Archive pour le 15 août, 2021

« La loi de Téhéran » de Saeed Roustayi – critique du Blanc Lapin

15 août, 2021

La Loi de Téhéran - film 2019 - AlloCiné

Le pitch : En Iran, la sanction pour possession de drogue est la même que l’on ait 30 g ou 50 kg sur soi : la peine de mort. Dans ces conditions, les narcotrafiquants n’ont aucun scrupule à jouer gros et la vente de crack a explosé. Bilan : 6,5 millions de personnes ont plongé. Au terme d’une traque de plusieurs années, Samad, flic obstiné aux méthodes expéditives, met enfin la main sur le parrain de la drogue Nasser K. Alors qu’il pensait l’affaire classée, la confrontation avec le cerveau du réseau va prendre une toute autre tournure…

Pour son premier film, l’iranien Saeed Roustayi scotche tout le monde et se fait un nom aux côtés des plus grands dont Asghar Farhadi ou Jafar Panahi.

Dès les premières scènes il dévoile l’ampleur de sa mise en scène extrêmement fluide et qui use du symbole sans en faire des caisses. On y voit des policiers qui arrêtent des centaines de consommateurs de drogue dure, entassés dans un terrain vague entre des silos de bétons, de tous âges par c’est la pauvreté qui les a amenés là. L’exode des cette foule d’anonymes vers d’immenses prisons est juste bluffant car il dit tout de ce fléau ingérable sur place car sa racine est la misère. La première scène est une course poursuite à pied dans Téhéran entre un policier et un dealeur et le final est juste excellent tant il va jouer sur le reste de l’histoire à un moment inattendu.

Roustayi aurait pu être considéré comme ultra classique et peu critique de la société (le film est sorti en Iran et a cartonné) mais justement il montre « les bons », ces policiers qui traquent les dealeurs et tentent de démonter un réseau, avec un regard distant.

Le policier, anti héros joué par la star Payman Maadi (vu chez Asghar Farhadi) est jusque boutiste et d’une dureté incroyable. Alors qu’on apprend très vite que les peines peuvent aller rapidement à la peine de mort.

Il nous parle de corruption de la police comme une chose commune mais fait de ses personnages de bons policiers. Pourtant il n’existe pas de vraie solidarité entre ces flics et la cohésion n’existe pas car le régime l’empêche, chacun a peur des conséquences de ne pas être plus blanc et sans reproches que le voisin. C’est raconté avec suffisamment de finesse pour que le régime ne puisse rien redire au propos du film. Mais c’est bien là comme une déconstruction du lien social.

Puis à la moitié du film, le réalisateur renverse la vapeur et va nous parler du dealer, de l’énorme poisson qu’ils recherchent, après avoir décrit avec méthode et suspens les interrogatoires psychologiques et la façon de remonter la filière. Le personnage qui entre en jeu donne alors une dimension différente au film qui passe d’excellent polar à une introspection du milieu carcéral et d’où viennent ces anonymes dealeurs ou consommateurs. Il ne cherche pas d’excuses au mal, il l’explique juste avec humanité et des petites scènes toutes simples qui emportent autant l’émotion qu’elle révèlent une grande maturité de ce grand cinéaste qui nait devant nos yeux.

Après un film haletant, complexe, qui passe à toute allure telle la première scène de course poursuite, le cinéaste brosse un portrait édifiant et d’une efficacité redoutable, sans aucun pathos, juste factuel.

« La loi de Téhéran« est un très grand film politique et social tout en étant surprenant et en tenant en haleine du début à la fin.

Grosse claque !

La piste aux Lapins :

4,5 lapins

« Onoda, 10 000 nuits dans la jungle » de Arthur Harari – critique du Blanc Lapin

15 août, 2021

Onoda - 10 000 nuits dans la jungle - film 2021 - AlloCiné

Le pitch : Fin 1944. Le Japon est en train de perdre la guerre. Sur ordre du mystérieux Major Taniguchi, le jeune Hiroo Onoda est envoyé sur une île des Philippines juste avant le débarquement américain. La poignée de soldats qu’il entraîne dans la jungle découvre bientôt la doctrine inconnue qui va les lier à cet homme : la Guerre Secrète. Pour l’Empire, la guerre est sur le point de finir. Pour Onoda, elle s’achèvera 10 000 nuits plus tard.

Je ne connaissais pas cette histoire vraie de ce soldat japonais  resté 30 ans sur une ile des philippines, dans la jungle, pensant assurer la résistance en attendant que ses supérieurs lui donnent un signe.

L’histoire est tout bonnement fascinante tellement on reste incrédule devant la perte de repère au temps et la capacité des personnages (Onoda et 3 soldats fidèles) à se couper du monde en versant dans la méfiance de la manipulation des gens civilisés des villages. Ils vont s’isoler et vivre en autarcie, toujours sur le qui vive, et même tuer des innocents pensant toujours être en guerre.

On peut se dire que les personnages sont fous mais justement, hormis l’autopersuasion qui les incite à poursuivre le maquis sans se poser de questions, qui est en soit un peu dingue, le réalisateur Arthur Harari ne cherche absolument pas à tomber la facilité de ce type d’explication. C’est aussi que le lieutenant Onoda est sorti de cet enfer vert à 52 ans, puis a vécu jusqu’à 94 ans, a construit une seconde vie et a décrit dans une autobiograpophie les multiples détails de cette vie d’ascète qu’il détaillait dans des livrets. Il n’était donc pas fou mais formé comme une élite du guerriers solitaires et silencieux et a cru en la résilience de l’armée de son pays. On est scotché par ce patriotisme comme seul horizon, pour ces jeunes hommes qui n’ont quasi pas connu de femmes avant de s’auto-enfermer dans ce délire qui n’en n’était pas un pour eux.

La réalisation est fluide et Arthur Harari arrive à ne pas créer de longueurs malgré les 2h48 du long métrage ! Pour ma part, j’ai trouvé çà un peu long non que ça ne se finissait pas, le film est passionnant, mais j’aime la concision et les films de 3h demandent un certain effort qui coupera radicalement une partie du public. Un format resserré de 2h10 aurait permis probablement au film de rester plus longtemps à l’affiche et de ne pas rebuter certains.

L’expérience de voir ce film Onoda est cependant vraiment une chose à faire. Le film n’est pas cataloguable, à la fois lyrique et avec des plans très resserrés, à la fois long de par sa durée et parsemé d’aventures, métaphysique et brillant.

Un excellent film.

La piste aux Lapins :

4 lapins