« The Green Knight » de David Lowery – critique du Blanc Lapin

 

Résultat de recherche d'images pour "The Green Knight david lowery"

Sortie le 3 janvier sur Amazon Prime

David Lowery est l’un des réalisateur que je suis de très près car j’ai adoré « Les amants du Texas » et « A ghost Story » ou « The Old Man and The Gun », qui a marqué le dernier film de l’immense Robert Redford comme acteur.

« The Green Knight » est une adaptation d’un conte anglais où Sir Gauvain, chevalier de la table ronde, relève un défi que lui lance Le Chevalier Vert. Le curieux chevalier demande à ce qu’on le décapite. Contre cet « essai », il aura le droit lui aussi de tenter de décapiter le candidat un an plus tard. Sir Gauvain accepte et quitte son royaume un an après pour rejoindre Le Chevalier Vert.

Dev Patel incarne le rôle principal aux côtés de Alicia Vikander, Sean Harris et Joel Edgerton.

Disons le d’entrée, le film n’est pas facile d’accès en raison de choix radicaux du metteur en scène. D’abord il n’explique pas par un luxe de dialogues descriptifs qui est qui. On devine que le roi est Arthur par exemple et jamais son nom n’est prononcé. David Lowery invite donc le spectateur à se concentrer pour comprendre ce qui est très bien explicité mais pas présenté en énormes lettres.

Ensuite le réalisateur opte pour une certaine lenteur qui va rebuter une bonne partie du public et le laisser sur le côté. On aime « The Green Knight » ou on le trouve chiant à mourir. C’est ce genre de film qui demande l’effort de s’immerger pour aimer.

Mais lorsque l’on fait cet effort, le résultat est très très bon.

Les images de Lowery et les effets spéciaux sont sublimes et sa vision de la légende arthurienne la plus novatrice et originale depuis Excalibur.

La lenteur est en fait là pour créer une situation quasi hypnotique par rapport aux somptueux décors et mettre en relief cet homme qui veut se créer une image, une histoire alors qu »il est lâche et couard et n’a son titre que parcequ’il est le neveu d’une légende.

Et tout le film va traiter de cette parabole d’un homme médiocre qui souhaite s’acheter une conduite pour mériter de siéger à la table ronde, au milieu de ces vieux chevaliers tous aussi célèbres les uns que les autres. Sauf qu’on est dans la fin d’un monde. Les exploits des chevaliers est derrière, loin derrière et David Lowery se moque en partie de notre société de l’image et du storytelling personnel d’instagrameur en adaptant cette sous histoire des légendes arthurienne. Il en tire d’ailleurs une morale à double fond excellente à la fin.

Le personnage n’a pas tellement de morale, il négocie son aide et n’a rien de chevaleresque, y compris avec la prostituée qui l’aime. Les épreuves qu’il traverse prennent tout leur sens dès lors qu’on comprend dès le début qui est ce personnage.

On va donc croiser des bandits, un fantôme, un renard qui parle, des géants dans une scène fascinante ou un château irréel perdu au milieu des bois.

Le film est donc extrêmement réussi et exigeant mais il est loin des codes d’Hollywood d’aujourd’hui et prend son temps pour atteindre un impact bien plus fort qu’un simple film de capes et d’épées. Là où aujourd’hui le divertissement est roi et l’action est indispensable pour remplir le vide scénaristique, ici le réalisateur assume qu’il n’y a pas 15 000 actions à la seconde et qu’il va falloir prendre le temps de réfléchir au parcours du personnage. La magie opère alors avec force à tel point que si vous aimez, vous repenserez au film pendant plusieurs jours tellement il est marquant et original.

On voit rarement un tel acte nihiliste dans un film, porté avec autant de recul sur le temps qui passe, la mort et les enjeux d’une vie réussie. Un film visuellement somptueux et philosophiquement profond.

C’est très rare, d’autant plus dans ce style de film tourné sur l’imaginaire et le conte.

La piste aux Lapins :

4,25 lapins

 

Laisser un commentaire