« Un Couteau Dans le Coeur » de Yann Gonzalez – critique du Blanc Lapin

« Un Couteau Dans le Coeur » est typiquement le genre de film qui divise entre ceux qui détestent et ceux qui adorent. Je fais partie des seconds pour de multiples raisons bien que je comprenne tout à fait ceux qui ont trouvé le nouveau film de Yann Gonzalez proche du navet.

Car ce réalisateur très prometteur donne au cinéma français une respiration libertaire qui lui manquait depuis quelques temps, en forçant énormément le trait stylistiquement. Vanessa Paradis est particulièrement touchante dans le rôle de cette productrice de porno gay, dans les années 70, qui cherche à reconquérir la compagne qui vient de la quitter et dont les acteurs se font assassiner les uns après les autres. Nicolas Maury, qu’on a découvert dans la série 10%, apporte au film une touche décalée supplémentaire aux nombreux atouts du film. Il est la révélation du film et excelle dans chacune de ses scènes avec un mélange d’humour et d’autodérision qui font mouche.

Quant à Yann Gonzalez, il décide d’utiliser une bande-son mélancolique pour accompagner tant ses scènes de meurtre que les scènes de tournage de film de cul, mais choisit aussi de coller tellement à l’esthétique seventies et pop qu’il en devient caricatural. Et loin de me gêner, cette caricature créé une atmosphère, une bulle en dehors du temps qui renforce l’aspect mélancolique et libertaire de l’ensemble.

Ces individus n’ont rien à perdre et vivent en parias certes et au moment où un meurtrier les prend pour cible, une espèce de naïveté les maintient tels des animaux en pleine nuit surpris par les phares d’un véhicule. Ils restent incrédules face au destin et le film avance ainsi tel un rêve, baigné entre réalité, cauchemar et fantasmes. Des instants oniriques ou complétement perchés parsèment de temps en temps le film comme cette fin magnifique.

Le film mélange ainsi les genres, voire les sous-genres et la série B pour notre plus grand plaisir. Le mélo est attachant mais se transforme en comédie puis parfois en slasher, mais toujours en prenant des risques. Il marche sur un fil super casse gueule et çà fait plaisir de voir cette prise de risque et cet équilibre fragile fonctionner jusqu’au bout.

Le film dégage tant de la sensualité que des évocations poétiques sur un ton totalement décalé et donc rafraichissant. On voit rarement de l’audace dans la mise en scène dans les productions nationales du moment. Là il y en a une.

Alors oui, on peut trouver le film surfait, trop maniéré, trop clipé parfois ou on peut aussi se laisser porter par cette proposition de cinéma vraiment originale et gonflée, stylée. Un film étrange et lyrique à la fois extrêmement réussi.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

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