« Neruda » de Pablo Larrain – critique du Blanc Lapin

Après les réussis « No » et  « El Club« , et avant de livrer d’ici 15 jours son biopic sur Jackie Kennedy avec Natalie Portman, le réalisateur chilien Pablo Larrain se paie le luxe de sortir un autre biopic. Le metteur en scène sort donc deux films en un mois ! Et le premier est très réussi car il décide d’opter pour un biopic non conventionnel.

Comment parler d’un des immenses poètes du 20ème siècle, chilien comme lui, sans tomber dans l’hagiographie pompeuse et ennuyeuse ? Et bien Larrain choisit tout simplement de le raconter tel un poème, un conte où l’on devine que l’imaginaire est proche de la réalité telle que présentée, toujours à la limite mais jamais assez pour verser dans le surréaliste. Il donne juste une réalité déformée, embrassant la poésie et l’implication politique de l’artiste. Les dialogues permettent ainsi souvent d’énoncer des poèmes et l’histoire en tant que telle joue avec nous et la créativité de Pablo Neruda.

En 1948, le sénateur Pablo Neruda, communiste de renom et star dans son pays pour son œuvre fournie, est en opposition avec le gouvernement. Le président demande sa destitution et on arrestation et va confier la traque à l’inspecteur Óscar Peluchonneau.

Notons d’abord le jeu impeccable de Luis Gnecco en Neruda infidèle, tendre, révolté, provocateur et très imbu de lui-même. Larrain choisit d’ailleurs de montrer tant la lumière que l’ombre ou les incohérences, notamment lors de ce diner au restaurant où Neruda est confronté à une ouvrière qui  lui fait remarquer qu’il est nanti et que sa révolte est facile. La table est alors très gênée et le poète choisit la fuite par l’exposé d’un idéal dont il sait qu’il n’est que mensonge mais qui redonne espoir malgré tout. Ces paradoxes de Neruda sont ainsi illustrés avec un regard bienveillant mais lucide.

Le film est donc sans concessions et pourtant rend le personnage très attachant. Mieux il choisit de nous emmêler les pinceaux avec ce policier joué à merveille par un Gael Garcia Bernal, décidément toujours aussi classe. Ce flic déterminé qui ne veut pas vraiment arrêter sa cible est un personnage littéraire en tant que tel et le plus bel hommage au poète. En miroir de l’artiste qui fuit, il donne au film une dimension poétique et d’aventure qui rend le long métrage attachant et unique.

Une très belle réussite.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

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