L’immense Jean Rochefort s’en est allé au paradis avant nous !

L’immense Jean Rochefort est mort la nuit dernière à 87 ans. Monument du cinéma français, je suis particulièrement triste puisque pour ceux qui me connaissent, j’ai diverses obsessions cinématographiques que ce soit lorsque l’on prononce Terry Gilliam, Paul Newman, Marlon Brando ou…Jean Rochefort.

Je suis grand fan du bonhomme, notre meilleur « acteur français british ». Sa fin de carrière est heureusement passée en 2013 par le beau L’artiste et son modèle de Fernando Trueba. Il tournait peu depuis le début des années 2000.

Gentleman préféré des français, au rire si reconnaissable, à la voix gourmande et si particulière, Rochefort a joué des salauds, des trouillards, des paumés, des artistes, des rêveurs aussi bien dans des comédies que des drames qui ont émaillé les 50 dernières années.

Il fait partie de ces acteurs populaires dont la célébrité tient autant à son talent qu’à un certain attachement irrationnel, comme si il faisait partie de la famille.

Il a probablement raté le rôle de sa vie lorsque une hernie discale a stoppé net « l’homme qui tua Don Quichotte » de Terry Gilliam en octobre 2000. Gilliam sortira finalement son film l’an prochain, sans lui, après 17 ans de galères et lui rend un bel hommage même si Rochefort lui-même n’était pas tendre avec Gilliam, assez injustement.

L'immense Jean Rochefort s'en est allé au paradis avant nous ! dans Dossiers lost_in_la_mancha

Alors quels films retenir de Jean Rochefort ? Pas mal de navets. Son ami Jean-Pierre Marielle, reconnait lui aussi qu’ils ont fait de l’alimentaire bien souvent. Et contrairement à deux autres de leurs amis, l’immense Philippe Noiret  et le si attachant Jean-Paul Belmondo, Marielle et Rochefort ont connu le succès critique très tard, à la quarantaine.

« J’étais obligé de beaucoup tourner pour vivre, parfois des films qui m’intéressaient peu: je les nommais mes films «avoine-foin», parce que j’étais déjà éleveur de chevaux, et il fallait que je les nourrisse, ainsi que moi-même. Angélique, cette rigolade, c’était pour les chevaux! C’est au début des années 70 que j’ai commencé à avoir de grands rôles au cinéma« 

Commençons par la fin, « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » où il a un petit rôle mais le reste du casting et le film en lui même dénotent un amour sincère du cinéma. Son dernier film avec Patrice Leconte, en 2002, « l’homme du train » avait reçu un bon accueil mais moi j’avais trouvé le film très surfait, faux et avec un Johnny Hallyday jouant décidément comme un tronc d’arbre! Mais Jean était là pour relever la sauce avec classe, comme toujours.

barracuda-1997-06-g Jean Rochefort dans Films series - News de tournage

Le « Blanche » de Bernie Bonvoisin est un échec cuisant mais les scènes avec Rochefort, Carole Bouquet et José Garcia sont très drôles. Un film à voir en morceaux en fait. Disons que le scénario, il n’y en n’a pas et que Lou Doillon aurait du être condamnée à 10 ans sans tourner. Au final, elle ne tourne plus remarquez…

Le dernier bon film avec Jeannot en rôle principal (outre L’artiste et son modèle) est le sous-estimé « Barracuda » dans lequel Rochefort mettait le pied à l’étrier d’un jeune inconnu à l’époque, Guillaume Canet. Une tentative de thriller assez réussie et un Rochefort terrifiant, ce qui changeait de son registre habituel.

Bien entendu, il y a les Patrice Leconte, « les grands ducs » avec Marielle et Noiret, grande classe, « Ridicule », brillant, et les deux chefs d’œuvres « Tandem » et « le mari de la coiffeuse », les deux sommets de la carrière de Rochefort. « Tandem » est un bijou d’orfèvrerie. Des dialogues ciselés et un jeu parfait. A voir absolument.

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« Cible émouvante » de Pierre Salvadori est un petit film noir extrêmement réussi dont les deux autres interprètes sont hélas décédés depuis, Guillaume Depardieu et Marie Trintignant. Rochefort est un serial killer drolissime.

Un film inconnu de beaucoup, « Il faut tuer Brigitt Haas » permet à Philippe Noiret et Jean-Rochefort de tâter le film d’espionnage, très réussi.

Il tourne aussi Le Fantôme de la liberté de Luis Bunuel, Les Innocents aux mains sales de Claude Chabrol ou Calmos de Bertrand Blier avec son ami Marielle. Ce dernier film n’est pas un bijou mais quelques scènes valent un sacré détour.

Bien entendu, « Le cavaleur » de Philippe de Broca est un film indispensable, un festival de Rochefort.

« Un éléphant ça trompe énormément » et « Nous irons tous au paradis » sont des classiques pour bien des spectateurs, certaines scènes sont cultes.

« Le crabe tambour » de Pierre Schoendoerffer reçu pas mal de prix et Rochefort le césar amplement mérité du meilleur acteur.

Les deux films qui firent entrer Rochefort dans la crédibilité des critiques parisiennes furent deux petits bijoux de Bertrand Tavernier. Tout d’abord, « que la fête commence » sur la cour de Philippe d’Orléans, régent de Louis XV. Rochefort, Jean-Pierre Marielle et Philippe Noiret font des étincelles. Un film bluffant.  La première collaboration Tavernier-Noiret-Rochefort, « l’horloger de Saint Paul » posait la question de la peine de mort quelques années avant sa suppression. Très bon film également.

Alors voilà, pas de grand blond, de moustachu, ou de bal des casse pieds, et bien oui, on peut être fan et ne pas être aveuglé. Respecter l’artiste c’est être sévère et le plus objectif possible.  Mais avec une douzaine de films très réussis, on peut dire que Jean Rochefort a marqué le septième art français, nombre d’acteurs souhaiteraient aligner un aussi beau parcours.

Jean Rochefort est mort et je craignais depuis longtemps cette disparition. C’est absurde, ce n’est pas un ami. C’est juste que son jeu me touchait profondément, que j’étais électrisé et joyeux en voyant sa moustache frétiller de ses blagues absurdes, et que c’était juste un putain de bon acteur, d’une grande classe.

Et en tant que cinéphile compulsif, je me dois de remercier cet immense acteur pour les supers moments que j’ai passés grâce à son talent.

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