Archive pour la catégorie 'Films – critiques perso'

« L’Ombre de Staline » de Agnieszka Holland – critique du Blanc Lapin

27 juin, 2020

L'Ombre de Staline

Le pitch : Pour un journaliste débutant, Gareth Jones ne manque pas de culot. Après avoir décroché une interview d’Hitler qui vient tout juste d’accéder au pouvoir, il débarque en 1933 à Moscou, afin d’interviewer Staline sur le fameux miracle soviétique.

Le film de Agnieszka Holland est crépusculaire, annonçant la fin d’un monde et de valeurs, à peine les plaies de la première guerre séchées. On y voit un jeune journaliste idéaliste qui cherche la vérité et va se confronter à l’horreur du régime stalinien dont il ignore la profondeur des sacrifices. On y voit subtilement une intelligentsia européenne qui préfère rester aveugle comme elle l’est vis à vis du régime nazi, refusant de voire le pire se concrétiser alors que les bulles de champagne des années folles se dissipent peu à peu.

Le film n’en demeure pas moins très et trop classique dans son récit ou dans l’idéalisation du personnage principal, qu’on trouve un peu con parfois par sa naïveté. Mais ce moment de l’histoire n’est pas si souvent que cela raconté de ce coté du monde et la reconstitution des années 30 est minutieuse.

On débute le film comme un film d’espionnage et on le poursuit comme une survival en milieu hostile. Si cette seconde partie est importante pour son témoignage, elle souffre d’une absence de souffle malgré la dureté du témoignage.

James Norton est très bon dans le rôle, on le reverra c’est sûr. Vanessa Kirby (sœur de la reine dans The Crown et antagoniste de choix dans le dernier Mission Impossible Fallout).

L’académisme du film est dommageable même si l’histoire vraie de Gareth Jones raisonne tout particulièrement dans notre monde actuel où les populistes sont nombreux au pouvoir et dangereux. Ils usent des mêmes créations de post-vérités qui deviennent la norme par la force et la destruction du réel.

La piste aux Lapins :

3,5 lapin

« 7500″ de Patrick Vollrath – critique du Blanc Lapin

21 juin, 2020

7500, un film de 2019 - Vodkaster

Le pitch : Alors qu’il pilote un Airbus A319 entre Berlin et Paris, le co-pilote Tobias Ellis se retrouve menacé par un groupe d’hommes armés. Parviendra-t-il à mener ses passagers sans encombre ?

Le talentueux Joseph Gordon-Levitt est enfin de retour après quatre d’absence et ses deux derniers films, Snowden d’Oliver Stone et The Walk de Robert Zemeckis. Il est curieux de voir un jeune acteur de 35 ans marquer ujne pause alors qu’il est en plein succès, après 10 ans de bons choix (Mysterious Skin de Gregg Araki, The Lookout, 500 jours ensemble de Marc Webb, Inception de Christopher Nolan, The Dark Knight Rises de Christopher Nolan, Looper de Rian Johnson, Lincoln de Steven Spielberg). On le reverra dans les prochains mois dans un film de SF où des pilules de drogues donnent des supers pouvoirs ou bien encore dans le très attendu The Trial of the Chicago 7, sur l’affaire et le procès des Chicago Seven à la fin des années 1960, réalisé par Aaropn Sorkin, scénariste de The Social Network, Le Stratège et Steve Jobs.

Bonne nouvelle donc que de le revoir et ce petit film de prise d’otage est plutôt bien fait. Le réalisateur opte pour un film concept où toute l’histoire se déroule dans la cabine de pilotage. On ne voit jamais les passagers dans l’avion sauf via la caméra à l’entrée du cockpit. C’est une excellente idée de mise en scène pas chère et diablement efficace pour faire monter la pression. Et à ce titre, 7500 est très réussi. Le film repose très fortement sur le jeu de l’acteur principal et ses interactions avec une radio de la tour de contrôle où les terroristes qui le menacent en tambourinant et lui montrant ce qu’ils menacent de mettre à exécution via la caméra.

Le film joue donc de la claustrophobie de cet enfermement et de ce lieu qui tour à tour devient refuge puis danger pour l’ensemble de l’équipage. Le scénario prend plusieurs directions inattendues et ruptures de rythmes et surtout le long métrage est très court et ramassé. Avec 1h32 au compteur, 7500 n’a pas un gramme de graisse en trop et s’avère un thriller efficace et qui vise juste.

La piste aux Lapins :

3,5 lapins

« La voie de la justice » de Destin Daniel Cretton – critique du Blanc Lapin

31 mai, 2020

La Voie de la justice VF | Dbserie.com

Le pitch : Le combat historique du jeune avocat Bryan Stevenson.  Après ses études à l’université de Harvard, Bryan Stevenson aurait pu se lancer dans une carrière des plus lucratives. Il décide pourtant de se rendre en Alabama pour défendre ceux qui ont été condamnés à tort, avec le soutien d’une militante locale, Eva Ansley. Un de ses premiers cas – le plus incendiaire – est celui de Walter McMillian qui, en 1987, est condamné à mort pour le meurtre retentissant d’une jeune fille de 18 ans. Et ce en dépit d’un grand nombre de preuves attestant de son innocence et d’un unique témoignage à son encontre provenant d’un criminel aux motivations douteuses. Au fil des années, Bryan se retrouve empêtré dans un imbroglio de manœuvres juridiques et politiques. Il doit aussi faire face à un racisme manifeste et intransigeant alors qu’il se bat pour Walter et d’autres comme lui au sein d’un système hostile.

« La voie de la justice » fait partie de ce genre de film d’enquêtes et de procès où il est révélé au public des injustices profondes hallucinantes. C’est un genre en tant que tel aux USA et récemment le très bon Dark Waters suivait le scandale écologique du téflon.

Ici le thème est encore plus fort puisque Destin Daniel Cretton s’intéresse aux condamnés à mort noirs, jugés sans preuves par une institution raciste, des policiers qui les arrêtent, aux témoins manipulés pour finir par des juges uniquement intéressés par le fait de trouver un coupable. Le récit du film, basé sur une histoire vraie, est sidérant et suffit à lui-seul à justifier le visionnage. On entend souvent parler de cette justice à deux vitesses mais avec un film, au ton juste, bien interprété, forcément, ceci vous arrache des pincements et des révoltes. On comprend mieux cette situation héritée de l’esclavagisme puis du Klu Klux Klan et le gap énorme qu’il reste à accomplir. Et ce ne sont pas les évènements récents de bavures policière ayant entrainé la mort d’un innocent, qui vont calmer ce feu.

Michael B. Jordan et Jamie Foxx sont impeccables comme d’habitude.

Évidemment on peut reprocher au film la platitude de sa réalisation, très classique, mais bon nombre de spectateurs retiendront le fond, salvateur et nécessaire d’une plus grande prise de conscience en Europe.

La sincérité de ce plaidoyer contre la peine de mort ne peut pas vous laisser insensible. Après, ce témoignage désarmant atteint ses limites par une mécanique déjà vue et maintes et maintes fois dans des films plus puissants.

La sobriété évite le mélo qui aurait pu plomber le film mais anéantit également toute prise de risque dans cette mise en scène. Certes le cinéma c’est fait pour raconter des histoires et témoigner mais tout le problème est le comment et au final c’est important. M le Maudit de Fritz Lang a traversé le temps depuis les années 30 alors qu’il parlait du lynchage et de la peine de mort pour un tueur d’enfant. Et le film qui était violemment contre la peine de mort est resté actuel et moderne parceque Fritz Lang l’a magnifié par ses choix de mise en scène, de découpage, de rythme.

« La voie de la justice » est donc un bon film à voir car son thème et son jeu sont réussis mais il ne traversera pas le temps.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

« K Contraire » de Sarah Marx – critique du Blanc Lapin

31 mai, 2020

K contraire - film 2018 - AlloCiné

Le pitch : Quand Ulysse, 25 ans sort de prison, il doit gérer sa réinsertion et la prise en charge de sa mère malade. Sans aide sociale, il lui faut gagner de l’argent et vite. Avec son ami David, ils mettent en place un plan. Mais rien ne se passe comme prévu.

Sandrine Bonnaire joue un second rôle fort dans ce film sur la réinsertion d’un jeune homme qui sort de prison et doit financer la prise en charge de la dépendance de sa mère.

Ce premier long-métrage est très bien interprété, mention spéciale à son premier rôle, le méconnu Sandor Funtek, qui donne toute la rudesse nécessaire à ce personnage à qui la vie n’a fait aucun cadeau et qui se trouve très seul pour ramer à contre courant.

« K Contraire » mêle suspens et subtilité et vous tient de bout en bout dans une histoire où on espère qu’un coin de ciel bleu va éclaircir la destinée du personnage. La scène de fouille par la douane est en ce sens très bien réalisée par son mélange de silence, de déterminisme  et de fatalisme.

La solitude du personnage et cette exclusion du monde normal est assez flippante et fait de ce « K Contraire » une réussite.

La piste aux Lapins :

3,5 lapin

Michel Piccoli (1925-2020)

21 mai, 2020

https://statics.lesinrocks.com/content/thumbs/uploads/2020/05/19/1454988/width-1125-height-612/une-piccoli-width_508_height_279_x_3_y_22.jpg

Bon j’arrive un peu de retard faute de temps physique. Tout a été dit sur Michel Piccoli, qui nous a quittés cette semaine mais on n’en parlera jamais assez, pour que les jeunes générations le découvrent.

Cet immense acteur avait de la classe et tutoyait le talent des Philippe Noiret, Jean-Louis Trintignant, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle ou Michel Serrault. Une génération de grands acteurs qui ont en commun d’avoir galéré leurs premières années faute de ne pas être des jeunes premiers et qui ont éclos la quarantaine arrivant.

Piccoli a marqué l’histoire du cinéma par ses rôles parfois ingrats où il osait interpréter les râleurs, des sales types, des bourgeois, des médecins, au fil des filmographies de grands metteurs en scène qu’il traversait. Son talent immense était aussi de se transformer très souvent en double du réalisateur comme avec Jean-Luc Godard, Luis Bunuel, Jacques Demy.

Il se mettait totalement au service du film quitte à accepter des seconds rôles par simple intérêt pour le script alors qu’il était ultra célèbre. Il était de gauche et c’était par conviction et non par façade. Il avait LA classe, l’élégance de ces acteurs capables de folie et d’extrême humilité la scène suivante. Il était capable de provocation, l’exemple étant le film La Grande Bouffe de Marco Ferreri, qui renversa Cannes et on peut comprendre encore aujourd’hui tant le film est un doigt d’honneur salvateur. Et puis il était curieux et a tourné jusque très tard. Un superbe hommage de lui est à lire dans les Inrocks de cette semaine.

Le public le craignait parfois car il s’amusait des rôles difficiles. Il a traversé 64 ans de cinéma de français et italiens.

Il a obtenu pour Le Saut dans le vide, le Prix d’interprétation à Cannes en 1980, un Ours d’argent du meilleur acteur pour Une étrange affaire au festival de Berlin en 1982, pareil à Locarno pour Les Toits de Paris en 2007 , et le donatello (équivalent des Césars en Italie) en 2012 pour Habemus papam de Nanni Moretti. Jamais de César de meilleur acteur mais on s’en fout, nombre de grands acteurs n’ont pas été honorés. Il n’avait pas besoin de cela pour briller à l’international.

Sa filmographie parle pour lui tant il a cotoyé les plus grands cinéastes, qui l’ont re-sollicité à de très nombreuses reprises. La liste est prodigieuse, accrochez-vous : René Clair, Jean Renoir, Jean-Luc Godard, Agnès Varda, Jacques Demy, Henri-Georges Clouzot, Alfred Hitchcock, Luis Bunuel,  Costa-Gavras,  Marco Ferreri, Louis Malle, Marco Bellocchio, Ettore Scola, Claude Sautet, Claude Chabrol, Youssef Chahine, Manoel de Oliveira, Leos Carax, Elia Suleiman, Alain Resnais, Claude Miller, Jacques Rivette, Raoul Ruiz, Bertrand Blier,  Nanni Moretti. Pas certains de trouver un autre acteur français alignant un nombre si impressionnant de grandes collaborations.

Difficile de résumer une carrière aussi dense. On alors on essaie ?

Michel Piccoli, monument du cinéma français, est mort

D’origine bourgeoise avec des parents musiciens plutôt froids, Michel Piccoli débute chez Christian Jaque, joue dans un film à sketch de Jean Delannoy. En 1954, Jean Renoir lui donne un petit rôle dans son French Cancan. Pareil chez René Clair dans Les Grandes Manœuvres. Mais que des seconds voire troisièmes rôles.

Et puis milieu des années 50, il a 30 ans et il rencontre un ami qu’il va suivre fidèlement, Luis Buñuel ! Celui-ci l’engage pour La Mort en ce jardin, pour un petit rôle, mais ils vont tourner six films ensemble mais pas tout de suite.

Ce n’est qu’en 1962, à 37 ans, qu’on le voit dans Le Doulos de Jean-Pierre Melville, aux côtés de bebel, toujours second rôle mais qui va attirer les cinéastes. La gloire va bientôt frapper. Dix-huit ans de petits rôles à côtoyer hors plateaux Boris Vian, Jean-Paul Sartre et les artistes de Saint-Germain-des-Prés. Il sera le compagnon de Juliette Gréco durant. onze ans.

Michel Piccoli : retour sur sa carrière en images (PHOTOS) - Télé ...Michel Piccoli : retour sur sa carrière en images (PHOTOS) - Télé ...

En 1963, il enchaine deux grands films, Le Journal d’une femme de chambre de Luis Buñuel et bien sûr,  Le Mépris de Jean-Luc Godard, son premier « premier rôle », dans un chef d’œuvre de la nouvelle vague.

En 1965, il est du premier film de Constantin Costa-Gavras, le génial Compartiment tueurs, à voir absolument. Il poursuit ses seconds rôles mais chez du très très lourd avec La guerre est finie d’Alain Resnais, Les Créatures d’Agnès Varda.

Varda lui fait connaitre Jacques Demy qui l’engage pour un autre chef d’œuvre, Les Demoiselles de Rochefort.

confirme son engagement en faveur du 7ème art en soutenant la ...

Il retrouve Buñuel pour Belle de jour. Chef d’œuvre encore. Puis il tourne La Chamade d’Alain Cavalier et rencontre un autre réalisateur auquel il sera fidèle, Marco Ferreri avec Dillinger est mort.

Et pour terminer ce Cv rempli en 5 ans, il tourne en seconds rôles pour La Prisonnière d’Henri-Georges Clouzot et l’Etau d’Alfred Hitchcock. Il est devenu avec des rôles secondaires une figure incontournable du cinéma européen, à 44 ans.

Michel Piccoli : ses 10 films inoubliables - ElleLe Mépris, Belle de jour, Max et les Ferrailleurs... Les plus ...

Mais son statut va véritablement changer avec Les Choses de la vie de Claude Sautet où son couple qu’il incarne avec la sublime Romy Schneider, marque par la sublime histoire la naissance d’un immense réalisateur et la subtilité du jeu de Piccoli explose au grand jour.

Et l’entente et le résultat sont si inespérés que Claude Sautet l’embauche de nouveau l’année suivante pour Max et les Ferrailleurs, Même casting, autre chef d’œuvre et grande fierté du cinéma hexagonal.

Forcément sa carrière décolle et le voit chez Philippe de Broca (La Poudre d’escampette), Claude Chabrol (La Décade prodigieuse), L’Attentat d’Yves Boisset, Le Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel.

Il tourne comme un dingue, 4, 5 films par an mais il a du goût et il attire tous les plus grands en construction. A noter l’excellent Les Noces rouges de Claude Chabrol.

https://statics.lesinrocks.com/content/thumbs/uploads/2020/05/18/1454959/width-1125-height-612-quality-10/18465343jpg-r-1920-1080-f-jpg-q-x-xxyxx.jpgIl était une fois... Vincent, François, Paul et les autres - L'Express

En 1973, son copain Marco Ferreri l’embarque dans une face anarchiste sur le consumérisme, La Grande Bouffe, qui marquera le cinéma mondial avec un casting impressionnant, Marcello Mastroianni, Philippe Noiret, Ugo Tognazzi et Michel Piccoli donc.

Et il repart pour un second rôle dans Le Fantôme de la liberté de Luis Buñuel, avant de jouer dans le nouveau chef d’œuvre de Claude Sautet, Vincent, François, Paul… et les autresYves Montand, Serge Reggiani, Gérard Depardieu, Stéphane Audran, autre classique.

En, 1975, le Sept morts sur ordonnance de Jacques Rouffio, me glacera le sang et me fera faire des cauchemars lors de ses multidiffusion 10 ans après.

Un autre succès arrive en 1978 avec Le Sucre de Jacques Rouffio, suivi des très réussis Le Saut dans le vide de Marco Bellocchio pour lequel il reçoit le prix d’interprétation à Cannes et Atlantic City de Louis Malle.

Que les gros salaires lèvent le doigt ! | La France méconnue des ...PALTOQUET (LE) – RueDuCine | Notations et Avis de Films

Il aborde les années 80 avec ce statut d’acteur de renom obtient le succès critique et public avec Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre,  La Passante du Sans-Souci de Jacques Rouffio où il retrouve Romy, ou Que les gros salaires lèvent le doigt ! de Denys Granier-Deferre. Mais il y a d’autres noms de films que vous avez vus, il y en a tellement tant il tournait, Une chambre en ville de Jacques Demy,  Le Prix du danger d’Yves Boisset, La Nuit de Varennes d’Ettore Scola, La Diagonale du fou de Richard Dembo.

Autre carton critique/public avec Michel Deville et Péril en la demeure en 1984, Le Paltoquet en 1986.

Mais sa boulimie ne l’empêche pas de tourner pour la jeune génération et de participer au premier chef d’oeuvre de Léos Carax, le magnifique Mauvais Sang, premier grand film qui traite du Sida de façon poétique et imagée.

Mauvais sanghttps://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/styles/simplecrop1000/public/belle_noiseuse_1991_22_2.jpg?itok=YTlF92B5&sc=ef355902e10068bc84c2314bea440913

En 1989, ses retrouvailles avec Louis Malle donnent le joli Milou en mai, beau succès.

A 66 ans, il n’a plus rien à prouver et pourtant il sera un peintre particulier remarqué dans La belle noiseuse de Jacques Rivette.

Sa présence en tête d’affiche s’estompe mais il est toujours là, dans Le bal des Casse-pieds d’Yves Robert, chez Youssef Chahine (L’Émigré), Enki Bilal (Tykho Moon), Raoul Ruiz (Généalogies d’un crime), Pascal Bonitzer (Rien sur Robert), et lui-même dans Les Acteurs de Bertrand Blier.

Ayant tourné avec tout ce qui compte de maitres européens, il rencontre sur le tard Manoel de Oliveira pour le réussi Je rentre à la maison.

Habemus papam l'arnaque signée Moretti | itsgoodtobeback

En 2012, à 87 ans il tournera dans l’avant dernier film d’un autre recordman du septième art en terme de longévité, dans Vous n’avez encore rien vu d’Alain Resnais.

Et puis parceque parfois un bon esprit quelques part pense aux cinéphiles, deux rôles vont clôturer sa carrière, un second rôle dans le chef d’oeuvre Holy Motors de Leos Carax, un beau clin d’œil à cet acteur ayant si souvent accepté de petites apparitions dans de grands films. Et bien évidemment le très réussi Habemus Papam de Nanni Moretti.

 

Quelle carrière éclectique , surprenante, d’un acteur ayant su saisir le cinéma à chaque époque. Peut-être parcequ’il a commencé tard à être connu et qu’il a voulu rattraper le temps et emplir sa vie de sa passion jusqu’au bout.

Comme je le fais souvent lorsqu’un monstre sacré s’en va, je le remercie, pour toutes ces émotions passées par son être pour nous conter des histoires qui nous ont aidé à grandir, à être critique du monde et à se remettre en question ou tout simplement à observer.

« Je vois que celà s’éteint…j’aimerais ne pas mourir« , voilà son appréhension de la mort, comme nous tous. Mais lui, il laisse un sacré héritage.

« Swallow » de Carlo Mirabella-Davis – critique du Blanc Lapin

17 mai, 2020

Swallow : Photos et affiches - AlloCiné

Le pitch : Hunter semble mener une vie parfaite aux côtés de Richie, son mari qui vient de reprendre la direction de l’entreprise familiale. Mais dès lors qu’elle tombe enceinte, elle développe un trouble compulsif du comportement alimentaire, le Pica, caractérisé par l’ingestion d’objets divers. Son époux et sa belle-famille décident alors de contrôler ses moindres faits et gestes pour éviter le pire : qu’elle ne porte atteinte à la lignée des Conrad… Mais cette étrange et incontrôlable obsession ne cacherait-elle pas un secret plus terrible encore ?

Bon, je vous rassure, le film est regardable sans scènes dégueulasses, ce qui m’avait perso un peu rebuté avant. Le film Carlo Mirabella-Davis est vraiment original de par son thème. Il nous parle d’un gamine américaine qui a rencontré le prince charmant, beau comme un Dieu, richissime et qui va reprendre la boite de son père. Elle est belle, il est beau, les parents leurs ont payé une baraque qu’on ne voit que dans magazines. Oui mais cette femme a un secret et c’est ce dernier qui provoque chez elle la maladie de Pica, où elle ingurgite sans pouvoir s’en empêcher de multiples objets dont certains sont très dangereux.

Ainsi nous voyons devant nous cet American way of life se craqueler et se détruire au fur et à mesure que l’on comprend d’où viennent ses troubles. Il y a ce secret et il y a aussi cette vie atroce de prisonnière, de femme soumise à la maison, juste bonne à faire le ménage, la cuisine et faire l’amour avec son beau gosse de mari pour le contenter quand il est fatigué.

Le réalisateur filme ceci dans un décors de rêve mais d’une froideur et d’un manque de personnalité flippants auxquels il ajoute des touches chromées de couleurs pastel qui fixent bien l’ambiance étouffante dans laquelle elle évolue. Elle croit avoir atteint la sécurité mais c’est un leurre.

Dans cette monomanie où elle ingurgite comme pour combler le vide de son existence et se détruire en même temps, le personnage est terriblement seul. Le côté papier glacé de sa vie de famille et le cocon faux cul de ses beaux-parents donnent le tournis. Derrière les faux semblants bienveillants, le réalisateurs dépeint une Amérique à deux vitesses sans jamais montrer celle qui est à l’arrêt soit une très grande subtilité dans son propos. Les racines nous rattrapent toujours et il ne sert à rien de les nier, il vaut mieux s’y confronter et régler ses problèmes pour avancer ailleurs, dans une direction que l’on s’est choisie. C’est un peu la morale forte de l’histoire mais elle détaillée autour de ce personnage très silencieux à qui son entourage a tout retiré. Elle n’a pas de personnalité car on veut qu’elle soit une belle poupée qui coche tous les codes sociaux et s’y plie en silence. La scène du restaurant est, parmi d’autres, une scène extrêmement bien réussie avec un minimum de forme. Les silences du film sont d’ailleurs en général emplis de messages.

La maîtrise formelle de ce premier film et son message sont donc très réussis.

« Swallow » est visuellement élégant. Il dresse le portrait d’une rébellion métaphorique face aux traumas d’une jeune vie mal entamée mais aussi d’un monde aseptisé qui ne la laissera pas trouver son chemin.

Un très bon film.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

« La Fille au bracelet » de Stéphane Demoustier – critique du Blanc Lapin

17 mai, 2020

La Fille au bracelet - film 2019 - AlloCiné

Le pitch : Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d’avoir son bac. Mais depuis deux ans, Lise porte un bracelet car elle est accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie.

L’impassible adolescente au cœur du récit fascine par ce qu’elle cache et sur lequel on ne sait si c’est de la culpabilité, de l’absence d’empathie ou le simple détachement d’une adolescente par rapport à une situation d’une gravité absolue qui se déroule devant nos yeux. Son avenir et sa vie sont en jeux et pourtant elle ne fait rien pour convaincre le jury de son innocence.

Melissa Guers est à ce titre parfaite et tête à claque comme peut l’être une adolescente tête brulée qui ne veut rien entendre du monde des adultes.

Roschdy Zem et Chiara Mastroianni jouent des parents largués face à cette enfant qu’ils ne comprenant plus et qu’ils découvrent en même temps que le jury et le public de la cour d’assises. La violence des révélations et le côté cru de ses relations sexuelles alternent ce film de prétoire et lui donnent un suspens à chaque scène. La prévenue est trop mutique pour être innocente mais après tout le réalisateur nous surprend à nous montrer ce que c’est que la vraie présomption d’innocence ou nous tendant un miroir dans lequel ces préjugés sont clairement établis.

Le réalisme du sujet est ancré par l’alternance de scènes de familles entre les audiences et du déroulé des débats. Ce huis clos austère rend hommage à la justice française et au travail de chacun, du procureur au juge en passant par les avocats impliqués dans ce théâtre aux enjeux absolus pour la personne dans le boxe des accusés.

La subtilité de la mise en scène et du scénario font de « La Fille au bracelet » un long métrage très bien maitrisé de bout en bout. Surtout, le film traite de l’émancipation par rapport au monde de l’enfance tout autant que de la résolution par la justice d’un cas peu anodin.

Le spectateur est déstabilisé par le flou volontairement entretenu autour du caractère de la jeune femme et de ce qu’elle a réellement commis.

Une très bonne réussite française du 1er semestre 2020.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

 

« Un ami extraordinaire » de Marielle Heller – critique du Blanc Lapin

17 mai, 2020

Affiche du film L'Extraordinaire Mr. Rogers - Affiche 3 sur 5 ...

Le pitch : L’histoire de Fred Rogers, un homme de télé américain dont le programme éducatif Mister Rogers’ Neighborhood a été suivi par des millions de téléspectateurs entre 1968 et 2001. A l’occasion d’une rencontre en vue d’écrire un article sur ce sujet, un journaliste du magazine Esquire va découvrir un homme à l’opposé de ce qu’il en pensait a priori.

Curieux film que le nouveau long métrage avec Tom Hanks dans un rôle toute en mesure de personnage de porcelaine qu’on a du mal à cerner et dont on se méfie assez longtemps. Le cynisme actuel amène à se méfier de la gentillesse pure voire à la tourner très vite en dérision et ce biopic de cet animateur de télé pour enfants est très curieux. Déjà l’angle adopté est vraiment original avec ce journaliste interprété par Matthew Rhys, qui doit faire un papier sur ce personnage hors du temps, adulé par des millions de fans aux Etats-Unis car il a bercé leur enfance. Forcément ce type doit cacher quelquechose, être un affreux manipulateur ou autre chose mais ne peut pas être totalement premier degré.

Et peu à peu le film distille la philosophie de ce personnage d’un calme olympien, qui prodigue des petits messages de leçons de vies aux enfants et se met donc à le faire avec son interlocuteur journaliste, en étant ultra intrusif dans sa vie. Mais derrière le personnage se cache un être plus seul qu’il n’y parait, qui s’enferme dans son monde avec des traits autistiques mais qui a des valeurs, plutôt simples et efficaces.

Le film assène alors certes des messages positifs et de morale mais ne tombe ni la lourdeur ni dans le donneur de leçons ou un idéalisme de pacotille.

Le long métrage est très déstabilisant au début car on entre vraiment dans un petit théâtre de marionnettes assez ridicules de ce petit bonhomme, ce monsieur tout le monde connu de tous les Etats-Unis.

Il faut en revanche le voir en VOST car la voix de Tom Hanks en français est insupportable de mièvrerie.

Un bon film, plutôt surprenant.

La piste aux Lapins :

3,5 lapin

 

« Revenir » de Jessica Palud – critiqe du Blanc Lapin

17 mai, 2020

https://www.cinechronicle.com/wp-content/uploads/2019/11/Revenir-affiche.jpg

Le pitch : C’est la ferme où Thomas est né. C’est sa famille. Son frère, qui ne reviendra plus, sa mère, qui est en train de l’imiter, et son père, avec qui rien n’a jamais été possible. Il retrouve tout ce que qu’il a fui il y a 12 ans. Mais aujourd’hui il y a Alex, son neveu de six ans, et Mona, sa mère incandescente.

Le rapport familial est au centre de ce film réussi porté par Niels Schneider et Adèle Exarchopoulos, tout en nuances et blessures sans tomber dans des élans relous et pathos.

La grande réussite du film est sa pudeur qui ressemble à celle des personnage et rend curieux sur leur devenir et leurs choix de vie.

Ce premier long métrage n’est pas parfait certes mais comporte suffisamment de personnalité pour être vu.

Le scénario manque parfois d’originalité et on n’est jamais surpris. Mais le calme solaire des lumières qui font rupture avec le propos pas très joyeux, donnent à l’ensemble une vraie dynamique.

La thématique de la famille que l’on choisit, de la famille recomposée est plus importante que celle de la difficulté du monde rural, trop mise de côté et c’est dommage.

Enfin le film est très court, 1h17, ce qui est à la fois à son avantage car on aimerait plus de scènes et à la fois son inconvénient car il laisse trop rapidement le spectateur sur une espèce de frustration quant aux sujets survolés.

La piste aux Lapins :

3 étoiles

 

« Pinocchio » de Matteo Garrone – critique du Blanc Lapin

17 mai, 2020

Pinocchio - film 2019 - AlloCiné

Le pitch : Geppetto, un pauvre menuisier, fabrique dans un morceau de bois un pantin qu’il prénomme Pinocchio. Le pantin va miraculeusement prendre vie et traverser de nombreuses aventures.

On pouvait craindre cette adaptation car si Matteo Garrone est un grand réalisateur, comme il l’a prouvé avec Gomorra ou Dogman, il s’était déjà illustré dans le comte avec Tale of Tales. Le résultat était intéressant mais plutôt déceptif. Dison que l’utilisation d’effets spéciaux très réalistes, loin du tout CGI, a certes du charme et le côté cruel des histoires ramenait à la source même de ces comtes qui étaient là également pour effrayer les adultes. Il y a de tout celà dans cette énième adaptation de Pinocchio où Roberto Benigni interprète Geppetto, lui qui avait interprété Pinocchio dans sa propre adaptation catastrophique en tant que réalisateur il y a 20 ans.

Ici Matteo Garrone adapte ultra fidèlement le récit et prend son temps. Or il adapte trop bien ce récit et prend trop son temps. Les deux heures de film filent trèèèèès doucement et sont parfois hélas ennuyeuses et font perde le fil.

La raison vient de ce manque d’originalité par rapport à une histoire qu’on connait tous et qui ne surprend donc aucunement. Le premier degré du film, sans relecture dystopique ou contemporaine est mon avis ce qui pêche dans ce Pinocchio. C’est ce qui pourrait faire le succès du long métrage d’animation à venir réalisé par Guillermo del Toro, qui a choisi de le transmopser en pleine Italie mussolinienne et d’y insérer des messages politiques et historiques.

En fait le film de Garrone est trop sage et sent la poussière dès ses premières minutes.

En tendons nous, il n’est pas raté et vos enfants apprécieront peut-être mais pour ma part je suis resté de côté.

La piste aux Lapins :

3 étoiles

« Radioactive » de Marjane Satrapi – critique du Blanc Lapin

5 mai, 2020

Radioactive - film 2019 - AlloCiné

Le pitch : Paris, fin du 19ème siècle. Marie est une scientifique passionnée, qui a du mal à imposer ses idées et découvertes au sein d’une société dominée par les hommes. Avec Pierre Curie, un scientifique tout aussi chevronné, qui deviendra son époux, ils mènent leurs recherches sur la radioactivité et finissent par découvrir deux nouveaux éléments : le radium et le polonium. 

Depuis Persepolis, Marjane Satrapi a changé de registre à chaque fois.

Pour son cinquième film et six ans après The Voices, la réalisatrice s’attaque donc au mode biopic. Bon le problème du biopic c’est que c’est souvent hagiographique et long.

Marjane Satrapi use donc de son style, à savoir insérer de l’imagerie dans le montage de son film pour figurer le radium et ses effets. Ses dialogues sont plutôt bons, et  sa mise en scène originale donc.

On comprend l’intérêt qu’elle a eu pour cette figure féministe avant l’heure, d’une brillante scientifique farouchement attachée à son indépendance et sa reconnaissance propre. Sa suffisance et la confiance qu’elle avait en sa propre intelligence n’ont font pas une femme particulièrement empathique.

En ce sens, choisir Rosamund Pike, actrice découverte dans l’excellent Gone girl de David Fincher, est une excellente idée, l’actrice étant particulièrement douée pour ce type de rôle de femme à poigne, au caractère hyper tranché.

Après, si cette liberté et cette opposition à un establishment scientifique ultra masculin début du 19ème siècle est clairement mis en avant…on peut dire également qu’il l’est un peu trop, au détriment de qui était vraiment cette figure. Ses traits de caractères sont un peu trop caricaturés et le manque d’empathie pour le personnage donne des difficultés à adhérer au film.

Ses bonds en avant pour voir les conséquences désastreuses de ses découvertes sur la bombe atomique à Hiroshima ou l’accident de Tchernobyl, bien après sa mort, ou au contraire positives sur le traitement du cancer, sont certes louables pour casser le rythme linéaire classique d’un biopic. Hélas, ils apportent plus de perturbation scénaristique qu’autre chose et s’avèrent un peu lourds. On se doute que l’uranium c’est dangereux. Nous le rappeler de la sorte est infantilisant.

Ce stratagème apparait alors plus comme un moyen de cacher l’extrême classicisme du reste du récit que comme une qualité intrinsèque. Ceci fait un peu cache misère.

L’académisme du film est donc faussement détourné.

Mais attention, l’uranium c’est mal. Des scènes à Hiroshima et Tchernobyl nous rappellent que science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

Le film n’est donc pas raté, loin de là et le visionnage est recommandé même si le film déçoit un peu.

La piste aux Lapins :

3 étoiles

« Honey Boy » de Alma Har’el – critique du Blanc Lapin

5 mai, 2020

Honey Boy - Film (2019) - SensCritique

Ce biopic est centré sur le comédien Shia LaBeouf, qui n’a seulement que 33 ans et a défrayé la chronique par ses excès, son alcoolisme et ses addictions aux drogues après avoir tourné dans les blockbusters comme I, Robot, Transformers, Indiana Jones et le Rayoaume du Crane de Cristal avant de se tourner  vers du cinéma indépendant comme Nymphomaniac de Lars Von Trier, ou des happenings Arty.

A première vue on pourrait se dire que c’est un peu tôt et qu’on n’en n’a un peu rien à foutre de cet acteur certes doué mais qui n’a pas brillé dans de grands films.

Sauf que le long métrage en question est écrit par lui-même et s’intéresse à son enfance d’enfant star, qui commença tout petit à tourner dans des séries et des publicités, managé par un père en recherche de revanche sur la vie.

Le film est très déstabilisant puisqu’il parle de ce père totalement looser, qui a fait fuir sa mère et est à peine sorti de ses problèmes d’alcool et de drogue.

Cet ancien vétéran du Vietman n’a rien d’empathique. On se demande si il aime son fils ou si ce dernier est sa planche de salut et sa planche à billets pour vivre. On ne sait pas, il est impénétrable dans sa pseudo virginité sortie de sa cure de désintoxication.

Cette scène où son fils lui reproches de se servir de lui pour vivre et lui dit qu’il souhaite le licencier, est juste lunaire. Shia LaBeouf y exprime un cri sincère contre cette enfance gâchée, où il n’a pas pu vivre comme les autres gamins, instrumentalisé par ce père à moitié braque et obnubilé par la réussite de son fils à Hollywood. Au delà du cas des enfants stars et du côté malsain de ces parents qui se font de l’argent sur leur progéniture, Honey Boy prend un parti mitigé et donc troublant.

L’acteur est sans concessions pour ce père souvent dur et égoïste mais il lui a pardonné et cette catharsis s’est faite en écrivant le film. Il l’explique d’ailleurs. Pire, il interprète son propre père, ce qui rajoute une dimension décalée au long métrage. On y voit également tous les ravages de cette éducation où la drogue était monnaie courante avec un père fier de ses plantations et faisant fumer son fils de 12 ans. Les ravages également de l’alcool sont présents ainsi que cette addiction quasi génétique liée à une éducation reproduite de génération en génération.

« Honey Boy » est donc troublant mais vraiment réussi tant le recul qu’a Shia LaBeouf sur son parcours mérite le respect et l’intérêt.

C’est un bon film, poignant et rude. Une belle réussite.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

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