« 3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance » de Martin McDonagh – critique du Blanc Lapin

Il y a déjà 10 ans, Martin McDonagh surprenait tout le monde avec l’excellent « Bons baisers de Bruges« , comédie noire particulièrement enlevée et drôle. Son second essai, « Seven Psychopathes » avait en revanche grandement déçu. C’est donc avec plaisir que l’on retrouve son talent avec cette histoire pour le moins originale.

La géniale Frances McDormand, épouse de Joel Coen depuis 34 ans (oui oui les frères Coen) tient la tête d’affiche et pourrait décrocher un Oscar après celui obtenu pour Fargo il y a 21 ans. On peut citer dans sa filmographie « Sang pour sang« , « Mississippi Burning« , « Hidden Agenda » de Ken Loach, « Short cuts » de Robert Altman, « Presque Célèbre« , « The Barber« , ou « Moonrise Kingdom » de Wes Anderson. Autant le dire tout de suite, elle mérite son deuxième Oscar.

Après des mois sans succès sur l’enquête sur la mort de sa fille, Mildred Hayes décide d’afficher un message dénonçant l’inaction du chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

Si le film fonctionne très bien, c’est qu’il alterne des scènes intimistes profondément douces et réalistes avec de la pure comédie jubilatoire portée par des situations et des dialogues ciselés.

Car tant pour cette mère détruite, son fils joué par l’excellent Lucas Hedges (Manchester by the Sea) que le shériff en fin de vie porté par un Woody Harrelson au top, nombre de scène font preuve de pudeur et visent très juste sur le recul qu’ont les personnages par rapport à leur vie passée, ce qu’ils ont vécu avec joie et la finitude de cette période. Martin McDonagh déclenche des éclats de rire dans la salle par l’absurdité des situations dont le mari de Francs McDormand et son frangin auraient pu en faire le sel d’une de leurs comédies.

Et c’est très drôle. Un personnage aide à déclencher ce rire, le génial flic raciste et débile joué par Sam Rockwell, excellent. Son personnage évolue d’ailleurs étrangement, ce qui donne au film une dimension particulière et un regard bienveillant sur cette Amérique paumée qui a voté Trump par ignorance et qui ne sait pas trop où elle en est.

Le casting du film est l’un des meilleurs de l’année réunissant aussi Peter Dinklage (Thyrion de Games of Thrones), ou Caleb Landry Jones.

Mais le film a aussi une profondeur, un sous-texte sur la vengeance, la justice personnelle et la capacité à pardonner l’autre alors que l’Amérique d’aujourd’hui est dirigée par un type vulgaire, violent et raciste. Le film ne donne pas de leçons balourdes, il est juste dans la générosité. Les personnages sont profondément attachants et émouvants tout en nous faisant marrer par leurs répliques assassines ou leurs comportements farfelus.

« 3 Billboards » est drôle, corrosif, audacieux et surprenant. Courrez y !

La piste aux lapins :

4 étoiles

 

 

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