« Jackie » de Pablo Larrain – critique du Blanc Lapin

Un mois après la sortie du très bon « Neruda« , Pablo Larrain s’intéresse à un second biopic aux antipodes puisqu’il s’agit du personnage de Jackie Kennedy.

A l’origine porté par Darren Arronofsky, le film a conservé son actrice initialement prévue, Natalie Portman, dont la beauté et l’allure collent à merveille à ce personnage qui a marqué l’inconscient collectif.

L’histoire aurait pu s’attarder sur l’avant assassinat ou suivre la période avec Aristote Onassis…et pourtant le scénario se concentre sur la semaine qui suivit l’attentat et la façon dont Jackie Kennedy l’a gérée.

C’est une excellente idée car en quelques jours sont concentrés la douleur et la peine mais aussi l’incroyable conscience du personnage médiatique qu’elle incarnait. On découvre une femme de caractère qui au delà de l’image de modernité qu’elle véhiculait, a voulu s’assurer que son époux laisserait une trace dans l’histoire. Le pouvoir glisse des mains de cette femme qui va vaciller de première dame à une jeune veuve incertaine de son avenir. La violence comportementale de Johnson et de son épouse et le bras de fer psychologique qu’elle va mener pour s’assurer que les funérailles marquent les esprits, sont vraiment intéressants.

Dans l’ambulance qui emmène le corps de JFK, Jackie demande à Bobby Kennedy pourquoi l’histoire a retenu un président comme Lincoln et non James Abram Garfield ou William McKinley, eux aussi assassinés…Bobby lui parle des funérailles fastueuses et mises en scène pour Lincoln mais la vraie réponse viendra de lui plusieurs scènes plus tard. Lincoln a tout simplement aboli l’esclavage et libéré 4 millions de victimes, les Kennedy n’ont pas eu le temps de faire grand chose. Oui mais il avaient des idéaux auxquels ils croyaient et de vrais projets concernant les droits civiques des populations noires, le Vietnam ou la conquête spatiale. Alors comment sauver ces maigres années sans résultat face au poids de l’histoire ? Comment ne pas limiter ce passage de Kennedy à ce 22 novembre 1963 à Dallas lorsque son crâne explose entre les mains de cette jeune femme en tailleur rose ?

C’est là que le personnage de Jackie Kennedy est complexe. On la voit s’assurer que la légende des Kennedy se construise et perdure entre ses flashs back et cette interview qu’elle a réellement donnée. Elle est totalement consciente de la différence entre un Lincoln ayant réalisé de grandes choses et son mari qui n’a pas eu le temps de mais qui était porteur d’espérances et de messages de modernité. Elle voulait créer ce mythe et montrer à quel point il incarnait un idéal en mettant en scène des funérailles nationales qui marqueraient les esprits à jamais.

Natalie Portman est un actrice géniale et à chaque fois je suis scotché par son talent. Elle joue brillamment une Jackie Kennedy à plusieurs visages. Elle est timide dans la reconstitution d’une émission de télévision à la maison blanche en parfaite épouse des sixties, avec cette diction robotique et stressée. Elle joue cette même femme dévastée les jours qui suivent l’assassinat et prenant conscience que son monde s’effondre autour d’elle et qu’elle n’est plus rien. Enfin elle interprète une femme intelligente faisant preuve de sang froid et qui va vouloir sauver la mémoire de son défunt époux. Et bien sûr ces trois visages ont des similitudes. C’est un rôle de composition qui marquera.

« Jackie » est donc une nouvelle réussite du cinéaste chilien Pablo Larrain et une très intéressante analyse de la construction d’une légende.

La piste aux lapins :

3,5 lapins

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