« The Nightingale » de Jennifer Kent – critique du Blanc Lapin

Critique du film The Nightingale - AlloCiné

Le pitch : Tasmanie, 1825. Clare, une jeune irlandaise, poursuit un officier britannique à travers la Tasmanie pour se venger d’actes de violence qu’il a commis contre elle et sa famille, avec pour seul guide un aborigène.

Disponible sur OCS depuis le 09 mars 2021

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 Avec Aisling Franciosi, Sam Claflin, Baykali Ganambarr
On reconnait un grand film assez rapidement. Lorsqu’au bout de cinq minutes, on est happé par la mise en scène, le scénario, le jeu, l’ambiance.
« The Nightingale » est une totale réussite. La réalisatrice Jennifer Kent, repérée avec le film d »épouvante Mister Babadook en 2014, revient avec un film qui parle de condition féminine (ou plutôt d’absence de condition) dans une Australie d’une violence inouïe au 19ème siècle.
Elle décrit le racisme à l’état brut et pur. La violence des morts et des situations est forte mais impactante. On comprend toute l’horreur d’un comportement génocidaire de colons anglais bas du front et capables du pire, de nier l’humanité d’une femme ou d’un autochtone. La bêtise, la cruauté et la stupidité humaine, de ces blancs se sentant supérieurs et civilisés mais détruisant un autre peuple et s’abaissant à l’état de bêtes, c’est hélas le lot commun des envahisseurs sur tous les territoires du monde tout au long de l’histoire de l’humanité.
Jennifer Kent le montre crument et nous fait toucher du doigt la fragilité de la vie, l’absence de valeur donnée à cette vie par ces connards qui ont pavé notre histoire commune et l’ont façonnée. Alors forcément, on ne s’étonne pas de la violence actuelle car l’homme est un loup pour l’homme et encore le loup vit en meute. Ici bien des personnages sont immondes mais mention spéciale est à adresser à celui joué par Sam Claflin, qui trouve enfin un bon rôle. C’est d’ailleurs une bonne idée de confier ce rôle de sadique sans aucune conscience à part celle de son égo, à un beau mec, plastiquement séduisant mais à gerber de par son comportement.
Puis la réalisatrice nous plonge en pleine nature et jungle sauvage, hostile mais non du fait des animaux mais plutôt des hommes blancs qui la traversent avec brutalité. D’ailleurs le symbolisme de l’arrivée à la ville et de l’immersion dans un monde encore plus dangereux est extrêmement réussi.
Aisling Franciosi campe cette jeune femme pleine de rage et qui n’a plus rien à perdre. Mais là où plein de réalisateurs auraient transformé ce film de vengeance en thriller rythmé par une musique omniprésente, Jennifer Kent apporte tant un regard de femme vraiment nouveau sur le genre que des choix de mise en scène radicaux.
La violence n’est pas embellie ou scénarisée avec des choix de couleurs, de ralentis ou autres astuces. Non, elle est brutale, arbitraire et on ne l’attend pas, on la subit. Par ailleurs, l’absence de musique ancre encore plus le long métrage dans une absence d’artifice. C’est ce qui permet au film d’atteindre un niveau supérieur à la moyenne artistique, via également son choix de format d’image carrée, très resserré.
Cette guerre entre Aborigènes et britanniques en Tasmanie est un sujet relativement inédit et une période, un lieu de l’histoire rarement évoqué au cinéma.
Le film est nuancé quant à la psychologie de ses deux protagonistes, la femme et l’aborigène, interprété magnifiquement par Baykali Ganambarr, au regard inoubliable d’humanité, de révolte et de dignité. Leurs mentalités meurtries vont apprendre à se comprendre et à s’associer pour faire naitre une amitié. C’est là que « The Nightingale » décolle littéralement par le souffle de l’émotion qu’il apporte. La grande dignité du récit, âpre et de la volonté de survie pour se venger puis pour l’autre, c’est ce qui fait que le film devient très beau, très fort sans aucun sentimentalisme.
La puissance de « The Nightingale » est qu’il fonctionne comme un uppercut drainant des thématiques sociales très fortes, brulot pour la tolérance entre les peuples autant que divertissement rempli de suspens teinté de déterminisme voire de nihilisme. Cette dimension de vengeance d’une femme et d’un homme à qui on a tout pris sans aucune retenue, sans aucun contrôle, en leur marchant dessus, en niant leur existence, fait du film un objet cinématographique marquant.
Une grande réalisatrice est née, signant un excellent film à voir de toute urgence !
La piste aux Lapins :
4,25 lapins

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