« Le discours » de Laurent Tirard – critique du Blanc Lapin

Le Discours - film 2020 - AlloCiné

Laurent Tirard avait surpris en 2018 avec le très bon Le Retour du Héros, comédie très enlevée avec Jean Dujardin et Mélanie Laurent, usant de stratagèmes théâtraux de portes qui claques avec des dialogues et un jeu d’acteurs de très bon niveau. Il faut dire que le réalisateur du Petit Nicolas ou Astérix et Obélix au Service de sa Majesté, n’était pas franchement connu pour être un artiste disruptif. Force est de constater qu’en adaptant au cinéma le livre du dessinateur de BD Fabcaro, le réalisateur a trouvé le matériau idéal pour poursuivre la démarche de son précédent film.

On y suit Adrien, attablé à un repas de famille, famille qu’il connait sur le bout des doigts et qui l’exaspère, alors qu’il attend un sms de sa copine, enfin sa peut être futur ex copine avec qui il est en pause, contre son grès.

Et alors que le repas s’éternise, son beau frère lui demande de faire un discours pour son mariage avec sa sœur. L’angoisse totale car quoi dire à part des banalités, surtout pour un mec timide et réservé.

L’une des grandes réussites du film est sa mise en scène hyper bien rythmée qui joue à fond la théâtralité en revenant toujours à l’unité de lieu de cette salle à manger familiale tout en rentrant dans la tête du héros pour des flashsbacks ou des illustrations vraiment drôles. Dès le début le coté théâtral est hyper assumé avec la présentation des acteurs et du metteur en scène par l’acteur principal, debout sur scène, tordant le cou à une habitude bien ancrée de présentation des équipes au début de chaque film depuis que le cinéma existe.

Les trouvailles et astuces visuelles sont vraiment réussies. Le fait de faire des arrêts sur image avec le héros face caméra qui exprime ses sentiments et ressentis tandis que sa famille est immobile comme sur pause, aurait pu virer au gadget fatiguant et vite lassant. C’est tout l’inverse, puisque le procédé donne du rythme à un scénario qui va chercher par ci par là des moments de vie.

Et le second tour de force de cette comédie est d’être drôle, très drôle, or c’est hyper rare de tomber sur un film intelligemment écrit, avec un scénario ne tombant pas dans le pathos lorsque les messages sont profonds et simples et arrivant à déclencher l’hilarité, oui ! L’hilarité ! Balaise !

Le film a ce coté universel en parlant des petits moments chiants du quotidien et de l’agacement des petits défauts de son conjoint, de ses frères et sœurs et parents. On y voit l’absence d’écoute des un et des autres et l’isolement lié aux habitudes, où chacun raconte sa propre histoire sans toujours parler de l’essentiel parceque c’est rassurant et plus confortable.

L’histoire est tout simplement bien écrite, avec finesse.

Évidemment, ce qui fait que le film décolle c’est son casting. Sara Giraudeau est émouvante et craquante. Kyan Khojandi, Julia Piaton, François Morel et Guilaine Londez sont excellents.

Mais la star, la star qui nait devant nos yeux c’est Benjamin Lavernhe, évidemment !

Bien que sociétaire de la comédie française, il a été découvert du grand public dans Le sens de la fête où il interprétait face à Jean-Pierre Bacri un marié exécrable mais tellement drôle. Puis il enchainait un super second rôle de meilleur copain de François Civil dans Mon inconnue. Et enfin vous l’avez peut-être vu en amant veule dans Antoinette dans les Cévennes l’an dernier.

Benjamin Lavernhe décroche ici son premier premier rôle dans un film suffisamment grand public pour qu’il se fasse un nom. Et sa carrière ne fait que commencer.

A 37 ans, il me fait penser à des acteurs comme Philippe Noiret, Jean Rochefort, Jean Pierre Marielle, Jean Pierre Bacri…des acteurs qui ont explosé sur le tard car ils n’étaient ni des jeunes premiers ni des monsieur tout le monde. Leur visage ou leur dégaine les rendaient atypiques et leur phrasé ou leur façon de jouer les rendait identifiables tant dans la comédie que dans le drame, avec toujours une sensibilité qui renversait le spectateur. Benjamin Lavernhe est exactement de cette veine là d’acteurs. Dans Le Discours, il alterne les émotions avec grâce et humour et porte le film sur ses épaules avec un talent évident. Je suis très content pour lui du succès probable du film et de la réussite artistique du long métrage. Il lui fallait un accélérateur de carrière ciné pour le plus grand bonheur des spectateurs (encore une fois en tant que sociétaire, il a du taf à vie). J’ai hâte de le voir déployer son talent dans plein d’autres rôles divers et variés. Rien que pour lui, le film vaut le coup d’être vu.

Le discours est très réussi et subtil, ce qui est rare sur de la comédie, genre complexe à tenir de bout en bout en équilibre.

La piste aux Lapins :

4,25 lapins

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