Archive pour la catégorie 'Films – critiques perso'

« La forme de l’eau » de Guillermo Del Toro – critique du Blanc Lapin

25 février, 2018

Guillermo Del Toro fait partie de ces réalisateurs comme Tim Burton, Terry Gilliam ou Jean-Pierre Jeunet, qui ont fait carrière dans l’imaginaire et ont une identité visuelle forte, un style reconnaissable en quelques plans. Ils sont rares et en général ont un public fidèle, à juste titre. Le problème de Del Toro est que ses scénari n’étaient pas toujours au rendez-vous, ce qui a pu amoindrir le beau « Crimson Peak« . Cependant Blade 2, Les deux très bons Hellboy et Le Labyrinthe de Pan ont marqué chacun le genre fantastique.

Avec son lion d’Or remporté à Venise pour « La forme de l’eau« , le réalisateur mexicain signe à 53 ans son plus beau film, extrêmement réussi à tous les niveaux, à commencer justement par son point faible habituel, le scénario.

Chaque personnage est écrit avec finesse, et trouve dans le dispositif du film une place qui n’est jamais celle d’un simple faire valoir. Richard Jenkins (le père dans Six Feet Under) a un rôle à la fois empathique, drôle et émouvant dans cet homosexuel qui vit seul et cherche un amour impossible dans une Amérique intolérante et conservatrice. L’amie noire de l’héroïne représente une autre minorité maltraitée par cette Amérique blanche raciste des années 50 et 60. Mais ces laissés pour compte sont dépeints avec délicatesse, sans caricature ou trait forcé.

Le grand méchant est joué par un Michael Shannon au visage si expressif et flippant, représentatif du mâle Alpha dans toute sa splendeur et ses limites mentales dont la première est le manque d’imagination et de poésie. Guillermo Del Toro imprègne son long métrage d’un contexte historique comme dans L’échine du diable et Le Labyrinthe de Pan, renvoyant aux carcans d’une époque. Mais il rend aussi hommage à tout un pan du cinéma bis de ces années là, au premier rang desquels L’Etrange créature du lac noir dont est fortement inspirée le personnage amphibien du film.

Et puis il y a cette histoire d’amour, cette poésie entre Sally Hawkins, brillante en femme muette, pas très belle et cette créature subissant la torture d’humains trop cartésiens pour imaginer la différence. Guillermo Del Toro utilise son talent visuel, ses lumières et couleurs si particulières, baignées de bleu vert sous-marin. Mais il arrive surtout à nous conter une histoire qui aurait pu sombrer dans le ridicule complet alors qu’on contraire, son film décolle vers une légèreté, une finesse bluffante. Une scène de comédie musicale arrive avec une finesse exceptionnelle à faire s’envoler l’histoire vers de la pure poésie. Le film touche à l’universalité avec des messages simples, naïfs mais jamais faciles ou éculés.

L’émotion prends alors corps face à cette histoire de monstre et vous cueille quelques sourires et quelques larmes, gages de l’excellence de « La forme de l’eau ».

Le film est une belle fable féérique, loin du cynisme contemporain, qui parle de tolérance et couronne avec grâce l’un des grands réalisateurs de notre temps. Cet enchantement fera du film un classique.

La piste aux Lapins :

4,5 lapin

 

« Black Panther » de Ryan Coogler – critique du Blanc Lapin

25 février, 2018

Je n’aime pas les films Marvel de manière générale, leurs héros sont trop lisses, leurs histoires trop décousues et les supers pouvoirs trop délirants. Bref, je préfère le sombre de DC Comics et encore pas en ce moment vu le niveau plus que mauvais des Batman V Superman et autres Justice League pour ne pas parler de l’affligeant Wonder Woman.

Et puis bon les supers-héros, on en bouffe tellement depuis que Disney a racheté Marvel 4 milliards de $ et que la firme veut rentabiliser à mort, que ceci devient de l’overdose.

Alors pourquoi aller voir « Black Panther » si c’est pour couiner derrière ? Hein? Pourquoi ?

Et bien parceque j’étais curieux de voir ce que Disney – Marvel avait foutu de son projet clairement orienté vers un public se déplaçant moins dans les salles de cinémas et peu représenté sur grand écran au regard du poids de la population noire aux Etats-Unis…ou tout du moins dans des rôles secondaires.

Le résultat est regardable. Disons que le film ne lésine pas sur les moyens. Michael B. Jordan est un bon antagoniste, ce qui est plutôt rare chez Marvel et le casting est à 95% noir, ce qui fait en effet du bien.

Après les ressorts sont sans surprises et attendus, les images de synthèses pas toujours crédibles voir involontairement comiques, pour au final la livraison d’un film super-héroique consensuel. Les blacks ont donc désormais droit eux aussi à leur produit Marvel de masse sans beaucoup de saveur, est-ce ceci l’égalitarisme ? Pas franchement certain.

La piste aux Lapins :

2 étoiles

 

« Phantom Thread » de Paul Thomas Anderson – critique du Blanc lapin

24 février, 2018

Le grand Paul Thomas Anderson revient dans le Londres glamour des années 50, pour raconter le quotidien d’un grand couturier, Reynolds Woodcock qui habille stars, têtes couronnées et femmes fortunées…et il va nous décrire sa relation ambiguë avec sa nouvelle conquête, une jeune serveuse sans le sou.

PT Anderson est l’un de mes réalisateurs préférés, un de mes chouchous, et aligne les réussites avec « There Will be Blood » déjà avec l’excellent Daniel-Day Lewis, dont  »Phantom Thread » serait le dernier film, « Boogie Nights« , « Magnolia« , « Punch Drunk Love« , et bien sûr le film sur le créateur de la scientologie, l’excellent « The Master« . Et puis c’est le drame…il nous sort un « Inherent Vice«   vraiment mal ficelé, pas drôle, censé se rapprocher de Las Vegas Parano mais un peu chiant.

Hélas, ce « Phantom Thread » ne retrouve pas le niveau d’antan et le concert de louanges qui accompagne la sortie du film me laisse relativement stupéfait. Entendons-nous, l’image est léchée, Daniel-Day Lewis est parfait de classe et d’égoïsme froid dans ce portrait d’un artiste à la vie méthodique et calibrée qui ne supporte pas le moindre grain de sable dans sa superbe mécanique. De même Vicky Krieps est excellente dans ce rôle de jeune fille d’abord en admiration puis qui va peu à peu s’émanciper du monstre et foutre un joyeux bordel. Certains scènes sont drôles notamment lorsqu’une riche héritière alcoolique et vulgaire se marie avec un play-boy.

Mais ce film sur la création est selon moi trop froid justement. A vouloir trop verser dans le classicisme de sa mise en scène, Paul Thomas Anderson en oublie l’émotion. Elle est trop retenue, trop confinée et c’est un peu le même sentiment que j’ai eu devant « Carol » de Todd Haynes, dont la critique était exagérément dithyrambique, dont les acteurs étaient top et pour lequel je ne sentais rien se passer, pas d’émotion. Je suis un peu fermé à ce type de réalisation distante avec un jeu minimaliste tellement en nuances et tellement confiné qu’il me semble tuer toute proximité, toute empathie pour les personnages.

C’est un choix artistique qui en général ne me touche pas du tout. La délicatesse et la richesse du film sont comme étouffées par cette froideur. L’élégance manifeste de « Phantom Thread » ne le rend pas aimable pour autant et relativement difficile d’accès voire un peu long par moment. « Phantom Thread »  est extrêmement rigide et je n’en suis que plus déçu car il est compliqué d’être déçu par un réalisateur qu’on porte aux nues, d’autant plus lorsque la presse en fait des caisses. Dommage.

La piste aux Lapins :

3 étoiles

 

« Jusqu’à la Garde » de Xavier Legrand – critique du Blanc lapin

11 février, 2018

Ce premier film de Xavier Legrand est une grande réussite car sur un thème assez banal de divorce et de dispute sur la garde des enfants, le metteur en scène arrive à traiter le sujet de façon immersive et angoissante.

Pour se faire il commence par une scène inaugurale des deux ex-époux qui ne se parlent que par avocat interposé, face à la juge. Chaque avocat donne sa version et le doute est installé chez le spectateur. L’un des deux ment mais lequel ? Est-ce cette femme qui veut couper ses enfants de leur père par égoïsme et vengeance ou est-ce ce père qui est violent et dangereux comme le décrit son ex femme ?

Denis Ménochet est parfait dans le rôle car il est imposant, on l’imagine brusque et capable de s’énerver vite mais on ne peut s’empêcher d’être ému lorsqu’il s’effondre en larmes ou tente de faire comprendre à son fils qu’il l’aime.

D’ailleurs mention spéciale au petit Thomas Gioria qui exprime avec finesse un mélange d’attitude rebelle du pré-adolescent avec une vraie peur.

Léa Durcker est tellement fermée et son regard en dit tellement long qu’on ne sait pas ce qui s’est passé.

Xavier Legrand va alors construire son film comme un thriller haletant, angoissant où tout peut arriver, même le pire du pire et on le sent à chaque instant. Il utilise les codes du film d’épouvante pour bien insuffler au long métrage l’horreur que vit cette famille.

Le film est bouleversant par moments et bascule dans l’oppression en simples spectateurs d’une famille sonnée, sous le choc et qui tente de reprendre vie.

Les violences conjugales ne sont pas des thèmes qu’on a forcément envie de voir au cinéma sauf qu’ici Xavier Legrand a compris comment sortir du quasi documentaire, comment tenir le spectateur en haleine et créer un suspens.

Cet exercice de style est d’une profonde maitrise, dépassant son sujet de société pour vous clouer au fauteuil dans un final que vous ne risquez pas d’oublier.

Un grand réalisateur est né.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

« Sparring » de Samuel Jouy – critique du Blanc Lapin

4 février, 2018

Mathieu Kassovitz a découvert sur le tard la boxe qui est devenue une passion et il en a profité pour monter ce film. ll incarne Steve, un boxeur de 47 ans, qui a perdu 33 combats sur 49 et qui, pour payer  un piano à sa fille, va devenir sparring d’un grand champion. Il s’agit de servir de boxeur pour entrainer un champion, ce qui s’avère dangereux et passablement humiliant en terme d’égo.

Entendons nous tout de suite, il ne s’agit pas du tout d’un « The Wrestler » d’Aronofsky à la française. Non, le film lorgne vers le film social mais pas vers la recherche d’une rédemption. Il détaille avec délicatesse le quotidien de ce couple qui vit de peu, de leur fille en qui ce père à la carrière-passion ratée projette un espoir de réussite dans le piano. C’est beau et assez classique dans l’histoire et le genre mais le film est bien réalisé et très bien interprété par Kassovitz, habité par son rôle.

La pudeur de la relation père-fille est très réussie ainsi que cette notion de transmission de la passion et de la persévérance.

Cette justesse n’atteint hélas pas un niveau qui aurait rendu le film mémorable, peut être par son humilité. Le film est touchant mais tout de même un peu conventionnel. Il vaut cependant le détour.

La piste aux Lapins :

3 étoiles

« Wonder Wheel » de Woody Allen – critique du Blanc Lapin

3 février, 2018

Décidément, lorsque le maitre New-Yorkais remonte le temps, ceci lui sied à merveille. Après son très bon « Café Society » il y a deux ans, Woody décide de planter son décors à Coney Island, dans les années 50 et il le fait de façon théâtrale. Car oui, « Wonder Wheel » est un hommage au théâtre des plus brillants. Il suit Giny, cette femme serveuse à la vocation d’actrice ratée par un mauvais choix de vie, qui se retrouve vivre avec un homme ex alcoolique qu’elle n’aime pas, en plein milieu d’une fête foraine perpétuelle qui lui donne des mots de tête. Elle est malheureuse et sans perspective.

Là, Giny, malgré son caractère de star déchue lunatique qui voit tout en noir, rencontre un bel homme, écrivain en devenir, poète, interprété par un Justin Timberlake au cordeau. Sauf que leur passion va se trouver vite contrariée par la fille de l’époux trompé, pulpeuse blonde à la vie bien plus trépidante que sa belle-mère quarantenaire, poursuivie par la mafia soit un enjeu bien plus romantique pour le jeune homme. Au milieu de ce drame, Allen n’oublie jamais son humour incongru avec notamment ce gamin, ce fils indéfectiblement pyromane.

Kate Winslet, qui interprète cette Giny tantôt insupportable tantôt pathétique, nous prouve  encore une fois qu’elle est l’une des plus grandes actrices de sa génération, convoquant la Vivien Leigh de « Un tramway nommé désir » dans un hommage à peine voilé. Et voir surgir l’immense Tennessee Williams  chez Woody Allen, c’est plus surprenant que d’y voir cité et référencé Tchekhov, son autre source d’inspiration de « Wonder Wheel ».

Kate Winslet est juste prodigieuse et magistrale dans cette perdition d’une femme qui a cru être sauvée et se voit de nouveau happée par les fantômes de ses échecs.

Le hasard et le destin sont particulièrement cruels dans cet opus de Woody Allen mais le film est au final l’un des meilleurs de ses dernières années. Un excellent cru.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

« Rebel in the Rye » de Danny Strong – critique du Blanc Lapin

28 janvier, 2018

Pas sûr que ce film avec Kevin Spacey ne sorte au cinéma compte tenu du scandale récent et du fait que la carrière de l’acteur est carbonisée.

Pourtant ce biopic sur J.D Salinger, auteur de l’attrape-coeurs, n’est pas inintéressant.

Nicholas Hoult campe avec talent le jeune écrivain, avec des lentilles noires pour cacher ses yeux trop bleus ! un comble…Hoult est donc comme toujours au top niveau jeu. Le problème du long métrage est peut-être sa mise en scène trop sage, ce qui est toujours mal venu pour un biopic.

En revanche l’histoire se regarde avec curiosité. On y voit un enfermement progressif, traumatisé par la guerre, et refusant la gloire, les interviews et la starification.

Le film montre comment le hasard créatif peut être soutenu voire musclé et guidé par un professeur, un éditeur, ce qui pour le coup différe de l’image classique de l’artiste qui nous est projetée. On chemine donc jusqu’à cet éclair de génie vers la production de l’unique chef d’œuvre de J.D Salinger.

Le film n’a rien de grandement mémorable mais il est réalisé et joué avec conviction et j’ai découvert le personnage à défaut de voir un objet cinéphile de haute facture.

La piste aux Lapins :

3 étoiles

« Pentagon Papers » de Steven Spielberg – critique du Blanc Lapin

28 janvier, 2018

Steven Spielberg est l’un des grands maitres du septième art, connu et reconnu tant pour ses chefs d’œuvre de divertissement (Les dents de la mer, Indiana Jones, Jurassic Park,Catch me if you Can), ses films de SF ( ET, Rencontre du troisième type, Minority Report, La Guerre des mondes), que pour ses films historiques souvent engagés (Il faut sauver le soldat Ryan, Munich, La liste de Schindler, Lincoln, Le Pont des Espions).

Ici c’est dans cette dernière catégorie que Steven, 71 ans, nous revient avant de cartonner probablement de nouveau dans le gros film SF d’ici deux mois avec « Ready Player one« .

Et que de mieux que de donner un double rôle en or à deux acteurs multi oscarisés, son ami Tom Hanks, et l’immense Meryl Streep, 68 ans et toujours aussi impressionnante.

En s’intéressant à cette histoire antérieure de 3 ans à l’affaire beaucoup plus connue du Watergates, Spielberg décrit une enquête journalistique et un courage d’hommes et de femmes qui ont permis au quatrième pouvoir de s’affirmer via la Cour Suprême et de donner la possibilité au Watergate d’éclater.

Alors certes, on est tous derrière ces journalistes courageux, cette femme victime d’un sexisme bien ancré et il y a comment dire…des bons sentiments. Mais là où ceci devrait sonner comme une évidence, les récents évènements à Hollywood ou en Amérique avec un Trump qui bafoue et attaque la presse de façon quotidienne, et bien ceci fait du bien. En démocrate convaincu qu’il est depuis toujours, Spielberg a voulu faire un film militant en regardant dans le rétroviseur. La générosité de son regard associée à son talent de mise en scène et de conteur d’histoires font de ce « Pentagon papers » un film nécessaire. On y voit une éthique et un courage qu’il faut montrer puisque ce n’est pas tant une évidence que cela.

Cette femme propriétaire du Washington Post va braver ses contraintes et pressions sociales pour autoriser la publication d’articles sur des documents classés confidentiels mais remettant en cause l’éthique des politiques, y compris de ses propres amis. Et son rédacteur en chef joué par le toujours très bon Tom Hanks, va enchainer avec elle des discussions sur la complicité avec le pouvoir, le rôle du journalisme et chacun va reconnaitre ses erreurs. De là va naitre une nouvelle idée du journalisme, désireuse de se tenir à distance du copinage avec les politiques là où tout était mélangé dans les années 60.

Et puis c’est un film profondément féministe sur une femme qui s’affirme alors que depuis des années elle dirige le journal pour aider, pour remplacer son défunt mari. Les hommes continuent à lui conseiller très vivement ce qu’elle doit faire et même lui conseiller de passer la main car c’est une femme. Et peu à peu sa fierté va se révéler au contact de cette affaire.

Spielberg est malin car il associe cette émancipation du journalisme par rapport au politique à cet affranchissement du diktat des hommes sur le destin d’une femme. C’est bien évidemment jouissif ! On en ressort avec de beaux principes et toujours cette luminosité et cette foi sans faille qu’a Spielberg dans l’humain. Mais le réalisateur ne verse pas dans le manifeste facile et mélo et ne perd jamais de vue que son film doit être fluide. Il le présente donc en thriller au rythme redoutablement efficace.

« Pentagon Papers » est un grand film politique, haletant, engagé et qui vise juste.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

« Golem, le tueur de Londres » de Juan Carlos Medina – critique du Blanc Lapin

28 janvier, 2018

Voici donc l’adaptation d’un livre qu’a failli tourner mon chouchou, Terry Gilliam, il y a 10 ans et que Juan Carlos Medina reprend avec un talent certain.

Avec cette histoire de pseudo Jack l’éventreur dans un Londres de 1880, on aurait pu craindre un certain déjà vu. Et c’est la première bonne surprise du film puisqu’il s’intéresse certes à une enquête sur d’affreux assassinats bien gores mais le rythme du récit et surtout son univers changent un peu.

Déjà, Bill Nighy est parfait en enquêteur vieillissant à la carrière derrière lui, qui veut prouver qu’il peut réussir avant de prendre sa retraite. Ensuite tout tourne autour de l’univers du théâtre, avec un personnage mégalo et fantasque joué par le toujours canon Douglas Booth.

Le scénario est bien ficelé et pas caricatural, la qualité des décors et des effets spéciaux sont également une bonne surprise pour ce film sorti en VoD. Enfin, le suspens fonctionne bien tout du long.

La mise en scène est élégante et aboutit à un bon thriller horrifique.

La piste aux lapins :

3 étoiles

 

« 3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance » de Martin McDonagh – critique du Blanc Lapin

28 janvier, 2018

Il y a déjà 10 ans, Martin McDonagh surprenait tout le monde avec l’excellent « Bons baisers de Bruges« , comédie noire particulièrement enlevée et drôle. Son second essai, « Seven Psychopathes » avait en revanche grandement déçu. C’est donc avec plaisir que l’on retrouve son talent avec cette histoire pour le moins originale.

La géniale Frances McDormand, épouse de Joel Coen depuis 34 ans (oui oui les frères Coen) tient la tête d’affiche et pourrait décrocher un Oscar après celui obtenu pour Fargo il y a 21 ans. On peut citer dans sa filmographie « Sang pour sang« , « Mississippi Burning« , « Hidden Agenda » de Ken Loach, « Short cuts » de Robert Altman, « Presque Célèbre« , « The Barber« , ou « Moonrise Kingdom » de Wes Anderson. Autant le dire tout de suite, elle mérite son deuxième Oscar.

Après des mois sans succès sur l’enquête sur la mort de sa fille, Mildred Hayes décide d’afficher un message dénonçant l’inaction du chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

Si le film fonctionne très bien, c’est qu’il alterne des scènes intimistes profondément douces et réalistes avec de la pure comédie jubilatoire portée par des situations et des dialogues ciselés.

Car tant pour cette mère détruite, son fils joué par l’excellent Lucas Hedges (Manchester by the Sea) que le shériff en fin de vie porté par un Woody Harrelson au top, nombre de scène font preuve de pudeur et visent très juste sur le recul qu’ont les personnages par rapport à leur vie passée, ce qu’ils ont vécu avec joie et la finitude de cette période. Martin McDonagh déclenche des éclats de rire dans la salle par l’absurdité des situations dont le mari de Francs McDormand et son frangin auraient pu en faire le sel d’une de leurs comédies.

Et c’est très drôle. Un personnage aide à déclencher ce rire, le génial flic raciste et débile joué par Sam Rockwell, excellent. Son personnage évolue d’ailleurs étrangement, ce qui donne au film une dimension particulière et un regard bienveillant sur cette Amérique paumée qui a voté Trump par ignorance et qui ne sait pas trop où elle en est.

Le casting du film est l’un des meilleurs de l’année réunissant aussi Peter Dinklage (Thyrion de Games of Thrones), ou Caleb Landry Jones.

Mais le film a aussi une profondeur, un sous-texte sur la vengeance, la justice personnelle et la capacité à pardonner l’autre alors que l’Amérique d’aujourd’hui est dirigée par un type vulgaire, violent et raciste. Le film ne donne pas de leçons balourdes, il est juste dans la générosité. Les personnages sont profondément attachants et émouvants tout en nous faisant marrer par leurs répliques assassines ou leurs comportements farfelus.

« 3 Billboards » est drôle, corrosif, audacieux et surprenant. Courrez y !

La piste aux lapins :

4 étoiles

 

 

« Le grand jeu » de Aaron Sorkin – critique du Blanc Lapin

14 janvier, 2018

Il est curieux de voir le scénariste de The Social Network, A la maison Blanche ou Steve Jobs, réaliser son 1er long métrage sur un tel thème.

En effet Jessica Chastain joue Molly Bloom, ex championne de ski, reconvertie dans les années 2000 en organisatrice de jeux de pokers à Hollywood avec des célébrités et riches addicts au jeu … sauf qu’elle organisait des jeux clandestins.

Après lorsque l’on voit l’histoire vraie de cette jeune femme, on comprend l’intérêt du sujet.

C’est typique du self made-woman avec un personnage très intelligent, élevé à la dure par un père très exigeant. Kevin Costner trouve d’ailleurs là un bon rôle. Puis peu à peu elle va vouloir voir plus grand, susciter l’intérêt de la mafia pour blanchir son argent et tout va déraper, jusqu’à se faire arrêter par le FBI.

Le film est donc très bien huilé et mis en scène, alternant scènes qui racontent cette histoire étrange d’une femme se faisant une place dans un milieu d’hommes riches et scrupules et scènes avec son avocat interprété par le toujours excellent Idris Elba. D’ailleurs ce dernier ne s’est pour une fois pas planté dans son choix de rôle, lui qui accumule les mauvais films malgré son talent.

« Le grand jeu » est donc à la fois intéressant et curieux par le caractère du personnage principal. Cette femme est éminemment seule. Elle n’a aucun homme dans sa vie et s’est construite sur un échec sportif et un échec par rapport à son père. Elle pense être mal aimée de ce dernier et cherche à prouver qu’elle peut maitriser dans un monde d’hommes. Il est peut être dommage que le film soit trop didactique et l’explique, comme si le scénariste avait peur qu’on ne comprenne pas l’intérêt du long métrage.
Après certains spectateurs auront du mal avec cette femme froide et rationnelle qu’est Molly tandis que d’autres seront épatés par la force de caractère et les revendications féministes fortes qu’elle dégage.

La morale de l’histoire est quant à elle plus discutable. Ce père qui a fait vivre l’enfer à ses enfants pour qu’ils soient meilleurs que les autres et sur lequel Aaron Sorkin apporte un regard mielleux sur la fin…c’est comment dire ? décalé…à mon goût tout du moins parceque bon le type reste un connard et on ne comprend pas trop pourquoi se taper cette scène.

« Le grand jeu » n’est pas dénué de défauts mais tant pour son rythme, sa mise en scène que le jeu de Jessica Chastain, Idris Elba et Kevin Costner, ceci vaut le coup d’aller le voir.

La piste aux Lapins :

3 étoiles

« Les heures sombres » de Joe Wright – Critique du Blanc Lapin

14 janvier, 2018

L’exercice du biopic est très répandu et s’est développé ces quinze dernières années mais c’est pourtant un genre casse gueule, souvent parsemé de récits versant dans l’hagiographie facile.

Le film de Joe Wright a le mérite de présenter Winston Churchill avec ses défauts car il n’avait pas forcément les qualités requises pour provoquer l’empathie. C’était un homme suffisant et sûr de lui, relativement dédaigneux de ses opposants politiques lorsqu’ils étaient médiocres, passablement porté sur la bouteille, et très éloigné du peuple par son train de vie dispendieux.

Joe Wright va donc nous montrer l’autre face du personnage en axant sur son intelligence et son flair mais aussi ses valeurs, sa haine d’Hitler, ce petit peintre raté, et sa détermination à ne pas laisser la Grande-Bretagne perdre son honneur.

Le film montre l’arrivée d’un bulldozer politique mal aimé du roi pour son culot et ses manières, qui va peu à peu acquérir la confiance du souverain, de la chambre des lords et du peuple en étant droit dans ses bottes et en se rendant sympathique là où il se foutait éperdument de l’opinion des autres auparavant. Cet homme qui pensait toujours avoir raison, va douter du fait des évènements historiques, de la débâcle des armées sur le territoire français et la rapidité avec laquelle le Reich envahit l’Europe. Puis il va comprendre qu’il doit parler tant au souverain qu’au peuple en flattant l’esprit de résistance et de combat, l’esprit patriotique et de liberté et les piliers qui font de l’Angleterre une île toujours à part dans l’histoire.

Pour servir ce personnage, Gary Oldman livre une prestation au dessus du sol, méconnaissable, brillant, probablement l’un de ses meilleurs rôles et il en a eu un certain nombre le bonhomme. Cette extraordinaire performance sert le film mais ne l’étouffe pas car la mise en scène de Joe Wright est stylée, vive et intelligente.

On glorifie certes le phrasé de l’homme historique mais c’est parceque les mots sont les armes du personnage pour changer le destin d’un peuple. Et Joe Wright a réussi à montrer cet instant fragile où un homme entre dans l’histoire en prenant ses responsabilités, là où il aurait pu choisir la voie de la négociation puis de la soumission aux nazis.

Le film est sous tensions en permanence et se suit avec suspens et c’est le premier film de l’année à voir absolument.

La piste aux lapins :

3,5 lapins

 

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