« A Most Violent Year » de J. C. Chandor avec Oscar Isaac, Jessica Chastain – critique du Blanc Lapin

L’histoire se déroule en 1981 à New York et suit le destin d’un homme ayant monté sa boite dans le commerce du pétrole mais dont l’ambition fait des envieux, qui tentent par tous moyens de l’empêcher de se développer.

Le troisième film de J. C. Chandor est son meilleur mais il aborde une thématique qui traverse ses trois premières œuvres. Dans « Margin Call« , avec Kevin Spacey, des traders essayaient de sauver leur peau, la veille de l’explosion de la bulle financière de 2007, dans « All is lost« , Robert Redford tentait de survivre seul en plein océan indien, alors que la coque de son bateau était percée, en pleine tempête.

Ici le personnage d’Oscar Isaac tente de garder son calme et d’encaisser les coups bas de ses concurrents, faisant face à l’adversité avec fierté et courage.  J. C. Chandor aime les personnages confrontés à une crise majeure, un danger imminent et comment ces derniers réagissent, gardent leur sang froid et arrivent à surpasser leurs peurs et leurs doutes.

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Le long métrage est d’autant plus original et intéressant que des films ou la mafia gangrénait New York, on en a vu des tonnes. Mais New York filmé comme cela, dans ses petits quartiers périphériques, dans ce petit milieu des transporteurs, des petits entrepreneurs, c’est plus rare. Et puis surtout, J. C. Chandor s’intéresse à un homme profondément honnête, avec une morale, un état d’esprit, une ligne de conduite qu’il suit malgré les tentatives de corruption, de déstabilisation par la violence de ses concurrents.

Oscar Isaac est au demeurant excellent comme d’habitude et d’une très grande classe. Son jeu est sobre, tout en retenue. On comprend le plaisir qu’il a de retrouver Jessica Chastain, avec qui il a fait ses classes et suivi ses cours de jeune acteur de théâtre il y a dix ans. Leur complémentarité à l’écran fait mouche et Jessica Chastain confirme qu’elle est l’actrice hollywoodienne qui monte.

Ce film est majeur pour la connivence parfois inévitable qu’il montre entre capitalisme sauvage et corruption voire criminalité. Certes, l’Amérique permet à un immigrant de partir de zéro et de construire un empire mais ces liens douteux de castes entre puissants et pègre, peuvent à tout moment couper la tête des nouveaux entrants. Le film est un thriller sans aucune longueur, avec de la substance, du fonds et un personnage très attachant. La complexité du récit est parfaitement bien gérée, le réalisateur ayant non seulement l’ambition de présenter un récit tout en nuances, mais réussissant à ce qu’il ne stagne jamais, là où il aurait pu plonger dans une rhétorique confuse ou démonstrative. Les films noirs sont en fait assez rarement originaux, avec un tel souffle, une atmosphère aussi bien taillée sur mesure.

J. C. Chandor voit le rêve américain vu comme un cauchemar hypocrite. Il prend le soin de développer son analyse avec une fausse lenteur, compensée par une montée progressive de l’émotion et des enjeux. Il est tout simplement un grand metteur en scène. L’éthique et la manipulation sont de très bons thèmes pour ce jeune réalisateur (à peine 40 ans) et donneront lieu par la suite, je l’espère, à d’autres pépites comme cet excellent « A most violent Year« .

LE film de ce début d’année.

La piste aux Lapins :

5 étoiles

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