Archive pour la catégorie 'Films – critiques perso'

Belmondo, un monstre sacré si attachant

11 septembre, 2021

Décès de Belmondo : vos hommages à Bebel le «magnifique» et vos films  favoris

Je ne ferai pas d’éloge funèbre longue de Jean-Paul Belmondo car en étant en incapacité d’écrire ces derniers jours, c’est un peu tard. Tout a été dit, écrit et l’hommage national aux Invalides était touchants et visait juste.

C’était le dernier de la bande du conservatoire dont mes adorés Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Claude Rich et Philippe Noiret.

Il avait l’air aussi sympathique en vrai qu’au cinéma, toujours blagueur, avec un humour et une humilité qui touchaient les français au plus profond d’où la vague d’émotion très justifiée qui s’est exprimée cette semaine.

Une part du patrimoine culturel français se tourne avec lui et la seule chose qui m’attriste ce sont les jeunes qui ne connaissent pas l’animal et les plus vieux qui n’ont pas vu ses premiers films de la nouvelle vaque, immenses, A bout de souffle et Pierrot le Fou de Jean-Luc Godard, Moderato Cantabile, Un singe en Hiver d’Henri Verneuil, Léon Morin PrêtreLe Doulos…L’Aîné des Ferchaux de Jean-Pierre Melville  ,  puis ses films plus grand public et funs à son image, Cartouche de Philippe de Broca, L’homme de Rio et Les Tribulations d’un Chinois en Chine de Philippe de Broca, Peur sur la ville d’Henri Verneuil, L’Alpagueur de Philippe Labro, Casino Royale de  John Huston, Le professionnel de Georges Lautner, Le magnifique de Philippe de Broca, Borsalino de Jacques Deray ou ses autres films exigeants encore dans les années 70 comme L’Héritier de Philippe Labro, Le Voleur de Louis Malle, Stavisky d’Alain Resnais et Itinéaire d’un enfant gâté de Claude Lelouch.

Notre conseil télé : «Un Singe en hiver», dernière tournée avec Jean GabinCinéma Utopia BordeauxJean-Paul Belmondo 1965 - « Pierrot le Fou » de Jean-Luc Godard © Georges  Pierre | Jean paul belmondo, Nouvelle vague, Pierrot le fouCritique : Léon Morin, prêtre, de Jean-Pierre Melville - Critikat

« Un triomphe » de Emmanuel Courcol – critique du Blanc Lapin

11 septembre, 2021

Un Triomphe - film 2019 - AlloCiné

Le pitch : Un acteur en galère accepte pour boucler ses fins de mois d’animer un atelier théâtre en prison. Surpris par les talents de comédien des détenus, il se met en tête de monter avec eux une pièce sur la scène d’un vrai théâtre. Commence alors une formidable aventure humaine. Inspiré d’une histoire vraie.

Kad Merad trouve un de ses plus beaux rôles et nous rappelle qu’il peut être très bon lorsqu’il ne cabotine pas chez des potes dans des comédies sous-écrites.

On pourrait penser que « Un triomphe » va jouer sur le côté lacrimo-social et en faire des caisses.

C’est vrai que le film n’est pas très surprenant dans le déroulé des personnages et de l’histoire.: Mais le scénario réserve des surprises, plutôt très bien vues et qui emporte l’émotion de façon subtile justement.

Les acteurs sont tous excellents et le film a ce coté feel good movie, positif à mort comme « The Full Monty » et bien d’autres films qui choisissent de parler d’une bande d’hommes sans avenir, isolés, qui vont se retrouver dans un exploit collectif et dans le regard des autres. En bon film choral, « Un triomphe » coche toutes les cases les unes après les autres et pourra en agacer certains mais moi je l’ai trouvé simple et sincère, ultra efficace.

Un très bon film populaire qui véhicule une image de tolérance avec quelques situations attendues mais beaucoup de vrais sentiments, plutôt que de « bons sentiments ».

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

« Une histoire d’amour et de désir » de Leyla Bouzid – critique du Blanc Lapin

11 septembre, 2021

Destination Ciné on Twitter: "Film de clôture de la Semaine de la Critique  #Cannes2021 et Prix du meilleur film au Festival d'Angoulême, UNE HISTOIRE D 'AMOUR ET DE DÉSIR a attiré hier... 2

Quelle superbe découverte que ce second film de la réalisatrice Leyla Bouzid, d’une délicatesse pour ses personnages qui vise très juste et vous emportera à coup sûr

Il est question de désir et d’amour pour de jeunes gens d’aujourd’hui, issus de culture musulmane, l’une étant étudiante tunisienne à Paris et le garçon un fils d’intellectuel algérien devenu chômeur en France quand ils ont immigré.

Mais le film ne porte pas de jugements et donne une vision de nouveau plu-ri culturelle de la cité, qui rappelle la réussite récente de « Gagarine« . En effet, on y parle d’êtres humains cultivés, liés entre eux par un quotidien certes pauvre et en cité mais le film donne un regard plus adulte et moins caricatural que ce que les médias et surtout les politiques populistes caricaturent.

Avec ce jeune garçon interprété avec grâce et sensibilité par Sami Outalbali, une vraie révélation, la réalisatrice donne une autre image du mâle musulman typé. Ahmed est cultivé, il aime les lettres, il est doux et surtout incroyablement respectueux de la femme. Il est romantique, oh combien romantique. Le film explique l’impact de la culture sur ce comportement qui semble très introverti par rapport à la liberté sexuelle des jeunes de son âge. Ce jeune homme idéaliste n’a pas perdu son pucelage et on va l’accompagner dans son éclosion. Il est touchant, parfois agaçant d’hésitation mais souvent le spectateur le porte, la réalisatrice nous collant en plans serrés à ce visage encore juvénile et ébloui par la beauté de cette jeune femme qu’il veut conquérir.

Il veut prendre son temps, il est idéaliste et çà fait un bien fou de voir un personnage comme cela, auquel vous penserez longtemps après la séance.

Face à lui, l’excellente Zbeida Belhajamor interprète cette tunisienne libérée qui est plus occidentale culturellement que son amoureux transi. Elle ne sait comment réagir, il lui plait, elle veut croquer la vie tout de suite, elle le désire mais lui se refuse. Les rôles sont inversés par rapport aux clichés, c’est l’homme qui se défile, se faufile, par peur, parce que passer le pas lui semble un obstacle impossible à franchir.

« Une histoire d’amour et de désir » est un très beau film sur la perte de l’innocence, la fin de l’enfance pour se jeter dans le grand bain. Mais c’est surtout un film très poignant et mignon dans tous les sens non péjoratifs du terme. On est touchés, émus par cette sensibilité exprimée avec autant de grâce.

La piste aux Lapins :

4 lapins

« Promising Young Woman » – critique du Blanc Lapin

11 septembre, 2021

Affiche du film Promising Young Woman - Photo 25 sur 30 - AlloCiné

Le pitch : Tout le monde s’entendait pour dire que Cassie était une jeune femme pleine d’avenir…jusqu’à ce qu’un évènement inattendu ne vienne tout bouleverser. Mais rien dans la vie de Cassie n’est en fait conforme aux apparences : elle est aussi intelligente que rusée, séduisante que calculatrice et mène une double vie dès la nuit tombée. Au cours de cette aventure passionnante, une rencontre inattendue va donner l’opportunité à Cassie de racheter les erreurs de son passé.

Critique en décalage de ce film sorti en mai 2021, à la réouverture. « Promising Young Woman » est un très curieux film, qui oscille entre les genres avec ce personnage de jeune femme brisée par un accident la vie qui nous est tenu secret et qui cherche à se venger.

Mais se renvenge movie nous amène sur de fausses pistes de style de film.

On pense qu’elle sera serial killeuse, non, raté. Et ainsi de suite le film nous tient en haleine et nous ballade avec brio, porté par une Carey Mulligan au top du top et çà fait super plaisir de la voir dans un premier rôle de poids, elle qui est trop rare au cinéma.

Le film est un brulot féministe qu un bien fou et surprend en permanence dans le bon sens. La qualité du scénario y est pour beaucoup.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

 

« La terre des hommes » de Naël Marandin – critique du Blanc Lapin

28 août, 2021

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Le cinéma français est en très très grande forme. Après les superbes films de genre « Teddy« , « La Nuée« , le magnifique comte « Gagarine« , pour ceux qui ont accroché la Palme d’Or Titane, le tour de force de mise en scène « Annette« , l’excellent polard « Bac Nord« , voici un nouveau grand film.

Sur le papier l’histoire de « La terre des hommes«   a tout du sujet ultra casse gueule.

C’est un peu #MeToo rencontre le drame paysan et donc forcément, mélanger deux thèmes sociétaux parmi les plus médiatisés de ces dernières années aurait pu franchement vriller putassier et facile.

Il n’en n’est rien grâce d’une part à une réalisation au cordeau, qui sait alterner caméra qui suit de dos l’héroïne, la prend en plan super serré lorsqu’elle est perdue, sait s’échapper pour filmer la campagne et l’angoisse, l’isolement qui peut se dégager de certains paysages.

Bien sûr, Naël Marandin filme l’emprise avec un Jalil Lespert en prédateur sans scrupules qui piège sa victime par son pouvoir et surtout sa manipulation. Les cadres sont physiquement étouffants. Et c’est en partie la force du film, que de ne pas tomber dans une histoire de viol évidente mais dans un viol perpétré par un prédateur qui met le doute, lui insère dans la tête tout le poids de la culpabilité. La scène est d’ailleurs très importante car elle montre sur quoi le prédateur va se défendre et surtout le fait qu’il est lui-même convaincu d’avoir recueilli un consentement. Cette nuance et ce double regard de l’un et de l’autre est sacrément gonflé mais donne une force, une puissance au propos.

Diane Rouxel est prodigieuse dans ce rôle et mériterait un César pour cette prestation intériorisé, ce regard de doute, puis de détermination, puis de peur, parfois mélangés ensemble.

Car  »La terre des hommes » parle aussi de la dureté du monde payant, avec un Olivier Gourmet en père aimant mais dépassé, toujours aussi excellent ou un Finnegan Oldfield, en compagnon à fleur de peau, qui se bat pour avoir des rêves, qui croit que le couple peut faire son trou dans ce milieu d’une dureté incroyable.

On y voit des ordures, des rapaces prêts à dépecer le premier collègue qui sera mis en liquidation judiciaire, dépendant d’autorités agricoles très politiques où le pouvoir est détenu par quelques uns, dont le loup de l’histoire.

Le film a donc cette double facette, ce double intérêt de traiter de la pauvreté paysanne, de la jeunesse paysanne qui voit tout de même de l’espoir et se bat pour des projets, confrontée à la froideur d’une administration gangrénée par quelques apparatchiks qui ont droit de vie ou de mort sur leurs rêves. Et face à cela, le  réalisateur ajoute le sujet de l’emprise.

La maitrise du sujet…enfin des sujets, le scénario taillé avec justesse, le jeu des acteurs impeccable font de « La terre des hommes«   une excellente surprise de cette rentrée de septembre.

La piste aux Lapins :

4,25 lapins

 

« Drive my car » de Ryusuke Hamaguchi – critique du Blanc Lapin

28 août, 2021

Drive My Car - film 2021 - AlloCiné

Il faut faire un certain effort pour vouloir voir ce « Drive my car« , film japonnais de 3 heures soit une complexité à trouver ce temps dans un agenda. Le film était l’un des chocs du dernier festival de Cannes et il est reparti avec le prix du scénario alors qu’on le voyait dans les favoris pour la Palme d’Or après son accueil critique unanimement dithyrambique.

Et c’est vrai que « Drive my car » est un très grand film, une réussite majeure qui fait exploser à l’international un grand cinéaste japonnais, Ryusuke Hamaguchi.

Moi qui déteste les films longs, j’ai trouvé le film fluide et certes baigné d’un rythme particulier mais sans scènes en trop.

Le réalisateur arrive à nous parler du deuil, de l’acceptation de la disparition de l’être aimé avec une très grande finesse dans son scénario justement, d’où cette récompense cannoise hyper logique.

On y suit un acteur de théâtre reconnu qui vit avec son épouse scénariste de télévision, qu’il adore avant qu’un drame le pousse loin de chez lui pour la mise en scène d’Oncle Vania à Hiroshima, avec des acteurs parlant des langues différentes dont la langue des signes. Et afin de ne prendre aucun risque d’accident, le festival qui l’accueille exige qu’une jeune chauffeur conduise sa voiture pendant toute la durée des préparatifs et de la représentation.

Bien sur la durée du film est utilisée pour développer divers personnages secondaires qui donnent énormément d’humanité et de touches fines au tableau que dresse l’auteur.

Surtout il fait se croiser deux être extrêmement seuls qui n’arrivent pas à faire un deuil, à passer à autre chose et qui sont emprisonnés tant dans leur vie passée, leurs souvenirs que l’absence de mots mis sur leurs erreurs, sur les regrets qui les dévorent, ce qu’ils auraient voulu dire au disparu, comment ils auraient pu éviter le drame. Le déterminisme et la fatalité qui se sont abattues sur ces personnages aboutissent à un message de vie et surtout un recul brillant sur comment exister dans un monde où l’être qui était tout pour soit n’est plus là.

Le film réussit à construire cette relation devant nos yeux sur la base de l’écoute. L’écoute de l’auteur dont l’épouse lui raconte ses histoires avant d’en faire des scénari et on comprendra pourquoi plus tard, l’écoute d’une cassette audio pour apprendre son texte, l’écoute par le chauffeur de tout ce qui arrive à son client avant d’interagir, l’écoute de l’acteur lorsqu’elle se confie, l’écoute des sept acteurs de théâtre qui lisent leur texte encore et encore afin d’atteindre une perfection de jeu…le scénario se renvoi des références, des clins d’œils et fonctionne de façon incroyable lorsqu’il explique les scènes passées et redéploie des scènes vues plus tôt qui prennent tout leur ses à la lumière de l’évolution de l’histoire.

Quel hommage aux conteurs et à la force de la parole pour panser les blessures et renaitre. Quel hommage à l’art en tant que tel, à cette pièce de théâtre d’Anton Tchekhov dont le héros dit à un jeune acteur que le texte lui répond quand on se l’approprie et qu’on lui parle, comme un être fascinant et vivant. Et là où « Drive my car » est très très fort c’est qu’il illustre ce propos qui pourrait être ultra théorique via quelques scènes plus loin qui ouvrent l’histoire et vous font dire « ouha, sacré dispositif scénaristique !« .

« Drive my car » est donc un film brillant d’intelligence, à la fois envoutant, sensuel et limpide. Et non le film n’est pas du tout chiant, loin de là. Il s’y passe de nombreuses choses même si elles sont souvent racontées mais c’est justement tout le thème et le tour de force du film.

La suggestion provoquée par les mots et le récit que font les personnages, récits qui s’enchevêtrent, est d’une ampleur assez bluffante, et d’une profondeur assez rare.

La piste aux Lapins :

4,5 lapins

« Bac Nord » de Cédric Jimenez – critique du Blanc Lapin

22 août, 2021

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Le pitch : 2012. Les quartiers Nord de Marseille détiennent un triste record : la zone au taux de criminalité le plus élevé de France. Poussée par sa hiérarchie, la BAC Nord, brigade de terrain, cherche sans cesse à améliorer ses résultats. Dans un secteur à haut risque, les flics adaptent leurs méthodes, franchissant parfois la ligne jaune. Jusqu’au jour où le système judiciaire se retourne contre eux…

Cédric Jimenez réussit un excellent polar en s’inspirant de ce fait divers réel et en assumant de prendre parti pour les policiers. Il faut dire que l’histoire est hallucinante et que l’emballement médiatique, le lâchage par la hiérarchie, les politiques donne un gout très amer, surtout que la partie la plus grave des charges a été abandonnée cotre ces trois policiers border lines. On attendra donc le procès pour savoir exactement ce qui est du domaine de la fiction et du devoir de réhabilitation.

Le film rend les personnages très attachants grâce à des punchlines vraiment drôles, des scènes d’action hyper bien réalisées et un trio d’acteur au diapason. Gilles Lellouche, Karim Leklou et François Civil sont tous les trois excellents, complétés par Adèle Exarchopoulos, toujours aussi juste, comme d’habitude.

La scène de prise de stup du film est impressionnante de violence et tous les échanges d’insultes et de torses gonflés avec les teneurs des cités sont absolument remarquables de mise en scène. Le danger et la noirceur sans retour de ces territoires perdus de la République est jetée à la gueule du spectateur.

La brutalité du quotidien vécue par ces flics qui pour un salaire de merde sont confrontés à la violence et au risque de se faire flinguer sans moyens est évidemment choquante en soit.

Jimenez insiste sur l’hypocrisie du politique qui exige des résultats chiffrés quels qu’ils soient mais demande d’éviter de casser les véhicules et d’entrer dans les cités.

L’intensité du film, son côté anxiogène sont très bien alternés par l’amitié qui lie ces trois individus convaincus de faire ce qu’il faut, d’utiliser les armes de dealers pour les faire tomber. Disons que l’institution policière n’en sort pas grandie de par la bienpensance et la frilosité qui en ressort, chacun cherchant à sauver sa peau plutôt qu’à être solidaire, surtout que la presse et la sphère politique s’emballent.

Le film est donc paradoxalement drôle par moment, testostéroné souvent, rythmé par une très bonne BO et un sens de l’action, un western moderne très bien réalisé.

La piste aux Lapins :

4 lapins

« Luca » – Pixar – de Enrico Casarosa – critique du Blanc Lapin

22 août, 2021

Luca - film 2021 - AlloCiné

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Les studios Pixar nous livrent des dessins animés tous les ans voire deux fois par an et la magie des années 1990 et 2000 est un peu retombée faute à des suites pas toujours opportunes. Mais de temps en temps, le talent de la firme à la lampe revient comme avec Vice Versa, le merveilleux Coco ou le récent Soul.

Second long métrage à ne pas sortir au cinéma mais sur la plateforme Disney Plus, l’opus Luca s’adresse à un public plus jeune et cherche moins à toucher les adultes, comme l’ont souvent fait les bijoux Pixar. Pourtant le talent est là tant dans l’animation que les beaux messages véhiculés avec simplicité mais aucune mièvrerie.

Car Luca, en parlant de deux enfants poisson cherchant à s’intégrer dans un petit village italien, cherche à atteindre plusieurs objectifs. D’abord, il parle de tolérance et d’acceptation de la différence, ce qui ne fait jamais de mal comme valeurs à inculquer aux petites têtes blondes. Il le fait de façon assez détournée en parlant de cette différence peu à peu au fil du film. Ce qui parait comme un Eldorado, la vie des humains, peut se transposer pour des classes populaires ou des enfants de couleur victimes de racisme et n’ayant pas accès aux mêmes mondes.

Ensuite le film est très enfantin et regarde les vacances, l’été du point de vue d’un village italien des années 60, en donnant une image idéalisée d’un temps révolu où la Vespa était le Graal et où toute la vie connectée d’aujourd’hui n’était pas utile pour être heureux.

Le film est visuellement très réussi et sait émouvoir ou faire rire au bon moment.

Ce n’est certes pas un Pixar majeur qui fera date mais c’est un très beau travail créatif qui traduit de façon fluide ce qu’est l’amitié enfantine, la possession de l’ami, le sentiment de trahison ou d’abandon quand l’autre grandit plus vite ou voit ses envies s’orienter totalement ailleurs.

Quelques part Luca parle de la solitude des enfants, de leur méchanceté parfois, de leurs jeux avec trois bouts de ficelle, avec une évidence confondante.

D’où la grande réussite du film.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

« OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire » de Nicolas Bedos – critique du Blanc Lapin

22 août, 2021

OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire | Madiana

Il est compliqué de passer après deux premiers opus très réussis et un réalisateur oscarisé, Michel Hazanavicius. Donc autant le dire d’entrée, Nicolas Bedos n’a pas le talent de son prédécesseur et le film est moins bon. Moins drôle, plus de longueurs, moins de rythme.

Après dire que le film est raté serait être de très mauvaise fois car le scénariste Jean François Halin est toujours là et réussit à faire évoluer le personnage en le montrant tout aussi bête et con qu’avant mais en lui donnant une dimension presque attendrissante par moments.

Et puis surtout, on rigole, rassurez vous et pas qu’une fois. Les gags sont au rendez-vous, on se moque allégrement de la centre Afrique et du racisme d’Etat et en ce sens « OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire«   fait le job. C’est juste qu’il ne surprend pas particulièrement.

Le personnage de Pierre Niney est bien trouvé et bien joué et permet d’apporter sa bonne dose d’opposition avec notre anti héros.

Jean Dujardin est juste énorme dans plusieurs scènes où il est confondant quand il joue le personnage dépassé par les évènements qui joue l’homme qui maitrise devant le jeune espion alors qu’on sent dans son regard qu’il ne comprend pas ce qu’il fait. Ce jeu dans le jeu est très bon et très drôle également.

Le film est donc sympathique et distrayant, ce qui est tout de même le but essentiel. Il est juste en dessous des attentes, ce qui ne gâche pas le plaisir de retrouver ce personnage iconique qui sait si bien renvoyer aux français la bêtise de leur suffisance historique.

La piste aux Lapins :

3,5 lapin

« Old » de M. Night Shyamalan – critique du Blanc Lapin

22 août, 2021

Old - film 2021 - AlloCiné

Il est possible que vous trouviez le film à chier. Car Night Shyamalan aime jouer sur les concepts comme tout au long de sa carrière, qui a décollé avec Sixième sens et Incassable il y a 22 ans avant de prendre l’eau avec « La jeune fille de l’eau » ahah puis Phénomènes, Le dernier maitre de l’air et After Earth.

Il a eu un retour en grâce en filmant de plus petits budgets, toujours sur des films concepts, The Visit, Split et Glass ayant tous bien marché.

Avec son nouveau film, il plonge donc neuf individus sur une plage paradisiaque dont ils ne peuvent pas sortir et sur laquelle ils vieillissent en version accélérée. On ne comprend pas pour quoi et le film accumule les mauvaises nouvelles et flingue les personnages les uns après les autres.

Ce petit jeu de  « c’est qui qui qui partira le premier » a quelquechose de ludique et glauque à la fois mais se regarde et tient plutôt la distance. Le problème est que certains trouveront çà nul et chiant car quand on comprend le concept, le suspens n’est pas à son paroxysme et le seul qui existe est de savoir pourquoi et y aura t il des survivants. Ce qui n’est pas ultra original.

Le film est plutôt bien mené mais divise énormément. Moi j’ai passé un moment distrayant en me disant que le film sera vite oublié mais mon conjoint a trouvé cela risible et long, ce que je peux comprendre aussi tant le concept s’évente assez vite et peut fatiguer.

La faute de Night Shyamalan est probablement d’avoir croqué des personnages pas très attachants et on se fout complétement de ce qui va leur arriver.

Le film se contente d’horrifique là où le concept aurait pu être bien mieux exploité et prendre une tournure philosophique intéressante.

Il ne garde de cela qu’un divertissement qui s’efface très vite. Dommage.

La piste aux Lapins :

3 lapins

« Little Fish (si je t’oublie je t’aime) » – critique du Blanc Lapin

22 août, 2021

Little Fish - Film (2021) - SensCritique

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Face à Netflix et Disney, UniversCiné se lance dans la SVOD - Born to WatchAprès les films, Orange Studio se lance dans la production de séries ! —  Just About TV

Olivia Cooke (Ready Player One) joue avec Jack O’Connell dans ce film de SF au pitch curieux, très actuel dans notre monde frappé par une pandémie.

« Little Fish », retitré  « si je t’oublie je t’aimes », soit un titre complétement con, est disponible en Vod et a été privé de sortie ciné malgré son réalisateur, Chad Hartigan, primé à Sundance et le très bon accueil critique.

Little Fish a un scénario assumé comme dans la veine de la série Black Mirror.

Un jeune couple marié est confronté à une pandémie mondiale qui efface la mémoire des gens.

Dès lors, comment ne pas sombrer et trouver une issue ?

Jack O’Connell a été découvert dans la série Skins version britannique puis dans le génial « Les poings contre les murs« , dans « Invincible » d’Angelina Jolie, « 71 » de Yann Demange, « Money Monster » de Jodie Foster et la récente très bonne série Netflix « Godless« . Comme d’habitude, il est et d’un naturel confondant. Pour jouer la copine qui tient bon face à son mec qui perd la mémoire, Olivia Cooke, qui sera l’héroïne du spin off de Games of Thrones, est elle aussi excellente.

Ajoutée à celà un scénario pour lequel on ne sait pas trop où il ira sans pathos particulier, et vous arrivez à un bon film. Ce n’est certes pas une claque, un grand film ou un objet filmique novateur mais le film est efficace et montre la perte de repères dans un monde qui sombre sans en faire des caisses.

Les acteurs portent vraiment le sujet avec grand talent.

La piste aux Lapins :

3,5 lapin

« La loi de Téhéran » de Saeed Roustayi – critique du Blanc Lapin

15 août, 2021

La Loi de Téhéran - film 2019 - AlloCiné

Le pitch : En Iran, la sanction pour possession de drogue est la même que l’on ait 30 g ou 50 kg sur soi : la peine de mort. Dans ces conditions, les narcotrafiquants n’ont aucun scrupule à jouer gros et la vente de crack a explosé. Bilan : 6,5 millions de personnes ont plongé. Au terme d’une traque de plusieurs années, Samad, flic obstiné aux méthodes expéditives, met enfin la main sur le parrain de la drogue Nasser K. Alors qu’il pensait l’affaire classée, la confrontation avec le cerveau du réseau va prendre une toute autre tournure…

Pour son premier film, l’iranien Saeed Roustayi scotche tout le monde et se fait un nom aux côtés des plus grands dont Asghar Farhadi ou Jafar Panahi.

Dès les premières scènes il dévoile l’ampleur de sa mise en scène extrêmement fluide et qui use du symbole sans en faire des caisses. On y voit des policiers qui arrêtent des centaines de consommateurs de drogue dure, entassés dans un terrain vague entre des silos de bétons, de tous âges par c’est la pauvreté qui les a amenés là. L’exode des cette foule d’anonymes vers d’immenses prisons est juste bluffant car il dit tout de ce fléau ingérable sur place car sa racine est la misère. La première scène est une course poursuite à pied dans Téhéran entre un policier et un dealeur et le final est juste excellent tant il va jouer sur le reste de l’histoire à un moment inattendu.

Roustayi aurait pu être considéré comme ultra classique et peu critique de la société (le film est sorti en Iran et a cartonné) mais justement il montre « les bons », ces policiers qui traquent les dealeurs et tentent de démonter un réseau, avec un regard distant.

Le policier, anti héros joué par la star Payman Maadi (vu chez Asghar Farhadi) est jusque boutiste et d’une dureté incroyable. Alors qu’on apprend très vite que les peines peuvent aller rapidement à la peine de mort.

Il nous parle de corruption de la police comme une chose commune mais fait de ses personnages de bons policiers. Pourtant il n’existe pas de vraie solidarité entre ces flics et la cohésion n’existe pas car le régime l’empêche, chacun a peur des conséquences de ne pas être plus blanc et sans reproches que le voisin. C’est raconté avec suffisamment de finesse pour que le régime ne puisse rien redire au propos du film. Mais c’est bien là comme une déconstruction du lien social.

Puis à la moitié du film, le réalisateur renverse la vapeur et va nous parler du dealer, de l’énorme poisson qu’ils recherchent, après avoir décrit avec méthode et suspens les interrogatoires psychologiques et la façon de remonter la filière. Le personnage qui entre en jeu donne alors une dimension différente au film qui passe d’excellent polar à une introspection du milieu carcéral et d’où viennent ces anonymes dealeurs ou consommateurs. Il ne cherche pas d’excuses au mal, il l’explique juste avec humanité et des petites scènes toutes simples qui emportent autant l’émotion qu’elle révèlent une grande maturité de ce grand cinéaste qui nait devant nos yeux.

Après un film haletant, complexe, qui passe à toute allure telle la première scène de course poursuite, le cinéaste brosse un portrait édifiant et d’une efficacité redoutable, sans aucun pathos, juste factuel.

« La loi de Téhéran« est un très grand film politique et social tout en étant surprenant et en tenant en haleine du début à la fin.

Grosse claque !

La piste aux Lapins :

4,5 lapins

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