Archive pour la catégorie 'Films – critiques perso'

« Seule la terre » de Francis Lee – critique du Blanc Lapin

10 décembre, 2017

Pour cette histoire d’amour homosexuelle en plein Yorkshire, Francis Lee aurait pu tomber dans le méga cliché et nous pondre un « amour est dans le près » agaçant.

Il n’en n’est rien car son choix de mise en scène est âpre, filmant la rudesse de la vie rurale et d’un quotidien de labeur. Il donne aux personnages de cette famille une agressivité liée à la pauvreté qu’ils tirent de leur vie harassante, où il n’y a pas de place pour la tendresse et les sentiments. Ce côté autiste est assez surprenant mais compréhensible.

L’arrivée d’un travailleur roumain pour soulager leur quotidien va bouleverser la vie de Johnny, qui ne vivait son homosexualité que bestialement à de rares occasions. Il va découvrir pour la première fois le sentiment amoureux et la bienveillance.

Sa grand-mère et son père ne lui donnent que réprimandes et aucun amour. Il vit seul et reclus sur lui-même. Il se saoule dès qu’il peut afin d’oublier l’enfer d’un quotidien où il n’a aucun avenir et la responsabilité de faire survivre une exploitation agricole obsolète.

Francis Lee fait donc murir cette histoire comme un apprivoisement d’un animal farouche et blessé par un garçon lumineux. Ceci manque peut être de réalisme mais c’est une très belle histoire, émouvante à plus d’un titre. On pense évidemment au cinéma social britannique dans ce qu’il fait de meilleur, de façon simple et efficace.

Surtout, le réalisateur fait émerger un romantisme premier degré qui fait du bien. Son film va vers la luminosité avec une très belle fluidité.

Cette histoire d’éveil et de prise de conscience de soi, de l’autre, de la beauté de construire un couple est à la fois subtile et dénuée d’une quelconque niaiserie, ce qui rend le final d’autant plus émouvant.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

« Les Gardiennes » de Xavier Beauvois – critique du Blanc Lapin

9 décembre, 2017

Xavier Beauvois est l’un des réalisateurs français talentueux de « N’oublie pas que tu vas mourir » à « Des hommes et des Dieux« , en passant par « Selon Matthieu » et « Le petit Lieutenant« . En s’intéressant à la vie quotidienne de femmes à la campagne durant la 1ère guerre mondiale, il aborde un sujet rarement développé et donc intéressant.

On ressent non seulement la dureté du labeur de la terre et de l’exploitation de la ferme en l’absence des hommes mais aussi le fatalisme de ces femmes qui ne savent pas si leur fils ou leur mari reviendra vivant du combat ou si le maire tout habillé de noir viendra leur annoncer la terrible nouvelle comme il l’égraine indéfiniment.

Nathalie Baye est comme toujours parfaite et une mention spéciale peut être donnée à Cyrille Descours, à la présence à fleur de peau très touchante en fils revenu du front et de la mort qui renait par amour. On ne voit pas assez cet acteur et c’est bien dommage.

Hélas le film est d’un tel classicisme et d’une telle aridité que sa durée joue contre lui. Le luxe de détails du quotidien finit par s’avérer un peu long d’autant plus que certaines scènes n’apportent rien. Un montage plus court d’une demi-heure aurait été plus pertinent. Mais ceci reste un bon film.

La piste aux Lapins :

3 étoiles

« Thelma » de Joachim Trier – critique du Blanc Lapin

4 décembre, 2017

Le réalisateur norvégien Joachim Trier, remarqué avec son « Oslo, 31 août », est de retour avec un film très réussi.

Il choisit en effet un récit de science fiction pour conter l’émoi amoureux et les premières pulsions sexuelles. Mais non seulement il fait de son héroïne une jeune lesbienne que toute son éducation catholique culpabilisent, mais en plus cette dernière a un super-pouvoir qu’elle découvre.

Trier choisit une mise en scène méthodique pour instaurer une curiosité palpitante pour ce que va devenir son héroïne et surtout nous faire craindre ce que l’on va découvrir.

En ces temps de blockbusters Marvel et DC Comics, c’est une excellente idée que d’en prendre le contrepied par un sujet multiple utilisant la coquille souvent vide des grosses productions américaines.

Le refoulement et le poids de cette éducation étouffante sont bien entendu au cœur du récit mais le récit est forcément émaillé de scènes fortes visuellement, faisant la part belle à l’onirisme.

Et pourtant l’humain est au cœur de ce drame alternant terreur et émotions pour cette jeune femme tiraillée entre son désir et le carcan idéologique qu’on lui a inculqué. Le tout est illustré par des métaphores et par une quête fantastique menée avec un excellent rythme.

Ce mélange des genres, du thriller au drame, donne à l’ensemble un rendu assez captivant, souvent surprenant et malin.

Le refoulement est un thème souvent traité au cinéma mais cette approche a le mérite d’être originale et rigoureuse dans son déroulé et sa mise en image.

Un très bon film.

La piste vaux Lapins :

4 étoiles

 

Blanc Lapin, le huitième passager !

2 décembre, 2017

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Cela fait 8 ans que sans prévenir, un cinéphile compulsif vous assène des giclées d’infos sur le cinéma en cours de tournage, sur ce qui va sortir et pourquoi çà lui semble soit complètement affligeant soit excitant au plus au point. Et bon, vous pouvez vous dire, « il est gentil mais on s’en fout de son avis« . De même, vous pouvez légitimement vous dire que mes critiques n’ont pas non plus à surgir chaque semaine car on s’en fout un peu de l’avis de machin là.

Pourtant il y a quand même des lecteurs et lectrices, ce qui me surprend toujours autant et donc m’incite à poursuivre, malgré mon travail fatigant et prenant car oui, je ne regarde pas que des films en fait… Le fait de se projeter dans le futur du ciné et de commenter son état est une façon comme une autre de tisser un lien entre présent et avenir.

« De l’autre côté, perché avec le Blanc Lapin » c’est donc 1 552 000 visites…2 700 000 Clics, 459 critiques rédigées par mes seules patounes et 4 398 articles publiés.

Donc merci à ceux qui passent et picorent de justifier de cet échappatoire salvateur, ce prolongement de ma passion. L’art et la passion pour un art sont à mon avis faits pour être partagés et Le Blanc Lapin est mon hygiaphone sans le son, qu’il soit lu par 20 ou 15 000 personnes par mois.

Je vous remet les classements des meilleurs films des dernières années que vous pouvez retrouver avec les listes complètes agrémentées des critiques ici, dans une catégorie du blog lorsque vous ne savez pas quoi voir comme film…

Yvan

2009

 

2010

2011

2012

2013

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2015

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« Mise à Mort du Cerf Sacré » de Yórgos Lánthimos – critique du Blanc Lapin

12 novembre, 2017

Yórgos Lánthimos avait trouvé un public plus large avec son « The lobster » dont le pitch décalé avait intrigué bien des spectateurs mais qui pour ma part m’avait laissé quelque peu sur ma faim du fait d’une seconde partie tournant un peu à vide.

Avec ce « Mise à Mort du Cerf Sacré« , Lánthimos retrouve Colin Farrell, qui décidément excelle dans le quasi non jeu et s’offre Nicole Kidman, elle aussi d’une froideur et d’une distance assez étranges.

Avec ce jeu désincarné, le réalisateur met en place un univers suscitant le doute et la curiosité dès le départ. Steven, brillant chirurgien, a tout pour être heureux puisqu’il est marié à Anna, ophtalmologue, avec leurs deux enfants Kim, 14 ans et Bob, 12 ans. Depuis un temps non défini au départ, Steven voit régulièrement Martin, en secret et s’occupe de lui car il a perdu son père, que Steven a opéré et qui est décédé au cours de l’opération.

Le film instaure un malaise assez rare tant il va loin dans sa logique absurde et sa paranoïa fantastique. A tel point que si le réalisateur réussit davantage cet opus en tenant en haleine le spectateur jusqu’au bout, il risque de déplaire à pas mal de monde tant la violence psychologique est forte.

J’avais ressenti un malaise assez proche avec le terrible « Funny Games » de Mickael Haneke.

L’esthétique glaçante du film et le sens immuable de son récit sont relativement éprouvants et ne font pas du long métrage un film facile.

La destruction de cette famille parfaite s’effectue avec horreur devant nos yeux. Un film étouffant mais réussi.

La piste aux Lapins :

3,5 lapins

 

 

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« A Beautiful Day – You Were Never Really Here » de Lynne Ramsay – critique du Blanc Lapin

12 novembre, 2017

Il est rare de sortir d’une séance de cinéma en se disant qu’on vient de visionner un chef d’oeuvre instantané. Et pourtant Lynne Ramsay, qui m’avait déjà impressionné il y a 7 ans avec « We need to talk about Kevin« , vient de produire un chef d’oeuvre, un vrai.

Avec cette histoire de vétéran tueur à gage, traumatisé par son passé, à la limite du suicide, hors sol, Lynne Ramsay donne à Joaquin Phoenix un de ses plus beaux rôles et il en a déjà eu de sacrément bons. Son prix d’interprétation à Cannes est une évidence tant il incarne avec puissance cette masse brutale et fragile, totalement perdu, déshumanisé par les horreurs de la guerre et le boulot d’effaceur, naviguant en eaux troubles, avec pour seul repère sa vieille maman qu’il aime.

Et un jour on lui propose de récupérer une adolescente prostituée de force dans un réseau pédophile car c’est la fille d’un sénateur. Et là, il va trouver un sens à son existence, une rédemption pour ses pêchés.

Le film est magistral du point de vue de la mise en scène, de la bande-son stridente et parfois mettant de gros coups de pression sur le suspens. La caméra épouse totalement cet ogre barbu dont on ne sait si il veut mourir ou rester ce fantôme de la mort qui assassine des gens sans aucun affect. Il est la figure désincarnée car sans âme, des laissés pour comptes de l’Amérique, de types de l’Amérique pauvre envoyés en Afghanistan, et laissés dans leur puit sans fond à leur retour du front.

Le rapport entre cet homme fracassé et cette enfant victime de l’ignominie des adultes, est d’une grande sensibilité, romantique et désenchanté. Et pourtant le film est parfois quasi muet, l’économie de dialogues se justifiant par leur inutilité. Tout est sur l’écran, Joaquin Phoenix crève l’écran.

« A Beautiful Day » aurait dû garder son très beau titre d’origine « You Were Never Really Here« .

C’est un uppercut de cinéma, un très grand film qui deviendra un classique assurément. Courrez le voir ou ne prétendez pas « aimer » le cinéma. C’est l’un des deux films de l’année, avec « 120 battements par minute« .

La piste aux Lapins :

5 étoiles

 

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« Au revoir là-haut » d’Albert Dupontel – Critique du Blanc Lapin

31 octobre, 2017

 

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Il est long le chemin qu’a parcouru ce déménageur devenu comique de stand up avant de devenir peu à peu, depuis Bernie, l’un des cinéastes respectés quoique toujours à la marge du cinéma français. Il faut dire que son amour du burlesque et des cartoon transpirait dans ses dernières réalisations, « 9 mois fermes » lui ayant permis d’atteindre un succès critique et public au-delà de son cercle habituel de fidèles.

En adaptant le prix Goncourt de 2013, « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre, Dupontel s’attaque à un plus gros projet en terme de budget mais aussi en adaptant pour la première fois l’histoire d’un autre. Le film en costumes peut souvent s’avérer balourd et ici le réalisateur réussit à filmer avec un plus grand soin, une image léchée faisant penser à « Un long dimanche de fiançailles« . Mais là où le film de Jeunet était un peu chiant, celui de Dupontel est touchant. Touchant parceque son histoire de père et fils et d’éducation manquée est très belle mais aussi parceque ses interprètes sont tous excellents.

La révélation de « 120 battements par minute« , le jeune Nahuel Perez Biscayart, joue à merveille de son corps frêle et de ses yeux très expressifs un rôle pas facile car muet. Il donne à cette gueule cassée une dimension poétique portée par de superbes masques. Il est rare de voir l’après guerre et là où l’histoire se mêle parfaitement à l’univers de Dupontel c’est dans Dupontel bien sûr, qui apporte dans son personnage gauche sa dose d’humour et de délicatesse, d’humilité de l’homme du peuple dépassé par les évènements, toujours du côté des exclus, des gens qu’on ne considère même pas, anar comme on l’aime. Mais il le fait avec intelligence, par petites doses. Laurent Lafitte joue décidément les salauds merveilleux, Philippe Uchan, fidèle de Dupontel rajoute une dose perchée à l’ensemble.

Niels Arestrup est impérial dans le rôle de ce bourgeois solitaire qui a fait fortune toute sa vie et regrette au seuil de sa mort d’avoir raté son fils, la beauté de ce qu’il exprimait, à savoir l’inverse de lui, l’art plutôt que l’argent, l’imaginaire plutôt que le concret.

« Au revoir là-haut » est un bijou de créativité, mêle poésie, tragédie et aventure tout en restant populaire. Certains seront déçus par la réalisation plus sage de Dupontel, moins épileptique, moins barrée. Mais le film demeure un récit picaresque de haute volée et l’un des meilleurs films de cette année.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

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« Kingsman, Le cercle d’or » de Matthew Vaughn – critique du Blanc Lapin

22 octobre, 2017

Matthew Vaughn a donc décidé de faire une suite à son succès surprise, Kingsman, lui qui se refusait jusqu’alors à se prêter à l’exercice de capitaliser sur un succès comme son Kick Ass ou X-Men Le commencement.
« Kingsman Le Cercle d’Or » respecte l’esprit barré et too much du 1er, gavé de gadgets délirants et de répliques so british clin d’œil à James Bond façon 10èle degré. En ceci cette suite est réussie puisqu’elle ne déçoit ni par son rythme ni par ses personnages.

Évidemment le réalisateur devait faire revenir l’immense Colin Firth dont le rôle avait imprégné le 1er volet. Et là où c’est réussi, c’est qu’il joue sur un registre inattendu, celui de l’émotion et ça fonctionne très bien.

Les nouveaux personnages sont peut être trop nombreux, Halle Berry, Channing Tatum ou Jeff Bridges faisant de la quasi figuration. En revanche Pedro Pascal (Narcos, Games of Thrones) et Julianne Moore en méchante complétement perchée excellent et cabotinent certes mais c’est drôle. Quant à Elton John, il a plusieurs scènes marrantes dont un plan très drôle qui vaut le détour à lui seul.

Le bémol de ce Cercle d’Or est que derrière son indéniable efficacité et les plaisirs régressifs qu’il procure, il manque deux éléments du 1er film. D’abord l’effet de surprise n’est pas toujours là puisqu’on connait l’univers même si Vaughn n’hésites pas à torpiller des personnages pour rendre son scénario imprévisible. Ensuite l’originalité a fait place parfois à de la surenchère d’action et d’effets spéciaux au détriment des dialogues…de l’irrévérence et du délire débile.
Entendons nous, Kingsman Le Cercle d’Or reste jouissif et l’un des excellents blockbusters de 2017. Mais le 3ème volet devra trouver une idée géniale si la saga ne veut pas rapidement tomber dans de la ressucée. Mais il est normal que l’on soit exigeant avec des réalisateurs aussi réjouissants que Matthew Vaughn !

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

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« The Square » de Ruben Östlund – critique du Blanc Lapin

22 octobre, 2017

Si The Square comporte son lot de scènes marquantes et une thématique parfois intéressante, il est assez incompréhensible qu’il soit reparti avec la palme d’or et que le jury cannois n’ait accordé que le second prix au magnifique « 120 battements par minute ».
Déjà, dans Snow Therapy, Östlund était ultra agaçant et particulièrement vaniteux dans sa mise en scène. Le type est doué mais trouver un bon concept ne l’excuse pas de tomber dans une certaine facilité à ne pas donner de direction à son propos.

L’histoire de ce conservateur de musée d’art moderne réserve pourtant plusieurs pépites d’humour noir réussies. Östlund y montre le décalage d’un homme cultivé rattrapé par la bien-pensance et plusieurs scènes valent réellement le détour. On y voit le plafond de verre de la morale, de la mise en parallèle d’une réalité sociale, d’un plaisir de classe sociale aisée avec la liberté artistique.

Peut on tout se permettre au nom de la liberté d’expression de l’artiste? En ce sens le film réussit plusieurs de ses scènes. Et puis d’autres moments sont en revanche de l’esbroufe inutile. La performance dans la salle de restaurant met mal à l’aise les personnages mais pas le spectateur donc pourquoi cette scène ? Qu’ajoute t’elle au propos ? En fait le réalisateur semble convaincu que son film est tellement bon que du coup il nous rajoute une demi heure interminable qu’il aurait du couper au montage.

Trop de longueur c’est mauvais dans le seigneur des anneaux mais aussi chez ce réalisateur de festivals un peu trop prétentieux. C’est dommage car le film vaut certains détours. En revanche une palme d’Or c’est complètement disproportionné et injuste pour d’autres films bien meilleurs présents à Cannes cette année.

La piste aux lapins :

3 étoiles

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« Le sens de la fête » d’Eric Toledano et Olivier Nakache – Critique du Blanc Lapin

10 octobre, 2017

« Le sens de la fête » d'Eric Toledano et Olivier Nakache - Critique du Blanc Lapin dans Films - critiques perso 570288

Avec « Le sens de la fête », les réalisateurs d’intouchables ont trouvé trois bonnes idées pour une recette efficace bien que peu surprenante.
La première est de donner au trop rare Jean-Pierre Bacri un rôle sur mesure de gouailleur mi dépressif mi limite à envoyer bouler tout le monde. Rien d’étonnant mais il est excellent.

Ensuite le thème de l’organisation d’un mariage parle à tout le monde car on a tous vécu ou participé à ces soirées où une détail peut tout faire foirer alors que l’investissement des mariés est long, cher et compliqué. Dès lors, vivre l’envers du décor où toutes les emmerdes sont prises en charge par une société spécialisée dans le domaine fait un très bon pitch de comédie, par définition universel.

Enfin Eric Toledano et Olivier Nakache optent pour le film choral et ne se plantent ni dans la distribution futée des rôles, no dans la direction d’acteurs dans laquelle ils assurent souvent haut la main.

Le film au final est d’une bonne comédie, douce amer parfois, avec certaines scènes très drôles et quelques répliques bien senties. Le film ne décolle cependant jamais vers un franc délire ou ne brille pas de dialogues mémorables, ce qui l’empêche d’accéder à un niveau lui permettant de marquer un style parsemé de films faciles et oubliables.
Pourtant « Le sens de la fête » reste au dessus mais comme l’énorme ballon du film, il ne s’envole pas suffisamment pour déclencher une salve de lapins enthousiastes. J’ai passé un moment distrayant et j’ai rigolé plusieurs fois de bon cœur ma bonne dame, c’est déjà cela et c’est déjà beaucoup !

La piste aux Lapins :

3 étoiles

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« Blade Runner 2049″ de Denis Villeneuve – critique du Blanc Lapin

9 octobre, 2017

Denis Villeneuve est l’un des grands metteurs en scène du moment mais relever le défi de donner une suite à l’un des plus grands chefs d’oeuvre de la SF était un pari ultra casse-gueule.

Ridley Scott ne s’est pas trompé mais il a surtout concocté avec le scénariste du film original, une histoire qui ne réédite pas du tout la précédente et se permet de prolonger le film précèdent. C’est sans doute la première grande force du film, celle de ne pas tomber dans le piège de l’univers si marquant du premier. On retrouve évidemment l’ambiance de villes polluées, où les voitures volent et les hologrammes publicitaires sont géants. Un élément a cependant disparu…les gens. Villeneuve s’attarde en effet peu sur cette population qui grouillait de partout dans Blade Runner car dans ce futur du futur, l’humain a quasiment disparu.

Et c’est en sortant de la ville et en nous montrant à voir des paysages d’une beauté froide et glaçante, d’une humanité qui est obligée de cultiver sous serres sur des étendues infinies, que le film prend son propre envol, sa propre indépendance par rapport à son écrasant ainé.

Denis Villeneuve prend alors le temps de dérouler son histoire, certains trouveront trop mais pas moi. Je n’ai pas vu le temps passer tout simplement parceque la mise en scène est fluide mais que l’interprète principal, Ryan Gosling, est tout de même très fort lorsqu’il s’agit de jouer les taiseux.

L’histoire casse les a priori qu’on peut se faire en connaissant le film d’origine et surtout s’avère émouvante car elle s’intéresse à ce qui fait que l’on est humain. On s’humanise en se trouvant un sens, un objectif à sa vie …on a besoin de se sentir aimer et d’aimer en retour sinon pourquoi ? L’utilisation du personnage féminin holographique est une excellente idée, plus proche de Spielberg et d’AI que de Blade Runner mais non moins pertinente.

La thématique est aussi celle de l’humanisation face à la prise de conscience de l’immense solitude de l’humain face à la mort. Et c’est en cela que Blade Runner 2049 est un grand film. Sa thématique est différente de l’original et complémentaire.

Le seul problème est qu’elle ne se révèle pas facilement, l’émotion étant plus contenue que dans le premier film. Harrison Ford est très bon et son rôle ne fait pas figure de justification scénaristique. Seul le personnage de Jared Leto est un peu sous utilisé.

Denis Villeneuve utilise des décors en dur au maximum et use des effets spéciaux de façon intelligente, sans en foutre plein la vue et réussit à créer une identité visuelle aussi forte que l’original et pourtant différente.

Son film est contemplatif par moment mais ne se perd jamais dans une narration complexe, chaque scène étant justifiée malgré la durée du film.

« Blade Runner 2049″ est une grande dystopie, une histoire dépressive et triste mais tellement réussie. Le film manque peut être du lyrisme qui le ferait accéder au niveau du premier mais il a une qualité énorme pour ce genre d’entreprise, l’humilité.

La piste aux Lapins :

4,5 lapin

 

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« Happy end » de Michael Haneke – critique du blanc lapin

7 octobre, 2017

Cela fait déjà 5 ans que l’Autrichien Michael Haneke a reçu sa seconde palme d’Or pour « Amour« . Et oui, on ne dirait pas comme cela mais alors que le film avait reçu un accueil critique assez unanime et s’était avéré un de ses plus grands succès publics, le maitre a galéré pour monter son projet suivant, Flashmob, et s’est finalement attelé à « Happy end« . Le film aborde de très loin la problématique des migrants même si il se déroule à Calais car son sujet n’est pas aussi politique qu’on aurait pu le penser.

Non, ici Haneke retrouve un regard caustique froid et détaché, souvent d’un humour corrosif, sur la solitude des individus d’une famille bourgeoise à qui rien ne manque, sauf l’essentiel. Il leur manque soit de l’amour, soit un sens, un objectif, un idéal.

Isabelle Huppert est merveilleuse comme d’habitude dans son rôle de chef d’entreprise ayant repris la PME de son père joué par le cultisme Jean-Louis Trintignant.  Elle a cette distance d’un personnage qui maitrise tout et veut sauver les apparences, la bienséance, la place de leur famille dans la bourgeoisie locale. Se battant pour rester politiquement correcte, elle reste aveugle à la volonté de son père ou aux souffrances de son fils, un trentenaire pour qui reprendre l’entreprise à terme est un fardeau dont il n’a pas envie. Il est malheureux de cette prédétermination et du poids qu’on lui a mis tout petit, conscient de l’hypocrisie avec laquelle sa famille semble atténuer la notion de classe sociale. Or le rapport de domination par l’argent est bien là, par cette famille qui vit au service de ces grands bourgeois et qui vit dans une proximité mêlée de dépendance sociale qui biaise forcément les rapports humains.

Là où Haneke est très fort, c’est qu’il ne juge pas ces individus sur un plan politique, il ne fait que les observer comme cette jeune adolescente qui filme avec son smart phone le bal des adultes dont elle a tout analysé et qui adopte la même violence qu’eux. Car derrière les apparences, la politesse et les codes à respecter voire la conscience qu’ils essaient de mettre en façade, ces humains ont des fêlures cachées, comme tout un chacun. Le personnage de Mathieu Kassovitz, le frère d’Huppert et fils de Trintignant, est un plus évident au récit. Il a fuit sa famille pour devenir médecin en hôpital mais il a fuit sa première femme, son premier enfant et ne cesse de s’évader tout en donnant une image propre sur lui. Il n’arrive pas à aimer, à s’attacher, il est cassé de l’intérieur.

Une excellente scène réunit l’adolescente jouée par Fantine Harduin à un Jean-Louis Trintignant, au sommet. Deux individus que 72 ans séparent, que rien ne rapproche, qui ne s’intéressent pas l’un à l’autre, ont deux points en commun. Ils sont francs l’un avec l’autre là où tous les autres se cachent et se mentent. Et ils en ont assez de cette vie, l’une beaucoup trop tôt et l’autre parcequ’il en a fait le tour. Leur échange est à la fois cruel et clinique, sans aucun fard, juste un réalisme abyssal sur le sens de leur vie. Si c’est le dernier rôle de Trintignant, ce sera une sortie par le haut après le déjà excellent « Amour« .

Haneke est cinglant de bout en bout mais il lui manque peut être un certain liant entre les scènes qu’il colle les unes aux autres telles des vignettes. C’est probablement volontaire mais ceci rend son film peu aimable, abrupte comme ses personnages là où un Claude Chabrol aurait été plus rond. On reproche toujours à Haneke son côté austère. Ses détracteurs n’aimeront donc pas. Mais l’ironie du film est d’une grande classe car elle ne donne aucune leçon et se contente de regarder et de nous donner à voir, calmement un monde de repères s’effondrer.

La piste aux lapins :

3,5 lapins

 

 

 

 

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