« Des hommes » de Lucas Belvaux – critique du Blanc Lapin

Des hommes - film 2020 - AlloCiné

Lucas Belvaux est un réalisateur que j’apprécie, de sa trilogie Un couple épatant, Cavale, Après la vie il y a 20 ans à Pas son genre ou Chez Nous. Disons qu’il a un ton juste et évite de tomber dans la facilité malgré des sujets parfois touchy.

Le pitch : Ils ont été appelés en Algérie au moment des « événements » en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

L’idée de réunir les monstres que sont Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin est bonne sur la papier même si pendant les 15 premières minutes, on se demande si le film ne va pas être super balourd et finir par nous emmerder ferme. Disons que ces grands acteurs jouent le drame mais que e drame semble tellement fort qu’on se demande si tout çà ne pas pas retomber soit par lassitude soit par une suite pas à la hauteur. Et en fait ces scènes prennent tout leur lorsque le réalisateur s’immerge complètement dans le passé et la jeunesse de ces hommes, envoyés au front en Algérie. Mention spéciale à Yoann Zimmer et Félix Kysyl qui livrent une très bonne interprétation à ces jeunes soldats traumatisés.

Lucas Belvaux choisit de montrer l’horreur des deux cotés, français et algérien car la guerre c’est sale, c’est crade, c’est violent et la morale disparait. il choisit de nous montrer comment ces jeunes versent dans la monstruosité et la déshumanisation soit par endoctrinement colonial et culturel, soit par vengeance de leurs copains tués au front et comment dans le camp d’en face, jamais montré, les mêmes assassinats horribles sont perpétrés. En choisissant de ne pas montrer les félagats, le réalisateur a le courage d’assumer un discours qui n’a rien d’angélique ou de repentance masquant les atrocités. Il montre les deux mais souvent en contre champ, pour ne pas être complaisant avec cette violence. Son personnage principal qui abandonne sa foi et verse dans l’alcool et le cynisme au fur et à mesure de ce qu’il endure, est une vrai bonne idée, d’autant qu’on voit le résultat 50 ans après.

Les flashbacks et la voix off sont un atout indéniable au film, témoignage de toutes les lâchetés, et des raisons du silence de ces appelés qui ne parleront pas parcequ’ils ne peuvent pas décrire ce qu’ils ont vu. Cet effacement du libre arbitre au profit d’un Etat tout puissant a détruit des limiers d’espoirs et de vies, en plus des multiples atrocités et tueries de masse.

Les ravages de la guerre sont montrés avec grande retenue sur un sujet encore brulant et sur lequel ni la France ni l’Algérie n’ont pu panser les blessures. La justesse du propos est exemplaire.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

Laisser un commentaire