« Les frères sisters » de Jacques Audiard – critique du Blanc Lapin

Avec un casting pareil et le défi que le plus grand réalisateur français du moment s’attaque au mythe du western, en langue anglaise, on pouvait légitimement craindre le pire.

Mais Jacques Audiard n’aime pas les westerns et a bien compris qu’il n’y avait pas un style mais que le genre était protéiforme. Le western a ceci de magique qu’il pose immédiatement un cadre, une époque, et permet à l’artiste d’y développer ses propres thématiques.

Non seulement Audiard réussit avec les « Frères sisters » à passer ces obstacles mais il livre un film très personnel, d’une grande humanité, où l’émotion est pudique mais prégnante.

On va donc suivre deux frères hors-la loi, interprétés par les excellents Joaquin Phoenix et John C. Reilly.

Phoenix est l’un des meilleurs acteurs au monde et nous le prouve de nouveau dans ce rôle d’homme qui n’a connu que la violence pour survivre et a entrainé son grand frère, fatigué de ces tueries et qui cherche à se poser et à trouver un sens à sa vie. John C. Reilly est magistral, d’une très grande finesse malgré sa stature de mâle brutal. Et quelle relation passionnante que cette fratrie qui se protège et se perd dans une course contre la mort.

On y voit l’Amérique ancienne du far west, une nation enfant qui a défriché ces terres dures par nécessité vitale mais qui a mis du temps à instaurer une société organisée à cause de la cupidité individuelle. Puis elle a laissé place à un monde de progrès, où le capitalisme a émergé mais la transition aurait pu être différente. C’est d’ailleurs l’énorme surprise du film que de voir ces deux mondes se confronter et se rencontrer et parler d’idéalisme. Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed sont le côté lumineux de cette médaille. Leur jeu est parfait pour montrer sans mots leur ambition de sortir de cet âge barbare. Mais ils se trompent sur la direction qu’il prendra et c’est d’autant plus déchirant.

Le réalisateur garde toujours une hauteur de vue, un regard bienveillant et empathique pour ses personnages. Il aurait pu se planter en tentant l’expérience américaine (i.e avec des acteurs et une langue qui n’est pas la sienne). En effet, nombre de ses illustres prédécesseurs s’y sont cassés les dents.

Et pourtant Jacques Audiard signe une pépite d’émotion, grave mais onirique, parfois drôle et plutôt portée vers la lumière. Son film a de la profondeur d’esprit et il est incarné par des acteurs au sommet. Il s’agit probablement de l’un de ses plus grands films, prouvant qu’il reste une pointure dans le cinéma français d’aujourd’hui.

La piste aux Lapins :

4,5 lapin

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