« Macbeth » de Julien Kurzel avec Michael Fassbender – critique du Blanc Lapin

Voici l’adaptation de Macbeth par Julien Kurzel, repéré sur « Les crimes de Snowtown« , et qui dirigera de nouveau l’immense Michael Fassbender dans l’adaptation du jeu « Assassin’s creed« , qui sortira fin 2016;

Voir Fassbender déclamer du Shakespeare, en chef guerrier se perdant dans la folie du pouvoir, devenant un boucher immoral, c’est forcément classe.

Il est bon, très bon. Le problème est le parti pris de mise en scène. Certes les couleurs sont somptueuses, le casting au diapason, mais pourtant, à aucun moment le souffle de l’histoire n’emporte le spectateur, ce qui est un comble pour une telle pièce. Roman Polanski avait réussi sur cette même pièce à livrer quelquechose d’étouffant et de haletant.

Ici on s’attend à la scène d’après et surtout, l’ennui guette tel un des nombreux fantômes du maitre du théâtre britannique. Ils ne font pas peur ces morts qui reviennent. En revanche la longueur du film fait froid dans le dos quand on comprend que ce dernier ne va pas démarrer.

La faute est probablement à imputer à cette vision très théâtrale et asséchée du récit. Vous me direz que la pièce n’est pas franchement comique à l’origine. Mais ici, le réalisateur n’apporte rien. Ses plans rouge sang ou rouge feu n’apportent rien du tout car on s’ennui depuis le début.

Les personnages manquent d’incarnation. En fait Fassbender est bon mais on ne sent pas sa connexion avec une Cotillard plus agaçante que jamais, et pourtant d’habitude je la trouve bonne, mais là, elle est à baffer.

En fait Fassbender est mal dirigé probablement, récitant trop son texte sans connections suffisante aux autres personnages. Pourquoi sombre t il dans cette folie du pouvoir ? Pour une simple prophétie de trois pauvres sorcières ? C’est à la fois ridicule et simpliste et il manque du liant, du psychologique dans la perdition de son esprit. On le voit devenir fou mais on ne comprend pas pourquoi.

Et puis Kurzel découpe son film à la hache de scènes en scènes tellement mal liées qu’on se sent exclu de la tragédie comme si on nous débitait un corps devant les yeux en hurlant du Shakespeare, affreux !

Bref, c’est mal, très mal amené, sans aucune finesse, de façon trop clinique et pas assez physique. On ne voit pas la sueur et le sang car ils sont trop esthétisés. La pièce devient un objet irréaliste, plus théâtral que le matériau d’origine. Polanski était violent, morbide mais humain, Orson Welles livrait une version bigger than life mais Kurzel nous balance un film poseur, écrasé par son sujet et le rendant tellement froid et papier glacé qu’il en perd toute sa saveur. Cette distance torpille l’ensemble de ce film prétentieux et détruit toute émotion. Une tragique déconvenue artistique.

La piste aux Lapins :

Mauvais

 

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