Archive pour la catégorie 'Films – critiques perso'

« L’arnacoeur » avec Romain Duris et Vanessa Paradis – critique

18 avril, 2010

 

Pascal Chaumeil, le réalisateur, doit être content, son film est un carton (2.700.000 entrées) et le bouche à oreille est excellent. Je me suis donc laissé tenter par ce film dont le titre, très très con quand même, ne me disait absolument rien. Et quand on me traite de snobe, ça m’énerve et je vais donc voir le film. Il faut dire qu’une comédie romantique française, hum…c’est rarement réussi. Vanessa Paradis n’a rien fait de potable au cinéma depuis le magnifique « la fille sur le pont » de Patrice Leconte et Romain Duris stagne depuis deux ans…Ce qui est d’ailleurs très drôle c’est que des gens detestant Duris l’ont trouvé bien, pour une fois!

Le verdict pour moi est donc positif. Tout d’abord parceque dans « comédie » il y’a rires et que je me suis marré très souvent, les gags étant calibrés de manière régulière pour éviter au soufflet de retomber. Une technique bien huilée à Hollywood mais visiblement pas au pays des frères Lumière. Et en ce sens, chapeau bas aux scénaristes qui ont fait un excellent travail. La romance n’est pas trop gnangnan et ne dure pas 3/4 du film. Le seul défaut sera que cette romance justement n’est pas des plus crédibles. Mais comme l’enjeu n’est pas là et que la salle est conquise bien avant, rien de bien grâve. Ce fut donc un réel plaisir de voir Vanessa Paradis mystérieuse et froide, jouer de l’image people qu’on a d’elle ou Romain Duris interpréter les dragueurs professionnels, rôle qu’il n’a pas si souvent endossé. En ce sens le casting est bon. Julie Ferrier et François Damiens apportent la touche d’humour supplémentaire. Là où la plupart des comédies françaises sombrent dans de l’humour très Bigard, « l’arnacoeur » n’hésite pas à partir dans des situations comiques limite Tex Avery, pas forcément réalistes mais on s’en fout au final. 

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Au passage Duris est un excellent danseur, il l’avait prouvé  dans « 17 fois Cécile Cassard » et il en joue de nouveau.

Bref, une comédie qui tient ses promesses et donne la banane. Ce n’est pas le chef d’oeuvre du siècle mais un divertissement intelligent, pas si courant que cela…

 

Le choc des titans – critique

11 avril, 2010

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« Le choc des titans » c’est tout d’abord le remake du film du début des années 80, summum du kitch tant les effets spéciaux semblaient datés même à sa sortie. C’est aussi la preuve qu’un jeune réalisateur français peut réussir à Hollywood puisque après « l’incroyable hulk », Louis Leterrier, le fils d’Alexandre Arcady, s’est vu propulsé à la tête de ce projet.

Le pitch est très simple, Persée est chargé par les humains de sauver leur ville du kracken, un terrible monstre. En effet, comme ils sont un peu cons, ces derniers ont décidé du jour au lendemain de se passer des dieux alors qu’ils ont la preuve de leur existence et de leur pouvoir. Hadès, dieu des enfers, en profite pour piquer au vif son frère Zeus et l’inciter à leur foutre une méga raclée. Et quoi de mieux que ce bon gros Kracken, qui s’ennuie beaucoup au fond des mers ? Mais voilà, Persée est le fils de Zeus, c’est un demi-dieu et il est du coté des cons ! Donc il va les aider à s’émanciper. Mais arrivera t-il à nous tirer de l’ennui ? C’est tout le défi !!

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Le film de Leterrier est sans aspérités, très bien monté, avec de beaux effets spéciaux. Pégaze est magnifique, la méduse est superbe et les dieux sont un peu moins kitchs qu’en 1980. Disons que prendre Liam Neeson en Zeus et Ralph Fiennes en Hades, c’est plutôt classe. Doter les dieux d’armures qui brillent et les mettre sur des petits promontoires, là en revanche ceci fait plus penser aux « chevaliers du zodiaque », série animée bien connue du club Dorothée. Disons que ce coté là n’a rien de gênant. Le film ensuite se fout totalement de la cohérence mythologique. Il n’y en a aucune. Dans la mythologie, Hadès a toujours été un bon frère pour Zeus et c’est plutôt Poseidon qui était rebelle, jaloux et colérique. C’était d’ailleurs lui le grand méchant dans le film d’origine. Mais là encore, rien de bien grave.

Non, que le scénario soit nul et sans aucune surprise, d’un didactisme affligeant comme l’était « Alice au pays des merveilles », c’était plutôt attendu. Mais ici, nous avons à faire à une action un peu molle, à des scènes qui n’apportent rien, à du bavardage avec des dialogues éculés et attendus mais surtout à un jeu d’acteur de Sam Worthington proche de deux expressions (je fronce les sourcils / je regarde le prompteur derrière le partenaire). Moi qui l’avais trouvé plutôt pas mal dans Avatar, je suis bien plus dubitatif aujourd’hui.

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Leterrier est un excellent faiseur, d’ailleurs il a commencé pour Luc Besson…mais à l’image de la vision de l’entertainment de Besson, ce film manque terriblement d’âme. Les scènes s’enchainent sans véritable enjeu si ce n’est celui de voir la tronche de méduse, de Charon (raté) mais le mécanisme dramaturgique a été vu 10000 fois…On peut donc s’interroger sur l’intérêt d’adapter de manière si pompeuse et avec un total manque d’humour la mythologie grecque. Cette dernière est pourtant riche de symboles, d’histoires ludiques et s’avère très marrante à découvrir. Pourquoi se limiter au remake d’un nanar et non pas s’attaquer à certaines histoires précises de la mythologie ? Mettre plein d’ingrédients comme ceci c’est en fait faire un gros pudding de dieux. C’est vrai qu’il faudrait embaucher des scénaristes. Mais ils doivent coûter moins cher que la moindre bébête de ce bestiaire inutile et vain. Ce qui fait le sel de ces histoires ne réside pas tant dans le visuel que dans l’imaginaire qu’on développé les grecs pour expliquer les phénomènes naturels ou les sentiments humains. Car si les dieux de ce « choc des titans » ont une allure humaine, ils vivent dans un château playmobil et doivent gravement s’emmerder entre deux réunions brainstorming avec papa Zeus…

J’espérais naivement qu’un jeune réalisateur européen aurait donné un regard ironique pouvant rendre à ces merveilleuses histoires un peu de leur brio. C’est donc un échec. Nous verrons ce que fera Tarsem Singh sur « gods of War », l’adaptation du jeu vidéo. S’il est probable que le scénario sera proche du néant, peut être auront nous droit à de vrais tableaux animés, d’une beauté confondante parsemée de véritable action…Mais pour cette fois Persée, range tes sandales et retournes à l’école lire deux trois bouquins de mythologie…on en reparle au prochain essai. See you !

« La fille à la valise » de Valério Zurlini- avec Claudia Cardinale et Jacques Perrin

5 avril, 2010

L’histoire : Aida (Claudia Cardinale), jeune danseuse de province, se fait plaquer au bout de 5 jours par un jeune don Juan de bonne famille pour qui elle a quitté son emploi. En le cherchant, elle rencontre son jeune frère, Lorenzo (Jaques Perrin), qui bien que connaissant la vérité, va lui mentir, du haut de ses 16 ans, d’abord par empathie puis par désir…

 

Ce film de Valério Zurlini est un classique du cinéma italien des années 60. Claudia Cardinale a 21 ans, Jacques Perrin en a 18 et il en parait 16 tout au plus. C’est pour les deux l’un des premiers rôles de leur carrière…et l’un des meilleurs.

On a plusieurs fois vu des histoires de jeunes hommes attirés par des femmes plus mûres. En revanche, la distance d’âge de quelques années seulement est plus rare. Mais la fascination pour cet obscur objet du désir n’est pas le thème central du film.

Le jeune Lorenzo, tout en découvrant son premier amour, s’intéresse à une jeune femme venue d’un milieu modeste pour qui l’argent est une quête quotidienne. Lui n’a pas besoin de travailler du fait de son héritage. De son côté, Aida semble « intéressée » mais se trouve être tout simplement aux abois. Elle est perdue au milieu de ses rêves de rencontrer le prince charmant…rêves toujours défaits par de vils machistes qui la larguent aussitôt obtenu ce qu’ils voulaient. Une certaine mélancolie ressort de cette rencontre entre deux mondes. Cette relation est forcément éphémère. Le milieu social de Lorenzo ne peut accepter celui de cette jeune femme et sa jeunesse ne peut donner suffisamment de gage à sa première passion.

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L’un comme l’autre sont victimes de leur milieu social mais c’est au final l’argent et le machisme qui mènent la danse. Ce constat terrible donne au film de Zurlini un regard cynique. Mais cette vision reste un rien nostalgique d’une période de la vie où la solitude des adolescents et leur peur de leur propre avenir se vit dans n’importe quel milieu de la même façon. C’est donc la rencontre d’un petit bluffeur et d’une manipulatrice pas très douée qui s’essaient à un jeu dont ils ne maitrisent rien du fait de leur inexpérience et de l’influence de leurs propres racines.

Clauda Cardinale est magnifique, sensuelle, pleine de rage et le regard d’un noir éclatant. Jacques Perrin est au contraire d’une douceur angélique, son visage y aidant beaucoup.

La mise en scène de Zurilini évite les clichés habituels pour mieux mettre en exergue l’hypocrisie des rapports sociaux et la finalité de chaque protagoniste. Chacun est mué davantage par son propre désir que par des sentiments plus gracieux, la morale étant malléable quand il s’agit de besoin vital. Vous l’aurez compris, nous ne sommes pas chez Frank Capra et c’est tant mieux !

« Alice au pays des merveilles » de Tim Burton

28 mars, 2010

Voici donc la fameuse adaptation du classique de Lewis Caroll par Tim Burton ou plutôt de sa suite, « de l’autre côté du miroir ». C’était une évidence en soit que Burton s’intéresse un jour à ce monde bien barré et hallucinogène.

Les critiques ont été très partagées et une bonne part d’entre elles estime que c’est l’un des plus mauvais films de Tim Burton.

Pour ma part, je suis sorti du film un peu dubitatif. Je l’ai préféré à tous ses longs métrages des dix dernières années. Il faut reconnaitre que niveau visuel, il nous en met plein la vue. Le mélange d’acteurs réels et de personnages en image de synthèse  fonctionne à merveille. Le monde est crédible, repeint à la sauce Burton et surtout, les personnages sont extrêmement bien croqués. Le chat de cheshire est vaporeux à souhait, le lapin blanc aux yeux rouges est complètement speed, la reine rouge jouée par Hélèna Bonham Carter est une super vilaine idéale ; enfin Johnny Depp s’avère curieusement sobre en chapelier fou et ne verse pas dans le cabotinage. Un très bon rôle pour Depp.

Mais voilà, passé cet étalage qui fait frétiller la rétine, que reste t’il ? Et bien deux heures où à plusieurs moments je me suis demandé si je n’étais pas en train de m’emmerder ferme. Car si l’imaginaire est joli, le scénario est en revanche bien linéaire, attendu voir blockbusterisé avec une fin digne d’un « donjon et dragons », vous savez, les films tous pourris adaptés du jeu vidéo !

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De l’essence de l’histoire d’origine, il reste peu. Où sont passées les réflexions du chat qui poussent Alice à se poser des questions ? Que veux nous signifier Burton par cette belle illustration sans âme ? Pas grand chose. Ce sentiment de creux, de vide met d’autant plus mal à l’aise que les personnages courent de partout, qu’il y’a de l’action et de très belles images en permanence. Mais au final, la sauce ne prend pas. Ces personnages désincarnés n’ont certes pas de lien ou de fil directeur dans le livre mais le fait d’avoir voulu décrire une histoire est presque un défaut. La lisibilité évidente du scénario rend chaque scène ultra prévisible. Là où « Alice au pays des merveilles » est justement un conte déambulatoire sans réelle cohérence, Tim Burton nous afflige son histoire d’un déroulé mécanique, une application du petit manuel du comment raconter une histoire. Et bien en premier lieu on pose le décor, ensuite on présente les gentils puis les méchants. Scène suivante on se fait s’affronter les deux. Puis le gentil est très très mal et ses amis aussi. Mais face à l’adversité et dans un élan de courage, de découverte de soit ou de révélation simpliste, le héros se relève et réussit à vaincre le méchant. Point, fermez les rideaux, film suivant. Et si on adaptait « la famille Adams » ? Et bien si c’est pour nous pondre un truc aussi affligeant, ce n’est pas la peine Tim ! On s’en passera!! Car oui, grande révélation ! La poésie et la « magie » ne se décrètent pas, surtout quand on se contente de reprendre ce scénario bâclé par une tâcheron d’hollywood qui a pondu, pour vous situer le niveau, « le monde de Narnia, chapitre 1″. On comprend mieux le résultat.  Bref, tout ceci est assez fadasse bien que très beau.

Et là je rejoins les détracteurs qui ont été agaçés par la musique pompier et « copier-coller » qu’on entend dans chaque Burton, c’est en gros la musique de « Edward aux mains d’argent » remixée. Ou bien dans l’imagerie « sleepy hollow » ou « Edward »….alors bien entendu, on vous dira que c’est une signature, tous ces beaux tournicottis…mais c’est justement ce côté industriel et duplicata qui gêne. Car Burton ne s’est-il pas contenté d’appliquer ses bonnes vieilles recettes sans chercher à s’approprier réellement l’histoire? En apparence, c’est du Burton ou plutôt c’est Tim Burton qui applique son visuel illustratif. Et nombre de critiques auraient certainement exigé plus du bonhomme, qu’il transcende le matériau d’origine au lieu de l’appauvrir scénaristiquement parlant.

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La question que je me pose au final est surtout de l’intérêt d’avoir adapté « de l’autre côté du miroir » plutôt que « Alice au pays des merveilles ». L’histoire de la petite fille aurait eu plus de consistance, à n’en pas douter. Mais bon, n’oublions pas que nous sommes dans une production Walt Disney et le coloriage sombre de Burton ne change rien au côté simpliste et un peu trop gentil du scénario d’origine.

La meilleure critique du film vient du lapin blanc en personne. Ce dernier s’interroge sur la nature d’Alice. Est-elle « la vraie » Alice ? Celle qu’il avait rencontrée quelques années plus tôt, lorsqu’elle était petite fille ? Qu’elle avait une imagination débordante… Où est-ce une « fausse Alice » ? Se serait-il trompé d’Alice en la ramenant du  monde réel ? Je crois bien que oui.

« Daybreakers », vampires ? vous avez-dit vampires ?

23 mars, 2010

A l’heure où les vampires ont la cote, entre le « twilight » pour adolescents et la série « true blood » pour adultes, une chose est sûre, Vlad n’est plus représenté par un vieux noble roulant de grands yeux pour envouter ses victimes. Non, le mythe est revisité à diverses sauces, le mélo version comédie romantique où les vampires peuvent aussi avoir des sentiments, des vrais ! oh yeah…ou des vampires plus sexes et rock’n roll, assumant une part d’humanité et de bestialité bienvenue et drôlissime (« true blood »). Le film « morse » présentait même l’an dernier des vampires adolescents, autre variation fort percutante.

 

Le film des frères Spierig arrive donc comme une nouvelle approche  séduisante, celle du film d’anticipation. Un 1984 repeint aux couleurs des vampires. Pourquoi pas ?

Cette charmante série B n’a donc rien du chef d’oeuvre ni du film mémorable mais comme « bienvenue à gattaca » avec le même acteur principal, Ethan Hawke, le film jouit de qualités qui l’élèvent au-delà de ce qu’il est. Il est humble, le monde créé est crédible et il s’avère inédit. Enfin, c’est un film éminemment sympathique, pour ses acteurs, sa réalisation parfois bouts de ficelle et l’ingéniosité des trouvailles de leurs auteurs.

En effet, on sent souvent que le budget était limité. Non que les effets spéciaux soient ratés, bien au contraire, mais disons qu’ils sont dilués. Ce sentiment créé une légère frustration car on voudrait en voir davantage. Mais c’est plutôt bon signe lorsque le film donne envie d’un métrage plus long, ayant plus de corps. Car ce manque de substance ne vient pas du scénario en lui même mais bien du manque de moyens.

Bien entendu, on reprochera certains écueils, certains « clichés ». Mais ils s’avèrent suffisamment épars et noyés dans les bonnes idées de mise en scène pour au final passer au second plan.

Willem Dafoe et Sam Neil apportent toute la puissance de leur gueule à ce récit plaisant car jamais vu. Enfin Ethan Hawke incarne à merveille un héros à qui l’on peut s’identifier sans mal.

Et puis ce film de divertissement pur a pour mérite d’aborder diverses thématiques, écologiques voir critiques à l’égard d’un système économique tourné exclusivement vers le profit à tout prix. Amusant et de bon goût.

Ainsi, ce film est parfait pour un film à voir en vidéo, tranquilous. En revanche, évitez tout de même de laisser les mômes devant, c’est un peu plus gore que « twilight »…enfin rien de bien terrible mais ça saigne un peu, ce qui est le moins que l’on puisse demander à un film de vampires.

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The ghost writer de Roman Polanski

13 mars, 2010

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Le dernier film de Roman Polanski, auréolé d’un ours d’argent à Berlin sort dans un climat particulier, celui de sa probable extradition aux Etats-Unis. A 77 ans, Polanski signe l’un de ses meilleurs films, peut être son dernier, probablement même.

Et si c’était son opus final, ce serait un beau départ, une compilation de tout ce qui fait le génie du bonhomme, un regard ironique et brillant sur une carrière qui ne l’est pas moins.

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Pour moi, cela faisait 20 ans qu’il n’avait pas signé de film marquant. « Le pianiste », malgré sa palme d’or et ses oscars, m’a profondément emmerdé par sa réalisation ultra académique.

L’histoire de ce « ghost writer » est celle d’un écrivain, Ewan Mac Gregor, choisi par l’entourage d’un ex-premier ministre, Adam Lang (Pierce Brosnan), pour rédiger ses mémoires et lui servir de nègre. Mais voilà, l’homme politique a un passé sulfureux et s’est isolé sur une île proche des Etats-Unis. Le « nègre » doit donc s’y rendre et s’enfermer avec Adam Lang et ses proches  pour pondre son livre en un mois. Et il va faire l’objet de pressions incroyables quand des révélations politiques vont commencer à surgir autour de son hôte…

Quand on visionne le nouveau Polanski, il est impossible de ne pas penser au cinéaste assigné dans sa résidence en Suisse. Nul doute que durant le montage du film, cette situation a du jouer. Pourtant, il ne faudrait pas y voir un parallèle évident mais plutôt une coïncidence. En effet, on reconnait surtout les obsessions de Polanski qui ne datent pas d’hier mais d’il y a 40 ans…dès ses premières réalisations.

En effet, cet écrivain joué par Ewan Mac Gregor est reclus sur une île, qui semble hostile par son mystère, le temps pourri qu’il y fait, l’isolement de la maison dans laquelle il est logé et surtout les énigmatiques personnages qui l’entourent. Une situation idéale pour faire monter une paranoïa hitchcockienne. Mais c’est bien à lui même que Polanski fait des clins d’œil. A sa propre filmographie, à « la neuvième porte » et « frantic » pour la course poursuite et le jeu de pistes, à « pirates » et « le bal des vampires » pour l’humour décalé, à « le locataire » ou « répulsion » magnifique film oppressant avec Catherine Deneuve…et enfin les cadavres dans le placard de politiciens bien sous tous rapports (« la jeune fille et la mort »). C’est donc un film somme.

 

Il est vraiment plaisant de voir un thriller différent, qui a une personnalité et un style, celui du réalisateur. Par exemple, là où la plupart des films du genre mettent la pression très vite, Polanski agrémente de touches d’humour assez surprenantes les premières scènes pour les espacer de plus en plus. Il avait tenté ce genre de mélange dans « la neuvième porte » mais le résultat était hélas totalement raté.

Ensuite, l’utilisation du lieu est toute caractéristique. Cette grande maison aux baies vitrées donnent l’illusion de liberté alors que lorsque le personnage met les pieds dehors, il ne peut rien faire, c’est une île où il n’y a rien. Le temps est triste, venteux, pluvieux, pas très rassurant. L’isolement, le vrai est bien là, glacial. Et une fois cette impression bien présente, le cadre est dressé et le danger peut surgir de nul part, la tension est à son comble. Enfin, les personnages qui peuplent cet univers si particulier ont tous quelque chose à cacher sous leurs dehors pas forcément antipathiques. C’est un peu la même impression que les chers voisins de Mia Farow et John Cassavetes dans « Rosemary’s baby » du même Polanski. Des individus malsains, qui cherchent quelque chose d’autre que la raison officielle du livre de mémoires à écrire.

Polanski réussit quand même à rendre haletant une course poursuite où le héros se ballade avec une valise à roulettes, c’est franchement pas banal, l’ironie est toujours présente et donne à l’ensemble un charme incroyable.

Enfin, il s’amuse de son rapport aux Etats-Unis, cet endroit où il ne peut plus mettre les pieds depuis 30 ans. Il moque par l’absurde l’hypocrisie de leur puritanisme érigé en étendard. Les défenseurs de la bonne morale savent si bien s’assoir dessus quand l’intérêt de l’empire entre en jeu.

Et dans ce jeu du chat et de la souris, Ewan Mac Gregor nous prouve qu’il est un très bon acteur. Un acteur classique certes, un peu le gendre idéal, mais qui connait bien la nuance. Son personnage d’Obi Wan Kenobi dans Star Wars nous a un peu fait oublier le reste de sa carrière, « petits meurtres entre amis », trainspotting », « le rêve de cassandre », « velvet goldmine ». La trilogie star wars lui a fait plus de mal que de bien. Il revient donc au sommet avec ce film,  avec « I love you philipp moriss »  au côté de Jim Carrey (voir ma critique) et dans « les chèvres du pentagone » (sortie cette semaine).

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La « persécution » médiatique de Polanski, que l’on soit d’accord ou pas avec, peut aussi trouver un écho dans celle que subit cet ex-premier ministre britannique (Pierce Brosnan). La fuite, il connait bien, et savoir où se cacher quand l’ennemi a les pleins pouvoirs c’est comment dire ? délicat. De toute évidence, ce thème est un testament de Polanski qui renvoie à sa propre histoire. Que peut-il faire aujourd’hui que la meute a décidé d’accorder les pleins pouvoir aux Etats-Unis. Rien. Game over.

Mais comme tout grand film, vous n’avez pas besoin de connaitre la vie de Polanski ou sa filmographie pour l’apprécier. Allez voir « the ghost writer » non pas pour la polémique entourant l’affaire Polanski mais bien pour voir ce que c’est que le travail d’un grand metteur en scène, un film élégant, sans fioriture, où il n’y a pas de scène inutile. Terriblement efficace et bourré d’adrénaline.

« Shutter Island » de Martin Scorcese

6 mars, 2010

Je n’ai hélas pas le temps de critiquer le film. Cependant je peux vous donner une impression rapide.

C’est très réussi. La presse a fait la fine bouche pour une partie et je ne comprend pas bien pourquoi. Des quatre collaborations entre Léonardo Di Caprio et Scorcese, c’est la meilleure avec « Gangs of New York ».

Di Caprio est tout simplement brillant. Le jeune éphèbe de titanic s’est mué en poids lourd au niveau du jeu d’acteur et on comprend pourquoi Martin Scorcese envisage tous ses projets avec lui.

Donc en deux mots, courrez-y ! C’est un excellent thriller avec un twist final réussi, une musique bien oppressante et un Scorcese qui s’intéresse davantage que d’habitude aux tréfonds de l’âme. C’est la première fois je crois qu’il filme des cauchemars ou des souvenirs, le fash back n’étant pas très présent dans son oeuvre. Il y’a peu de maitres du septième art en vie, Martin Scorcese en fait partie. Il est l’un des meilleurs. Il faut aller voir un film de ce grand monsieur quand il en sort un !

Paul Newman – « Paris Blues » – inédit à voir

6 mars, 2010

Cela fait 10 ans que je recherche ce film, introuvable, inédit en dvd jusqu’à ce jour. J’ai vu une quarantaine de films avec Paul Newman et j’en ai vu de sacrément mauvais pour tirer de cette filmo une dizaine de bijoux et une autre dizaine de bons films. Alors ce film fait-il partie de ce qu’il y’a à retenir de la carrière de Paulo ? Et bien ce n’est pas un chef d’oeuvre mais le film est une réussite et une curiosité à découvrir.

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« Paris blues » se passe à New York…hum, non je déconne, à Paris donc et raconte l’histoire de deux musiciens de Jazz dans le Saint-Germain-des-près des années 60. Les deux compères sont joués par Paul Newman et Sidney Poitier. Et bien évidemment, une histoire d’amour nous y est racontée.

C’est peut être le majeur défaut du film que de montrer un Paris touristique, ville des amoureux, qui ne connait pas le racisme et permet aux artistes de s’épanouir. Mais fort heureusement, cette impression est balayée par la modernité des relations amoureuses des personnages. Ils ne tombent pas dans le cliché et permettent au film de ne pas se trouver marqué par le passage du temps, d’où cette ressortie dvd, fort opportune.

Martin Ritt, le réalisateur, avec qui Newman a collaboré à maintes reprises, nous présente un Paris arty, alternatif, le Paris de musiciens ayant choisi de vivre en marge pour mieux se réaliser dans leur passion qu’est le Jazz. La question au centre de ce métrage est celle du choix entre une vie de couple classique, dans la droite ligne de l’american way of life ou celle de la solitude artistique. Car pour vraiment créer, est-il possible de vivre à deux, d’être épanoui ou faut-il préférer un certain égoïsme quitte à ce que cet isolement exacerbe le talent ?

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Intéressant comme sujet mais hélas pas toujours bien approfondi.  Le film n’est donc pas l’aboutissement qu’il aurait pu être. Cependant sa réussite indéniable est de restituer de manière tout à fait crédible l’univers jazzy de cette époque et de nous emporter sur cette musique même si, comme moi, vous êtes totalement hermétiques à ce style.

Par ailleurs, d’autres thèmes sont effleurés comme celui de la lutte pour les droits civiques…Epaissi par la présence de Louis Armstrong en personne, le film se laisse regarder avec plaisir car sans atteindre des sommets, il est toujours gratifiant de voir un film intelligent. Martin Ritt aurait raté sa cible si il avait voulu être trop présomptueux. C’est ce qui caractérise d’ailleurs ses différentes collaborations avec Paul Newman. Il utilise intelligemment la palette d’acteur du grand Paul et le confronte à des seconds rôles de talent sur des thèmes sociaux qui sortent le film de l’ordinaire. Mais faute de réaliser un chef d’oeuvre, comme il a su le faire sur « le plus sauvage d’entre tous », avec Newman également, il sait se contenter de ces diverses qualités pour simplement réaliser un bon divertissement.

L’autre atout de taille est bien entendu la présence de Joanne Woodward, la femme de Paul Newman à la ville durant plus de 50 ans, celle qui un jour de septembre 2008, a vu s’éteindre les plus beaux yeux qu’hollywood nous aient permis d’admirer au cours des cinquante dernières années.

« A single Man » de Tom Ford, critique

26 février, 2010


1962, Jim, professeur d’université à Los Angeles, vit reclus dans le deuil de son compagnon, décédé d’un accident de voiture quelques mois plus tôt. Seule sa meilleure amie, Charley (superbe Julianne Moore) pimente un peu sa vie. Il n’a goût à rien, il veut mourir.

Voici donc le fameux film de Tom Ford, le célèbre couturier, qui passe à la réalisation et a fait forte impression pour son premier film au dernier festival de Venise. Il faut effectivement constater que le film est doté d’une photographie et d’une utilisation du bruitage impressionnants. C’est d’ailleurs la stylisation à l’excès qui a déplu à certaines critiques, y voyant un film papier glacé, à l’image des très belles photos de mode dont Tom Ford est l’une des figures emblématiques. C’est vrai qu’en regardant le film, on se dit « tiens, ce mec doit bosser dans le milieu de la haute couture »…

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Mais est-ce un handicap ? Je dirais que ceci dépend des ressentis de chacun. Pour ma part, absolument pas. C’est beau, sensuel. Tom Ford sait très bien filmer les corps, la peau, les regards et leurs non-dits, le souffle léger d’un personnage. Cette élégance dans l’expression des caractères ne les rend pas moins terriblement humains…et ce n’était pas gagné compte tenu de l’excès de style. Ainsi au final, de l’émotion se dégage de toute cette histoire, de la mélancolie, de la tristesse, de l’ironie, de l’espoir…et surtout, une belle allégorie de la vie et de la mort, du couple et de la réussite de ce dernier. Des messages simples ponctuent donc ce film dont la photographie si léchée n’est qu’une façade, tout comme l’image que ce professeur véhicule de lui même. Elle n’est qu’un rempart contre l’extérieur. Rester parfait en apparence pour que rien ne le touche, rien ne l’atteigne. Qu’il puisse conserver tel un trésor l’image du bonheur brisé un soir de pluie. Qu’il puisse s’enfermer dans son deuil et dans son image si parfaite à l’extérieur comme dans un écrin.

Bien entendu, celui qui porte le film est Colin Firth, pour qui la coupe Volpi du meilleur acteur (dernier festival de Venise) était une évidence. A 49 ans, le Valmont de Milos Forman trouve le rôle de sa vie…un rôle à la Dirk Bogarde dans « mort à Venise ». Il exprime avec déconcertance la solitude, la tristesse, le manque de l’autre. Il faut voir la façon dont il pleure à l’annonce de la mort de son homme. Impressionnant de nuances.

Julianne Moore est très bien castée en meilleure amie, sublime quarantenaire qui vit là les derniers feux de sa beauté fatale sans avenir aucun. Bien d’autres personnages traduisent un homoérotisme qui a fait sourire la salle. Il faut dire qu’il y va fort ce cher Tom Ford et qu’on ressent bien son amour de la beauté des hommes. Un traitement du corps et du regard d’habitude réservé à la gente féminine. Et puis il y’a Nicolas Hoult, mon pari sur les jeunes acteurs en devenir. Parfait en ange de la dernière chance. Il imprime la péllicule et cette fois-ci, j’en suis certain, ce sera une star, demain…avec « Le choc des titans » puis « Mad Max, furry road ».

Vous l’aurez compris, j’ai aimé ce film, loin d’être sans reproches mais d’une classe qui force le respect, dont les acteurs sont à l’unisson d’un Colin Firth brillant, sur une thématique très belle et dont la principale force est de prendre son temps pour faire filtrer les émotions au moment juste. Le twist final est impérial. Un film tenu de bout en bout avec un soucis du détail vraiment plaisant. 

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Un inédit d’Elia Kazan – « Les visiteurs », chef d’oeuvre

24 février, 2010

Voici un inédit ou presque du grand Elia Kazan, l’un des meilleurs réalisateurs de l’histoire et l’un des plus detestés, non pour son talent, immense, mais pour ce qu’il a commis durant la chasse aux sorcières.

 Un inédit d'Elia Kazan -

L’histoire : Par un jour d’hiver, deux ex militaires ayant servi au vietnam débarquent chez un ancien condisciple (James Woods, un de ses premiers rôles) qui vit avec sa femme et son bébé dans une ferme isolée. Que sont-ils venus faire ? Et sont-ils bien intentionnés?

« Les visiteurs » est un grand film paranoiaque comme les années 70 nous en ont livré, « les chiens de paille » de Sam Peckinpah en tête. On pense aussi, plus récemment, à « Funny games » de Mickael Hanneke, pour la violence des rapports, la tension qui s’en dégage, même si la comparaison s’arrête là. Ce huit clos à cinq personnages dans une ferme isolée n’a rien à envier au films précités. Le stress provoqué par les deux intrus est troublant.  On ne sait ce qu’ils recherchent et si la vengeance est leur moteur ou si au contraire ils cherchent la rédemption. Et Kazan ne tombe jamais dans le cliché du film de genre, ce serait trop facile. L’oeuvre de Kazan fait de cette incertitude un personnage à elle toute seule.

Mais ce qui est brillant, c’est de confronter, pour une fois, la cruauté cauchemardesque des GI revenant du vietnam, qui ont perdu tout sens moral sur le front, à l’angelisme des militants anti-guerre, qui ne connaissent que théorie et grandes idées mais n’ont rien vécu de cet enfer. Le thème est traité sous l’angle du choix. Doit-on se comporter en héros au sens moral ou en héros au sens patriotique lorsque l’on est soldat au sein d’une véritable boucherie ? Quelles sont les conséquences de ces choix ?

,M23511 dans Films - critiques perso 

Elia Kazan livre un film autobiographique car lui, qui a dénoncé à la commission Mac Carthy ses amis soupçonnés d’être communistes, lui donc, a fait un choix immoral. Et personne ne lui a jamais apporté le pardon car l’irréparable était fait. Lui, le réalisateur de « sur les quais », « un tramway nommé désir », baby doll », « viva zappata », « à l’est d’Eden », « l’arrangement » et bien d’autres chefs d’oeuvres, tous imprégnés d’une si grande humanité qu’il était encore plus difficile de comprendre son acte. Kazan n’a pas su résister face à l’oppression obscurantiste. Et c’est avec difficulté qu’il a monté ce film, à 60 ans, banni de tous. Pour 100.000 $, des comédiens inconnus, un lieu unique et une caméra super 16, il tente d’expliquer son geste à travers ce film à la thématique si proche de son erreur magistrale.

Culpabilité et délation, les fantômes d’Elia Kazan l’ont hanté toute sa vie et ce film est assurément un chef d’oeuvre, indispensable à découvrir. Je le tiens à votre disposition. 

I love you Phillip Morris – Excellent, Jim Carrey au sommet

14 février, 2010

I love you Phillip Morris - Excellent, Jim Carrey au sommet dans Bandes-annonces 02309300-photo-jim-carrey-et-ewan-mcgregor-dans-i-love-you-phillip-morris

Je déteste la plupart des comédies « gay » ou « gay friendly », qui tombent systématiquement dans la caricature de l’homo. Ce dernier est forcément joyeux, festif, extraverti avec plein de plumes de partout. Bref, que ce soit « in and out », « la cage aux folles » ou « pédale douce », je suis affligé à chaque fois.

Et bien ne vous fiez pas à l’affiche tape à l’oeil du film qui montre un Jim Carrey et un Ewan Mac Gregor en « grosses pédales » flashies…

Le film raconte l’histoire vraie, ce qui semble d’ailleurs hallucinant, d’un homme ayant menti toute sa vie et fait des allers et retours en prison par amour pour un autre homme, Phillip Morris (Ewan Mac Gregor), rencontré en prison justement.

Si Ewan Mac Gregor est parfait en contre-emploi, d’une sensibilité désarmante, Jim Carrey nous livre là un festival de ce qu’il sait faire de mieux, alterner sans cesse entre pitrerie loufoque et tragédie bien sentie. Nombre de spectateurs n’apprécient pas Jim Carrey et ne voient en lui que l’interprète de « the mask » ou « dumb and dumber ». C’est vraiment passer à côté d’un grand acteur que de s’arrêter là. Il l’a prouvé dans le magnifique « Man on the moon » de Milos Forman, ou dans « the truman show ». Car en effet, l’homme au visage caoutchouc peut agacer par ses mimiques toutes les trois secondes si il n’est pas bien dirigé. Mais quand il rencontre un bon scénario et un réalisateur inspiré, ton talent éclate au grand jour.

C’est donc l’un de ses meilleurs rôles qu’il nous livre ici. Un rôle et une histoire proches de « Catch me if you can » (arrêtes moi si tu peux) avec Léonardo Di Caprio. L’histoire d’un gamin pour qui tout commence au mensonge d’origine de ses parents, qui l’ont adopté, fissure qui dictera toute sa vie, une vie de mythomane jusqu’à l’excès souvent très drôle. L’humour parfois bien trash a choqué l’amérique puritaine et a entrainé quelques difficultés de distribution du film. Il faut dire qu’on voit rarement ce genre de blagues homo sur grand écran. Mais justement, c’est là où le film est très fort. L’histoire n’a rien de communautariste, les personnages principaux auraient pu être hétéros, ceci n’aurait rien changé au fond.

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L’intérêt principal du film réside dans cet individu clownesque mais sincère, qui se cache derrière divers masques de personnages afin de disposer d’assez d’argent pour rendre heureux l’homme qu’il aime. Seulement voilà, à force d’empiler des masques, le visage élastique devient de plus en plus rigide et quand ces derniers tombent il n’y a rien derrière…ou plutôt une histoire à écrire, un adulte à construire, juste un gamin qui a joué à être quelqu’un d’autre entre temps, juste l’espace de quelques dizaines d’années. Troublant.

Le film vous cueille au moment où il vous a conquis par le rire avec un sérieux de bon aloi. Non, ce n’est pas qu’une comédie, c’est bien davantage. Et l’ironie du long métrage est d’arriver à faire des pieds de nez aux clichés ou justement à les contourner habilement.

Bref, un parcours sans faute et une grande réussite que ce très original et gonflé « I love you Philipp Morris » ! Bravo aux jeunes réalisateurs, Glenn Ficarra et John Requa et pari réussi pour Ewan Mac Gregor et Jim Carrey. Ils peuvent en être fiers.  

« Sherlock Holmes » de Guy Ritchie

6 février, 2010

« Sherlock Holmes » est une réussite indéniable, un vrai blockbuster intelligent, qui ne prend pas les spectateurs pour des abrutis et dépoussière le mythe de façon efficace.

Le producteur Joel Silver, qui s’est occupé de la série des Die Hard avec Bruce Willis, a eu l’idée d’adapter une BD qui revisitait le personnage de Conan Doyle tout en respectant nombre des aspects des livres d’origine. Mais pour ceci, il a confié la réalisation à Guy Ritchie, réalisateur de « Snatch » et « Crime, arnaques et botanique ». Les critiques intellos genre Télèrama ou les Inrocks voir Chronic art détestent Ritchie. Il est trop clipesque et se perd dans l’esbroufe. Je suis donc bon public puisque les deux films précités m’ont vraiment conquis par leur montage serré et original, par les gueules incroyables et un scénario en poupées russes assez malin.

On retrouve tout ceci dans « Sherlock holmes » mais avec deux atouts de taille, Jude Law et surtout Robert Downey Jr.

Il est plaisant de voir enfin Jude Law, qui n’est pas qu’une belle gueule, dans un rôle qui lui colle parfaitement. Casser l’image d’un docteur Watson petit et gros en le remplaçant par un dandy ironique et espiègle est évidemment pertinent. Mais choisir l’un des meilleurs acteurs au monde, Robert Downey Jr était vraiment LA bonne idée de ce projet. Il « incarne » le personnage et le rend particulièrement attachant. Mais c’est en donnant  à Watson l’ascendant et en faisant de Holmes un associable dépendant totalement de ce cher Watson que l’idée pivot du film prend forme.

Non seulement le duo Jude Law – Robert Downey Jr fonctionne à merveille, mais la complicité des acteurs rejaillit dans celles des deux protagonistes. On croit à leur amitié, à leurs querelles de couple qui les rend tendres et dépoussière la vision froide et intellectuelle des personnages jusqu’ici adaptés.

L’aspect comic book du Londres est volontairement non réaliste et accentue une atmosphère très particulière, tintée de musique tzigane.

Enfin, le rythme du film est inhabituel pour un blockbuster du fait des décélérations-accélérations.

En effet, une très bonne idée de mise en scène est mise en oeuvre : elle consiste à montrer l’élucidation des intrigues avec indices et explications par l’usage  du ralenti pour montrer la vitesse de réflexion et de déduction de Holmes puis la même scène en accéléré pour montrer le décalage entre l’intelligence de Holmes et la réalité.

Pour terminer ces éloges, le film ne sacrifie pas le personnage féminin qui tient un rôle consistant dans celui de l’alter ego de Holmes. Ceci fait du bien dans un blockbuster de voir une femme hors des clichés de potiche ou de blonde de service.

Et puis le méchant, Marc Strong bien que caricatural, sied très bien à cette logique  générale de comic book.

Visiblement, le film divise et n’emporte pas le même enthousiasme chez tout le monde. N’y allez donc pas en vous disant que c’est un excellent film, le rythme est particulier, vous pourriez passer à côté.

En tout cas la suite est en production et le terrible professeur Moriarty, le plus célèbre méchant des bouquins de Sir Arthur Conan Doyle pourrait voir ses traits incarnés par Brad Pitt!!! j’en trépigne d’avance.

 

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