« Blackkklansman » de Spike Lee – critique du Blanc Lapin

C’est donc à 61 ans que Spike Lee, qui s’était un peu dilué dans des productions plus conventionnelles, revient en force et remporte le prestigieux Grand Prix du festival de Cannes 2018.

Il faut dire que pour ce retour détonnant, le réalisateur choisit de parler de nouveau de racisme mais use d’un ton humoristique et narquois d’une efficacité redoutable. Et ce qui est le plus réussi, c’est le décalage qu’il entretient en permanence entre le côté sarcastique et le fait que c’est l’adaptation d’une histoire vraie. On reste incrédule devant la crasse intellectuelle des membres du Klu Klux Klan que l’on entend et voit à l’écran. Il arrive à faire sourire de ces dangereux  fascistes pathétiques tant ils sont ridicules ou idiots puis à nous glacer le sang dans la foulée tant ils sont déterminés et sans aucune limite. A ce titre la fin du film joue à fond ce chaud froid et vous cloue au fauteuil.

« Blackkklansman » choisit donc la charge victorieuse contre Donald Trump et une partie de son électorat en revenant aux sources du mal. L’histoire se déroule donc au début des années 70, en pleine lutte pour les droits civiques. Ron Stallworth est noir et devient le premier officier noir américain du Colorado Springs Police Department. Il subit alors le racisme quotidien et ultra répandu de ses collègues blancs. Lui prend alors une idée saugrenue, il appelle le Ku Klux Klan et se fait passer pour un blanc. Sauf que sa façon ironique et caricaturale de déverser une haine sur les noirs marche tellement bien que le nazi à l’autre bout du fil n’y voit que du feu et lui propose d’intégrer le Klan. Ses supérieurs vont donc l’autoriser à les infiltrer via un collègue blanc qui jouera son personnage.

L’histoire du film est tellement absurde et les personnages infiltrés tellement hallucinants, que « Blackkklansman » ne peut que vous marquer par la justesse et la simplicité de son propos. Et Spike Lee a l’intelligence de le faire sans grande démonstration théorique. Son pamphlet politique use du rire et de invraisemblance de l’histoire pour dérouler sa mise en scène extrêmement fluide.

Mais il sait aussi rester dans sa thématique du thriller pour garder le suspens jusqu’au bout et ne jamais trop s’éloigner de l’horreur et de la bouillie conspirationniste qui flotte dans les cerveaux malades de ces  membres du KKK.

Le résultat est juste d’une efficacité imparable car il mêle action et réflexion tout au long du film. Il réussit à pondre un divertissement à partir d’une thématique qui ne s’y prête pas forcément et qui peut s’avérer pompeuse et casse gueule. Ce coup de poing militant fait du bien et c’est rassurant de voir Spike Lee revenir à ce niveau. Il nous manquait. La farce est féroce et pugnace, elle a un goût bien flippant sur la fin mais c’est de cette façon qu’on évite aux consciences de s’enkyloser. C’est l’un des rôles d’un cinéaste que de témoigner et s’en est un autre de divertir. C’est très fort de lier les deux. Et c’est d’autant plus fort de lier l’Amérique encore ségrégationniste des années 70 à une certaine Amérique fasciste de Trump.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

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