Archive pour la catégorie 'Films – critiques perso'

« House of Gucci » de Ridley Scott

5 décembre, 2021

House of Gucci - film 2021 - AlloCiné

Le fameux « House of Gucci » sort enfin avec son casting 5 étoiles ultra hype et un réalisateur cultissime en la présence du stakhanoviste Ridley Scott qui sort deux films en deux mois après le génial « Le dernier Duel« .

Alors le film a divisé, certains le trouvant too much, caricatural des personnages ayant réellement existé. Je ne sais pas mais en terme de pur cinéma, c’est un excellent film sur une famille ultra célèbre, ultra riche et déchirée par une petite italienne de la classe moyenne, vorace et décidée à devenir riche et célèbre elle-même.

Le personnage de vamp de Lady Gaga est génial ! La chanteuse prouve qu’elle sait jouer. Sa partition s’oppose au génial Adam Driver qui poursuit sa carrière fulgurante, prouvant de film en film qu’il peut tout jouer et qu’il est LE nouvel acteur hype d’Hollywood, d’un physique particulier mais d’un charisme qui rappelle les Robert de Niro et les Al Pacino.

Cà tombe bien car Al Pacino est de retour dans un très grand rôle après son excellente prestation dans « The Irishman » de Martin Scorsese. Et c’est un immense plaisir de voir ce monstre sacré dans le rôle du pater familia manipulateur et égocentré qui va se faire faucher dans la tourmente des évènements. Jared Leto en fait un peu trop mais il est assez bon et méconnaissable dans le rôle de ce fils au destin raté, médiocre mais qui se croit avoir un talent alors qu’il est invisible vis à vis de son père.

Et puis il y a la classe incarnée qu’est Jérémy Irons en Rodolpho Gucci, il est juste génial dans chacune de ses scènes. Là aussi ceci fait immensément plaisir de savourer la prestation de cet immense acteur dans un très bon rôle écrit avec soin au sein d’un film réussi.

La réussite de « House of Gucci«   tient au mélange entre saga familiale qui rappelle Le Parrain et autres grandes fresques et le pur thriller avec un suspens bien dosé. Ridley Scott est en très grande forme à 84 ans ! Impressionnant l’animal.

La passion des personnages, leurs secrets et manipulations font froid dans le dos et aucun ne peut rattraper l’autre. Mais c’est prenant et fascinant et puis surtout, divertissant !

Ridley Scott est un maitre de la précision, de l’exigence et pour transposer cet univers du luxe, évidemment, ceci fait mouche.

Le film est élégant et tragique comme je m’attendais à ce qu’il le soit.

Une grande réussite.

La piste aux Lapins :

4 lapins

« Bergman Island » de Mia Hansen-Løve – critique du Blanc Lapin

5 décembre, 2021

Bergman Island en DVD : Bergman Island DVD - AlloCiné

Le pitch : Un couple de cinéastes s’installe pour écrire, le temps d’un été, sur l’île suédoise de Fårö, où vécut Bergman. A mesure que leurs scénarios respectifs avancent, et au contact des paysages sauvages de l’île, la frontière entre fiction et réalité se brouille…  

« Dis moi Blanc Lapin, c’est quoi un film chiant ? »

Ben, là j’ai un super exemple. Une réalisatrice adulée par quelques critiques snobes cinéphiles parisiens, sélectionnée systématiquement en festivals, qui nous livre un film, sélectionné à Cannes pour la Palme d’Or, d’une ineptie assez confondante.

Déjà on se prend facile 50 minutes avant de voir apparaitre la moitié du casting, Mia Wasikowska et Anders Danilsen Lie n’arrivant que très tard, ce qui rend la bande-annonce ultra trompeuse. D’autant qu’elle est rythmée, à l’inverse du film. Alors certes, le film est imprégné du grand Ingmar Bergman de partout et le réalisateur suédois était réputé pour l’extrême lenteur de son cinéma.

Sauf que la réalisatrice n’a pas son talent et que pour donner envie à la jeune génération de se pencher sur l’œuvre du maitre, c’est mal barré avec ce film.

Pauvre Ingmar Bergman, qui se serait bien passé d’un hommage pareil, d’un poncif aussi plat, sans histoire, sans relief, sans la profondeur qui caractérisait et irriguait son œuvre.

Le film est long, pénible et sans aucun souffle. Il est en roue libre à l’image des personnages qui font du vélo dans de nombreuses scènes et pédalent dans la semoule, amenant le personnage vers une autre scène sans intérêt.

Le peu de fantaisie qu’elle essaie de créer tombe à plat et s’avère factice à tel point que je me demandais pendant tout le film si le scénario avait été écrit avant ou pendant le tournage voire après lors du montage.

On dirait un film réalisé en mode Bergman soit avec le rythme ultra lent mais sans les thématiques passionnantes qui faisaient tout l’intérêt du cinéma du maitre suédois. C’est donc du Canada drye de Bergman, où on ne garde que le coté le moins sympa, sa lenteur ! C’est balaise !

« Bergman Island » est un film paresseux et désincarné et heureusement que je l’ai vu en Vod payante et non au cinéma car çà m’aurait encore plus gonflé de faire le déplacement pour voir çà. Je mets un lapin pour les acteurs que j’aime bien.

La piste aux Lapins :

1 lapin

 

« The Suicide Squad » de James Gunn – critique du Blanc Lapin

5 décembre, 2021

The Suicide Squad - film 2021 - AlloCiné

Pitch : Bienvenue en enfer – aka Belle Reve, la prison dotée du taux de mortalité le plus élevé des États-Unis d’Amérique. Là où sont détenus les pires super-vilains, qui feront tout pour en sortir – y compris rejoindre la super secrète et la super louche Task Force X. La mission mortelle du jour ? Assemblez une belle collection d’escrocs, et notamment Bloodsport, Peacemaker, Captain Boomerang, Ratcatcher 2, Savant, King Shark, Blackguard, Javelin et la psychopathe préférée de tous : Harley Quinn. Armez-les lourdement et jetez-les (littéralement) sur l’île lointaine et bourrée d’ennemis de Corto Maltese. Traversant une jungle qui grouille d’adversaires et de guerilleros à chaque tournant, l’Escouade est lancée dans une mission de recherche et de destruction, avec le seul Colonel Rick Flag pour les encadrer sur le terrain… et la technologie du gouvernement dans leurs oreilles, afin qu’Amanda Waller puisse suivre le moindre de leurs mouvements. Comme toujours, un faux pas est synonyme de mort (que ce soit des mains de leurs opposants, d’un coéquipier ou de Waller elle-même). Si quelqu’un veut parier, mieux vaut miser contre eux – et contre eux tous.

L’ayant loupé cet été avec la tonne de films qui sortaient et s’embouteillaient, je peux enfin grâce à la sortie vidéo-Vod faire une séance de rattrapage pour la seconde adaptation et reboot de Suicide Squad, le film affreux et raté sorti en 2016.

Le film de David Ayer avait cartonné au box office, dépassant les 800 M$ au box office mondial avec des critiques accablantes.

James Gunn a donc fait une infidélité à Marvel suite aux dissensions avec la firme (l’histoire des vieux tweets qui lui étaient reprochés) bavant de revenir pour Les Gardiens de la Galaxie 3 dans le giron de Disney.

Pour cette insertion chez les concurrents de Warner et DC Comics, le réalisateur signe un long métrage assez surprenant. Et c’est dommage qu’il ait fait un four au box-office et recueilli des critiques de malade soit l’inverse total du film qu’il reboote.

D’abord le film surprend dès les 10 premières minutes avec un retournement de situation inattendu et hyper surprenant. C’est gonflé et très drôle.

The Suicide Squad est foncièrement débile et délirant mais c’est totalement assumé et la liberté donnée au réalisateur a été totale.

Le résultat est donc gore et irrévérent à tous les niveaux, bourré d’action et de blagues potaches qui font mouche.

C’est coloré et surprenant, stupide de par son scénario mais on s’en fout totalement tant on se prend au jeu de savoir jusqu’où le réalisateur ira. Et en fait il se comporte comme un sale gosse qui dit sans cesse « pas cap ? moi ? attends ! ».

Le jeu de massacre est total avec des morts à la pelle et de l’hémoglobine de partout en mode cartoonesque irrévérencieux. C’est jouissif et rock’n'roll, multivitaminé voire sous mélange coke ecstasy, et ultra critique de la bien bienpensance américaine. Les services secrets sont de véritables connards cyniques et entre les bons et les méchants, il n’y a en gros aucune différence notable. Les héros sont souvent décérébrés et stupides donc il les sacrifie sans se poser de question quand çà justifie la blague.

Bref, rafraichissant mais à ne pas montrer aux enfants car c’est trash.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

« Ibrahim » de Samir Guesmi – critique du Blanc Lapin

5 décembre, 2021

Ibrahim en DVD : Ibrahim - AlloCiné

Face à Netflix et Disney, UniversCiné se lance dans la SVOD - Born to Watch

La vie du jeune Ibrahim se partage entre son père, Ahmed, écailler à la brasserie du Royal Opéra, sérieux et réservé, et son ami du lycée technique, Achille, plus âgé que lui et spécialiste des mauvais coups. C’est précisément à cause de l’un d’eux que le rêve d’Ahmed de retrouver une dignité se brise lorsqu’il doit régler la note d’un vol commis par son fils et qui a mal tourné. Les rapports se tendent mais Ibrahim décide alors de prendre tous les risques pour réparer sa faute…

L’acteur Samir Guesmi signe un très bon premier long métrage avec cette chronique d’un adolescent de quartiers populaires de Paris qui se cherche.

Abdel Bendaher dans le rôle du fils, Samir Guesmi incarnant le père, est une véritable révélation.

Le cadre erré sur les personnages et la grande délicatesse de la caméra donnent au film un charme très particulier.

Le réalisateur s’attache plus aux regards qu’aux dialogues et c’est loin d’être évident. Il arrive à capter cet amour d’un fils pour son père et réciproquement et ce mélange de honte sociale et de volonté de s’en sortir, de sauver ce père qui vraiment merdé par le passé. Et ce père intransigeant mais protecteur, aimant mais incapable de l’exprimer, absent par son travail, et son incapacité à communiquer est un très beau personnage. Il a peur que son fils sombre comme lui mais ne peut non plus donner des leçons étant donné son passé.

Ce film sorti en plein été 2021 est désormais disponible en VOD, regardez le, c’est une réussite.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

« Suprèmes » de Audrey Estrougo – critique du Blanc Lapin

28 novembre, 2021

Suprêmes - film 2021 - AlloCiné

Voici enfin le biopic de NTM tant redouté ou tant attendu. Si il est vrai que le film manque un peu d’ampleur par une réalisation convenue qui aurait mérité davantage de prises de risques, fort est de constater que les deux interprètes Théo Christine et Sandor Funtek crèvent l’écran. Ils sont tous deux excellents de bout en bout et portent le film avec force, crédibilité, ce qui était loin d’être gagné.

Le fait qu’ils interprètent tous les morceaux est également un tour de force notable.

Audrey Estrougo arrive donc à nous immerger dans l’explosion du rap et du hip hop grâce à ce groupe sorti des cités du 93 qui sut trouver un ton et un rythme qui toucha un public très large avant de devenir un phénomène.

Surtout le film s’attarde sur deux aspects très intéressants. Il y a d’abord le rapport très douloureux de JoeyStarr à son père violent qui ne l’aime pas et le rejette avec une mère qui s’est enfuie. Cette blessure est très bien retranscrite et explique les fêlures du personnage, voyou qui couche dans les rues et s’adonne au crack.

Et puis il y a Kool Shen, le responsable de la bande, le cerveau qui écrit, qui a une vision et qui drive JoeyStarr quand il déconne. On comprend cette proximité qui se créé entre eux grâce à la volonté farouche de réussir de Kool Shen, qui sait qu’ils ont une chance à saisir et ne veut pas que les démons de son ami foutent tout en l’air. Mais Joey Starr est certes décrit en chien fou incontrôlable mais peu à peu, en découvrant les raisons de ses traumas, s’avère touchant et surtout bien plus fin qu’il n’y parait.

Et puis il y a cette bande de gamins qui ont grandi avec eux et qui les suivent et les portent comme une tribu. Cà aussi c’est super intéressant. Audrey Estrougo leur redonne leur place, leur insouciance dangereuse et les freins qu’ils ont mis à la carrière de NTM mais avec u regard bienveillant. Elle redonne également tout leur rôle à des personnages méconnus, le DJ  du groupe, fondamental, les producteurs, issus de milieux ultra favorisés.

Le film est aussi drôle à bien des moments et il est réussit car il montre la naissance d’un alchimie.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

« L’évènement » de Audrey Diwan – critique du Blanc Lapin

28 novembre, 2021

L'Evénement - film 2021 - AlloCiné

Audrey Diwan remporte un Lion d’Or très mérité pour L’événement, un film coup de poing qu’on n’avait pas vu venir.

Anamaria Vartolomei est une véritable révélation, de tous les plans du film en jouant cette jeune étudiante des années 60 qui tombe enceinte et se trouve débuter un chemin de croix incroyable.
C’est assez original et salutaire de rappeler ce que les femmes vivaient avant la loi Veil et ce qu’elles vivent là où c’est interdit ou problématique pour des raisons de religion.

« L’événement » nous montre une société rétrograde et hypocrite dans laquelle l’avortement est condamnable de prison et où le fait d’être enceinte devient un non choix. Une chape de plomb incroyable fige une vie et plus rien n’a d’importance que de se ranger et d’abandonner tous ses espoirs comme celui de faire des études et pour le personnage, dans ces années là, de s’émanciper par la culture et un travail d’enseignant.

Le film est parfois difficile à encaisser car la réalisatrice souhaite nous mettre das les mêmes conditions d’isolement des autres et de souffrance. Le personnage est perdu et ne peut se confier à personne, sachant son destin brisé. Un compte à rebours va alors alterner la montée de l’angoisse et l’horreur des tentatives pour perdre cet embryon non désiré.

La mise en scène est fine et nous laisse seuls avec ce personnage qui sombre peu à peu en même temps que les couleurs du film et les scènes de nuit assombrissent l’avenir de la jeune fille. L’esthétisme du film ne se voit cependant pas, il se ressent, pour mieux porter le propos.

Ce récit viscéral est parfois dur à regarder mais il atteint son but à savoir émouvoir et faire toucher du doigt l’enfer absolu que l’Etat et toute une administration, une société faisaient subir à de jeunes femmes pour des raisons avant tout religieuses, là où l’Eat se voulait laïque.

Un très bon film.

La piste aux Lapins :

4 lapins

 

« Les Olympiades » de Jacques Audiard- critique du Blanc Lapin

28 novembre, 2021

Les Olympiades - film 2021 - AlloCiné

Céline Sciamma est l’une des réalisatrices qui compte (Portrait de la jeune fille en feu) mais c’est aussi une scénariste de renom qui s’associe à l’un des plus grands réalisateurs français pour nous livrer cet étonnant « Les Olympiades ».

Jacques Audiard est très loin de ses réalisations et thèmes précédents.
Il nous parle d’amour, de désir et de sexe pour des trentenaires d’aujourd’hui. Ça aurait pu être vraiment raté et casse gueule. Le résultat n’est certes pas sa meilleure œuvre mais vaut le détour.

Outre son magnifique noir et blanc, l’histoire suit des personnages assez attachants et le scénario évite de tomber dans les clichés. Je craignais que trop de personnages féminins soient lesbiens ou bi, ce qui aurait potentiellement viré à une sorte de caricature non représentative. Il n’en n’est rien car l’homosexualité féminine y trouve même la place la plus émouvante et inattendue. Surtout les sentiments prennent le dessus au moment où on ne s’y attend pas, permettant au long métrage de se terminer de la plus belle des manières.

Voir un réalisateur de 70 ans qui n’a plus rien à prouver prendre un tel risque sans se vautrer, çà fait vraiment plaisir. Encore une réussite pour Audiard.

La piste aux Lapins :

4 lapins

« Tick tick Boom ! » de Lin-Manuel Miranda – critique du Blanc Lapin

28 novembre, 2021

Tick, Tick…Boom! - film 2021 - AlloCiné

l’approche de ses 30 ans, un jeune compositeur prometteur jongle entre l’amour, l’amitié et l’envie de réussir quelque chose de grandiose avant qu’il ne soit trop tard.
Andrew Garfield s’est fait plus rare ces dernières années. Vous aller pouvoir pleinement en profiter dans cette comédie musicale produite pour Netflix.
On y suit le scénariste et créateur de la célèbre comédie musicale Rent. Et quoi de mieux qu’une comédie musicale pour rendre hommage à l’un de ses créateurs cultes, Jonathan Larson fauché très jeune. On est immergés dans l’Amérique des années 80, dans un New York où les artistes commencent à voir le Sida frapper à l’aveugle et d2cimer leurs amis. Mais comme le personnage principal n’est pas homosexuel lui même, on 2vite de tomber dans une histoire trop ghettoisée.
Le film réussit plusieurs exploits et moments vraiment enlevés et brillants via une mise en scène inspirée, des d2cors qui s’enchevêtrent comme sur une scène de théâtre. C’est un très bel hommage à l’homme, à la difficulté de créer, de percer tout en insufflant de la joie, des pleurs et au final un film vraiment réussi.

Le seul bémol est sur le coté un peu trop mélo des scènes dites tristes ou axées sur ses déclarations d’amour. La j’ai décroché et surtout pas franchement adhéré, le style musical étant très loin de la pop rock électro alternatif que j’aime…
Mais Tick Tick Boom ! reste un bon film de par son acteur principal absolument génial et sa mise en scène qui crève la sincérité et le respect .

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

« De son vivant » d’Emmanuelle Bercot – critique du Blanc Lapin

28 novembre, 2021

Critique du film De son vivant - AlloCiné

Emmanuelle Bercot revient avec don duo d’acteurs de « La tête haute » avec ce film au thème pour le moins pas très grand public, la fin de vie.
Pire elle décide de l’aborder avec l’inenvisageable, à savoir une mère qui va perdre son fils de 40 ans d’un cancer incurable. Pour illustrer son propos et lui donner une lumière, un recul nécessaire pour ne pas étouffer, la réalisatrice inclue un troisième personnage, le Dr Sara, vrai médecin dans la vie qui accompagne les personnes condamnées avec une certaine philosophie.

D’abord celle de regarder la mort en face et de dire la vérité, ne pas se la voiler et amoindrir les douleurs tout en aidant à optimiser le temps qui reste à faire le ménage dans sa vie.

Si le film est humble, digne et tire des larmes à plusieurs moments, j’y trouve quelques défauts majeurs.

D’abord et même si c’est la vérité de la méthode de ce médecin, on y voit un corps médical apaisé, ayant le temps d’être bienveillant, de faire de la psychologie et de remplacer le vide de l’existence du personnage principal. C’est con mais ceci ne semble pas très représentatif des vrais conditions de vie des malades, notamment ceux qui n’ont pas les moyens de se payer le luxe de telles cliniques.

Et parfois, ça vire à une sorte d’indécence à force de ne pas du tout traiter cet aspect. C’est un choix de scénario certes mais il n’est pas neutre.

Après le personnage n’a aucun ami, n’a que sa mère, n’a pas reconnu son enfant. Pourquoi avoir fait ce choix? Ce n’est fort heureusement pas fréquent qu’un personnage soit aussi seul mais l’isoler ainsi fait encore plus ressortir la bienveillance idéaliste de cette clinique pour riches. Et si la réalisatrice avait voulu couper les larmes, ne pas verser dedans en rajoutant des personnages. Mais ce n’est pas le cas. C’est très très mélo et çà n’en finit pas!
Non que le film est mauvais. Non, il est d’une grande maîtrise formelle, d’un jeu qui vaudrait à Benoit Magimel un prix, et il est emouvant. Mais il est aussi éreintant tant il nous montre tout du parcours jusqu’au dernier souffre. C’est voyage horrible mais la lumière qu’insuffle le personnel hospitalier fait trop fake à mon goût.
J’aurais préféré un personnage moins caricatural, moins antipathique, avec des racines un peu plus crédibles. Mais ceci reste un bon film.

La piste aux Lapins :

3,5 lapin

« Aline » de Valérie Lemercier – critique du Blanc Lapin

12 novembre, 2021

Aline - film 2020 - AlloCiné

Valérie Lemercier çà passe ou çà casse. Ses spectacles, jamais filmés, sont déconcertants de vulgarité et très loin du personnage populaire et drôle qu’on voit à la télévision ou dans des films. En tant que réalisatrice, elle est allée du mieux avec Palais Royal ou Le Derrière au pire et affligeant avec 100% Cachemire et Marie-Francine.

L’idée donc de faire un faux biopic sur Céline Dion, chanteuse iconique relativement kitsch et ultra moquée, pouvait à la fois enthousiasmer tant Valérie Lemercier peut être hilarante ou au contraire s’avérer ultra casse-gueule.

Et bien l’artiste prend tout le monde à contre-pied en faisant plus un vrai biopic idéalisé, enchanté et sérieux qu’un film moqueur. Bien au contraire, Valérie Lemercier a un profond respect pour Céline Dion et un amour pour le personnage complètement perché qu’elle est mais qui au final s’avère très attachant.

Elle joue le personnage de l’âge de 8 ans à aujourd’hui grâce à des effets spéciaux très bien faits. Évidemment le film est plein d’humour voir d’éclats de rire mais ce n’est jamais pour rire du personnage mais plus de situations comiques déclenchées par cette femme si étrangement habitée par la chanson. On y voit un personnage donc assez marrant et iconoclaste, très naïf et en soif de belle histoire d’amour. Mais surtout on y accompagne une enfant de son cocon familial ultra sympathique de famille très très nombreuse à un autre cocon avec son mari et impresario qui pourrait être son père. La grande réussite du film est notamment dans la crédibilité et la beauté de cette histoire qui émeut à bien des reprises.

Sylvain Marcel en Guy-Claude (aka René Angélil, décédé en 2016) et Danielle Fichaud (qui joue la mère) sont juste énormes et explosent littéralement l’écran, permettant aussi à Aline de ne pas juste se centrer sur son actrice principale mais d’apporter un corps à cette histoire, une profonde humanité à l’ensemble.

A noter la performance vocale de Victoria Sio, la doublure vocale de Valérie Lemercier  qui permet d’y croire lorsqu’elle interprète les chansons de Céline Dion.

Et pourtant dieu sait que je n’aime pas du tout le style de Céline Dion, c’est un style que je trouve criard, qui m’agace, que le trouve culcul et à 100 000 lieues de la pop rock ou de la musique alternative voire électro que je prend plaisir à écouter et découvrir. Et bien, ceci ne m’a pas du tout gêné car le film est un véritable tour de force. Il est ultra sympathique et regorge d’amour pour ses personnages. Surtout il est sincère et réussit à montrer la solitude de cet être une fois l’amour de sa vie disparu. Elle est passée d’écrin en écrin tout étant parfaitement heureuse entre son succès fulgurant, sa famille nombreuse aimante et son mari protecteur.

Le film est populaire, généreux, drôle et surtout très émouvant. Un grand film. Bravo Valérie Lemercier !

La piste aux Lapins :

4,25 lapins

« Les Eternels » de Chloé Zhao – critique du Blanc Lapin

12 novembre, 2021

Les Eternels - film 2021 - AlloCiné

Le pitch : Depuis l’aube de l’humanité, les Éternels, un groupe de héros venus des confins de l’univers, protègent la Terre. Lorsque les Déviants, des créatures monstrueuses que l’on croyait disparues depuis longtemps, réapparaissent mystérieusement, les Éternels sont à nouveau obligés de se réunir pour défendre l’humanité…

Marvel et Disney introduisent donc des super héros que personne ne connait (un peu comme avec les Gardiens de la Galaxie) avec ces Eternels, sortes de Highlanders façon Marvel sauf qu’ils sont tous gentils et se battent contre très vilaines bébêtes et donc traversent les âges depuis 7000 ans au milieu des humains. Mais qui sont ils , d’où viennent t-ils ? Est ce qu’on en a sérieusement quelquechose à foutre ?

C’est probablement avec ce doute certain que Disney/Marvel ont décidé d’embauchée une réalisatrice indépendante, qui coup de bol pour eux, vient d’être oscarisée pour le très beau Nomadland à savoir Chloé Zaho.

Autre idée forte, le studio introduit des personnages de la diversité avec le 1er super héro ouvertement gay et une gamme de couleurs mode Benetton avec deux asiatiques, deux indiens, un noir, un typé Europe de l’est, un typé anglo-saxon bref, impossible d’être pris en défaut !

Est ce que c’est lourdaud ? Non, le résultat passe bien. Les effets spéciaux sont évidemment de qualité, les flashs backs plutôt utiles avec des images somptueuses des jardins suspendus de Babylone et l’univers prend plutôt bien.

C’est grâce évidemment à la subtilité de Chloé Zaho qui insuffle un regard différent, met les paysages au cœur de l’histoire, les individus étant plongés dans de superbes décors naturels qui rappellent évidemment ceux de ses films indépendants.

La réalisatrice opte davantage pour de la science-fiction pure plutôt que pour un film de super-héros classique et c’est une riche idée. En assumant une voie mystique et en faisant d’eux et dieux vivants, la réalisatrice donne une profondeur au long métrage rarement vue auparavant dans les Marvels. Le ton est plus grave et l’humain prend le dessus sur le fun décérébré un peu trop gavant des productions Marvel.

On y explique très simplement pourquoi ces fameux Eternels n’ont pas montré plus tôt leur gueule. Les pouvoirs de chacun sont originaux et identifiés rapidement. Ils sont assez complémentaires. Surtout Chloé Zaho arrive à travailler chacun des dix personnages, ce qui n’était pas évident en soit. Chacun a son caractère, sa vision du monde qu’il a vu évoluer depuis 7000 ans. Du coup les rapports humains entre les personnages sont plus funs qu’à l’accoutumée et plus intéressants. Il y a aussi des surprises de scénario auxquels ont ne peut pas du tout s’attendre. Le seul bémol majeur serait dans les méchants, assez gadgets puisque de gros monstres vus et revus mille fois en mieux. La bande-dessinée est probablement comme cela à l’origine mais çà manque vraiment d’un méchant iconique qui fout les jetons et a ses propres enjeux. Et l’adage veut qu’un très bon film de SF a très souvent un très bon méchant. Ceci n’est pas le cas présentement.

Globalement Chloé Zaho a réussi son pari en signant un des meilleurs films Marvel avec Thor Ragnarok dans un style très différent.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

 

« The French Dispatch » de Wes Anderson – critique du Blanc Lapin

11 novembre, 2021

The French Dispatch - film 2021 - AlloCiné

Le pitch : The French Dispatch met en scène un recueil d’histoires tirées du dernier numéro d’un magazine américain publié dans une ville française fictive du 20e siècle.

Wes Anderson a tourné son dixième film en France à Angoulêmeavec un casting totalement dingue et jouissif comme il en a souvent l’habitude avec Bill Murray, Tilda Swinton, Owen Wilson, Adrien Brody ou Edward Norton ou Timothée Chalamet,  Frances McDormand, , Benicio Del Toro, Mathieu Amalric, Léa Seydoux, Jeffrey Wright, Elisabeth Moss, Willem Dafoe, Saoirse Ronan, Cécile de France, Christoph Waltz, Guillaume Gallienne.

Rien que pour cette galerie de personnages complètement décalés, The French Dispâtch est réussi. On retrouve une sorte de synthèse de l’univers unique, du style unique de Wes Anderson, mélancolique, drôle et perché. Ses invitations à visiter ses univers sur mesure d’une précision d’horloger ont donné de grands films parmi lesquels La Famille Tenenbaum, La Vie aquatique, À bord du Darjeeling Limited,  Fantastic Mr. Fox, Moonrise Kingdom, The Grand Budapest Hôtel, L’Île aux chiens.

Alors forcément quand on compare, certains disent que c’est son moins bon film, limite caricatural de son cinéma, où la forme prend le pas sur le fonds.

Je ne suis pas du tout d’accord. Certes le film est très illustratif mais c’est pour accentuer l’aspect vignette de ces quatre récits de journalistes qui décrivent une histoire rocambolesque et permet au réalisateur de déclarer son amour pour une époque, pour une culture et pour les reporters de petits magasines de faits divers.

C’est très charmant et d’une intelligence de mise en scène bluffante. C’est certainement visuellement son film le plus abouti. Les personnages sont un peu désincarnés mais ce sont des héros ou anti héros de papier glacé et en ce sens ceci ne m’a pas gêné, c’est un peu le deal du concept même du film. Ceux qui n’ont pas compris ce troisième degré et bien…tant pis pour eux.

L’inventivité et l’imaginaire du réalisateur explosent pour apporter une palette de nuances, de rires à des situations ou personnages cocasses. Il arrive même à rendre carrément hommage à un autre AndersSon, Roy Andersson et ses plans fixes en forme de tableaux. Mais à la différence du maitre suédois de l’absurde connu pour ses plans épurés, Wes Anderson emplit le cadre à foison de détails qu’on s’amuse à repérer comme dans un magasine justement lorsque des jeux invitaient les lecteurs à faire marcher leur sens de l’observation. C’est très malin  comme concept.

L’humour est évidemment le maitre mot et même quand il est cruel, il apparait comme sorti d’une bande-dessinée burlesque et s’avère vraiment jouissif.

La richesse du film alterne entre acteurs de premier plan, couleur et noir et blanc voir dessin animé.

Mais surtout Wes Anderson est très romanesque cette fois-ci, plus que dans ses autres films même si l’aspect quête de « La vie aquatique », « À bord du Darjeeling Limited, ou L’Île aux chiens sont très présents et apportent un incroyable rythme.

Et puis vous ne verrez nul part ailleurs un film aussi marqué de l’emprunte de son metteur en scène et l’immense poésie qui se dégage de son œuvre.

La piste aux Lapins :

4,25 lapins

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