos, Anderson change légèrement de style pour opter pour une comédie plus assumée. Il déclare sa flamme à la vieille Europe mais aussi au cinéma des débuts faits de décors superbes de carton pate, colorés et absoluments pas réalistes. En dédiant son film à Stefan Sweig, il assume aussi légèrement plus de fond, en décrivant un monde sur le point de sombrer dans la barbarie nazie.
Le rythme de « The Grand Budapest Hôtel » est plus saccadé que ses précèdents films, ce qui peut donner un peu le tournis dans ces aventures cartoonesques que Hergé n’aurait pas reniées.

Ce choix fluidifie le récit et le rend plus accessible. Et puis l’humour s’avère toujours fin et décalé, jouant à fond sur les propres codes du style de cinéma qu’il a crée, de « La famille Tenenbaum » à « The Darjeeling limited« .
Le film brille par ses détails, son inventivité à chaque plan et son coté fantasque et dixième degré. La marque Anderson est plus que jamais là, avec ses plans fixes dont une action perturbe le décor de maison de poupée. Il ballade sa caméra de ses célèbres travellings au milieu des maquettes de l’hôtel ou de la prison, assumant le côté théâtral pour mieux isoler son récit dans un pays imaginaire. Et puis il y’a ces fameux gros plans sur des visages d’une pleiade d’acteurs tous aussi bons les uns que les autres.
Cependant, votre Blanc Lapin préféré émettrait un bémol. Le film, du fait de son rythme et de son choix comique plus prononcé, s’avère moins émouvant et moins surprenant puisqu’on connait le style Anderson. Mais le résultat est ausi plus romanesque, toujours autant nostalgique de l’enfance et des récits qui y rattachent son auteur.
Enfin, Ralph Fiennes est excellent et So British. Il a et il incarne, le savoir vivre, le panache et la désinvolture dans un monde qu’il porte aux nues et qui s’est déja envolé…si vite que la brutalité du vingtième siècle le rattrape.
« The Grand Budapest » est un film charmant et très divertissant.
N°8 – « Les poings contre les murs » de David Mackenzie avec Ben Mendelshon et Jack O’Connell

« Les poings contre les murs » raconte l’entrée et la difficile intégration en prison pour adultes d’un gamin, Eric. Ultra violent, Eric sait que son père, Nev, est déjà emprisonné au même endroit. Ce dernier a très peu connu son fils et les rapports entre les deux ne vont pas faciliter l’apaisement du garçon.
A toutes celles et ceux à qui je parle du film, on me dit « ouais bof, encore un film de prison« . C’est vrai que le film n’est pas une comédie ou une love story, que le genre est ultra balisé et que des films de prison on en a vu un paquet, et des très bons, dont « Un prophète » dans les derniers bijoux en date.
Mais justement, « Les poings contre les murs » évite les clichés et redites et surtout, inscrit son récit dans un contexte inédit, celui du rapport père-fils. Un père qui a carbonisé son fils en étant absent toute son enfance, du fait de son incarcération, va devoir assumer son rôle pour tenter de sauver le futur de sa progéniture.

Le film est sombre et réaliste, et se passe quasiment exclusivement à l’intérieur et très peu dans la cour de la prison, mettant ainsi l’accent sur la claustrophobie et la promiscuité. De la corruption de certains matons aux mafias qui se sont créées, l’histoire se déroule en milieu très hostile.
Mais une lueur d’espoir traverse le film avec grâce. Tout d’abord elle prend la forme du personnage de Rupert Friend, civil bénévole que tente de ramener à un certain apaisement les rapports entre un groupe de taulards suivant une thérapie de groupe. Là le jeune homme va comprendre qu’il n’est pas seul à ne pas savoir canaliser sa violence. Jack O’Connell livre une prestation vraiment de haut niveau pour un jeune acteur de 23 ans, lui qu’on a découvert dans la série Skins. Son personnage cherche le père qu’il n a pas eu tout en voulant lui prouver qu’il peut vivre sans lui.
Ben Mendelshon, génial acteur vu dans « Animal kingdom« , « Cogan kill them softly » ou « The place beyond the pines« , livre à nouveau un excellent personnage. Dans le rôle de bête enfermée qui retrouve son instinct paternel, il est juste, sobre et très bon. Et bien que le film soit au final bouleversant, son réalisateur, David Mackenzie, ne cède à aucun moment à la facilité, au sentimentalisme…cette réconciliation d’un homme avec son passé, cette projection qu’il a de préserver un avenir pour son fils, fait sauter le mur de ce film de prison pour en faire une très belle oeuvre sur la filiation.
Alors ne vous arrêtez pas à l’étiquette « film de prison » et poussez donc la porte de cet enfer, ça ne dure que 1h45 et c’est une très belle réussite et l’un des films à ne pas manquer en 2014.
N°7 – « Gone girl » de David Fincher

David Fincher est l’un des plus grand réalisateurs hollywoodiens. Chaque film est en soit un événement. Si « Gone girl » n’atteint pas les niveaux de ses chefs d’œuvre, « Fight club« , « Zodiac » et « The social Network« , il n’en demeure pas moins très au dessus du lot.
En choisissant d’adapter un thriller sur la mise en accusation d’un homme suite à la disparition de sa superbe et parfaite épouse, on pouvait craindre un thriller efficace mais un film mineur pour Fincher. Fort heureusement les ingrédients habituels sont là avec un casting surprenant. Ben Affleck est parfait en mec pataud et au bout du rouleau de son couple, et aussi à l’aise dans la naïveté que la vilénie. Rosamund Pike est quant à elle excellente dans son rôle de petite fille modèle et pourrait grâce à ce film décrocher bien des rôles par la suite.
Fincher use de son brio habituel de mise en scène pour faire glisser son thriller vers une manipulation et des rebondissements qui ne sont pas sans rappeler son film « The Game », l’esbroufe et le trop plein de surprises en moins. Le réalisateur a beaucoup appris en 15 ans et surtout à en faire moins, pour le bien du film.
Et puis surtout, le regard narquois et moqueur qu’il livre de l’Amérique modèle, du couple et des médias sont savoureux. Certains reprochent au réalisateur sa misogynie mais c’est idiot. Il s’amuse juste des faux semblants, de l’hypocrisie du paraitre en société, y compris de l’image que véhicule un couple « modèle » et de son utilité pour les membres du couple. La puissance des frustrations exprimées par ce couple qui se déteste mais n’ose mettre un terme à leur prison par soucis divers et variés, est à la fois violente et perverse.
« Gone girl » est un film noir et paranoïaque, qui vous bluffera par son côté ironique et cruel. Captivant et malin, le film doit être vu tant pour sa mise en scène que pour son script ou son jeu. Un des très bons films de cette fin d’année.
N°6 – « Under the Skin » de Jonathan Glazer avec Scarlett Johansson

Diriger un film de SF quasi muet, où la parole se fait rare, centré sur la beauté venimeuse d’une Scarlett Johansson qui passe le plus clair de son temps à conduire un grand van dans des villes paumées d’Ecosse, c’est comment dire…ultra casse gueule !
Et pourtant, Jonathan Glazer signe là l’un des films de SF les plus originaux de ces dernières années, par une réalisation sobre, des choix radicaux et une utilisation géniale de l’imagerie fantômatique et perdue d’Ecosse et du charisme de son actrice star.
Pour son adaptation de la nouvelle de Michel Faber, Glazer choisit donc de coller à une extraterrestre qui s’est glissée dans la peau d’une humaine ultra sexy. Nous allons donc suivre cet être sans aucune explication sur la façon dont elle a débarqué sur terre et sans aucune parole entre elle et ceux qui l’ont envoyée.
Surtout, nous allons voir à travers ses yeux les humains comme des individus totalement étrangers, comme une race extérieure à la notre. C’est un peu l’histoire d’un oeil venu de l’espace qui se baladerait au milieu des hommes. L’alien a une mission, celle de faire disparaitre des hommes après les avoir séduits. Mais plutôt que de faire de cette mante religieuse un assassin sanguinaire, le personnage va plutôt se contenter de chasser, de séduire et d’attirer ses proies, laissant le reste se dérouler sous forme d’un symbolisme assez fascinant et troublant, rendant hommage à bien des imageiries des années 70. Les chimères que le réalisateur vous montre à l’écran au milieu de scènes pourtant d’une grande banalité, vous heurtent et vous suivent de façon fantômatique bien après la séance.

Le film comporte peu de textes mais aussi peu de musique. La bande-son est stridente et créé une atmosphère opressante, qui va amplifier des scènes d’une grande limpidité, nous amenant au bord de certains précipices plutôt inédits en matière de SF. Les aliens sont rarement gentils au cinéma mais on comprend souvent leur objectif et surtout on les voit du côté humain. Le renversement de situation et d’approche est pour le coup très réussi. Et puis surtout, l’absence totale de réflexes humains, d’empathie pour ces derniers, donne lieu à des scènes quasi muettes mais terrifiantes sans pour autant verser dans l’hémoglobine. Pas du tout même. Les effets spéciaux s’avèrent inutiles face aux talent de mise en scène de Jonathan Glazer.
Le film est visuel avant tout, fascinant par sa fluidité et sa simplicité, l’abstraction donnant à l’objet filmique non identifié un statut tout particulier. « Under the skin » est un film sensoriel et une expérience de cinéma, un film surréaliste, très esthétique et sombre à la fois. Le film est anxiogène et fait froid dans le dos à bien des moments mais réserve un final destabilisant, d’une vision poétique assez géniale.
Enfin si il peut paraitre long à certains, j’ai pour ma part totalement adhéré à ce film conceptuel novateur, gonflé et porté par une Scarlett Johansson qui a rarement été aussi envoûtante et pertinente dans son choix de projet artistique.
« Under the skin » est une excellente surprise est l’un des films de 2014 à voir de toute urgence !
N°5 – « Dallas Buyers Club » de Jean-Marc Vallée avec Matthew McConaughey
Le réalisateur de C.R.A.Z.Y a eu une excellente idée que celle de s’intéresser à l’histoire de ce personnage atypique et antipathique, atteint du VIH et qui décida de ne pas suivre les traitements officiels pour prendre d’autres médicaments vendus au Mexique. En effet l’histoire est très originale et permet au réalisateur d’aborder divers thèmes avec une efficacité redoutable.
Le personnage principal est un texan machiste, homophobe et ultra égocentrique. Il n’a rien pour lui, c’est une loque. Mais voilà, à force de se piquer à l’hero, il contracte le virus du Sida. Se rendant compte rapidement que les traitements adoubés par les autorités sont destructeurs, il va décider de prendre un chemin de traverse car il n’a rien à perdre. Ces derniers furent prescrits par un corps medical rémunéré par les grands laboratoires. Et lui en trouva des plus efficaces et décida d’en faire commerce, permettant à des centaines de malades de prolonger leur vie de plusieurs années.
Le film raconte sa lutte contre les autorités et les labos, qui ne voulaient évidemment pas autoriser des traitements nuisibles à leurs propre business et qui omettaient volontairement des études scientifiques étrangeres dans leurs rapports ; un cynisme qui glace le sang. Cet aspect du film est passionnant. Mais le meilleur du long métrage se trouve dans la transformation d’un véritable connard, se faisant du fric avec la maladie, en un mec moins mauvais. Matthew McConaughey livre une superbe prestation et confirme qu’il est l’acteur du moment. Jared Leto, qui avait mis sa carrière entre parenthèses pour se consacrer à son groupe musical, trouve quant à lui son meilleur rôle dans ce travesti associé dans l’affaire de revente de médicaments, qui va réussir à faire changer le regard homophobe d’un gros con de texan en un regard humain et tolérant.
Et c est tout le talent de Jean-Marc Vallée que de conter sans violons cette histoire de combat et de survie qui va mener ce type à devenir moins con et à lutter contre la connerie du système, l’hypocrisie et l’appat du gain morbide des grands laboratoires. Un type seul et butté qui va tenir tête et adresser un gros bras d’honneur à ces tristes sires.
Le film est enlevé, et contrairement à Philadelphia, ne tombe pas dans le larmoyant. Et c’est tout l’interêt que de conter cette histoire vue d’un hétéro homophobe confronté lui même au rejet…car il a la même maladie que tous ces « Pd » sur lesquels il crachait.
« The dallas Buyers Club » est à la fois bien réalisé, d’une interprétation de haut vol et illustre une scénario impecable et intéressant. Que demander de plus? Le triumvirat d’un excellent film est là !
N°4 – « The Rover » de David Michôd avec Guy Pearce et Robert Pattinson

David Michôd revient trois ans après son excellent « Animal Kingdom » et change radicalement de style, signant probablement son premier chef d’oeuvre.
L’histoire se passe dans le désert Australien, 10 ans après une crise économique majeure ayant ruiné les sociétés occidentales et les ayant faites entrer dans le quart monde. Un homme se fait piquer sa voiture et décide de poursuivre à tout prix la bande qui le lui a volée.
Qu’y a t-il comme lien entre les hommes lorsque tout s est effondré ? Redevient-on des bêtes ou reste t il quelquechose ? Et c’est quoi ce qu’il reste ? Le film dissèque le cadavre de nos sociétés occidentales…après la chute…lorsque l’abondance et les échanges matériels se sont stoppés 10 ans auparavant, laissant place à la misère. L’égoisme et le chacun pour soit de nos sociétés modernes a préparé le terreau d’une survie encore plus brutale lorsque le décor disparait. Aucune entraide et aucun soutien n’est à chercher chez d’autres être humains puisque le déshumanisation a précédé le cataclysme économique.

Avec des dialogues tendus et rares, des flashs de violence ponctuant le récit, David Michôd livre un Mad Max ultra sombre, un mad max sans le côté fun et grand public.
Il choisit dès le départ d’encrer son film dans une noirceur qui fixe un cap. Le personnage de Guy Pearce, qui veut absolument récupérer sa voiture, le seul bien qui lui reste, va t-il avoir un sursaut d’humanité et pourquoi est il aussi acharné ? Et puis surtout, sa rencontre avec un gamin paumé et pas bien méchant, naïf et mentalement diminué, lui donne la possibilité d’une rédemption ou au contraire de plonger encore plus dans l’abime…selon les choix qu’il fera…
Le suspens est donc construit autour du dénouement du film et on le comprend très vite. Savoir pourquoi cette quête est primordiale et si le personnage peut retrouver un soupçon d’empathie pour son prochain sont les deux et presque uniques thèmes du film. Mais la mise en scène est tellement brillante et le jeu des acteurs tellement bon, qu’on adore plonger dans ce vide nihiliste, ce puit sans fond.
Robert Pattinson est excellent dans son rôle à contre emploi face à un Guy Pearce égal au talent qu’on lui connait. Son personnage mutique a un regard alternant entre sauvagerie, survie, lueurs du passé.
Le délitement du lien social a déja eu lieu, le besoin de survivre s’étant déjà substitué au reste. On assiste aux ravages du capitalisme une fois mort, à la destruction de la morale et à cette absence de but pour chaque individu, laissé à lui même, sans cadre…sans idéal puisque les grandes utopies sont déjà mortes avant la chute.
Le film montre une violence écrasante et étouffante et utilise le désert australien et son imagerie post apocalyptique bien connue pour illustrer le propos. The Rover réinvente le genre. The Rover fait partie de ces films coups de poing auxquels vous pensez plusieurs jours après parceque l’impact a réveillé un mixte de réflexion et d’imageries mêlées de façon novatrice. Un film effrayant et somptueux à la fois.
N°3 – « Mommy » de Xavier Dolan

Après 4 films très réussis et déjà un public fidèle, le petit prodige Xavier Dolan a mis la croisette à ses pieds et failli remporter la palme d’or 2014, repartant avec un prix du jury comme lot de consolation.
Entendons nous, Dolan divise. Il est jeune, talentueux, beau, immodeste, limite insupportable dans ses interviews. Mais bon. Il a du talent, énormément de talent et son « Mommy » est assurément son meilleur film et l’un des meilleurs films de l’année.
Le réalisateur choisit donc de retourner au thème de prédilection de son 1er film, « J’ai tué ma mère« , à savoir le rapport filial complexe entre une mère et son fils. Sauf qu’ici, le fils a des troubles compulsifs violents, ce qu’on nomme le symptôme TDAH.
Pour interpréter la mère veuve et la voisine qui va se prendre d’affection pour ce duo improbable, Dolan convoque ses deux fidèles interprètes, Anne Dorval et Suzanne Clément, tout simplement excellentes. Xavier Dolan est aussi un très bon directeur d’actrices. Antoine-Olivier Pilon, découvert dans le célèbre clip de Dolan pour Indochine, est quant à lui une révélation, dans un rôle pas si facile qu’en apparence.
Ensuite Dolan utilise comme d’habitude une BA décalée, des ralentis et effets de style qui agaceront certains et qui raviront le grand public, car c’est généreux, tout simplement. Et que quand l’émotion pointe le bout de son nez, Dolan souhaite nous cueillir et nous emporter loin à chaque fois. Ceci peut sembler redondant, clipesque, facile même, mais pourtant, çà marche !

Cette histoire est rude, très rude mais magnifique car son thème est l’amour impossible à gérer entre une mère dépassée par les évènements et son fils incontrolabe et malade. Et puis l’idée d’introduitre une tierce personne, accidentée de la vie, qui va vivre une aventure particulière et perturbante, est tout simplement géniale ! On sent la passion révolutionner la vie morne de cette femme brisée. Elle trouve dans ce gamin et sa mère, un but dans la vie et une amie, une raison de revenir dans le monde des vivants et une âme qui peut la comprendre et qu’elle peut aider. C’est beau car c’est généreux, vivant, vivifiant même.
Xavier Dolan arrive à nous faire rire d’un sujet particulièrement difficile et cruel, et dans la scène d’après il nous tire des larmes en une scène surprenante. Inspiré plus que jamais par Pedro Almodovar, son cinéma est jouissif car il connait bien des codes et les manipule avec brio.
« Mommy » est un film sur l’espoir, quoiqu’il arrive, dans la pire des situations, un film fort car résolument optimiste malgré son sujet. Il a l’énergie de la jeunesse de son réalisateur, sa générosité. C’est émotionnellement fort, techniquement impeccable, hyper bien joué. La candeur de Dolan colle à merveille à l’empathie qu’on ne peut qu’avoir pour ses personnages, de belles personnes, cassées certes mais belles, très belles. Xavier Dolan montre que le cinéma peut transfigurer la pire des histoires et en faire un grand film qui marquera très probablement.

N°2 – « Boyhood » de Richard Linklater avec Ethan Hawke, Ellar Coltrane

Voici plusieurs années que votre dévoué BlancLapin attend ce film au concept génial, celui de faire vieillir sans aucun artifice ses acteurs, en les filmant chaque année sur une période de 12 ans.
J’étais donc ravi quand Richard Linklater obtint l’ours d’argent à Berlin en février dernier…mais aussi fébrile à l’idée d’être déçu.
Fort heureusement, il n’en n’est rien. Linklater retrouve son acteur fétiche, Ethan Hawke en papa divorcé tentant de tenir sa place avec ses deux enfants, vivant avec leur mère, interprétée par Patricia Arquette.

Le film va suivre le quotidien d’un gamin de 6 ans, joué par Ellar Coltrane et de sa famille, jusqu’à l’âge de 18 ans. Bien entendu, le procédé est émouvant en soit et relativement inédit. Mais cette idée aurait pu vite tourner en vrille ou apporter son lot de sentimentalisme malvenu.
Sauf qu’ici, Linklater choisit de raconter les petits riens de la vie, rien d’exceptionnel, pas de destin fulgurant, juste comment un enfant se forge sa personnalité pour devenir l’adulte qu’il est à 18 ans.
Les influences des parents, l’évolution des modes, des phénomènes de société comme Harry potter, de l’environnement politique (la guerre en Irak, l’élection d’Obama) vont façonner un individu, à travers le prisme de son entourage. Et c’est celà qui est magnifique dans ce film.
La simplicité et l’humilité du récit pour une histoire universelle, l’histoire du vieillissement naturel au sein d’une famille. Linklater aborde ainsi l’identité culturelle et politique, la difficulté d’assumer le rôle de père dans un couple séparé, les émois de l’adolescence, la déchirure de voir partir ses enfants devenus adultes, et tout un tas de thèmes d’une grande banalité…sauf qu’ici, ils font plus vrais que nature, de façon quasi documentaire, et donc, de façon assez fascinante.
Le découpage du film permet de passer d’une année à l’autre de manière très naturelle. Et puis parfois, la mélancolie s’empare du récit mais là aussi sans jamais verser dans le mélo. Cette chronique familiale vous touchera forcément car elle capte quelquechose qui d’habitude sent beaucoup plus le fictionnel.
Le film est calme et ambitieux à la fois, d’une douceur et d’une grande justesse. Le jeune Ellar Coltrane fera espérons le une belle carrière par la suite, avec son air faussement mystérieux, d’autant plus touchant qu’on l’a vu grandir sous nos yeux.
L’appréciation du temps qui passe est au coeur du récit et de sa morale d’ailleurs, Linklater estimant que l’on est toujours plus heureux en vivant le moment présent qu’en se rattachant au passé ou en se tournant trop vite vers l’avenir. Une morale facile ? Peut-être…mais le résultat est là.
« Boyhood » est un très beau film, l’un des plus beaux de cette année et probablement l’un des meilleurs. Il serait vraiment dommage de ne pas vous déplacer pour tenter l’expérience.
And the winner is…
N°1 – « Her » de Spike Jonze

L’auteur de « Dans la peau de John Malkovich » se fait hélas extrêmement rare. Et pourtant, il est l’un des réalisateurs indépendants américains avec un vrai univers et de vrais concepts à chaque fois qu’il passe derrière la caméra. Son dernier, « Max et les Maximonstres« , sorti en 2009, était à la fois tendre et cruel et réussissait à capter de façon particulièrement délicate les états d’âmes de l’enfance.
Avec « HER« , Spike Jonze signe cette-fois ci seul son scénario, sans son fidèle Charlie Kaufman, et livre une oeuvre tout aussi originale et décalée mais avec une dose d’émotion encore plus forte. Bien sûr la psychée humaine reste son terrain de jeu. Mais cette fois-ci son film est élégant, limpide au niveau de la narration et surtout, il vous prend aux tripes.
Entondons nous, non seulement Spike Jonze a réussi à me faire pleurer avec son histoire d’amour entre un homme et la voix de son ordinateur, mais il s’est en plus débarrassé de tout effet de mise en scène pour livrer une oeuvre majeure sur la solitude et sur la naissance des sentiments, leur évolution et le besoin vital de se sentir aimé. Il cherche surtout à illustrer ce qui fait de nous des humains à travers un être artificiel, symbole du phantasme féminin absolu.

« HER » est un pur chef d’oeuvre d’émotion, délicat, joué avec une partition exceptionnelle par Joaquin Phoenix et la voix si particulièrement chaude de Scarlett Johansson.
L’anticipation est ici ultra réaliste et traite du remplacement progressif du lien humain par des liens autres, l’étape d’après les réseaux sociaux…il en exploite la facilité et de nouveaux horizons qui peuvent paraitre glauques et tristes parfois et très touchants dans d’autres scènes. Et puis surtout, il s’attarde sur le sentiment d’abandon, sur le deuil après avoir été délaissé par la personne aimée puis sur le besoin de recréer une autre histoire et sa mécanique…Le film est plutôt ensoleillé et joyeux la plupart du temps, jouant sur l’absence d’objet du désir masculin de chair et de sang, pour mieux s’intéresser à l’amour et à son rôle dans la reconstruction et la projection.
Le film est brillant de bout en bout, sur une thématique originale, d’une douceur incroyable, poétique, romantique, mélancolique et au final bouleversante. C’est bien entendu le meilleur opus de Spike Jonze et ce sera probablement l’un des plus beaux films de 2014. Un état de grâce rare au cinéma.
Et voici LE podium ! cliquez pour voir la vie en grand format…


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