« Mademoiselle » de Park-Chan Wook – critique du Blanc Lapin

Park-Chan Wook est l’un des trois grands maitres sud-coréens des quinze dernières années.

« Sympathy for Mr Vengeance », « Lady Vengeance », « Old Boy », « Thirst » et « Stoker » ont jalonné une filmographie sous le signe de la violence.

Avec « Mademoiselle« , il adapte Fingersmith de Sarah Waters, livre qui se déroulait à Londres en 1862 et qu’il transpose en Corée du Sud dans les années 30, en pleine invasion japonaise.

On y suit une jeune femme qui se voit proposer d’escroquer une jeune et riche héritière, quelques peu dérangée à force de vivre reclue dans la propriété familiale dirigée par son oncle tyrannique, également tuteur de cette dernière. Alliée à un escroc se faisant passer pour un comte japonnais, l’objectif est de manipuler la riche héritière et de la déposséder de sa fortune.

Et question manipulation, on peut dire que Park-Chan Wook nous livre un scénario et une mise en scène virtuoses comme il ne l’avait plus fait depuis Old Boy.

C’est tout simplement brillant et jubilatoire ! Les décors sont sublimes, les acteurs excellents, l’histoire perverse est truffée de faux semblants. La seule nouveauté, déjà entamée dans Stoker, est que Park est bien moins violent qu’auparavant. Les personnes réfractaires à ses accès furieux peuvent donc se rassurer, ici rien de tel. Park préfère substituer à cette violence de la simple cruauté.

Le réalisateur fait preuve d’une grande classe dans l’élégance de ses choix formels. Le sexe est très présent ainsi que la relation lesbienne entre les deux personnages féminins. Mais contrairement à « La vie d’Adèle » dont les scènes étaient crues et vulgaires, ici elles sont très sensuelles et donc très réussies.

Le diable se cache dans les détails et le maitre sait en jouer pour mieux nous surprendre et nous manipuler puisque le thème du film est justement la manipulation. On est complice du jeu des personnages et tellement absorbés par l’excellence de la mise en scène qu’on ne voit pas comment Park-Chan Wook pourrait lui même nous faire un tour dont il a le secret. Et pourtant, il nous frappe pile au bon moment et fait de ce « Mademoiselle » l’un de ses meilleurs longs métrages.

Ce thriller envoutant, esthétique, joueur et provocateur doit absolument être vu ! C’est probablement l’un des meilleurs films de l’année et peut être le meilleur.

La piste aux Lapins :

4,5 lapin
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