L’immense Kirk Douglas est mort, pas qu’un monstre sacré, un homme engagé et moderne

Kirk Douglas est mort à l’âge de 103 ans et si on en a parlé cette semaine, ceci m’a profondément attristé que les médias l’abordent aussi rapidement.

Car la mémoire est importante et les moins de 30-35 ans ne connaissent souvent pas l’acteur et n’ont même pas vu un film avec lui. Or ce n’est pas parcequ’il disparait à un âge très avancé que ceci excuse l’effort que doivent faire les plus âgés ou les cinéphiles pour parler de l’immense talent de cette icône de l’âge d’or d’Hollywood mais aussi du personnage.

Quelle classe merveilleuse que ce type venu d’un milieu pauvre, et qui jamais n’oublia ses origines, investit de son argent dans de multiples œuvres et combats sociétaux. Il s’investit comme Paul Newman, Marlon Brando ou d’autres pour la lutte pour les droits civiques. Il pris le parti de dénoncer le traitements réservé aux  indiens et surtout il fut l’un des rares à braver le maccarthysme.

Grâce à son poids de star il imposa Dalton Trumbo, immense scénariste blacklisé car communiste, comme crédit au générique de Spartacus et avec qui il retravailla. C’est grâce au courage de types bien comme lui que des idées avancèrent et que des comportements qui rabaissent l’humain, reculèrent. Ne pas le saluer dignement c’est une insulte à une mémoire collective et ce n’est pas responsable, surtout dans une période où les populismes ont accès aux média sans aucune borne.

Et puis il y a le talent le pur, la filmographie incroyable. Et non ce n’est pas parceque le public était trop jeune voir pas encore né que nous ne devons pas le clamer haut et fort et motiver ces derniers à voir ces chefs d’œuvres. La mémoire de la culture, la curiosité pour ces bijoux qui ont façonné le septième art et indirectement la culture populaire et les consciences, c’est juste indispensable.

On connait bien des peintres ou écrivains morts depuis des siècles, pourquoi pas des acteurs qui ont incarné des idées et des combats à travers des œuvres majeures.

Désolé d’enfoncer des portes ouvertes mais là franchement çà m’a gavé.

C’est donc Lauren Bacall, une amie déjà célèbre, qui lui mit le pied à l’étrier. La Femme aux chimères de Michael Curtiz, La Ménagerie de verre d’Irving Rapper, adapté de Tennessee Williams, Une corde pour te pendre de Raoul Walsh, Le Gouffre aux chimères de Billy Wilder, s’imposent dès le début des années 50 comme un acteur à part, jouant de son physique et étant prêt à incarner de sales types pour des histoires avec du fond.

Résultat de recherche d'images pour "Le Gouffre aux chimères"

En 1952, il enchaine deux chefs d’œuvre, le superbe western La Captive aux yeux clairs de Howard Hawks et Les Ensorcelés de Vincente Minnelli. Il joue dans ce dernier un producteur antipathique à souhait.

Résultat de recherche d'images pour "Les Ensorcelés"

Avec Vingt Mille Lieues sous les mers de Richard Fleischer, il devient mondialement une star dans cette adaptation très réussie du roman de Jules Verne.

La Vie passionnée de Vincent van Gogh de Vincente Minnelli lui donne un de ses plus beaux rôles, tout en nuances et subtilité.

Résultat de recherche d'images pour "La Vie passionnée de Vincent van Gogh"

Règlements de comptes à OK Corral de John Sturges devient un classique immédiat avec ce rôle de joueur de poker malade.

Il fait émerger Stanley Kubrick pour Les Sentiers de la gloire, brûlot antimilitariste et premier chef d’œuvre du maitre, censuré en France pendant 18 ans et l’un des plus grands films sur la première guerre mondiale.

Résultat de recherche d'images pour "Les Sentiers de la gloire"

Sa seconde collaboration avec Kubrick sera sur Spartacus, succès critique et public phénoménal. Le casting est incroyable autour de Laurence Olivier, Charles Laughton et Tony Curtis.

Ce blockbuster avant l’heure était surtout une œuvre politique forte, portée par Dalton Trumbo au scénario.

Résultat de recherche d'images pour "Spartacus kirk douglas"

Il retrouve Tony Curtis et le réalisateur Richard Fleischer pour Les Vikings, succès populaire et réussite artistique où il joue un home défiguré et là encore le bad guy.

Résultat de recherche d'images pour "Les Vikings kirk douglas"

Les années 1960 seront moins riches en succès critiques mais parsemées de bon films avec de grands réalisateurs  : Le Dernier de la liste de John Huston, Sept jours en mai de John Frankenheimer, Première Victoire d’Otto Preminger, Paris brûle-t-il ? de René Clément.

L’Arrangement d’Elia Kazan, avec Faye Dunaway est un film à redécouvrir qui marque la transition des années 60 à 70 avec une recherche formelle et des partis pris très originaux par un réalisateur alors maudit et délaissé de tous. Ce grand réalisateur de Un Tramway nommé Désir ou Sur les Quais, ce grand maitre qui fit l’inverse de Kirk Douglas et dénonça ses amis à la commission McCarty…et bien Kirk lui pardonna et eu un comportement digne dans la collaboration avec cet autre artiste repenti.

Résultat de recherche d'images pour "L'Arrangement kirk douglas faye dunuway"

Les années 1970 marquent le déclin avec de beaux moments comme Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz,  ou Furie de Brian De Palma.

Ce démocrate chevronné et engagé s’opposa encore à Trump il y a quatre ans, toujours énervé et farouche face à la bêtise et l’obscurantisme.

Kirk Douglas restera pour l’éternité l’image de Spartacus, cet esclave qui se battait pour de nobles causes dans la vie comme à l’écran. Un très très grand monsieur qui nous quitte et qui je l’espère sera redécouvert par les plus jeunes et surtout, pris en exemple de résistance, et de ténacité.

 

Laisser un commentaire