Les meilleurs films 2017 du Blanc Lapin Partie 2 : N°10 à N°1

Et voici la fin du classement annuel du Blanc lapin avec les 10 meilleurs films sortis cette année selon moi, parmi les 70 vus.

 

N°10 – « Logan » de James Mangold

Les meilleurs films 2017 du Blanc Lapin Partie 2 : N°10 à N°1 dans Dossiers Logan

Wolverine revient pour sa troisième et dernière aventure solo et pour la dernière fois que Hugh Jackman interprète le rôle.

Et l’acteur a du être ravi de voir le résultat et de pouvoir partir sous les honneurs critiques et un succès au box-office déjà très important et mérité. Car oui, tous les fans attendaient de voir un Wolverine vraiment violent, sombre et une histoire qui ne soit pas sans saveur comme l’a été le premier film, nullissime. Le second, déjà réalisé par James Mangold, avait les défauts de son scénario que Mangold n’a pas pu entièrement remanier, il se regardait mais bon, le niveau était très en dessous de la plupart des films X-men.

Et bien là, « Logan » est non seulement un adieu en grande pompes mais c’est l’un des meilleurs films X-men. Les scénaristes ont choisi un monde où tous les mutants ont disparu sauf le professeur Xavier perdant la tête et géré par un vieux Logan et Caliban. Et dans ce monde entre Mad Max et un bon vieux western, il n’y a pas franchement d’espoir, juste celui de survivre, d’autant que Logan perd ses pouvoirs, moins efficaces et souffre. Ses griffes repoussent poins vite, ses blessures sont douloureuses et se referment moins, il est malade et se sait sur le chemin de la fin.

Et là débarque une fille qu’il n’a pas choisie, une gamine trafiquée par les mêmes salopards qui ont transformé son corps. Elle a besoin de lui et il va comprendre avec Xavier qu’ils forment une famille. Mais rassurez vous, ce n’est ni gnangnan ni cliché. Le réalisateur évite les blablas inutiles, la fillette étant muette la plupart du temps.

Le long métrage est R-rated donc ultra violent par moment puisque çà découpe, on voit du sang, des membres découpés et putain, çà fait du bien ! Enfin un film de supers héros adulte avec l’un des héros le plus badass et violents qui existe. Et c’est très très réussi.

Le scénario est simple, c’est une course poursuite, mais un certain Mad Max Fury Road a montré qu’aussi con que çà puisse paraitre sur le papier, le résultat peut faire preuve d’une haute tenue.

La grande force du film est qu’il est très sombre, crépusculaire et  humain voire émouvant aussi. L’humour à la con des films de supers-héros est absent et c’est tant mieux !

Le film est mélancolique, sans issue, radical et tout simplement le film Wolverine qu’il nous fallait !

 

N°9 – Star Wars – Les Derniers Jedi de Ryan Johnson

2061488 dans Films - critiques perso

L’épisode VII de la célèbre série de SF avait plutôt agréablement surpris le public car le niveau était plutôt bon et le fait de retrouver Chewbaca, Han Solo et Leia tout en introduisant une nouvelle génération avait été effectué avec soin, tout en respectant des effets spéciaux old school, loin de la débâcle de la prélogie du début des années 2000.

Mais « Star Wars, le réveil de la force » prenait quelques raccourcis, quelques facilités et une étrange similitude d’avancée du scénario avec le tout premier film, Un nouvel Espoir. Ceci faisait dire à une partie des fans que les studios Disney ne prenaient aucun risque.

Fort heureusement, ce deuxième épisode de la troisième trilogie ne décalque pas du tout « L’empire contre attaque« , soit le meilleur de tous les films.

Au contraire, il joue la surprise. Là où on pouvait s’attendre à un entrainement ennuyeux de Rey par Luke façon Yoda, il n’en n’est rien. Le film fait place à un bestiaire très réussi, comme d’habitude certes, mais les images des chiens de cristal vous resteront.

Les personnages nouveaux ont enfin de la place et son travaillés tout en laissant un rôle de premier choix à Luke (Mark Hamill) et Leia (Carrie Fisher), qui ne jouent pas du tout les simples faire valoir. Deux scènes avec la regrettée Carrie Fisher sont d’ailleurs particulièrement épouvantes.

Mark Hamill est excellent dans son rôle de dernier Jedi et certaines de ses scènes marqueront la saga. Il a juste la méga classe.

Enfin Adam Driver trouve un rôle ambigu à souhait alors qu’il était relativement fade dans l’opus précèdent. Or un méchant humain et plein de fêlures, c’est indispensable pour que ce type de film fonctionne.

Ryan Johnson assure non seulement le show mais il casse le rythme à deux reprises par des surprises de scénari inattendues et très très bienvenues.

« Star Wars – Les Derniers Jedi » est donc un très bon divertissement, digne de la 1ère trilogie. Il trouve son chemin en rendant hommage à la légende de Star Wars, à ce que le film a provoqué dans l’histoire du cinéma comme ce que Luke représente dans cet univers de space opéra. C »est malin et c’est très réussi.

 

N°8 – « The Lost City of Z » de James Gray

The_Lost_City_of_Z dans Les meilleurs films du Blanc Lapin

Voici enfin « The Lost City of Z« , une arlésienne de cinéma qui traine depuis de nombreuses années, le grand James Gray (de « Little Odessa » à « Two Lovers« ) tentant depuis une dizaine d’années de monter le projet. Brad Pitt était de la première mouture et l’a lâché à un mois du tournage avant de le produire, pour se faire pardonner.

Et le film est excellent et figure parmi les meilleurs opus du réalisateur new-yorkais, loin de ses univers habituels et citadins.

Voici l’histoire vraie de Percy Fawcett, colonel britannique qui est envoyé en 1906 par la Société géographique royale d’Angleterre, pour cartographier l’Amazonie afin d’éviter un conflit entre le Brésil et la Bolivie. Il est sur le point d’être père et va demander un sacrifice à sa femme qu’il aime plus que tout, pour pouvoir effacer le passé trouble de son père et reprendre une place dans la société londonienne.

Au cours de son premier périple, il découvre alors la légende d’une cité d’une civilisation perdue, ornée d’or, qui se trouverait dans cette immense océan de verdure.

Je rappelle qu’à cette époque, le Machu Pichu n’était pas encore découvert puisqu’il le fut en 1911 par des américains.

Va alors naitre dans son esprit une obsession, un idéal de vie et un but obsessionnel, trouver cette cité perdue de Z et ses mille trésors. Et il va y retourner, deux fois supplémentaires.

Le film est d’un très grand classicisme dans sa mise en scène mais d’une maitrise formelle et d’une beauté irréprochable. Charlie Hunnam, qu’on a vu dans Crimson Peak, Pacific Rim, ou les séries Queer as folk et Sons of Anarchy, trouve son premier grand rôle à 36 ans. On le verra bientôt en roi Arthur chez Guy Ritchie mais là il prouve qu’il joue très bien et qu’il n’est pas qu’une belle gueule. Accompagné d’un Robert Pattinson métamorphosé, l’équipée va nous rappeler les meilleurs films de jungle dont le Aguirre la colère de Dieu de Werner Herzog.

James Gray arrive à confronter par les allers-retours à Londres et les flashs backs la beauté de ce rêve au conformisme dont le personnage tente de s’échapper. Il aime sa femme et ses enfants mais c’est un pur aventurier qui a besoin de piment et qui a trouvé le Graal idéal car crédible ! Cette quête est magnifiée par la photo de Darius Khondji.

Dans « The lost city of Z » on parle d’idéal, d’honneur, de fidélité, de comment gérer la transmission à son enfant et James Gray le filme avec une très grande classe.

Le film avance, calmement, majestueux, comme le fleuve Amazone dans lequel s’engouffrent les personnages.

Il est rare en ce moment de voir des Odyssées au sens noble du terme, de partager cette soif d’absolu. Le fait que Gray ait tourné réellement en Amazonie ajoute évidemment au sentiment de danger et de fascination pour cette nature et pour les civilisations qui s’y sont adaptées.

Le souffle épique du film vire à l’obsession du personnage qui côtoie la folie et interroge l’homme sur le sens qu’il peut donner à sa vie quand il trouve un objectif plus grand que tout ce qu’il a pu imaginer.

The lost city of Z » est le grand film que j’attendais depuis son annonce et je ne peux que vous inciter à plonger avec ce personnage dans cette quête fascinante et d’une grande élégance.

 

N°7 – « Dunkerque » de Christopher Nolan

Dunkerque-film-affiche-Christopher-Nolan

Christopher Nolan est donc de retour avec un projet surprenant. Tout d’abord il s’éloigne des thématiques souvent SF de la plupart de ses longs métrages (de la trilogie The Dark Knight à Interstellar en passant par Inception ou Le prestige). Il s’encre pour la première fois au réel car même son Memento était confiné dans un espèce de jour sans fin pour amnésique. Mieux, il s’attaque à un genre, le film de guerre. Et pour le coup, c’est un genre souvent lourdaud car emprunt soit de patriotisme soit d’éloges héroïques dont les couleurs se délavent parfois avec le temps.

Et le premier constat évident en sortant de Dunkerque est que l’on reconnait une mise en scène d’exception venant d’un maitre par rapport au reste des sorties cinéma.

Le film est une démonstration du talent de metteur en scène de Christopher Nolan, ce dernier choisissant un angle très malin pour lier les différents groupes d’individus qu’il suit. Avec une économie de mots, l’utilisation de l’espace temps permet au film de monter en puissance et de maintenir une tension tout du long qui est accentuée lorsque l’on comprend le parti pris qu’a choisi Nolan.

Dunkerque parle certes de patriotisme mais pas pour le montrer en étendard. Il fait comprendre comment à un moment de défaite cuisante pour les alliés et sans jamais montrer Churchill ni aucun homme de pouvoir, comment le peuple britannique s’est uni et redressé d’un coup, préférant tirer parti d’une débâcle atténuée pour inciter chacun à s’investir pour son pays et pour les hommes qui le défendaient. D’un épisode peu connu de la seconde guerre mondiale, Christopher Nolan tire un film mémorable où l’on vit la peur, l’abnégation de ces militaire coincés sur des plages avec des allemands se rapprochant d’eux et coulant les bateaux tentant de fuir. On vit ainsi une sorte d’enfermement à l’air libre, prisonniers d’un cul de sac naturel implacable.

Et au final Nolan retrouve une thématique qui traverse toute sa filmographie, celle de l’enferment intérieur, auquel se fait écho cet enfermement absurde et implacable.

Il signe aussi des scènes mémorables comme celle introductive de Il faut sauver le Soldat Ryan, sauf que c’est durant tout le film.

Les mots laissent la place à des corps qui tentent de survivre par tout moyen, et l’on se trouve fasciné par cette approche par la mer le ciel et le sable sur des temporalités différentes. En unifiant ces temporalités dans son final, Christopher Nolan donne une réalité très humaine à un récit qui aurait pu rester relativement froid et désincarné.

Là où il a été souvent reproché à Nolan son perfectionnisme laissant peu de place aux émotions, son travail millimétré laisse au contraire ces dernières s’exprimer, l’intellectualisation par de grandes phrases étant quasiment bannie du film.

Au final si Dunkerque est magistral, c’est peut-être parceque Nolan ne l’a pas tourné avec les codes du film de guerre mais celui du survival, aux prises avec les forces de la nature et celles du destin. Nolan s’intéresse aux limites de la résilience et à l’impact du temps sur cette dernière. La maitrise du temps est impossible sauf à travers un film. Et là Christopher Nolan choisit de raconter l’immédiat plutôt que de se plonger dans le passé comme il avait l’habitude de le faire. C’est un moyen de mettre les évènements sous tension. C’est en déconstruisant la linéarité de chaque destin de personnage qu’il créé du volume, de la matière palpable à cette histoire incroyable, donnant une densité au temps qu’il n’aurait jamais obtenue par un récit chronologique simple.

Il ne perd à aucun moment le sens du suspens et préfère ne pas donner de visage à l’ennemi car ce dernier est à la fois le temps, les allemands, la mer et c’est ce qui fait que certaines scènes relèvent plus du rêve /cauchemar de survie que de la réalité… mais en matière de rêve et d’illusions, Nolan est passé maitre, d’Inception au Prestige…et on espère qu’il conservera ce niveau et poursuivra sa livraison de grands films à un tempo tout aussi rigoureux.

 

N°6 – « Baby Driver » d’Edgar Wright

Résultats de recherche d'images pour « baby driver affiche »

Edgar Wright est ce genre de réalisateur avec un public de fans qui a toujours un peu de mal à passer la vitesse supérieure…et pour le coup, il signe son meilleur long métrage avec ce « Baby driver » qui sent grave le film culte en puissance !

« Le dernier pub avant la fin du monde » était barré mais conventionnel dans sa rupture de ton, « Scott Pilgrim » avait une bonne dose d’humour et d’action mais s’enlisait dans le film pour ados faussement rebelle, « Hot Fuzz » et « Shaun of the dead » étaient des parodies drôles mais là aussi trop référencées.

Ce qui rend incroyablement fun ce Baby driver, c’est que son concept n’est jamais écrasé par un déséquilibre entre les personnages, une baisse de régime ou une faute de goût improbable. Tout est huilé à un rythme qui force le respect, avec le même humour et la même cool attitude que d’habitude chez Wright mais une maturité inédite. Le film d’autant plus référencé que son héro fonctionne à la musique et donc à une bande son qui guide chacun des casses auxquels il participe. Et pourtant çà fonctionne à merveille grâce au talent de mise en scène d’Edgar Wright  mais aussi à ses acteurs, dont un  Kevin Spacey aussi énigmatique que menaçant et un Ansel Elgort qui arrive à devenir attachant là où il aurait pu être une putain de tête à claque, ce qui aurait saccagé l’histoire. Et son rôle étant aussi casse gueule qu’un autre Baby, à savoir celui de Johnny Depp dans Cry Baby, c’est assez balaise.

Le film est un excellent divertissement Rock’n Roll dont la coolitude obsessionnelle du réalisateur fait un bien fou. L’action est menée avec soin, les courses poursuites, genre de scène qui m’a toujours gavé, sont rondement menées.

Le film est élégant, virtuose dans son montage et deviendra probablement un classique. Courrez y !

 

N°5 – « Okja » de Bong Joon-Ho

039567

Bong Joon-Ho est l’un des meilleurs réalisateurs au monde, de « Memories of murder » à « Snowpiercer« , en passant par « The Host » ou l’excellent « Mother« .

La polémique cannoise autour de son nouveau film exclusivement produit par Netflix et ne sortant pas au cinéma mais sur la plateforme mastodonte, m’a un peu gonflé. Non que les détracteurs aient tord ou raison mais au bout d’un moment on parle de cinéma avant tout et « Okja » est une œuvre de cinéma très réussie.

Le problème est ailleurs, notamment dans le fait que Netflix ne finance pas avec son modèle le système français très particulier qui en fait notre exception culturelle ou ne paie pas ou très peu d’impôts en France. Mais ceci est davantage du domaine des choix et du courage politique de nos gouvernants que du débat entre sortie ciné ou pas sortie ciné.

Si nous revenons donc au nouveau film du maitre sud-coréen, le constat est qu’il choisit de mettre tant l’accent sur l’humour comme dans « The host » que sur la dénonciation des excès consuméristes et de l’hypocrisie du marketing bio. C’est souvent drôle, un peu surjoué par Tilda Swinton et Jake Gyllenhall mais au final le film est d’une efficacité redoutable. Il tape là où çà fait mal en montrant la monstruosité de l’abattage de masse et prenant partie pour la cause animale. Il le fait naïvement mais c’est cela qui rend Okja attachant et émouvant à bien des moments. L’animal en image de synthèse est très réussi et arrive à vous décrocher des larmes alors qu’il s’agit d’un gros cochon gris et çà, c’est balaise !

Mention spéciale à Paul Dano, toujours excellent mais là particulièrement dans le rôle d’un activiste écolo prêt à risquer sa vie pour libérer l’animal en question.

Bong Joon-Ho montre un monde caricaturé et pas forcément réaliste mais qui nous tend un miroir affligeant de notre mode de vie, les personnages portant des masques de théâtre pour mieux nous effrayer. Car au final, seule la petite fille est sincère et libre.

Le film parle de moralité et de la vanité de l’homme par un message fort et simple qui doit normalement toucher notre conscience. Sous ses airs de grand public, le film emporte le spectateur par sa générosité évidente, malgré la noirceur de son fond. C’est anticapitaliste, antispéciste et donc beaucoup plus politique qu’il n’y parait et c’est Netflix qui produit…et c’est lorsqu’Hollywood devient frileuse à produire ce type de sujets, qu’une firme ultra capitaliste s’en empare du moment que çà se vend!

Bong Joon-Ho a bien du se marrer en réalisant son film, car avec le recul, il utilise le cœur du réacteur pour le dénoncer et çà c’est sacrément gonflé!

Sauver le peu d’humanité qu’on peut dans une machine infernale de spectacle et de consommation, voilà le beau défi qu’a relevé Bong Joon-Ho, et c’est énorme !

 

N°4 – « La La Land » de Damien Chazelle

Ryan-Gosling-La-La-Land-Poster-05

Le réalisateur du très bon « Whiplash » il y a deux ans, revient et signe à 32 ans LE film dont tout le monde parle, ultra favori des prochains Oscars et c’est une comédie musicale !  Sur le papier c’était super casse gueule de faire chanter le très hype Ryan Gosling et la douce Emma Stone et de revenir à ce genre qui fit l’âge d’or d’Hollywood et repointe le bout de son nez de temps en temps…

Alors comment dire…le film commence par une grande scène de chansons dans un embouteillage, façon « Chantons sous la pluie » ou « Un Américain à Paris » et c’est certes ultra bien filmé mais on se dit que si c’est çà tout le temps çà va être chaud à suivre.

Puis l’histoire débute et c’est une rencontre, une histoire d’amour ultra classique entre une comédienne en devenir qui écluse les castings échec sur échec et un pianiste de Jazz qui aime un style que peu de gens connaissent vraiment. Et là, petit à petit, grâce au talent des comédiens et à la grande élégance du réalisateur, on se prend au jeu et avec sourire. La caméra devient légère, délicate et c’est disons le clairement, hyper bien mis en scène sur des chansons originales dont les textes sont d’actualité. D’ailleurs le grand talent du film est à la fois de rendre hommage aux classiques du genre et de redonner un coup de jeune et de modernité à la comédie musicale. Tous les codes sont là et pourtant çà fonctionne. Le lien entre les scènes, l’introduction d’éléments surréalistes, la beauté des décors, le jeu des acteurs, les situations comiques, tout y est.

Mais si le film s’était contenté d’une simple histoire d’amour, il n’aurait pas provoqué la très forte émotion que j’ai ressentie sur le dernier tiers. Car le film touche, comme beaucoup de grands film qui marquent, à quelquechose d’universel…l’amour contrarié certes mais surtout l’impact des choix de vie, des renoncements à certains rêves pour préférer un destin plus communs. Le film est par surprise empreint de réalisme et parle de la difficulté de confronter son propre égoïsme, ses propres peurs à des rêves plus naïfs….ou en quoi les « choix de vie d’adultes » ne rendent pas toujours heureux et laissent un goût amer…et « La la Land » s’envole littéralement vers de très hauts sommets, touché par la grâce. Le tour mélancolique et désenchanté de l’histoire est tout simplement bouleversant.

On ne peut qu’applaudir à tant de talents concentrés pour raconter en chantant et avec le sourire la magie d’un amour et la douleur de vivre sans.

Damien Chazelle a signé un petit bijou d’émotion et devient de fait l’un des réalisateurs Hollywoodiens dont on attendra avec impatience la suite.

Le personnage d’Emma Stone dit qu’il faut sans cesse donner des couleurs à la vie…Damien Chazelle en a donné au cinéma, assurément.

 

N°3 – « The Age of Shadows » de Kim Jee-Woon

122765

%25D8%25B51

Kim Jee-Woon est l’un des grands maitres sud-coréens aux côtés de Bong Joon Ho et Park Chan Wook. Et heureusement qu’il est là car son talent est immense !

Toujours très inspiré par le cinéma français et l’âge d’or hollywoodien des westerns, le réalisateur de « 2 soeurs« , « A bittersweet life« , « Le bon la brute et le cinglé » ou encore le génial « J’ai rencontré le diable » revient en très très grande forme.

Le scandale c’est que le film est disponible sur internet mais n’a aucune date de sortie prévue au cinéma en France.

Le film se passe dans les années 1920, alors que la Corée est occupée par le Japon. Un capitaine de police coréen collabore avec la police japonaise pour détruire la résistance coréenne. Il va tenter se s’infiltrer auprès de l’un de ses leaders, Kim Woo-jin.

« The Age of Shadows« est tout d’abord une déclaration d’amour à « L’armée des ombres » de Jean-Pierre Melville, et comment dire…il y a pire comme référence.

On y trouve l’héroïsme, le sens du sacrifice d’un petit nombre face à l’oppresseur tout puissant mais aussi le déterminisme, la volonté farouche et l’inventivité de la dissimulation. Et lorsqu’il s’agit de jouer avec le spectateur, de surprendre ce dernier tant par le scénario, brillant, que par des effets de mise en scène d’une efficacité redoutable, on peut compter sur Kim Jee-Woon.

Quel plaisir que de regarder un film divertissant, intelligent sur le rapport à l’honneur et à la réussite, sur la résiliance mais qui brasse des tas de thèmes avec une fluidité qui ferait pâlir nombre de cinéastes occidentaux. Car le réalisateur n’oublie jamais de garder le spectateur sous tension tout du long.

Je me suis fait à plusieurs reprises la réflexion en me disant « wouah la classe ! çà c’est du cinéma d’action malin, du vrai !« . La photographie est comme d’habitude d’un excellent niveau.

Ce thriller d’espionnage est malin, porté par les trois acteurs ultra stars en Corée et que vous connaissez probablement, Gong Yoo (« Dernier train pour Busan« ),  Byung-Hun Lee (A bittersweet life, Hero,  Le Bon, la brute et le cinglé, « J’ai rencontré le diable« ), et le génial Song Kang-Ho (Sympathy for Mr. Vengeance, Memories of Murder, Lady vengeance, The Host, Le Bon, la brute et le cinglé, Thirst, Snowpiercer).

Ce jeu du chat et de la souris est juste excellent ! Le double jeu des personnages et les effets de surprises sont un vrai bonheur de cinéphile.

Jetez vous dessus ! Ce sera l’un des meilleurs films de l’année.

 

N°2 – « Blade Runner 2049″ de Denis Villeneuve

blade-runner-2049-photo-996880

Denis Villeneuve est l’un des grands metteurs en scène du moment mais relever le défi de donner une suite à l’un des plus grands chefs d’oeuvre de la SF était un pari ultra casse-gueule.

Ridley Scott ne s’est pas trompé mais il a surtout concocté avec le scénariste du film original, une histoire qui ne réédite pas du tout la précédente et se permet de prolonger le film précèdent. C’est sans doute la première grande force du film, celle de ne pas tomber dans le piège de l’univers si marquant du premier. On retrouve évidemment l’ambiance de villes polluées, où les voitures volent et les hologrammes publicitaires sont géants. Un élément a cependant disparu…les gens. Villeneuve s’attarde en effet peu sur cette population qui grouillait de partout dans Blade Runner car dans ce futur du futur, l’humain a quasiment disparu.

Et c’est en sortant de la ville et en nous montrant à voir des paysages d’une beauté froide et glaçante, d’une humanité qui est obligée de cultiver sous serres sur des étendues infinies, que le film prend son propre envol, sa propre indépendance par rapport à son écrasant ainé.

Denis Villeneuve prend alors le temps de dérouler son histoire, certains trouveront trop mais pas moi. Je n’ai pas vu le temps passer tout simplement parceque la mise en scène est fluide mais que l’interprète principal, Ryan Gosling, est tout de même très fort lorsqu’il s’agit de jouer les taiseux.

L’histoire casse les a priori qu’on peut se faire en connaissant le film d’origine et surtout s’avère émouvante car elle s’intéresse à ce qui fait que l’on est humain. On s’humanise en se trouvant un sens, un objectif à sa vie …on a besoin de se sentir aimer et d’aimer en retour sinon pourquoi ? L’utilisation du personnage féminin holographique est une excellente idée, plus proche de Spielberg et d’AI que de Blade Runner mais non moins pertinente.

La thématique est aussi celle de l’humanisation face à la prise de conscience de l’immense solitude de l’humain face à la mort. Et c’est en cela que Blade Runner 2049 est un grand film. Sa thématique est différente de l’original et complémentaire.

Le seul problème est qu’elle ne se révèle pas facilement, l’émotion étant plus contenue que dans le premier film. Harrison Ford est très bon et son rôle ne fait pas figure de justification scénaristique. Seul le personnage de Jared Leto est un peu sous utilisé.

Denis Villeneuve utilise des décors en dur au maximum et use des effets spéciaux de façon intelligente, sans en foutre plein la vue et réussit à créer une identité visuelle aussi forte que l’original et pourtant différente.

Son film est contemplatif par moment mais ne se perd jamais dans une narration complexe, chaque scène étant justifiée malgré la durée du film.

« Blade Runner 2049″ est une grande dystopie, une histoire dépressive et triste mais tellement réussie. Le film manque peut être du lyrisme qui le ferait accéder au niveau du premier mais il a une qualité énorme pour ce genre d’entreprise, l’humilité.

 

N°1 – Ex Aequo 

« A Beautiful Day – You Were Never Really Here » de Lynne Ramsay

1695604

Il est rare de sortir d’une séance de cinéma en se disant qu’on vient de visionner un chef d’oeuvre instantané. Et pourtant Lynne Ramsay, qui m’avait déjà impressionné il y a 7 ans avec « We need to talk about Kevin« , vient de produire un chef d’oeuvre, un vrai.

Avec cette histoire de vétéran tueur à gage, traumatisé par son passé, à la limite du suicide, hors sol, Lynne Ramsay donne à Joaquin Phoenix un de ses plus beaux rôles et il en a déjà eu de sacrément bons. Son prix d’interprétation à Cannes est une évidence tant il incarne avec puissance cette masse brutale et fragile, totalement perdu, déshumanisé par les horreurs de la guerre et le boulot d’effaceur, naviguant en eaux troubles, avec pour seul repère sa vieille maman qu’il aime.

Et un jour on lui propose de récupérer une adolescente prostituée de force dans un réseau pédophile car c’est la fille d’un sénateur. Et là, il va trouver un sens à son existence, une rédemption pour ses pêchés.

Le film est magistral du point de vue de la mise en scène, de la bande-son stridente et parfois mettant de gros coups de pression sur le suspens. La caméra épouse totalement cet ogre barbu dont on ne sait si il veut mourir ou rester ce fantôme de la mort qui assassine des gens sans aucun affect. Il est la figure désincarnée car sans âme, des laissés pour comptes de l’Amérique, de types de l’Amérique pauvre envoyés en Afghanistan, et laissés dans leur puit sans fond à leur retour du front.

Le rapport entre cet homme fracassé et cette enfant victime de l’ignominie des adultes, est d’une grande sensibilité, romantique et désenchanté. Et pourtant le film est parfois quasi muet, l’économie de dialogues se justifiant par leur inutilité. Tout est sur l’écran, Joaquin Phoenix crève l’écran.

« A Beautiful Day » aurait dû garder son très beau titre d’origine « You Were Never Really Here« .

C’est un uppercut de cinéma, un très grand film qui deviendra un classique assurément. Courrez le voir ou ne prétendez pas « aimer » le cinéma. C’est l’un des deux films de l’année, avec « 120 battements par minute« .

 

N°1 – Ex Aequo

« 120 battements par minute » de Robin Campillo

120-battements-par-minute

Le Grand Prix du dernier festival de Cannes, qui a bouleversé la Croisette sort enfin et c’est un film important.

La première réussite est la direction d’acteurs de Robin Campillo, qui a été membre d’Act Up et çà se sent profondément dans le détail des échanges entre les protagonistes. Le lieu récurrent est donc l’amphithéâtre dans lequel l’association d’activistes se réunissait chaque semaine afin de discuter des actions à mener pour sensibiliser l’opinion publique, faire de la prévention contre le VIH et bousculer l’état, les corps intermédiaires peu actifs et les laboratoires.

La justesse et le naturel du jeu des acteurs qui s’invectivent et discutent de fond est bluffante. Bien sûr l’histoire d’amour entre le très attachant personnage joué par Nahuel Perez Biscayart et le garçon plus en recul joué par Arnaud Valois, permet au film d’avoir une ossature et un fil directeur. Mais l’ensemble des acteurs donne corps à cette rage qu’avaient les militants de réveiller les consciences et de choquer le public endormi. D’ailleurs le film montre très bien des homos qui début des années 90 fustigeaient le comportement d’Act up car ceci les dérangeaient, leur faisait peur et ils préféraient se voiler la face et nier la réalité de l’épidémie. D’autres scènes montrent l’incrédulité des adolescents dans les lycées, l’irresponsabilité des adultes refusant de parler de sexe et de capotes quitte à mettre en danger la jeune génération. Act up dénonçait le retard considérable que les campagnes de préventions mirent à s’installer. On y voit même une homophobie violente de jeunes filles préférant considérer que c’était une maladie réservée aux Pd.

Robin Campillo nous fait revive ce parcours d’une bande dont la plupart étaient séropositifs, de leurs divergences d’opinions, de leur volonté d’agir et de combattre plutôt que de laisser la maladie s’installer et les emporter. A l’image de Nahuel Perez Biscayart, le film fonctionne comme une force portée par des êtres humains qui n’ont rien à perdre.

Le film est politique, romanesque, à la fois porté par l’espoir d’obtenir des avancées et l’immense tristesse face à la disparition de certains. Mêlant la joie de la gay pride ou de relations amoureuses, l’humour des activistes, la colère de leurs actions ou de leurs débats, « 120 battements par minute » nous déchire aussi et nous tire des larmes lorsque le rideau tombe sur certains. Mais il le fait sans mélo, sans violons, juste porté par ce jeu encore excellent des protagonistes, dont la sincérité crève l’écran de réalisme.

Et puis le film a un scénario très bien construit, allant du collectif vers son couple de héros, de la force du groupe à la solitude face au déclin et c’est particulièrement fin dans la mise en abîmes.

« 120 battements par minute » est parsemé de morts mais il respire le désir de vivre et c’est ce qui fait que c’est un très grand film. Il vibre de la palpitation de ses héros qui ne veulent pas se laisser aller au déterminisme d’une maladie dont certains se foutent car elle vise les Pd.

Le film est passionnant de part ce qu’il décrit de cette lutte, emballant par sa vigueur et l’énergie des personnages, très émouvant et il aurait mérité la palme d’Or.

Il restera l’un des plus beaux films de l’année, digne, fier, et bouleversant.

 

Et comme d’habitude le podium de l’année :

best 2017

 

 

Et pour rappel, les classements précédents des huit premières années :

2009

 

2010

2011

2012

2013

Image1

2015

best 2016

Laisser un commentaire