« Revoir Paris » de Alice Winocour – critique du Blanc Lapin

Revoir Paris - film 2022 - AlloCiné
A Paris, Mia est prise dans un attentat dans une brasserie. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se rappelle de l’évènement que par bribes, Mia décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin d’un bonheur possible.

Sur un sujet aussi casse gueule que les attentats du 13 novembre 2015, qui restent pour tous encrés dans notre mémoire, il était très difficile de témoigner du traumatisme des victimes sans tomber dans un film pleurnichard, voyeuriste ou pathos.

Et pourtant, Alice Winocour, qui avait déjà montré toute sa finesse et sa sensibilité dans l’excellent Proxima, réussit l’impossible.

« Revoir Paris » reprend des éléments qu’on connait des témoignages, notamment des personnes cachés au Bataclan, des victimes abattues de sang froid alors que les tueurs passaient entre elles mais elle les transpose dans un restaurant et mixte les histoires. On sait que les personnages sont de fiction et que la situation n’est pas exactement la même mais elle arrive ainsi à faire percevoir toute l’horreur des divers attentats pour les victimes. Et au lieu de jouer sur un effet malsain de suspens ou d’horreur déplacée, elle va suivre l’une des victimes durant les mois qui suivent, jouée par une Virginie Efira décidément au sommet de son talent.

L’actrice porte le film sur ses épaules avec une telle retenue, une telle dignité et exprime son désarroi, ses interrogations, sa perdition avec un tel talent qu’elle mérite amplement un César en 2023.

Virginie Efira s’affirme comme l’actrice française du moment qui sait tout jouer avec un réalisme confondant.

« Revoir Paris »est un film magnifique de sensibilité et d’intelligence. L’émotion et les larmes sont difficiles à réprimer et pourtant la pudeur est très présente de bout en bout. Le scenario est également très intelligent car il met en scène la perception différente des victimes selon leur origine sociale et leur place dans la société et çà c’est très très fort. Comment des « invisibles » de la république ont vécu une telle tragédie alors qu’ils en vivent aussi au quotidien. Là aussi la réalisatrice aurait pu s’enliser dans un discours bienveillant et bateau mais non il est simplement universel et efficace.

Le film parle de comment se reconstruire avec d’autres vies brisées et faire face ensemble, être résilient et se relever.

C’est un très beau film, porté également par un Benoît Magimel décidément de retour au 1er plan et çà fait rudement plaisir.

La délicatesse du film et la force de son message sont la plus belle réponse que le septième art pouvait livrer face à la barbarie.

La piste aux Lapins :

4,5 lapins

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