Jean-Pierre Marielle est mort, un immense acteur sous-estimé

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Il est des morts qui font chier, vraiment.

Certes l’immense Jean-Pierre Marielle avait 87 ans et était atteint de la maladie d’Alzheimer, ne tournant plus…certes, sa carrière n’a pas été à la hauteur de son talent mais bon voilà. L’ami de Jean-Rochefort, Philippe Noiret, Bruno Cremer, Claude Rich et Jean-Pierre Belmondo n’avait pas en commun que le fait de faire partie de cette génération culte. Non il n’avait pas que cette voix inimitable grave et chaude, ce regard emprunt de malice, ce rire tonitruant, cette vulnérabilité si touchante. Il avait juste une présence immense à l’écran, une capacité d’incarnation immédiate qui dévorait ses rôles et les rendait follement attachants. Il avait la classe Jean-Pierre.

Je suis très triste ce soir car on perd un vrai monument, un vrai pan de notre culture populaire.

Aux plus jeunes qui ne le connaissent pas, j’aurais envie de dire que ce serait une faute culturelle que de ne point voire certains des films que je vais citer. Certes on peut s’en passer mais le talent çà doit s’apprécier pour mieux mesurer celui des autres ou juste profiter du résultat.

Alors Jean-Pierre c’était quoi au juste ?

Nommé 7 fois aux Césars, il fut snobé tant par la nouvelle vague que par l’académie et vous savez quoi ? On s’en fout complètement !

Week-end à Zuydcoote de Henri Verneuil ou Tendre Voyou de Jean Becker étaient de bons opus. Sans mobile apparent de Philippe Labro lui donne un autre bon second rôle aux côtés de Jean-Louis Trintignant.

L’excellent Que la fête commence de Bertrand Tavernier ouvre des années 70 fructueuses et un rôle iconique de vendéen rebelle au régent du royaume de France, looser magnifique. Le non moins pertinent et toujours d’actualité Dupont Lajoie d’Yves Boisset s’intéresse aux dérives du fascisme ordinaire. Le truculent Les Galettes de Pont-Aven de Joël Séria marquera toute une génération par son décalage idiot. Bertrand Blier lui fait tourner l’inégal Calmos en 1976 avec son copain Rochefort. Il trouve un rôle excellent et ambigu dans Un moment d’égarement de Claude Berri.

Coup de torchon de Bertrand Tavernier lui permet de jouer un double rôle dans l’un des meilleurs films du maitre quand Quelques jours avec moi de Claude Sautet permet de surprendre son monde par une sensibilité inattendue. Un de ses rôles les plus sombres en un flic désespéré sera dans l’excellent Les mois d’avril sont meurtriers de Laurent Heynemann.

On le retrouvera décalé dans Tenue de soirée de Bertrand Blier, Uranus de Claude Berri.

Le Parfum d’Yvonne de Patrice Leconte lui donne un rôle d’homosexuel savoureux tandis que le jouissif Les Grands Ducs toujours de Patrice Leconte lui permet de retrouver Rochefort et Noiret pour un numéro exceptionnel de cabotinage qui donne envie de dire merde aux emmerdes.

Un petit rôle dans le très beau Un, deux, trois, soleil toujours de Blier puis un plus grand dans Les acteurs. Son interprétation de Monsieur de Sainte-Colombe dans Tous les matins du monde d’Alain Corneau, mettra tout le monde d’accord.

A partir des années 2000, on peut retenir La Petite Lili de Claude Miller où le mal aimé Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet.

Et puis comment ne pas citer un téléfilm qui a toute sa place dans une filmo, l’excellent La Controverse de Valladolid de Jean-Daniel Verhaeghe aux côtés de deux autres monstres sacrés, Jean Carmet et Jean-Louis Trintignant, où le roi Charles Quint convoque fictivement des légats du pontificat pour trancher la question de la présence d’une âme chez les indiens du nouveau continent. De l’issue du débat en ressortira la poursuite de l’esclavage. Un film passionnant et superbement interprété.

Voilà, Marielle c’était un acteur populaire qui avait du panache et cette qualité est suffisamment rare pour vous la souligner ce soir.

Merci Monsieur Marielle pour tous ces superbes moments.

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