Michel Piccoli (1925-2020)

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Bon j’arrive un peu de retard faute de temps physique. Tout a été dit sur Michel Piccoli, qui nous a quittés cette semaine mais on n’en parlera jamais assez, pour que les jeunes générations le découvrent.

Cet immense acteur avait de la classe et tutoyait le talent des Philippe Noiret, Jean-Louis Trintignant, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle ou Michel Serrault. Une génération de grands acteurs qui ont en commun d’avoir galéré leurs premières années faute de ne pas être des jeunes premiers et qui ont éclos la quarantaine arrivant.

Piccoli a marqué l’histoire du cinéma par ses rôles parfois ingrats où il osait interpréter les râleurs, des sales types, des bourgeois, des médecins, au fil des filmographies de grands metteurs en scène qu’il traversait. Son talent immense était aussi de se transformer très souvent en double du réalisateur comme avec Jean-Luc Godard, Luis Bunuel, Jacques Demy.

Il se mettait totalement au service du film quitte à accepter des seconds rôles par simple intérêt pour le script alors qu’il était ultra célèbre. Il était de gauche et c’était par conviction et non par façade. Il avait LA classe, l’élégance de ces acteurs capables de folie et d’extrême humilité la scène suivante. Il était capable de provocation, l’exemple étant le film La Grande Bouffe de Marco Ferreri, qui renversa Cannes et on peut comprendre encore aujourd’hui tant le film est un doigt d’honneur salvateur. Et puis il était curieux et a tourné jusque très tard. Un superbe hommage de lui est à lire dans les Inrocks de cette semaine.

Le public le craignait parfois car il s’amusait des rôles difficiles. Il a traversé 64 ans de cinéma de français et italiens.

Il a obtenu pour Le Saut dans le vide, le Prix d’interprétation à Cannes en 1980, un Ours d’argent du meilleur acteur pour Une étrange affaire au festival de Berlin en 1982, pareil à Locarno pour Les Toits de Paris en 2007 , et le donatello (équivalent des Césars en Italie) en 2012 pour Habemus papam de Nanni Moretti. Jamais de César de meilleur acteur mais on s’en fout, nombre de grands acteurs n’ont pas été honorés. Il n’avait pas besoin de cela pour briller à l’international.

Sa filmographie parle pour lui tant il a cotoyé les plus grands cinéastes, qui l’ont re-sollicité à de très nombreuses reprises. La liste est prodigieuse, accrochez-vous : René Clair, Jean Renoir, Jean-Luc Godard, Agnès Varda, Jacques Demy, Henri-Georges Clouzot, Alfred Hitchcock, Luis Bunuel,  Costa-Gavras,  Marco Ferreri, Louis Malle, Marco Bellocchio, Ettore Scola, Claude Sautet, Claude Chabrol, Youssef Chahine, Manoel de Oliveira, Leos Carax, Elia Suleiman, Alain Resnais, Claude Miller, Jacques Rivette, Raoul Ruiz, Bertrand Blier,  Nanni Moretti. Pas certains de trouver un autre acteur français alignant un nombre si impressionnant de grandes collaborations.

Difficile de résumer une carrière aussi dense. On alors on essaie ?

Michel Piccoli, monument du cinéma français, est mort

D’origine bourgeoise avec des parents musiciens plutôt froids, Michel Piccoli débute chez Christian Jaque, joue dans un film à sketch de Jean Delannoy. En 1954, Jean Renoir lui donne un petit rôle dans son French Cancan. Pareil chez René Clair dans Les Grandes Manœuvres. Mais que des seconds voire troisièmes rôles.

Et puis milieu des années 50, il a 30 ans et il rencontre un ami qu’il va suivre fidèlement, Luis Buñuel ! Celui-ci l’engage pour La Mort en ce jardin, pour un petit rôle, mais ils vont tourner six films ensemble mais pas tout de suite.

Ce n’est qu’en 1962, à 37 ans, qu’on le voit dans Le Doulos de Jean-Pierre Melville, aux côtés de bebel, toujours second rôle mais qui va attirer les cinéastes. La gloire va bientôt frapper. Dix-huit ans de petits rôles à côtoyer hors plateaux Boris Vian, Jean-Paul Sartre et les artistes de Saint-Germain-des-Prés. Il sera le compagnon de Juliette Gréco durant. onze ans.

Michel Piccoli : retour sur sa carrière en images (PHOTOS) - Télé ...Michel Piccoli : retour sur sa carrière en images (PHOTOS) - Télé ...

En 1963, il enchaine deux grands films, Le Journal d’une femme de chambre de Luis Buñuel et bien sûr,  Le Mépris de Jean-Luc Godard, son premier « premier rôle », dans un chef d’œuvre de la nouvelle vague.

En 1965, il est du premier film de Constantin Costa-Gavras, le génial Compartiment tueurs, à voir absolument. Il poursuit ses seconds rôles mais chez du très très lourd avec La guerre est finie d’Alain Resnais, Les Créatures d’Agnès Varda.

Varda lui fait connaitre Jacques Demy qui l’engage pour un autre chef d’œuvre, Les Demoiselles de Rochefort.

confirme son engagement en faveur du 7ème art en soutenant la ...

Il retrouve Buñuel pour Belle de jour. Chef d’œuvre encore. Puis il tourne La Chamade d’Alain Cavalier et rencontre un autre réalisateur auquel il sera fidèle, Marco Ferreri avec Dillinger est mort.

Et pour terminer ce Cv rempli en 5 ans, il tourne en seconds rôles pour La Prisonnière d’Henri-Georges Clouzot et l’Etau d’Alfred Hitchcock. Il est devenu avec des rôles secondaires une figure incontournable du cinéma européen, à 44 ans.

Michel Piccoli : ses 10 films inoubliables - ElleLe Mépris, Belle de jour, Max et les Ferrailleurs... Les plus ...

Mais son statut va véritablement changer avec Les Choses de la vie de Claude Sautet où son couple qu’il incarne avec la sublime Romy Schneider, marque par la sublime histoire la naissance d’un immense réalisateur et la subtilité du jeu de Piccoli explose au grand jour.

Et l’entente et le résultat sont si inespérés que Claude Sautet l’embauche de nouveau l’année suivante pour Max et les Ferrailleurs, Même casting, autre chef d’œuvre et grande fierté du cinéma hexagonal.

Forcément sa carrière décolle et le voit chez Philippe de Broca (La Poudre d’escampette), Claude Chabrol (La Décade prodigieuse), L’Attentat d’Yves Boisset, Le Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel.

Il tourne comme un dingue, 4, 5 films par an mais il a du goût et il attire tous les plus grands en construction. A noter l’excellent Les Noces rouges de Claude Chabrol.

https://statics.lesinrocks.com/content/thumbs/uploads/2020/05/18/1454959/width-1125-height-612-quality-10/18465343jpg-r-1920-1080-f-jpg-q-x-xxyxx.jpgIl était une fois... Vincent, François, Paul et les autres - L'Express

En 1973, son copain Marco Ferreri l’embarque dans une face anarchiste sur le consumérisme, La Grande Bouffe, qui marquera le cinéma mondial avec un casting impressionnant, Marcello Mastroianni, Philippe Noiret, Ugo Tognazzi et Michel Piccoli donc.

Et il repart pour un second rôle dans Le Fantôme de la liberté de Luis Buñuel, avant de jouer dans le nouveau chef d’œuvre de Claude Sautet, Vincent, François, Paul… et les autresYves Montand, Serge Reggiani, Gérard Depardieu, Stéphane Audran, autre classique.

En, 1975, le Sept morts sur ordonnance de Jacques Rouffio, me glacera le sang et me fera faire des cauchemars lors de ses multidiffusion 10 ans après.

Un autre succès arrive en 1978 avec Le Sucre de Jacques Rouffio, suivi des très réussis Le Saut dans le vide de Marco Bellocchio pour lequel il reçoit le prix d’interprétation à Cannes et Atlantic City de Louis Malle.

Que les gros salaires lèvent le doigt ! | La France méconnue des ...PALTOQUET (LE) – RueDuCine | Notations et Avis de Films

Il aborde les années 80 avec ce statut d’acteur de renom obtient le succès critique et public avec Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre,  La Passante du Sans-Souci de Jacques Rouffio où il retrouve Romy, ou Que les gros salaires lèvent le doigt ! de Denys Granier-Deferre. Mais il y a d’autres noms de films que vous avez vus, il y en a tellement tant il tournait, Une chambre en ville de Jacques Demy,  Le Prix du danger d’Yves Boisset, La Nuit de Varennes d’Ettore Scola, La Diagonale du fou de Richard Dembo.

Autre carton critique/public avec Michel Deville et Péril en la demeure en 1984, Le Paltoquet en 1986.

Mais sa boulimie ne l’empêche pas de tourner pour la jeune génération et de participer au premier chef d’oeuvre de Léos Carax, le magnifique Mauvais Sang, premier grand film qui traite du Sida de façon poétique et imagée.

Mauvais sanghttps://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/styles/simplecrop1000/public/belle_noiseuse_1991_22_2.jpg?itok=YTlF92B5&sc=ef355902e10068bc84c2314bea440913

En 1989, ses retrouvailles avec Louis Malle donnent le joli Milou en mai, beau succès.

A 66 ans, il n’a plus rien à prouver et pourtant il sera un peintre particulier remarqué dans La belle noiseuse de Jacques Rivette.

Sa présence en tête d’affiche s’estompe mais il est toujours là, dans Le bal des Casse-pieds d’Yves Robert, chez Youssef Chahine (L’Émigré), Enki Bilal (Tykho Moon), Raoul Ruiz (Généalogies d’un crime), Pascal Bonitzer (Rien sur Robert), et lui-même dans Les Acteurs de Bertrand Blier.

Ayant tourné avec tout ce qui compte de maitres européens, il rencontre sur le tard Manoel de Oliveira pour le réussi Je rentre à la maison.

Habemus papam l'arnaque signée Moretti | itsgoodtobeback

En 2012, à 87 ans il tournera dans l’avant dernier film d’un autre recordman du septième art en terme de longévité, dans Vous n’avez encore rien vu d’Alain Resnais.

Et puis parceque parfois un bon esprit quelques part pense aux cinéphiles, deux rôles vont clôturer sa carrière, un second rôle dans le chef d’oeuvre Holy Motors de Leos Carax, un beau clin d’œil à cet acteur ayant si souvent accepté de petites apparitions dans de grands films. Et bien évidemment le très réussi Habemus Papam de Nanni Moretti.

 

Quelle carrière éclectique , surprenante, d’un acteur ayant su saisir le cinéma à chaque époque. Peut-être parcequ’il a commencé tard à être connu et qu’il a voulu rattraper le temps et emplir sa vie de sa passion jusqu’au bout.

Comme je le fais souvent lorsqu’un monstre sacré s’en va, je le remercie, pour toutes ces émotions passées par son être pour nous conter des histoires qui nous ont aidé à grandir, à être critique du monde et à se remettre en question ou tout simplement à observer.

« Je vois que celà s’éteint…j’aimerais ne pas mourir« , voilà son appréhension de la mort, comme nous tous. Mais lui, il laisse un sacré héritage.

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