« Silence » de Martin Scorsese – critique du Blanc Lapin

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Martin Scorsese aura donc réussi à venir à bout de sa plus vieille arlésienne, un film qu’il tente d’adapter du roman de Shūsaku Endō depuis une quinzaine d’années. On y suit au XVIIème siècle, deux prêtres jésuites qui se rendent au Japon tenter de retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu en pleine évangélisation, alors que le pouvoir réprime violemment les catholiques.

Il est toujours passionnant de voir l’un des plus grands maitre du cinéma aborder une de ses thématiques de prédilection, la foi religieuse !

Si Scorsese l’aborde très souvent et aime les personnages christiques comme dans le méconnu et magnifique « A tombeau ouvert« , il s’insère parfois directement dans le sujet avec « La dernière tentation du Christ » ou « Kundun« .

Or ici il n’est question que de celà. Andrew Garfield et Adam Driver sont très bons dans ces rôles de martyrs qui s’en prennent plein la gueule et font preuve d’une foi viscérale. L’histoire en agacera plus d’un, tantôt parcequ’ils seront non croyants et trouveront aveugles les personnages tantôt parcequ’ils reprocheront au film de ne montrer que le côté blanc du catholicisme conquérant. Les japonnais considèrent clairement que cette mission de Dieu des jésuites est en fait un danger majeur pour eux, d’un point de vue politique puisqu’il inculque une culture occidentale et un asservissement de la population aux grandes puissances européennes. C’est évidemment historiquement le cas mais certains critiques reprochent au film de ne montrer que la souffrance des jésuites et la perversion des tortures japonaises. *Ils accusent Scorsese de faire preuve de complaisance avec cette violence mentale sans mettre en relief les crimes contre l’humanité qu’on put commettre les évangélisateurs en Amérique latine par exemple ou l’Inquisition en Europe.

Je peux comprendre cette critique mais c’est juste que le film ne se veut pas être un bilan historique du pour et du contre de l’évangélisation mais juste de retracer une histoire que peu connaissent d’un échec de la religion catholique aux frontières du soleil levant. Le thème est aussi cette foi enracinée et la façon habile dont Scorsese la matérialise. D’autres penseront au contraire qu’il est lourd de montrer cette foi par une abnégation de souffrances qui s’enchainent durant 2h41. Mais pourtant c’est bien le sentiment profond que j’ai ressenti, moi, ex croyant et agnostique le plus curieux possible des croyances des autres. Je ne juge pas, j’observe avec recul ce qui peut motiver un croyant et Scorsese a réussi à capter cette lumière qui anime ces japonnais dont rien ne les rattache à la foi chrétienne à part le dénuement et l’extrême pauvreté. Scorsese ne fait pas du tout l’apologie d’une religion mais s’intéresse au contraire au poids des symboles, de l’iconographie du martyr, et de la connexion de cette religion avec des peuples sans espoirs. Il tente d’expliquer pourquoi une religion sans aucune racine dans ce japon médiéval a pu trouver un écho. Et c’est ce qu’il réussit brillamment sans pour autant verser dans la facilité. Je trouve assez insultant ces critiques qui ne perçoivent pas le propos de Scorsese et s’arrêtent aussi rapidement dans un jugement définitif et simplificateur.

« Silence » est un grand Scorsese sur une thématique loin d’être évidente et grand public et qu’il arrive à mettre en musique par son talent de mise en scène aussi rare que bluffant.

La piste aux lapins :

4 étoiles

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