Archive pour la catégorie 'Les meilleurs films du Blanc Lapin'

Les meilleurs films du Blanc Lapin N°10 à N°1

27 décembre, 2020

Sans titre4

Après la première partie du classement (N°25 à 11), voici la suite et fin du classement du 10ème au meilleur long métrage du blanc lapin 2020.

 

N°10- « Eté 85″ de François Ozon

Eté 85 - film 2020 - AlloCiné

En 22 ans, François Ozon a signé 19 films dont 14 très réussis soit une production des plus rythmées jamais vues en France de la part d’un auteur de sa trempe. Ozon fait partie de ces hauteurs qui déplace le public sur son nom et c’est mérité.

« Eté 85 » rend donc hommage probablement en partie à sa jeunesse, il y a 35 ans alors qu’il avait 18 ans.

Après, la pudeur du cinéaste et son talent pour surprendre font de ce film bien autre chose qu’une idylle amoureuse d’été. Difficile de ne rien révéler et donc je serai très prudent.

« Eté 85 » compte sur un casting de deux jeunes qui vont faire parler d’eux, Félix Lefebvre, très convaincant et Benjamin Voisin, qui commence à devenir connu avec pas moins de quatre films sortis en 2020 (La dernière vie de Simon, Un vrai bonhomme et bientôt Comédie humaine d’après les Illusions perdues d’Honoré de Balzac). Leur alchimie à l’écran fonctionne à merveille. Valeria Bruni Tedeschi, Isabelle Nanty et Melvil Poupaud sont excellents.

Ozon nous conte la découverte amoureuse, la première passion avec tout ce qu’elle a de beau et de violent, de délicieux et de cruel. Il fait toucher du doigt à l’écran ces moments hors du temps et la chute qui suit quand l’un des deux se lasse et détruit le château de sable, à un moment forcément inattendu pour l’autre.

Le fait de saisir ces émotions si fugaces et de les retranscrire de la sorte tient à une somme de talents humbles et juste dans l’intimité des personnages.

Le film est efficace, sans aucune scène de trop, bercé par une bande originale eighties et vintage à souhait. Cet air d’été qui se poursuit dans une noirceur violente est construite avec finesse et beaucoup d’émotions romanesques.

Le rapport à la mort ou au professeur est aussi très présent comme une synthèse de thématiques traversant la dense filmographie du cinéaste. François Ozon nous montre un adolescent qui découvre la vie avec ce qu’il y a de plus surprenant, de plus glauque. Il explique de façon très simple l’idéalisation d’un être par un autre et le besoin parfois de se construire en creux par rapport à un idéal.

La mise en scène, brillante comme toujours et la direction d’acteurs font de ce film une belle réussite dans cette filmographie déjà riche.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°09- « Monos » de Alejandro Landes

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« Monos » est l’une des grandes surprises de ce début d’année et la découverte d’un nouveau réalisateur brésilien, Alejandro Landes, sur lequel votre Blanc Lapin préféré mise beaucoup pour la suite de sa carrière.

Entre Sa Majesté des Mouches, « Aguirre, la colère de Dieu » d’Herzog ou Au Cœur des Ténèbres de Joseph Conrad, le réalisateur sud américain nous plonge dans un monde à la limite du fantastique. On est tout de suite happé par la beauté des paysages, de cette mère nature sauvage dans laquelle huit adolescents vivent avec pour mission de veiller sur une otage américaine au sommet des montagnes colombiennes. Ils s’entrainent pour la lutte prêt à prendre la relève de leurs ainés révolutionnaires, et vivent d’une façon militaire. Ils obéissent à un adulte qui de temps en temps vient les voir et filmer l’otage. Sauf que cet adulte est nain et très dûr, sans empathie, ce qui créé un décalage immédiat. Cette prison n’a pas de barreaux car la nature est plus forte qu’eux. Mais surtout on comprend très vite que ces enfants sont eux mêmes prisonniers de cet état de fait, de cette vie loin des intérêts qu’un adolescent peut avoir. On ne nous explique pas pourquoi et comment ils sont arrivés là, pourquoi ils ont été choisis ni quelle fut la durée de leur endoctrinement.

La violence de leurs rapports se fracasse au primitif de leur vie quotidienne, laissant s’échapper des pépites d’humanité, de joie, de désirs lorsque leur surveillance se relâche.

Mais leur absence de compassion pour leur otage renvoie également à l’absence de limites des enfants, pour qui les barrières morales et la remise en question de ce qu’on leur a inculqué passe par des chemins différents de ceux d’un adulte.

A ces images magnifiques qui alternent avec le danger, le questionnement sur ces personnages, Alejandro Landes ajoute un accompagnement musical excellent de Mica Levi, accentuant la rudesse ou l’effet des narcotiques.

Puis le réalisateur opère une rupture de paysage et de cadre au milieu du film, passant du froid des montagnes à la chaleur moite de la forêt tropicale. Il passe d’un enfer à un autre ou plutôt d’un endroit dangereux qui pourrait être paradisiaque à une nouvelle prison naturelle.

Le réalisateur filme ces corps meurtris et qui s’imposent une discipline atroce, avec un regard bienveillant mais suffisamment de distance pour ne jamais permettre au spectateur de tomber dans une empathie profonde pour ces enfants sauvages qui peuvent à tout moment exploser de violence.

Ce parti pris est souvent radical et ne cherche pas l’explicatif, ce qui donne au film un charme extraordinaire, hors du temps.

La puissance des évocations visuelles de ce thriller de survie en zone naturelle ultra dangereuse, confrontée aux protagonistes en apparence fragiles mais extrêmement durs et mentalement entrainés, donne à « Monos » un statut très particulier. C’est un film étrange qui ne cherche pas à donner du confort au spectateur de part la prévisibilité d’une histoire mais justement à le tenir en haleine tout en restant fasciné par son mixte de poésie et de mort.

Ce voyage nihiliste donne un résultat qui n’a pas de comparable évident et joue sur le sensoriel de façon magistrale. Un grand metteur en scène est né, de toute évidence.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°08- « Effacer l’historique » de Gustave Kervern et Benoît Delépine

Affiche du film Effacer l'historique - Affiche 1 sur 1 - AlloCiné

Gustave Kervern et Benoît Delépine, les deux compères issus de Groland, ont réussi à construire une belle filmographie en 20 ans, depuis Aaltra. Que ce soient Louise-Michel, Mammuth, Le grand soir ou Saint Amour, tous ces films très réussis ont su parler de gens invisibles, déclassés, avec une grande tendresse et un humour ravageur et salvateur.

« Effacer l’historique » est clairement dans cette veine, avec ce même souci de ne pas être réaliste tout du long et d’insérer des scènes surréalistes bienvenues pour imager leur regard social sur un monde qui tourne bizarrement.

Ils s’attaquent à l’omniprésence d’internet, des réseaux sociaux, de l’horrible système de notation des uns et des autres. Sur une scène courte avec Benoit Poelvoorde, excellent, ils arrivent à dénoncer l’exploitation des livreurs à domicile et leurs conditions de vie mais aussi la responsabilité aveugle du consommateur. C’est bref et efficace comme toutes les scènes du film.

Blanche Gardin, Denis Podalydès et Corinne Masiero forment un trio très attachant de gens laissés en marge, qui se sont rencontrés sur un rond point au moment des gilets jaunes. Face à la déshumanisation du quotidien, à la marchandisation de tout, les trois sont largués pour des causes différentes. Alors ne vous attendez pas à une conquête burlesque des Gafa, la bande-annonce est trompeuse et cette partie est toute petite. Non, ici on les suit dans leur quotidien limite orwellien où ils tentent de comprendre et d’appliquer les règles de ce monde à peine caricaturé. Et c’est ce qui fait la force du rire dans le film. C’est drôle mais les réalisateurs-scénaristes n’ont pas à pousser beaucoup les situations, c’est très proche de la réalité !

L’engagement et la pertinence des scénettes qui s’enchainent laisse cependant place à une poésie pessimiste et encore une fois des personnages que les réalisateurs affectionnent. Cà se sent à l’écran. Blanche Gardin est excellente avec son phrasé et sa diction si particulière. Ceux qui ont vu ses excellents spectacles ne seront pas dépaysés.

Le fantasque et le loufoque anar font de ce « Effacer l’historique » un excellent cru pour notre duo de réalisateurs socio-comiques.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°07- « Dark Waters » de Todd Haynes

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Il est très surprenant de voir le réalisateur de Loin du Paradis et Carole, habitué aux drames intimistes, s’attaquer à un sujet de société comme le scandale du téflon et de l’entreprise DuPont qui a empoisonné sciemment ses employés, les habitants des villes autour de ses usines et les millions de clients à travers le monde pendant 50 ans.

Il faut dire que Mark Ruffalo qui tient le premier rôle, a porté le projet à bout de bras comme co-producteur et on ne peut que saluer son combat de David contre Goliath tout autant que son jeu nuancé.

Il incarne donc, Robert Bilott, un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques, qui va prendre parti pour les petites gens victimes de cette impunité cynique d’une énorme industrie chimique usant de son poids économique, de son poids sur les emplois, de son impact politique.

Le combat semble perdu d’avance mais la ténacité de ce travailleur acharné va le balloter pendant 15 ans de combats. Certes le film n’est pas très cinégénique mais l’enquête est vraiment intéressante et bien menée.

Todd Haynes apporte toute la pudeur de ce drame humain et on comprend au fil du film pourquoi Mark Ruffalo l’a choisi. Le film est fin et militant tout à la fois car il parle de dignité face à une inconscience morale inconcevable.

La force tranquille et l’humilité de « Dark Waters » rend son visionnage nécessaire.

Un film écologiquement engagé mais mené à la façon d’un thriller vraiment intelligent.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°06- « The Gentlemen » de Guy Ritchie

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Voici enfin le retour en grande forme de Guy Ritchie après deux blockbusters impersonnels qu’étaient La légende du Roi Arthur et Aladdin. Le réalisateur a été critiqué à ses débuts pour sa façon très clipesque de réaliser ses films. Issu du monde de la pub et du clip, il est vrai que « Crimes Arnaque et botanique » ou « Snatch« , sortis il y a 20 ans, avaient un côté épileptique qui pouvait déplaire à certains. Moi perso, j’adore et son passage par Sherlock Holmes était vraiment très réussi lui aussi. Disons que Guy Ritchie a créé son style, qui parfois agace et donne de mauvais films (Revolver, RocknRolla) et des fois c’est jouissif et du divertissement surexcité mais ultra efficace (cf films précités et Des Agents très spéciaux).

Avec The Gentlemen, il choisit de revenir au style de ses deux premiers opus avec le même cadre d’une histoire de gangsters et d’arnaque. Comme dans Snatch, les groupes de gangs sont nombreux, cinq en l’occurrence, ce qui permet au scénario de surprendre en permanence et d’empêcher de savoir où il va nous amener. L’ironie est corrosive et la salle éclate de rire à plusieurs moments car Ritchie n’en oublie pas son comique de situation souvent malin et ses personnages très bien écrits.

Pour se faire aider, son casting est juste hyper classe. Matthew McConaughey est royal en lion de la jungle qui veille sur son empire de la weed et cherche à éviter qu’un prédateur plus malin lui vole son trône. Un rôle écrit sur mesure pour lui et très classe qui lui permet de tordre le cou à la direction pas très bonne prise par sa carrière ses trois dernières années.

Charlie Hunnam a le 1er rôle à ses côtés et prouve que c’est un très bon acteur, cool. Après bien des efforts et des films pas forcément réussis au final, l’acteur accroche un bon film de plus à sa filmo après Crimson Peak et surtout The Lost City of Z.

Quant à Hugh Grant, c’est un réel plaisir de le voir de nouveau en haut de l’affiche dans un rôle de manipulateur, sombre et retord. Il est juste excellent.

Colin Farrell joue de nouveau un contre emploi délicieux comme il en a le secret et l’exigence.

Le film est malin et rythmé mais peut être moins dans l’épate et l’esbroufe qu’on pouvait reprocher à ses deux premiers films. Il est plus pausé même si le terme n’est pas adapté dans le rythme et le montage sont la marque de fabrique de Ritchie.

La virtuosité de l’ensemble donne la patate et le sourire tant l’histoire est jubilatoire.

La coolitude de ces ficelles de scénario font du bien. C’est certes un film sans prise de tête ni message. Mais ce type de récit à double fond, qui surfe sur un humour potache, parsemé de scènes d’actions en général comiques et de rebondissements en cascade, est le film idéal pour vous divertir intelligemment.

La piste aux lapins :

4 étoiles

 

N°05- « L’histoire vraie du Gang Kelly » de Justin Kurzel

Achat Le Gang Kelly en DVD - AlloCiné

Le réalisateur des Crimes de Snowtown, Macbeth et le moins réussi Assassin’s Creed, revient avec ce faux western sur l’un des plus grands hors la lois qu’ait connu l’Australie, le billy the kid australien, Ned Kelly.

Le film sort hélas en dvd et streaming pour cause de pandémie bien que passé à Venise.

J’attendais beaucoup ce film et force est de constater que je n’ai pas été déçu.

Synopsis : En Australie, certains le considèrent comme un criminel, d’autres comme un héros révolutionnaire. Dans le bush, Ned Kelly est une figure historique. Il incarne le symbole de la lutte contre le gouvernement britannique à une époque perturbée où ce continent rude et sauvage gagnait peu à peu son indépendance. Découvrez l’épopée de Kelly et de son gang de bushrangers qui ont à la fois fait régner la terreur et allumé une lueur d’espoir chez ceux qui n’avaient rien.

Justin Kurzel livre un film punk aux sons parfois électriques et au découpage très particulier. Il choisit de montrer l’épure de ces paysages quasi désertiques ou la police britannique traite avec mépris les autochtones du 19ème siècle. Il joue beaucoup sur les couleurs tantôt froides avec une touche de couleur tantôt très chaudes pour illustrer l’environnement et le danger pour le personnage principal.

Surtout, le protagoniste est d’abord montré durant 45 minutes dans son enfance et dans ses traumas sans que ce soit lourd et démonstratif. Son père est à moitié fou et sa mère se prostitue et accepte de le vendre à un hors la loi, incarné brièvement par un Russell Crowe imposant et bicéphale dans sa personnalité.

La mère est quant à elle un personnage central que l’enfant adore et qui recherche un amour qu’elle ne peut pas donner, autocentrée qu’elle est sur elle-même et sa propre survie, faisant passer son intérêt avant celui de ses enfants.

Et puis surtout, elle l’incite à aller dans le mauvais chemin alors qu’on sent un enfant sensible et qui n’aime pas la violence. Charlie Hunnam incarne avec finesse ce policier à la fois protecteur et profiteur, manipulateur qui ne donne rien sans un retour sexuel de la mère. Il y a de quoi traumatiser le gamin, forcément.

Puis entre en scène George McKay dans le rôle de Ned Kelly adulte et ce dernier, de par son jeu et son visage si particulier, explose l’écran. Il est brillant de sensibilité et de violence voir d’accès de folies venues de son héritage génétique paternel. Le personnage n’est pas antipathique, au contraire, il est perdu et très seul au milieu de son gang. Kurzel nous l’a expliqué enfant et le suit dans sa fuite vers l’échafaud.

Le déterminisme nihiliste du film n’est pas triste, il est même plutôt beau à bien des reprises.

Nicholas Hoult joue un second rôle très important avec toujours le même talent. C’est même son meilleur rôle. Il joue un autre policier britannique, ambivalent et quelques peu sadique. A la fois dans l’empathie et la volonté de pactiser avec le gangster, de devenir son ami et à la fois à vouloir lui soutirer ce qu’il a de plus cher et lui négocier une liberté en forme de chantage. Le personnage est lui aussi pervers car on ne sait pas pourquoi il joue ainsi avec la mort, peut être aussi par dépit, parcequ’il tue le temps jusqu’à se mettre grandement en danger. Le personnage est vraiment super bien travaillé dans sa relation homo-érotique avec celui de Georges McKay (ie Ned Kelly) et l’alchimie prend comme une danse macabre fascinante.

Et puis il y a la grande scène finale qui calmera tout le monde de part son brio et son originalité.

Vraiment, « The True History of the Kelly Gang« , traduit « Le gang Kelly » est une totale réussite, un film étrange et différent de ce qui sort habituellement. L’ambition de Justin Kurzel, son équipe et de son excellent casting est récompensée par une des meilleures réussites de l’année.

La piste aux Lapins :

4,5 lapins

 

N°04- « SOUL » de Pete Docter

Soul - film 2020 - AlloCiné

Le dernier film des studios Pixar sort exclusivement sur Disney Plus et pas au cinéma et c’est la première fois qu’un film Pixar est privé des salles obscures. C’est un coup dur pour le cinéma et c’est surtout fort dommageable tellement ce dernier opus est très réussi.

Alors que le studio à la lampe s’est perdu dans des suites consensuelles durant les années 2010, SOUL raisonne comme le rappel que lorsque les artistes du studio se mettent à créer un nouvel univers, parfois c’est juste génial. Si « En avant » était très pauvre scénaristiquement avec des personnages trop consensuels, SOUL fait évidemment penser à VICE VERSA du même Pete Docter. On y croise non plus des sentimets qui créént la personnalité mais carrément des âmes.

L’idée conceptuelle est excellente et le rendu graphique original par rapport aux créations précédentes. L’identité visuelle fonctionne à merveille et alterne avec le monde des humains.

Les deux personnages que sont la jeune âme perdue et l’âme du héro jazzman sont super bien croquées. L’humour est comme souvent très fin et parfois ravageur mais surtout le film touche à l’universel avec une profonder qu’on n’avait plus vue depuis Là-haut ou Wall-E.

SOUL est drôle et sur la fin très émouvant, en suivant des chemins non attendus et plus adultes que VICE VERSA. J’ai d’ailleurs préféré SOUL  à son predescesseur, pour sa thématique plus profonde et pour ses personnages plus attachants.

Une vraie grande réussite.

La piste aux Lapins :

4,5 lapins

 

N°03 – « Drunk » de Thomas Vinterberg

Drunk - film 2020 - AlloCiné

Le réalisateur danois découvert avec son chef d’œuvre « Festen » en 1998, a connu une chute d’inspiration durant les années 2000 avant de revenir à un excellent niveau en 2010 avec le superbe « Submarino » qui parlait déjà d’alcool, puis il a enchainé avec les très réussis « La chasse » en 2012 où Mads Mikkelsen excellait dans le rôle d’un instituteur accusé à tard d’attouchement par une enfant, puis le très émouvant « Loin de la foule déchainée » en 2015, La communauté et Kursk.

Thomas Vinterberg construit une filmographie qui garde certains préceptes du dogme qu’il a créé avec Lars Von Trier, un certain réalisme voir naturalisme qui renforce certaines émotions lorsque les scènes prennent. Mais contrairement à son compatriote qui provoque visuellement et cherche souvent à choquer, Vinterberg opte pour des histoires autour de personnages très bien écrits, déchirés par la vie, souvent cassés même. Il apporte un regard à la fois non consensuel et qui cherche le débat. Si dans « La chasse« , Vinterberg interrogeait sur les excès de nos sociétés mettant au pilori sans preuves et n’hésitant pas à broyer un homme sans le laisser se défendre, avec « Drunk« , il s’intéresse à un sujet passionnant et très original car peu traité de la sorte à ma connaissance.

Le pitch est simple. Quatre amis professeurs dans le même collège et tous ayant passé largement a quarantaine, décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.

Vinterberg n’aborde pas uniquement que le thème de l’alcoolisme. Non son thème principal est celui du vieillissement, du temps qui passe, des responsabilités familiales et des échecs ou espoirs déçus qui font que des hommes de 50 ans se retrouvent fatigués et avec peu d’entrain pour les années qui leurs restent. A ceci, il oppose et filme l’insouciance de la jeunesse qui boit beaucoup, au delà de l’excès et qui s’éclate. A aucun moment il ne fait l’apologie ou ne juge grâce à ce système d’expérimentation où les professeurs vont retrouver de la joie de vivre, vont se désinhiber et même retrouver des projets, être meilleurs au quotidien.

Mads Mikkelsen est immensément bon et les trois autres acteurs qui l’entourent sont bouleversants de justesse et d’humanité.

« Drunk » est souvent très drôle car les situations sont iconoclastes et l’alcool fait faire n’importe quoi parfois et permet de rire, entre amis. D’ailleurs il s’intéresse à son lien social, à cette amitié de ces quatre personnages qui se tiennent les coudes, qui s’aiment et se pansent leurs blessures pour repartir.

Mais vers où ?

Et c’est là que le film devient fascinant. Il montre les limites des paradis perdus et le choix ou pas de s’y enfoncer plutôt que de revenir à une réalité que l’on sait soit peu modifiable soit vouée à se terminer mal car la vie, çà finit forcément mal. Ce regard vraiment particulier sur le sens d’une vie au sein de ses proches, de sa famille, de ses relations fait de « Drunk » un très grand film incorrect.

Thomas Vinternerg nous fait rire l’essentiel du film et met aussi mal à l’aise avec un ton politiquement incorrect mais sans cacher la vérité, l’effet néfaste de l’alcool à haute dose, avec un dénuement total de moralisation et ceci fait un bien fou, dans un monde souvent tellement policé et tellement consensuel.

En refusant d’avoir un regard unique sur l’alcool et d’y appliquer une multiplicité liée à la diversité des individus, de leurs propres histoires, de leur propre maitrise et de leurs fragilités respectives, le réalisateur apporte une vision d’une grande intelligence avec une belle palette de nuances.

Il offre aussi un superbe film sur l’amitié comme moyen le plus fort de ne pas sombrer dans une société qui ne facilite pas l’épanouissement personnel.

Il ne juge pas la drogue mais porte un regard bienveillant sur ces gueules cassées de la vie et leur retour même fugace à l’insouciance, tout en étant conscients que le retour à la jeunesse n’aura pas lieu. C’est un message à la fois plein de nostalgie, de réalisme et de déterminisme. C’est juste excellent comme angle de vue.

La finesse et la transgressivité de « Drunk » restent d’ailleurs longtemps dans l’esprit après la projection.

Si cette année cinéma a été désertée d’une partie de ses films, la subtilité de « Drunk » en font l’un des meilleurs. D’ailleurs le film va probablement faire partie des sorties de fin d’année qui vont sauver le cru 2020 et le rendre pas si vide que cela.

La piste aux Lapins :

4,5 lapins

 

N°02- « Mank » de David Fincher

Mank - film 2020 - AlloCiné

Six longues années après Gone Girl, après avoir livré trois séries pour Netflix dont House of Cards et Mindhunter, le réalisateur David Fincher est de retour, considéré aujourd’hui à juste titre comme un maitre et l’un des meilleurs cinéastes au monde. Alien 3, Seven, The Game, Fight Club, Panic Room, Zodiac,  L’étrange histoire de Benjamin Button, The Social Network, Millenium et Gone Girl...que des films réussis et cinq chefs d’œuvres.

Il est trop tôt pour appliquer un tel qualificatif au nouvel opus de Fincher mais une chose est sûre, le réalisateur livre son film le plus personnel, le moins grand public et le plus libre. Son idylle avec Netflix se poursuit puisque la plateforme lui a permis de réaliser ce projet dans les cartons depuis 1996 et dont son propre père, journaliste, était scénariste. La première tentative échouât début des années 2000 et son père mourut en 2003.

Évidement, le film est fait avec cet hommage à tous les scénaristes du monde et s’avère une superbe reconstitution de l’univers du Hollywood des années 30. En choisissant de raconter l’envers du décors de Citzen Kane, considéré comme LE chef d’œuvre du cinéma, David Fincher veut parler avec une grande modestie des équipes qui entourent un metteure en scène. Car même culte, Orson Welles n’apparait pas sous un jour hyper flatteur, ce dernier avait quand même en tête de s’arroger l’écriture du scénario par son scénariste, Herman J. Mankiewicz, frère du réalisateur Joseph L Mankiewicz (L’Aventure de madame Muir, Ève, L’Affaire Cicéron, La Comtesse aux pieds nus, Soudain l’été dernier, Cléopâtre, Le Limier).

Herman, surnommé Mank, est un alcoolique notoire, rebelle et revêche mais libre. Malgré ses idées ouvertes et progressistes, ce dernier est devenu l’amuseur d’un grand magnat de la presse via le créateur actionnaire de la Métro Goldwyn Meyer. Et alors qu’Orson Welles lui donne deux petits mois pour boucler le scénario d’un film sur lequel il ne lui a donné que très peu de lignes directrices, Mank choisit de s’inspirer fortement de ce magnat, incarné par l’excellent Charles Dance (Tywin Lannister dans Games of Thrones).

Mank va donc raconter cette inspiration créatrice entre retraite bloqué au lit et flashs backs dans cet Hollywood des années 30 que le scénariste critique pour son hypocrisie et parcequ’il a l’occasion en or de traiter d’un personnage hors norme. Il va pouvoir parler de pouvoir, d’un individu aux idéaux qui se sont dilués dans la réussite et qui a vendu ses rêves pour de la puissance.

L’histoire du film est donc déjà passionnante car méconnue et c’est un vrai plaisir même pour des non cinéphiles que de voir ce qui a amené à un tel chef d’œuvre .

Ensuite David Fincher, en maniériste obsessionnel qui rend fou ses acteurs à les faire rejouer 50, 70, 100 prises, va livrer un objet filmique vraiment fascinant. Son noir et blanc est superbe et même le son est retravaillé pour nous faire penser aux films des ces années là.

Évidemment le film a une bien meilleure qualité sonore et d’image mais vous avez le sentiment d’être immergés dans ce cinéma là.

Évidemment Gary Oldman est juste excellent et cours droit vers un second Oscar, qui est amplement mérité. Sa prestation est fluide, contrastée, ironique, enlevée. Il est parfait dans le rôle de ce trublion d’un grand esprit mais d’une incapacité totale à se rabaisser devant le pouvoir.

Forcément, ce personnage est éminemment attachant tant il est cabot et juste à la fois.

Le rythme du film est tambour battant et empêche le spectateur de décrocher une seule seconde.

Le travail admirable de David Fincher comme directeur d’acteurs et virtuose de la mise en scène éclate avec évidence au grand jour mais hélas pas sur un grand écran. Et pour le coup, je suis certain que la diffusion en dehors d’une salle fait perdre une partie de l’impact au film…c’est dire !

La piste aux Lapins :

4,5 lapins

 

 

N°01- ex aequo – « La Communion » de Jan Komasa

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Excellent premier film, « La communion » permet à Jan Komasa, 38 ans, de se faire un nom avec un film magistralement mis en scène, d’une singularité surprenante.

L’histoire est celle de Daniel, 20 ans, qui vit en centre de détention et ne peut pas suivre les études de séminariste malgré sa foi, les crimes qu’il a commis l’en empêchant. Alors que le centre l’envoie en réinsertion dans un village pour travailler dans la menuiserie locale, un concours de circonstances l’amène à se faire passer pour un prêtre. Sauf qu’il va y prendre goût et s’y révéler …

« La communion » est un film curieux car rien ne laisse présager le déroulé de l’histoire ni sa fin marquante. Le réalisateur a trouvé un personnage fascinant et use du regard de son acteur principal, Bartosz Bielenia, qui découvre le monde et les possibilités qui lui sont offertes avec des yeux grands ouverts. L’acteur est tout bonnement excellent, incarné jusqu’au bout des ongles.

La bienveillance du personnage et sa volonté de bien faire, de se racheter et de trouver une rédemption pour soit et pour les autres est particulièrement réussie et emporte l’adhésion du spectateur par l’humanité qui s’en dégage. Le personnage est à la fois naïf et sauvage, provocateur et bienveillant.

Jan Komasa dresse le portrait de ce faux prêtre idéal qui se démarque de l’hypocrisie morale de dogmes souvent non respectés par les croyants. La jeunesse et la crédulité de Daniel sont sa force. Son enthousiasme comme sa douleur pour son prochain touchent juste. Les personnages secondaires sont tous très bien décrits, sans écriture rapide, avec ce poids d’un petit milieu clos frappé par un drame atroce et qui préfère trouver et exclure une coupable que d’appliquer les préceptes de l’église.

« La communion » est un film sur le choix, la rédemption mais aussi sur le pardon et le sens qu’on lui donne. A ces thématiques déjà denses, le réalisateur ajoute celle du déterminisme social, des fers qu’on met au pied de certains individus.

La grâce du film, de ses choix scénaristiques, du jeu des acteurs, est une excellente nouvelle pour le cinéma polonais.

La tension qui se dégage du film est à la hauteur de ses ambitions, un grand premier film.

La piste aux Lapins :

4,5 lapins

 

N°01- ex aequo - « Adieu les cons » d’Albert Dupontel

Adieu Les Cons - film 2020 - AlloCiné

Albert Dupontel en tant qu’acteur réalisateur, c’est une aventure que les cinéphiles partagent avec cet amoureux fou de cinéma depuis Bernie en 1996. Au début ses films étaient un peu trop fous, partaient dans tous les sens, parfois avec maladresse mais un humour corrosif avec succès public (Bernie) ou sans (Le créateur). Les années 2000 virent Enfermés dehors et Le Vilain caricaturer son humour mais lui permettre de perfectionner sa mise en scène en faisant des erreurs de longueurs, de frénésie.

Puis il connut un succès populaire avec une comédie vraiment hilarante grâce à « 9 mois ferme« , où Dupontel alliait virtuosité visuelle et gags comiques de situation avec ses dialogues percutants et un duo d’acteurs (lui et Sandrine Kiberlain) entouré de sa famille de gueules de cinéma. Puis en 2017,  son adaptation du succès littéraire « Au revoir là-haut » fut primée et eut beaucoup de succès à juste titre. Il ajoutait une dimension émotionnelle qu’il cachait auparavant derrière son style punk qui limitait quelques peu son talent.

Non que l’irrévérence de Dupontel et sa seine colère soient un problème, bien au contraire. C’est juste qu’il manquait quelque chose d’indéfinissable. Que peut-être en adaptant un autre, il trouvait le ton de l’émotion mais que ceci sonnait un peu bizarre avec son style. Je me suis souvent dit en sortant d’un Dupontel que j’adorais le personnage, dans ses interviews (regardez son interview récente passionnante sur Thinkerview), ce qu’il véhicule, que j’adorais son talent, son humour cynique et semi dépressif, sa mise en scène.

C’est un type bien, autodidacte très cultivé, ultra référencé, qui cite en permanence les autres par une humilité maladive. J’espérais qu’un jour, cet ami de Terry Gilliam lui rende hommage tout en assumant son style Tex Avery et en trouvant de l’émotion et un ton juste. « Adieu les cons« , c’est tout cela à la fois, avec des citations visuelles évidentes à Terry Gilliam en plus du caméo…mais c’est bien plus encore.

Quelle claque ! Albert Dupontel nous parle de paumés, comme souvent, et même il incarne un paumé qui a plutôt réussi mais s’est enfermé dans la réussite sociale telle que la dénonce Ken Loach (dont il connait toute la filmographie évidemment). Il s’attaque comme ses copains Gustave de Kernvern et Benoit Delépine à la déconnexion du réel qu’entraine l’ultra surveillance, les smartphones, les réseaux sociaux, les gafa avec une forme de désespoir plus que de lutte mais avec beaucoup d’humour car il est poli…forcément. « Effacer l’historique » était l’un des meilleurs films du duo issu du Grosland, sorti en septembre dernier et « Adieu les cons » est le meilleur film de Dupontel.

C’est son plus abouti, son plus percutant. Le film est court, 1h27, et cela suffit amplement. Pas une scène n’est superflue. Le burlesque est roi grâce à des trouvailles visuelles iconoclastes qui illustrent le propos social sans le rendre lourd. Son fidèle Nicolas Marié apporte lui aussi de nombreuses scènes comiques absurdes et vraiment drôles. Et puis Dupontel ose le romanesque et assume le risque casse gueule de sonner faux, d’être lourd. Sauf que « Adieu les cons » ne dérape jamais et reste sur le fil tout du long entre tragédie et humour, émotion et explosion comique. Cette émotion se transforme alors en message bouleversant d’une grande maturité qui vous emporte sur un final magistral.

« Adieu les cons«  est son film le plus équilibré, nourri de son expérience de ses autres longs métrages et de sa grande tendresse pour ses personnages. La bienveillance et le regard lucide et intelligent d’Albert Dupontel sur le monde qui l’entoure font qu’il vient de signer un très grand film. J’en suis ravi pour cette année cinéma 2020 qui finalement ne sera pas si désertée que cela. J’en suis surtout ravi pour lui et pour les cinéphiles auxquels il offre un si beau résultat. Merci Monsieur Dupontel.

La piste aux Lapins :

4,5 lapins

 

2020

Les meilleurs films du Blanc Lapin : N°25 à 11

26 décembre, 2020

Sans titre3

L’année 2020 a été terrible à bien des égards. Les salles de cinéma ont beaucoup souffert tout comme l’ensemble des métiers liés au septième art. Et pourtant, malgré quasi la moitié de l’année avec des salles fermées, malgré le décalage à 2021 de nombreux blockbusters et films d’auteurs de renom, le cru 2020 n’est pas si mal que celà.

Alors vous me direz, mais où as tu vu tous ces films ?…question que j’ai eu un paquet de fois ;) ))

Et bien outre les 50% du temps où les salles étaient ouvertes, la VOD a fonctionné comme refuge de sortie de certains longs métrages ne pouvant attendre une sortie décalée d’un an. Que ce soit sur des plateformes comme Netflix, Amazon ou Prime vidéo ou que ce soit sur des plateformes de streaming payant dédiées au ciné.

Et donc au final, évidemment il y a de grands absents qui étaient attendus, mais la sélection qui suit a une sacrée gueule compte tenu du contexte. Il y a juste moins de films à 4 ou 4,5 lapins sur cinq et aucun chef d’oeuvre à 5/5, ce qui est logique.

Mais j’ai vu 81 films sortis et diffusés en 2020 (ce qui est ma règle de visionnage critique sur Le blanc Lapin). L’an dernier en 2019 c’était 90 longs métrages soit pas tant que celà en plus et j’étais sur une année quasi reccord.

Bref, la diversité artistique fut tout de même au rendez-vous et de qualité.

Voici le classement du 25ème au 11ème meilleur long métrage du blanc lapin 2020.

 

N°25 – « La voie de la justice » de Destin Daniel Cretton

Disponible en VOD – sorti au ciné

La Voie de la justice VF | Dbserie.com

Le pitch : Le combat historique du jeune avocat Bryan Stevenson.  Après ses études à l’université de Harvard, Bryan Stevenson aurait pu se lancer dans une carrière des plus lucratives. Il décide pourtant de se rendre en Alabama pour défendre ceux qui ont été condamnés à tort, avec le soutien d’une militante locale, Eva Ansley. Un de ses premiers cas – le plus incendiaire – est celui de Walter McMillian qui, en 1987, est condamné à mort pour le meurtre retentissant d’une jeune fille de 18 ans. Et ce en dépit d’un grand nombre de preuves attestant de son innocence et d’un unique témoignage à son encontre provenant d’un criminel aux motivations douteuses. Au fil des années, Bryan se retrouve empêtré dans un imbroglio de manœuvres juridiques et politiques. Il doit aussi faire face à un racisme manifeste et intransigeant alors qu’il se bat pour Walter et d’autres comme lui au sein d’un système hostile.

« La voie de la justice » fait partie de ce genre de film d’enquêtes et de procès où il est révélé au public des injustices profondes hallucinantes. C’est un genre en tant que tel aux USA et récemment le très bon Dark Waters suivait le scandale écologique du téflon.

Ici le thème est encore plus fort puisque Destin Daniel Cretton s’intéresse aux condamnés à mort noirs, jugés sans preuves par une institution raciste, des policiers qui les arrêtent, aux témoins manipulés pour finir par des juges uniquement intéressés par le fait de trouver un coupable. Le récit du film, basé sur une histoire vraie, est sidérant et suffit à lui-seul à justifier le visionnage. On entend souvent parler de cette justice à deux vitesses mais avec un film, au ton juste, bien interprété, forcément, ceci vous arrache des pincements et des révoltes. On comprend mieux cette situation héritée de l’esclavagisme puis du Klu Klux Klan et le gap énorme qu’il reste à accomplir. Et ce ne sont pas les évènements récents de bavures policière ayant entrainé la mort d’un innocent, qui vont calmer ce feu.

Michael B. Jordan et Jamie Foxx sont impeccables comme d’habitude.

Évidemment on peut reprocher au film la platitude de sa réalisation, très classique, mais bon nombre de spectateurs retiendront le fond, salvateur et nécessaire d’une plus grande prise de conscience en Europe.

La sincérité de ce plaidoyer contre la peine de mort ne peut pas vous laisser insensible. Après, ce témoignage désarmant atteint ses limites par une mécanique déjà vue et maintes et maintes fois dans des films plus puissants.

La sobriété évite le mélo qui aurait pu plomber le film mais anéantit également toute prise de risque dans cette mise en scène. Certes le cinéma c’est fait pour raconter des histoires et témoigner mais tout le problème est le comment et au final c’est important. M le Maudit de Fritz Lang a traversé le temps depuis les années 30 alors qu’il parlait du lynchage et de la peine de mort pour un tueur d’enfant. Et le film qui était violemment contre la peine de mort est resté actuel et moderne parceque Fritz Lang l’a magnifié par ses choix de mise en scène, de découpage, de rythme.

« La voie de la justice » est donc un bon film à voir car son thème et son jeu sont réussis mais il ne traversera pas le temps.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

 

N°24 -  « The current war » de  Alfonso Gomez-Rejon

Disponible en VOD – pas de sortie ciné

The Current War - film 2017 - AlloCiné

« The current war » est sorti en 2017 aux USA, accueilli par une presse pas très cool, avant d’être remonté par son réalisateur et de voir sa note réévaluée à 60% sur Rotten Tomatoes (agrégateur critique).

Mais que s’est il passé avec ce film au très bon casting et au thème passionnant ?

Le film revient sur la compétition que se livrèrent deux géants de l’industrie électrique, Thomas Edison, joué par l’excellent Benedict Cumberbatch et George Westinghouse, joué par l’excellent Michael Shannon. A ce duo s’ajoute Nicholas Hoult qui interprète Nicholas Tesla et prouve de nouveau qu’il a du talent. On aimerait juste qu’il trouve des premiers rôles inspirés même si il accumule les bons seconds rôles (X-men first class, X-men days of future past, Mad Max Fury Road, The banker, Young ones, La favorite).

Alors comment expliquer cet accueil critique ? Le film est très bien interprété, la reconstitution et de qualité et la joute entre les deux industriels est réellement hyper intéressante. Probablement le premier montage manquait-il de punch. Je ne sais pas, je n’ai vu que le second. En tout état de cause, « The current war » ne mérite pas le traitement qu’il a reçu et se doit d’être réhabilité.

La suffisance et l’égo d’Edison sont à la fois tempérés par son génie et le sort qui s’acharne sur lui et son personnage arrive à nous toucher alors qu’il n’a rien d’attachant. Mais son histoire le rend humain, par ses faiblesses, ses petitesses et le film garde un grand intérêt dans cette définition de la concurrence dans ce qu’elle peut avoir de pernicieux, écartant un individu de certaines valeurs alors qu’à la base il les défendait. Certes, on pourra reprocher de faire de Westinghouse un parangon de vertu un peu trop facilement dessiné. Mais l’intérêt du film est de parler de morale, de respect dans un univers concurrentiel et professionnel et le message est intéressant. Peut-être que la culture américaine est moins sensible à ce type de fil directeur.

Le film n’a pas une patte de réalisateur visionnaire, sa mise en scène reste assez classique. Mais l’intérêt de l’histoire m’a véritablement captivé et si le film n’est pas mémorable en tant qu’œuvre qui fera date, il vaut le détour et un visionnage tant pour l’ambiance historique et la fébrilité de ces découvertes qui ont révolutionné le monde que pour le jeu inspiré des acteurs et la toile de fond de cette bataille industrielle.

C’est donc une bonne surprise que de découvrir enfin ce film qui a sui un bashing quelques peu exagéré.

La piste aux lapins :

3,75 lapins

 

N°23 – « Honey Boy » de Alma Har’el

Honey Boy - Film (2019) - SensCritique

Disponible en VOD – pas de sortie ciné

Ce biopic est centré sur le comédien Shia LaBeouf, qui n’a seulement que 33 ans et a défrayé la chronique par ses excès, son alcoolisme et ses addictions aux drogues après avoir tourné dans les blockbusters comme I, Robot, Transformers, Indiana Jones et le Rayoaume du Crane de Cristal avant de se tourner  vers du cinéma indépendant comme Nymphomaniac de Lars Von Trier, ou des happenings Arty.

A première vue on pourrait se dire que c’est un peu tôt et qu’on n’en n’a un peu rien à foutre de cet acteur certes doué mais qui n’a pas brillé dans de grands films.

Sauf que le long métrage en question est écrit par lui-même et s’intéresse à son enfance d’enfant star, qui commença tout petit à tourner dans des séries et des publicités, managé par un père en recherche de revanche sur la vie.

Le film est très déstabilisant puisqu’il parle de ce père totalement looser, qui a fait fuir sa mère et est à peine sorti de ses problèmes d’alcool et de drogue.

Cet ancien vétéran du Vietman n’a rien d’empathique. On se demande si il aime son fils ou si ce dernier est sa planche de salut et sa planche à billets pour vivre. On ne sait pas, il est impénétrable dans sa pseudo virginité sortie de sa cure de désintoxication.

Cette scène où son fils lui reproches de se servir de lui pour vivre et lui dit qu’il souhaite le licencier, est juste lunaire. Shia LaBeouf y exprime un cri sincère contre cette enfance gâchée, où il n’a pas pu vivre comme les autres gamins, instrumentalisé par ce père à moitié braque et obnubilé par la réussite de son fils à Hollywood. Au delà du cas des enfants stars et du côté malsain de ces parents qui se font de l’argent sur leur progéniture, Honey Boy prend un parti mitigé et donc troublant.

L’acteur est sans concessions pour ce père souvent dur et égoïste mais il lui a pardonné et cette catharsis s’est faite en écrivant le film. Il l’explique d’ailleurs. Pire, il interprète son propre père, ce qui rajoute une dimension décalée au long métrage. On y voit également tous les ravages de cette éducation où la drogue était monnaie courante avec un père fier de ses plantations et faisant fumer son fils de 12 ans. Les ravages également de l’alcool sont présents ainsi que cette addiction quasi génétique liée à une éducation reproduite de génération en génération.

« Honey Boy » est donc troublant mais vraiment réussi tant le recul qu’a Shia LaBeouf sur son parcours mérite le respect et l’intérêt.

C’est un bon film, poignant et rude. Une belle réussite.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

 

N°22 – « La Fille au bracelet » de Stéphane Demoustier

Disponible en VOD – sorti au ciné

La Fille au bracelet - film 2019 - AlloCiné

Le pitch : Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d’avoir son bac. Mais depuis deux ans, Lise porte un bracelet car elle est accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie.

L’impassible adolescente au cœur du récit fascine par ce qu’elle cache et sur lequel on ne sait si c’est de la culpabilité, de l’absence d’empathie ou le simple détachement d’une adolescente par rapport à une situation d’une gravité absolue qui se déroule devant nos yeux. Son avenir et sa vie sont en jeux et pourtant elle ne fait rien pour convaincre le jury de son innocence.

Melissa Guers est à ce titre parfaite et tête à claque comme peut l’être une adolescente tête brulée qui ne veut rien entendre du monde des adultes.

Roschdy Zem et Chiara Mastroianni jouent des parents largués face à cette enfant qu’ils ne comprenant plus et qu’ils découvrent en même temps que le jury et le public de la cour d’assises. La violence des révélations et le côté cru de ses relations sexuelles alternent ce film de prétoire et lui donnent un suspens à chaque scène. La prévenue est trop mutique pour être innocente mais après tout le réalisateur nous surprend à nous montrer ce que c’est que la vraie présomption d’innocence ou nous tendant un miroir dans lequel ces préjugés sont clairement établis.

Le réalisme du sujet est ancré par l’alternance de scènes de familles entre les audiences et du déroulé des débats. Ce huis clos austère rend hommage à la justice française et au travail de chacun, du procureur au juge en passant par les avocats impliqués dans ce théâtre aux enjeux absolus pour la personne dans le boxe des accusés.

La subtilité de la mise en scène et du scénario font de « La Fille au bracelet » un long métrage très bien maitrisé de bout en bout. Surtout, le film traite de l’émancipation par rapport au monde de l’enfance tout autant que de la résolution par la justice d’un cas peu anodin.

Le spectateur est déstabilisé par le flou volontairement entretenu autour du caractère de la jeune femme et de ce qu’elle a réellement commis.

Une très bonne réussite française du 1er semestre 2020.

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3,75 lapins

 

N°21- « Jojo Rabbit » de Taika Waititi

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Disponible en VOD – sorti au ciné

Taika Waititi  est un réalisateur iconoclaste, quelques peu surestimé en ce moment mais vraiment doué. Son film  »Jojo Rabbit » est un très bel objet empli d’émotion et de messages salutaires sur l’acceptation de l’autre.

Il adapte la même approche que « La Vie est belle » en se mettant à hauteur d’enfant.  Jojo est un petit allemand qui croit dur comme fer au nazisme et qui a comme ami imaginaire un Adolf Hitler de pacotille, aussi grotesque que nauséabond.

L’histoire aurait pu être maladroite et casse gueule et c’est la grande réussite du film que d’avoir su éviter des clichés, des facilités, et de prendre le spectateur par l’humour et l’émotion avec un dosage très fin. Forcément le film interroge de par son approche qui consiste à ridiculiser les nazis comme Chaplin le fit dans Le Dictateur. Ce n’est certes pas nouveau de vouloir se battre contre des préjugés racistes et immondes par l’humour mais ce qui inquiète davantage, c’est qu’en 2020, on trouve ceci de nouveau « original ». N’a t on pas un peu perdu de notre second degré dans ce monde très puritain et très violent où les avis se confrontent ou se jugent sans aucune nuance ?

« Jojo Rabbit » a cet immense atout qu’il est désarmant de sincérité et de justesse et que même si le film n’est pas un très grand moment de cinéma, inoubliable et bouleversant, il rappelle de façon salutaire l’une des missions du septième art. Curieusement, il fait réfléchir non pas à sa thématique principale même si un bon coup sur le pif des fachos n’a jamais rien de superflu, mais il convient donc de le re-contextualiser dans notre vingtième siècle qui s’est particulièrement tendu depuis cinq ans, y compris dans les discussions et échanges de tous les jours. A tel point que certaines évidences ne le sont plus et que de plus en plus de gens trouvent çà normal ou pire, bienvenu, ou sont fatalistes devant l’arrivée de l’extrême droite au second tour d’une présidentielle. On en oublie l’historique du parti en question et tout un discours ambiant de rejet de l’autre accompagne cette montée vraiment flippante. Évidemment, ce n’est pas que français et c’est donc grave.

La normalisation de l’inacceptable est donc tournée en ridicule. Le ridicule et l’humour sont une arme imparable pour se moquer de ceux qui croient de sombres personnages, une efficacité dont « Jojo Rabbit » use avec brio.

Ce joli doigt d’honneur aux escrocs racistes qui cherchent à modeler les esprits fait tout simplement chaud au cœur. La générosité de Taika Waititi, servie par de très bons acteurs, permet au film de décoller. Le film est donc plus complexe qu’il n’y parait et cette satire pleine d’espoir vaut vraiment le coup d’être soutenue.

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3,75 lapins

 

N°20 – « Les Sept de Chicago » de Aaron Sorkin

Netflix

Une première bande-annonce pour Les Sept de Chicago - POPKULT

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Netflix a racheté ce projet initialement porté par Steven Spielberg, « The Trial of the Chicago 7 » et qui a atterri dans les mains de Aaron Sorkin, scénariste de The Social Network, A la maison Blanche ou Steve Jobs.

Ce dernier a réalisé son premier film avec « Le grand jeu« , avec Jessica Chastain en 2018.

Le film raconte le procès de sept personnes accusées de conspiration par le gouvernement après des manifestations anti guerre du Vietnam. Ces manifs furent organisées à l’occasion de la Convention démocratique de Chicago en 1968.

Sacha Baron Cohen ne surprend pas particulièrement mais il assure dans son rôle d’activiste cynique et perturbateurs aux côtés Jeremy Strong (Kendall dans l’excellente série Succession), méconnaissable et d’un casting 4 étoiles composé de Eddie Redmayne, Joseph Gordon-Levitt, Michael Keaton, et Mark Rylance (Le Pont des espions).

Les Sept de Chicago est bien réalisé et surtout bien monté, en mode film de procès, style en soit qui a toujours plu aux américains. Forcément depuis « 12 hommes en colère« , chef d’œuvre du genre, qui a été suivi par bien d’autres, on se dit à chaque fois que l’on risque de s’emmerder. Sauf que Aaron Sorkin mène très bien son suspens, en scénariste de génie qu’il est, alternant flashs backs au moment des émeutes pour sortir de la salle, debriefings des activistes le soir et procès lui même.

Il use de la force des dialogues, très bien ciselés, de la joute verbale et du tragi-comique de situations hallucinantes où l’on voit un juge incompétent, borné et réactionnaire dérouler une parodie de justice.

Si cette histoire fait froid dans le dos tant elle n’est pas si vieille que cela, on regrettera juste que Aaron Sorkin n’ait pas une patte à lui en tant que metteur en scène. Il s’efface trop derrière la force de son récit et de son scénario et le talent de ses acteurs et c’est ce qui fait que le film est très bon et vaut la peine d’être vu mais qu’il ne passe pas le 4 lapins …

La piste aux Lapins :

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N°19- « Les filles du Docteur March » de Greta Gerwig

Disponible en VOD – sorti au ciné

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Cette 4ème adaptation du roman « Les quatre filles du Docteur March » comportait à peu près tout pour me désintéresser dont le côté gentillet de l’histoire et son happy end super relou. Mais c’était sans compter sur Greta Gerwig, qui au delà d’être une excellente actrice, s’est transformée en réalisatrice de talent avec Lady Bird. L’épouse et muse de Noah Baumbach (Marriage Story, Frances Ha) a un don pour l’empathie qu’elle donne à ses personnages, il est vrai joués par de jeunes et talentueux comédiens. Elle retrouve sa fidèle et hyper douée Saoirse Ronan en garçon manqué au caractère combatif et bien trempé et offre un rôle plus effacé à Emma Watson, et un rôle empli de contradiction à l’excellente Florence Pugh (the Young Lady).

On suit la fin de leur adolescence où l’argent n’est pas toujours là et comment une famille de femmes se sert les coudes, avec un casting de seconds rôles brillant composé de Meryl Streep et Laura Dern, décidément très en forme depuis son rôle dans Big Little Lies. Et puis il y a Timothée Chalamet, le chéri des jeunes femmes, qui cartonne depuis Call me by your name (on le verra cette année dans le Dune de Denis Villeneuve et dans The French Dispatch de Wes Anderson). Et il faut bien l’avouer, il joue super bien et il est balaise le gamin. Son personnage est à la fois agaçant et très touchant. C’est un peu le cinquième March du film.

Au delà de cette excellente direction d’acteurs, Greta Gerwig axe son film sur le combat de jeunes femmes pour avoir des droits, celui de gagner sa vie, d’être indépendantes et de ne pas que dépendre des hommes et du mariage à l’époque de la Guerre de Sécession. Cette relecture est pertinente et justifiée car elle est incroyablement moderne et prend du recul sur ce qui a été accompli et ce qu’il reste à accomplir pour l’égalité des sexes. Et puis évidemment elle narre cette fin de l’enfance, lorsque l’on doit faire des choix, se prendre en main et se jeter dans le grand bain, sur une thématique proche du premier film de la réalisatrice, Lady Bird. La nostalgie du cocon et la difficulté de s’en couper sont brillamment retranscris.

La tendresse de la réalisatrice pour ses personnages et l’intelligence des thématiques qu’elle pousse masque en partie mais pas totalement le côté plombant des valeurs morales du livre. Il n’en reste pas moins un film féministe d’une grande fraicheur pour débuter cette année 2020.

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N°18- « Invisible Man » de Leigh Whannell

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Disponible en VOD – sorti au ciné

L’homme invsible est l’un des monstres cultes d’Universal. Il a été adapté de nombreuses fois au cinéma, la dernière version datant d’il y a 20 ans avec un Paul Verhoeven pas au meilleur de sa forme. Pourtant, avec ce film de bonne facture, Universal peut se frotter les mains et se dire que ses fameux monstres que le studio cherche à ramener sur grand écran avec difficulté (échec de la Momie avec Tom Cruise etc…) ont peut être trouvé le bon angle. Au départ Universal voulait filer le rôle de Frankeinstein à Javier Bardem, celui de Docteur Jekyll et Mister Hyde à Russell Crowe, celui de l’homme invisible à Johnny Depp…et donc un 1er rôle à Tom Cruise dans un film la Momie qui s’est grave vautré artistiquement et financièrement.

Ici, l’homme invisible est joué par un illustre inconnu et c’est vrai qu’on s’en fout car on ne le voit pas, par définition. Pas con ! Haha.

Ensuite le concept reprend celui de Verhoeven à savoir un chercheur complètement taré qui découvre comment devenir invisible. Sauf que le film de Leigh Whannell (repéré pour le sympathique Upgrade) se centre sur la victime et c’est  tant mieux. Car qui de mieux que Elisabeth Moss pour interpréter une femme aux abois terrorisée ? Certes de mauvais coucheurs trouveront qu’elle joue comme dans la série The Handmaid’s Tale qui l’a rendue célèbre. Bon ce n’est pas faux, et ceux dont les mimiques avec les gros yeux inquiets sont gavés le seront peut être ici également. Moi, perso, ceci n’a m’a pas dérangé, du tout.

Le suspens est très bien découpé, avec très peu d’effets spéciaux au début et un jeu de dupe et d’ambiance absolument réussi ou comment créer de la tension avec rien.

Le film est malin, surprend au bon moment et fait palpiter les cœurs, ce qui est quand même l’objectif numéro un. Mais là où le scénario est très bon, c’est qu’il hume l’air du temps, la dénonciation salutaire des violences conjugales et un monde post #MeToo. Il fait de son héroïne une victime de ce Mal tout puissant qui peut harceler jusqu’à la folie perverse. Impossible de ne pas penser à tous ces prédateurs, invisibles et à leur manipulation pour faire passer les victimes pour des menteuses et retourner l’accusation.

La grande force de ce « Invisible Man«   est que personne ne l’attendait et qu’il surprend agréablement par ce qu’il a à raconter. Un très bon thriller.

La piste aux Lapins

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N°17- « Le goût de la haine » de Jan Komasa

Netflix

Le Goût de la haine - film 2020 - AlloCiné

Désolé de critiquer autant de films Netflix en ce moment mais il se trouve que dans la pénurie de sorties intéressantes au cinéma, seule cette plateforme sort des productions originales cet été.

Mais pour une fois, c’est un très bon film, réalisé par un talent à suivre de près, Jan Komasa, à qui l’on doit l’un des meilleurs films de l’année sorti au cinéma, l’excellent « La Communion« .

Le réalisateur polonais de 38 ans est en train de se faire un nom et c’est amplement mérité.

« Le goût de la haine »  (Hejter, hater) suis un jeune homme sans scrupules qui pour se venger d’être un exclu de la réussite sociale et universitaire, va travailler dans une entreprise qui diffame sur les réseaux sociaux et détruit des réputations d’influenceurs ou de politiques. Les méthodes utilisées sont effrayantes et Komasa a eu deux excellentes idées.

La première est son acteur, qui tout comme dans celui de « La Communion« , porte le film, notamment via un regard entre tristesse et détermination. Là où Bartosz Bielenia dans « La Communion » était solaire, Maciej Musialowsk est sombre et on a du mal à déterminer dans quelle mesure la réelle souffrance qu’il a subie toute sa vie peut creuser sa détermination.

Sa seconde bonne idée est d’utiliser l’univers du jeu vidéo interactif, utilisé par des terroristes, complotistes et fous dangereux à travers le monde. C’est la première fois que je vois cet outil mis en avant dans un film et utilisé avec une grande qualité de rendu graphique.

L’endoctrinement via les réseaux est d’actualité tout comme le bashing sans limites et d’une violence inouïe que des anonymes déversent avec haine via ces outils. La puissance destructrice des haters tout comme l’absence de morale de certains community managers de l’ombre font vraiment froid dans le dos.

Le personnage principal rejeté car pas de la bonne classe sociale, pas avec la bonne tête va donc trouver la réalisation de son ego dans cette manipulation. La toute puissance appartient à celui qui maitrise dans ce monde où les attaques virulentes et sans bornes se font masquées derrière des profils anonymes voire des sociétés qui s’en chargent. Le pouvoir qu’il va y trouver va contenter ses frustrations, ses humiliations passées car il peut agir caché.

L’hypocrisie et la bienveillance à options de ses protecteurs nantis, qui s’achètent une conscience en étant généreux, est également très bien décrite. Avec finesse, Jan Komasa explique cette condescendance de gens bienpensants mais qui ne manquent de rien face à des individus paumés, largués et faibles face à la facilité des extrêmes, du rejet de l’autre. Une nuance de gris bienvenue lorsque la morale affronte le vide.

C’est donc un film d’actualité à double titre via le décryptage du fonctionnement et des modes opératoires du hating d’une part et l’endoctrinement fascisant de paumés vivant dans la misère intellectuelle de l’autre.

« Le goût de la haine » confirme la naissance d’un très bon réalisateur.

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N°16- « Tout simplement noir » de Jean-Pascal Zadi et John Wax

Tout simplement noir : que pensent les critiques du film de Jean ...

Disponible en VOD – sorti au ciné

On ne pouvait pas rêver meilleur film que « Tout simplement noir », un mois et demi après le lancement du mouvement #blacklifvesmatter et alors que des manifestations ont eu lieu partout dans le monde, y compris en France.

Jean-Pascal Zadi choisit l’humour pour faire passer son message et c’est sacrément efficace car il le fait en se moquant des propres excès d’un certain communautarisme tout en pointant du doigts l’essentiel.

Le personnage qu’il interprète est un acteur raté et sans talent qui veut organiser une grande marche noire en France pour dénoncer l’esclavagisme, l’absence de visibilité dans les médias et la discrimination des blancs.

Mais il est surtout pétri de clichés sur les noirs, ne connaissant pas les dates importantes, et balançant des énormités aux personnalités noires qu’il rencontre pour les convaincre de rejoindre sa marche.

« Tout simplement noir » est déjà très drôle, ce qui est loin d’être une habitude dans les comédies françaises.

Il joue la provocation et c’est vraiment marrant avec son casting de stars jouant leur propre rôle et se moquant d’elles mêmes avec un second degré ravageur. Fary joue l’humoriste entrepreneur et cynique, plus intéressé par son image que par le fonds, mention spéciale à sa fausse bande-annonce de film noir engagé (« Black love »). Lilian Thuram, Claudia Tagbo, JoeyStarr, Fabrice Eboué, Lucien Jean-Baptiste, Eric Judor, Ramzy Bedia, Jonathan Cohen, Mathieu Kassovitz, Soprano et bien d’autres s’envoient des répliques bien corrosives qui rappellent la diversité dans la diversité et tordent le cou à l’intolérance de classe ou de milieu. Le film, en prenant les choses avec recul, livre au final un message bien plus profond qu’il n’y parait. La plupart de ces stars ne se définissent pas avant tout comme noirs là où le personnage va jusqu’à exclure les femmes noires par machisme ou refuser la main tendue d’artistes arabes ou juifs par pur aveuglement identitaire.

Le fait de démonter tout un tas de clichés tout en rappelant l’horreur de l’esclavagisme, de la colonisation et le manque de diversité est un vrai tour de force. Surtout Jean-Pascal Zadi et John Wax le font avec finesse et dénoncent l’identitarisme dans ce qu’il a de plus con.

Le brio du film est donc de ne pas s’essouffler dans son concept d’aller de star en star vanter les mérites de cette marche mal pensée et avec des fondements très légers. Chaque rencontre est une occasion de faire exploser une idée reçue soit par les noirs soit par la population dans son ensemble. Les incohérences et paradoxes du personnage sont mis à mal et le ridiculisent tout en faisant émerger sa sincérité et ce qu’il y a de vrai. La scène avec Omar Sy, très courte soit elle, montre qu’il se trompe de cible.

« Tout simplement noir » use de burlesque et de folie, de répliques hilarantes et arrive à atteindre son but grâce à cette satire de clichés vus par une communauté qui déjà n’est pas une communauté mais plusieurs.

Le film est jubilatoire tout en apportant de la complexité à l’identité noire à la française.

La piste aux Lapins :

3,75 lapins

 

N°15- « Swallow » de Carlo Mirabella-Davis

Swallow : Photos et affiches - AlloCiné

Disponible en VOD – sorti au ciné

Le pitch : Hunter semble mener une vie parfaite aux côtés de Richie, son mari qui vient de reprendre la direction de l’entreprise familiale. Mais dès lors qu’elle tombe enceinte, elle développe un trouble compulsif du comportement alimentaire, le Pica, caractérisé par l’ingestion d’objets divers. Son époux et sa belle-famille décident alors de contrôler ses moindres faits et gestes pour éviter le pire : qu’elle ne porte atteinte à la lignée des Conrad… Mais cette étrange et incontrôlable obsession ne cacherait-elle pas un secret plus terrible encore ?

Bon, je vous rassure, le film est regardable sans scènes dégueulasses, ce qui m’avait perso un peu rebuté avant. Le film Carlo Mirabella-Davis est vraiment original de par son thème. Il nous parle d’un gamine américaine qui a rencontré le prince charmant, beau comme un Dieu, richissime et qui va reprendre la boite de son père. Elle est belle, il est beau, les parents leurs ont payé une baraque qu’on ne voit que dans magazines. Oui mais cette femme a un secret et c’est ce dernier qui provoque chez elle la maladie de Pica, où elle ingurgite sans pouvoir s’en empêcher de multiples objets dont certains sont très dangereux.

Ainsi nous voyons devant nous cet American way of life se craqueler et se détruire au fur et à mesure que l’on comprend d’où viennent ses troubles. Il y a ce secret et il y a aussi cette vie atroce de prisonnière, de femme soumise à la maison, juste bonne à faire le ménage, la cuisine et faire l’amour avec son beau gosse de mari pour le contenter quand il est fatigué.

Le réalisateur filme ceci dans un décors de rêve mais d’une froideur et d’un manque de personnalité flippants auxquels il ajoute des touches chromées de couleurs pastel qui fixent bien l’ambiance étouffante dans laquelle elle évolue. Elle croit avoir atteint la sécurité mais c’est un leurre.

Dans cette monomanie où elle ingurgite comme pour combler le vide de son existence et se détruire en même temps, le personnage est terriblement seul. Le côté papier glacé de sa vie de famille et le cocon faux cul de ses beaux-parents donnent le tournis. Derrière les faux semblants bienveillants, le réalisateurs dépeint une Amérique à deux vitesses sans jamais montrer celle qui est à l’arrêt soit une très grande subtilité dans son propos. Les racines nous rattrapent toujours et il ne sert à rien de les nier, il vaut mieux s’y confronter et régler ses problèmes pour avancer ailleurs, dans une direction que l’on s’est choisie. C’est un peu la morale forte de l’histoire mais elle détaillée autour de ce personnage très silencieux à qui son entourage a tout retiré. Elle n’a pas de personnalité car on veut qu’elle soit une belle poupée qui coche tous les codes sociaux et s’y plie en silence. La scène du restaurant est, parmi d’autres, une scène extrêmement bien réussie avec un minimum de forme. Les silences du film sont d’ailleurs en général emplis de messages.

La maîtrise formelle de ce premier film et son message sont donc très réussis.

« Swallow » est visuellement élégant. Il dresse le portrait d’une rébellion métaphorique face aux traumas d’une jeune vie mal entamée mais aussi d’un monde aseptisé qui ne la laissera pas trouver son chemin.

Un très bon film.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°14- « 1917″ de Sam Mendes

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Disponible en VOD – sorti au ciné

Sam Mendes est l’un des grands réalisateurs hollywoodiens, qui a signé les magnifiques American Beauty, Les Sentiers de la perdition et Les Noces rebelles avant d’être accaparé par James Bond et ses deux énormes succès critiques et publics que furent Skyfall et Spectre.

Et c’est son ami Steven Spielberg qui l’a sorti de son repos de cinq ans pour produire 1917, film de guerre où son talent de mise en scène impressionne et signe le 1er grand film de 2020.

Sam Mendes a vendu son film sur la promesse d’un long plan séquence à savoir une seule scène que ne s’arrête jamais. Si l’exercice n’est pas nouveau (plus récemment Inarriru optait pour ce concept pour Birdman), et qu’il est en fait un faux plan séquence puisque évidemment le film a été tourné en de nombreuses coupes, le résultat donne une dynamique toute particulière et une immersion totale.

Le réalisateur fait avec son scénariste des choix qui mettent en danger les personnages à tout instant et nous empêchent de nous appesantir, livrant un film de guerre différent, axé sur le suspens. L’histoire suit deux jeunes soldats britanniques, qui sont chargés durant la Première Guerre Mondiale, de porter un message à des lignes avancées pour leur éviter de tomber dans un piège allemand et de se retrouver massacrés.

La course contre la montre est donc rythmée et passe de la journée à découvert aux superbes plans d’un village en feu en pleine nuit, alternant une dizaine de scènes de bravoure.

Ces scènes sont non seulement léchées et liées entre elles par le stratagème de mise en scène mais elles donnent à la guerre toute son horreur et son absurdité par des images plus que par des mots. Le Luxe de détails est impressionnant, que ce soit des tranchées allemandes bétonnées ou du jusque boutisme suicidaire de certains militaires à la folie de ces massacres entre adolescents.

Car Mendes nous montre de très jeunes hommes lancés les uns contre les autres comme de la chair à canon, accrochés à une pauvre médaille pour des raisons qu’ils ignorent. Il ne traite certes pas trop de la vie des tranchées elles même, de l’alcoolisme et des conditions sanitaires puisque les deux héros sont dans une fuite en avant à la fois utopique et impossible sur le papier.

Le réalisateur a évidemment l’intelligence, à la différence de son copain Spielberg, de garder tout patriotisme relou de côté et de bannir tout écart de pathos mal venu. Son film est éclatant et sobre dans les sentiments. Ses moments d’émotion sont d’autant plus précieux qu’ils montre la fragilité d’une vie et montre une mort organique, disséminée au milieu de terres et villages dévastés comme dans un enfer de Dante. Les images de ces corps déchiquetés, abandonnés dans la boue, suffisent à elles seules à illustrer la violence et la boucherie humaine qui ont marqué cette guerre de 14-18.

Au-delà du tour technique dont on parle partout, il ne faut donc pas oublier que 1917 s’articule autour d’un scénario très solide basé sur les carnets du grand père du réalisateur. Le film en devient d’autant plus touchant, avec ce petit fils devenu grand artiste reconnu à Hollywood et rendant à son aïeul le plus bel hommage qu’il aurait pu espérer.

 La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°13- « Police » de Anne Fontaine

Police - film 2020 - AlloCiné

Sorti au ciné

Anne Fontaine est une réalisatrice pas toujours régulière dans la réussite de ses films mais ce « Police » est une excellente surprise.

Le pitch : Virginie, Erik et Aristide, trois flics parisiens, se voient obligés d’accepter une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Sur le chemin de l’aéroport, Virginie comprend que leur prisonnier risque la mort s’il rentre dans son pays. Face à cet insoutenable cas de conscience, elle cherche à convaincre ses collègues de le laisser s’échapper.

Le film use d’un procédé assez simple, suivre ses trois acteurs principaux et revenir en arrière à chaque personnage pour montrer des scènes déjà vues selon l’angle d’un autre personnage. C’est malin et surtout utilisé sans être lourd et çà ne dure que le temps de nous attacher aux personnages. Ensuite le film entre dans le thème à partir d’une superbe scène d’incendie d’un centre de rétention pour sans papiers. L’impression de fin du monde et d’absence d’ordre et de morale, faisant écho aux périodes sombres de l’histoire, donne à cette scène le rôle de courroie de transmission pertinent.

La force du film réside évidemment dans Omar Sy, Virginie Efira et Grégory Gadebois, tous les trois brillants de justesse, de profondeur, de nuance, un vrai film de personnages hyper bien écrits. On s’attache à eux pour diverses raisons et leurs personnages surprennent à plusieurs reprises.

Et puis surtout, la réalisatrice use du code du thriller, du film romantique ou du film de police sans jamais les souligner avec lourdeur. On passe d’une atmosphère à l’autre, d’un film à l’autre et ceci surprend, à bon escient. Cette diversité de points de vues, de choix de mise en scène sont vraiment excellents. Et il n’ y a aucune scène de trop. 1h39, light et efficace.

Enfin le film s’intéresse moins à la fonction de policier, qu’elle traite avec justesse comme un métier difficile et raide durant le premier tiers, qu’à la morale des personnages, tant privée, professionnelle que citoyenne ou en tant qu’être humain contraint par une règle, un cadre, mais qui a aussi des ressentis, des impressions, un jugement de valeur.

La force du film est qu’il est libérateur dans son propos sans être naïf, sans être revendicatif, sans être donneur de leçons à personnes. Ce n’est pas un film politique mais un film à hauteur d’homme et de femme qui exerce un métier ingrat et ultra codifié.

Un film très intelligent et mature porté par de grands acteurs.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°12- « Light of my life » de Casey Affleck

Light of my Life - film 2019 - AlloCiné

Sorti au ciné

Dans un monde où toutes les femmes sont mortes d’un virus mondial, un père tente de  protéger Rag, sa fille unique, épargnée sans savoir pour quelle raison.

Casey Affleck revient donc en tant que réalisateur et acteur devant sa caméra, après son faux documentaire « I’m Still Here« , en 2010.

Soyons clair, au début on se dit « merde », le film va durer 2 heures, avec quasiment que le personnage du père et de sa fille vu qu’ils fuient le monde pour éviter qu’elle soit kidnappée par les hommes en recherche d’une femme. On se dit aussi que le film va faire redite avec l’adaptation de Cormak McCarthy, La Route en 2009 avec Viggo Mortensen, puisque c’est exactement le même concept, un père et son enfant seuls face à un monde dévasté et dangereux.

En effet la première scène filme le père et sa fille allongés avec caméra les filmant du dessus, et le père raconte une longue histoire à sa fille qui dure 10 minutes !!

Sauf qu’à travers cette scène, deux choses apparaissent. D’abord le film va être d’une grande tendresse sur cet amour sans limite que porte ce père à son enfant. Et à plusieurs moments, l’émotion sera très forte et très sobre, sans éclats, juste le minimum nécessaire, dépouillé, pour vous émouvoir.

La seconde évidence est que Casey Affleck est un bon réalisateur. Il va faire des choix de cadrage très marqués, de longs plans fixes, ou des plans tels des tableaux où les héros prennent une petite partie de l’image et tout le reste est l’immensité de la nature, que ce soit une forêt immense ou une étendue enneigée à perte de vue.

Et ces images, cette réalisation, sont hyper léchés et çà se voit, çà se sent et çà prend peu à peu, servant ce récit de survie qui va prendre corps devant nous.

Ensuite, le film va faire rencontrer d’autres protagonistes mais souvent sans s’attarder sur leurs visages car ce sont les autres, le danger, la nature humaine violente et qui n’a plus rien à perdre puisque l’humanité risque fort de s’éteindre. Et puis parfois il nous montre les visages car ce sont des humains ayant gardé une morale et étant de bonnes personnes. Ce procédé peut sembler caricatural à la lecture de cette critique mais vous ne vous en rendrez compte qu’à la sortie du film, en y réfléchissant.

« Light of my life« est ce genre de film épuré qui vous emporte peu à peu et pour lequel en sortant de la séance vous vous dites que oui, c’était très réussi et avec du caractère, une identité.

La grande différence avec « La Route » est que Affleck a choisi de plus parler d’amour et d’espoir et le film est parfois lumineux là où « La route » m’avait parfois refroidi par son nihilisme sans retour et son côté glauque voyeuriste.

Ensuite le film parle du pouvoir de l’imagination pour survivre en situation d’extrême précarité et d’insécurité permanente.

Il est parfois lyrique et donne au film post-apocalyptique un ton intimiste et délicat surprenant.

Casey Affleck serait inspiré de faire comme son grand frère, et de continuer à réaliser des films.

Quand on a ce talent là, il faut poursuivre.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°11- « Play » de Anthony Marciano

Play - film 2018 - AlloCiné

Disponible en VOD – sorti au ciné

Max Boublil retrouve Anthony Marciano après « Les gamins » et replonge dans les souvenirs des 25 dernières années, souvenirs d’une génération ayant vécu son adolescence dans les années 90 à sa jeune vie adulte dans les années 2000.

Pour se faire, ils osent un stratagème de mise en scène qui aurait pu tenir du gadget et s’avérer hyper rapidement fatiguant.

On retrouve le personnage de Max en 1993, à l’âge de 13 ans, alors que son père lui offre un caméscope. Dès lors il se met à filmer son quotidien, sa famille, ses amis, tout. Et on ne voit à l’écran que ces images de cassettes vidéos.

Ou comment reconstituer le puzzle de 35 ans à travers des images prises pour témoigner de l’instant présent et remontées comme un fil rouge.

Le pari du film est plus que réussi. Le long métrage est particulièrement tendre sans jamais tomber dans le pathos et surtout, il est drôle.

Tous les personnages de cette bande d’ados sont touchants d’autant plus qu’on les voit grandir sous nos yeux, avec un peu de la magie qui marchait dans Boyhood de Richard Linklater, à la différence près que les acteurs changent. Mais le choix de ces derniers est hyper bien casté.

La nostalgie fonctionne à fond les ballons et vise juste. En fait le film est juste et transpire la sincérité de la part de cette équipe et déstabilise par l’émotion qu’il apporte avec finesse et intelligence.

Ces faux rushs sont criants de vérité et ont beaucoup de charme. Une excellente surprise.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

La suite du classement très vite….

Les pires films de l’année 2020 du Blanc Lapin !

26 décembre, 2020

Comme chaque année, débute la période des dossiers bilan de l’année cinéma écoulée et projets de l’année à venir.

Avant de s’intéresser au meilleur de 2020, qui au final a bien résisté artistiquement malgré les multiples reports et fermetures de salles, intéressons nous aux plus grands flops selon votre humble lapin serviteur !

 

N°12 – Underwater

Underwater - film 2019 - AlloCiné

Kristen Stewart est très belle, elle joue très bien mais elle et son agent n’ont aucun flair pour lui trouver de bons rôles dans un blockbuster. Autant côté films d’auteurs, elle se débrouille bien après Twilight même si un peu moins bien que son acolyte Robert Pattinson. Sur la route, Sils Maria, Café Society sont des réussites. Mais Blanche Neige et le chasseur, Equals, American ultra, Charlie’s angels…çà fait mal…aux yeux.

Cet « Underwater » n’est pas mauvais. Il est juste fadasse. On reprend tous les codes d’Alien, éculés, vu, revus, détournés et même recopiés en moins bien par leur propre créateur Ridley Scott dans Prometheus et Alien Covenant. Alors forcément passer après est ennuyeux car on connait à peu près tous les rebondissements, ce qui est un peu con pour un film de suspens. « Life » avait, il y a deux ans, réussi à apporter un peu de fraicheur dans le genre. Mais ici même la bébète ressemble à un des aliens, le plus mauvais d’ailleurs.

C’est donc de la série B qui à coûté quand même 60 M de dollars. Alors çà se voit à l’écran, c’est bien fait mais le producteur doit s’en bouffer les doigts et le bras étant donné le four monstre qu’a connu le film au box office. Le vrai monstre est donc là…dans l’immensité du bide abyssal.

Mais quelle idée saugrenue ? Déjà tourner des films sous l’eau coûte une blinde même si aujourd’hui la technologie permet de limiter le nombre de scènes. Ensuite le concept a été tiré jusqu’à la corde. Même voir Kristen Stewart en bikini un peu dans le même délire que Sigourney Weaver en Ellen Ripley, fait jute rire tant le procédé est au mieux putassier. Et puis Sigourney n’avait pas la même classe. Même si j’aime beaucoup Kristen.

Grossier et trop basique, le film se regarde en mode cerveau en off. Le film est écrasé par les classiques auxquels il fait référence et devient ennuyeux sur la fin.

A éviter.

 

N°11 – An american pickle

An American Pickle - film 2020 - AlloCiné

J’ai une affection particulière pour Seth Rogen, qui fait des films de potes, potaches, avec son copain producteur Evan Goldberg. Les deux ont une culture geek vraiment excellente. Ce sont eux qui sont derrière l’adaptation en série du comic book Preacher puis de The Boys, carton mérité chez Amazon Prime.

Hélas cette production d’un Hibernatus version moderne est tout simplement à chier. Pourtant c’est HBO qui est derrière soit un gage de qualité. µLe problème de l’humour c’est que si çà tombe à plat, çà devient vite super rasoir. Seth Rogen a en plus un très mauvais gout pour les clichés et les bons sentiments. Il a déjà joué dans des films vraiment bas du plafond à ce niveau là.

Disons que l’animal était excellent lorsque lui et ses potes acteurs ou scénaristes écrivaient des sketchs débiles et provocateurs.

Là il s’est assagit et son humour est naze.

Un calvaire.

 

N°10 – « Mulan » de Niki Caro

Mulan - film 2020 - AlloCiné

Dernier blockbuster révisionniste du catalogue de dessins animés Disney, Mulan est tout petit peu original.

En effet, contrairement à d’autres réadaptations, le film n’est pas un copier-coller exact des scène du dessin animé et nous évite toute chanson.

Le film a un budget colossal et çà se voit à l’écran. C’est très beau et plusieurs scènes font penser à Tigre et Dragons.

Le seul problème est en fait l’histoire, plutôt très ennuyeuse et attendue. Voir un film de guerrière chez Disney où çà se bastonne tout le temps, c’est second degré en soit mais avouons le, c’est un peu chiant, souvent.

Disney nous balance un discours féministe bien lourdingue mais aussi une absence de goutte de sang et juste les méchants qui meurent, et puis des valeurs famille, patrie qui sont quand même ultra simplistes.

Le plus grand intérêt du film est la petite révolution qu’il représente. Il n’a pas du tout marché en Chine et fait même un fours, ce qui tend à montrer que le public chinois n’est pas dupe des produits qui ne sont pas culturellement de chez eux. L’entrée sur ce marché qui pèse de plus en plus lourd dans les recettes mondiales des blockbusters américains, n’est pas si simple.

Ensuite Disney a opté pour diffuser le film en VOD payante à 30 $ sur sa plateforme Disney + plutôt que de le sortir au cinéma aux USA et en Europe. Et là pour le coup sa stratégie a fonctionné puisqu’il est déjà à plus de 250 millions de recettes au bout d’une quinzaine de jours et que le public achète le film. Cette stratégie est à comparer à celle de la Warner qui a sorti TENET en espérant profiter du box office sur le long terme et qui s’en mord les doigts car le film de Christopher Nolan encaisse trop peu de recettes. Alors c’est aussi du au fait que de nombreuses villes américaines voient les cinémas encore fermés et au fait que l’opus de Nolan est de loin le moins réussi et le plus critiqué.

Mais cette stratégie risque de peser sur les mois à venir et hélas par pour le bien des exploitants de cinéma qui souffrent déjà beaucoup du Covid.

Bon si on en revient au film, il est assez sans saveur et trèèèès familial.

La piste aux Lapins :

2 étoiles

 

N°9 – « Une sirène à Paris » de Mathias Malzieu

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Le pitch : Crooner au cœur brisé, Gaspard s’était juré de ne plus retomber amoureux. Quant à Lula, jolie sirène, elle n’a que le chant pour se défendre des hommes, en faisant s’emballer leur cœur jusqu’à l’explosion. Lorsque la Seine en crue vient déposer Lula au pied du Flowerburger, la péniche-cabaret où chante Gaspard, c’est un mini-tsunami qui va bouleverser leur existence. 

Jack et la Mécanique du Cœur était un petit bijou d’animation, inventif, poétique, steam punk dont la grâce tenait beaucoup à Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos.

Avec Une Sirène à Paris, le réalisateur passe au film en prises de vues réelles avec de vrais acteurs. Et la déception est sévère. Pire, le film met mal à l’aise à plusieurs reprises tant la mécanique ne prend pas cette fois-ci. On est triste et gêné devant cette histoire de sirène qui tient sur un ticket de métro et n’a donc aucun autre intérêt que l’univers créé par le metteur en scène. Si Mathias Malzieu nous apporte de très belles images ou idées de décors ou d’illustrations, souvent steam punk ou théâtre de l’imaginaire, genres que j’adore en soit, il se plante complètement sur deux aspects.

D’abord son pitch n’est pas assez fort et sa mise en scène pas suffisamment enlevée et inventive. On compare forcément à Caro / Jeunet. D’un côté il y a de l’amateurisme maladroit et de l’autre un talent assuré.

Le scénario n’est pas assez construit, le montage souvent hasardeux et le jeu des acteurs est tout simplement raté. On n’ y croit pas et pire, l’émotion est totalement absente là où ce film aurait du être poétique.

C’est hyper casse-gueule de tourner un film de genre de la sorte et le film est bourré d’idées et d’imaginaire. Le problème est que le lien entre ces idées n’est pas fluides et manque de profondeur.

C’est vraiment dommage et on espère que Mathias Malzieu ne se laissera pas décourager et retentera un autre long métrage mais avec une ossature plus forte et une meilleure direction d’acteurs.

La piste aux Lapins :

2 étoiles

 

N°8 – « Notre dame »  de Valérie Donzelli

Notre Dame - film 2019 - AlloCiné

Le pitch : Maud Crayon, est née dans les Vosges mais vit à Paris.Elle est architecte, mère de deux enfants, et remporte sur un énorme malentendu le grand concours lancé par la mairie de Paris pour réaménager le parvis de Notre-Dame…

Le film de Valérie Donzelli commence bien, avec des incohérences, du burlesque, de l’imaginaire. On se dit que çà va être sympa ce conte de fées moderne et gentillet.

Et puis en fait la mécanique s’enraye très vite et tourne à vide à force d’accumuler des stratagèmes pour cacher le petit budget et l’absence de scénario.

J’ai même fini par m’emmerder fermement et regretter mon choix.

Le film se retourne alors contre lui même et devient prétentieux et long, trèèèès long et tellement bobo. Véritablement agaçant.

Un raté. Mais bien par contre.

La piste aux Lapins :

Mauvais

 

N°7 – « Le Prince oublié » de Michel Hazanavicius  : Omar Sy en prince de conte de fées

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Michel Hazanavicius est revenu après l’échec de « The search » et l’accueil plus chaleureux du film sur Godard, « Le redoutable« , avec une comédie fantastique qui s’appelle « Le Prince oublié« .

Heureusement pour lui, le confinement a tué le film dans l’œuf, ce qui donne une excuse à son échec cuisant.

On y suit Djibi, qui vit seul avec sa fille de 8 ans. Or tous les soirs, il lui invente une histoire pour l’endormir. Lorsque Sofia s’endort, ces récits extraordinaires prennent vie quelque part dans un monde imaginaire peuplé de chevaliers, pirates et autres dragons.

Lorsque Sophia entre au collège, la fin de son enfance marque la fin de ces histoires.

Que va devenir le prince qu’il incarne dans ce monde des histoires ?

L’ultra bankable Omar Sy en rôle titre, accompagné de Bérénice Bejo, l’épouse à la ville du réalisateur et de François Damiens jouent dans cette comédie extrêmement gênante et probablement très chère.

Passés les surprises liées à l’imaginaire du film, parfois marrant, le constat est tout simplement que le film ne sait pas à qui il s’adresse. Les enfants s’emmerderont fermement et trouveront le résultat très niais. Les adultes auront du mal à ne pas s’endormir et les clichés s’accumulent tellement qu’on finit par regarder sa montre très souvent.

Hélas ce n’est pas le prince qui est oublié mais plutôt le film, que l’on enterrera bien vite très profond en espérant que Michel Hazanavicius nous revienne avec du bon cinéma car c’est un bon réalisateur.

 

N°6 – « Da 5 Bloods » de Spike Lee

Da 5 Bloods - film 2020 - AlloCiné

Spike Lee est encensé car il est doué certes mais aussi parcequ’il est un symbole de lutte, particulièrement important en ces temps de manifestation #BlackLivesMatter.

Son dernier film, « BlacKkKlansman » avait séduit critique et public par son message d’une efficacité redoutable et le côté jouissif de son humour. J’étais hyper content de revoir le réalisateur au sommet de sa forme.

Son nouveau film, produit par Netflix a reçu certaines critiques élogieuses mais pas que. Hélas, je me retrouve du côté des spectateurs laissés sur le bord. 2h32 pour raconter aussi peu de choses c’est long, très long et l’impression d’être en vacances au Vietnam avec le réalisateur et son équipe pour un tournage un peu trop à la cool se ressent.

La faute revient à ce pitch déjà un peu particulier de vétérans noirs du Vietnam qui retournent sur les lieux 50 ans après pour retrouver le corps de leur cinquième camarade, un héros mort au combat. Mais pourquoi avoir attendu 50 ans ? Les acteurs sont des papys et évidemment on se tape des scènes soit-disant du vieux cool qui sont hyper gonflantes et clichés de ce type de films.

Ensuite les personnages sont peu intéressants et l’histoire de trauma de l’un d’entre eux peu crédible si longtemps après. Et puis l’idée de faire des flashs backs en mode Apocalypse Now et voyant les vieux acteurs jouer des mecs de 20 ans, c’est juste ridicule et pas du tout du tout crédible. Certes je comprend le parti pris de mise en scène qui aurait pu marcher. Sauf que c’est ridicule.

La satire ne prend pas à force de ne pas se prendre suffisamment au sérieux. Ces vieux ont l’air de guignols et donc l’empathie nécessaire pour croire à l’histoire fait défaut.

Le film est trop long, brouillon, inégal et au final bâclé.

 

N°5 – « Eurovision Song Contest »

Eurovision Song Contest: The Story of Fire Saga aurait été ...

Le pitch : Deux musiciens en herbe, Lars Erickssong et Sigrit Ericksdottir, ont l’opportunité de représenter leur pays, l’Islande, à l’Eurovision.

La bande annonce du nouveau film de Will Ferrell laissait espérer un bon gros délire kitch se moquant de l’Eurovision.

Et bien pas du tout. Le film est incroyablement long pour une comédie (2 h !) et a un gros problème, il n’est jamais drôle. Pas un sourire esquissé tellement les blagues sont pourraves.

C’est plutôt une histoire d’amour fleur bleue et ridicule mais on ne comprend pas à qui s’adresse le film. Will Ferell joue un abruti post adolescent alors qu’il a 52 ans soit 11 de plus que sa partenaire Rachel McAdams, qui s’est vraiment perdue dans cette sombre parodie.

Ce qui me navre c’est que Netflix investisse du fric dans des projets aussi nazes, à l’aveugle. A force d’arroser partout et en prenant de temps en temps quelques grands noms, forcément, le catalogue Netflix grandira. Mais quelle gabegie !  Alors que plein de bons projets n’attendent que de l’aide pour se monter.

Un film parfaitement inutile, stupide et qui prend le spectateur pour un idiot.

A éviter à tout prix.

La piste aux Lapins :

Mauvais

 

N°4 – The boys in the band

The Boys In The Band - film 2020 - AlloCiné

Remake d’un film mineur des années 80 sur la population homosexuelle des années anté sida et adaptation d’une pièce à succès de Broadway, The boys in the band est un film très efficace pour attiser l’homophobie primaire. En effet, ses personnages sont encore plus caricaturaux que ceux de La cage aux folles et donne une image très ciblée du milieu gay. Certes, les choses ont changées depuis les années 80 mais tous les homosexuels ne sont pas de grandes folles qui adorent se travestir et féminiser tous les prénoms.

Ce film m’a donné la gerbe au bout de 10 minutes et j’ai tenu 50 tellement c’est médiocre.

A ceci rajoutons l’inintérêt total de l’histoire, un scénario inexistant et des numéros d’acteurs homosexuels jouant des caricatures avec une conviction affligeante.

Un film contre productif et inutile.

La piste aux Lapins :

Mauvais

 

N°3 – « TENET » de Christopher Nolan

Tenet : explications, critiques, making-of... Tout comprendre au dernier  Nolan

Christopher Nolan revient en sauveur des salles de cinémas après des mois de fermetures, une programmation vidée de ses blockbusters estivaux et des spectateurs réticents à voir un film avec un masque ou tout simplement craintifs d’être contaminés.

Nolan est l’un des réalisateurs que j’apprécie pour sa rigueur, l’originalité des styles qu’il aborde et le fait qu’il est l’un des rares à monter des blockbusters hollywoodiens qui sont aussi de vrais films d’auteur et qui cartonnent au box-office. Nolan est comme Spielberg, une marque de qualité et de respect du spectateur.

Avec « Tenet« , il tente de refaire le coup du brillant « Inception« , avec un concept de science-fiction fort et un imbroglio scénaristique cherchant volontairement à perdre le spectateur pour mieux l’impressionner par l’action, la réflexion post séance sur les connections incomprises du film et même inciter à retourner voir le film.

Le problème c’est que cette fois-ci, pour moi en tout cas, çà n’a pas pris et çà m’a même particulièrement gonflé à certains moments.

Entendons nous, on voit le budget à l’écran, la scène avec avec un vrai avion qui se crashe est impressionnante, celle du théâtre également.

Non le problème est l’histoire d’une part et surtout le concept de base que j’ai trouvé fumeux et d’un manque de finesse assez rare. Au nom de ce concept de temps inversé expliqué en une scène assez ridicule et d’une grande froideur, les scènes s’enchainent sans explication ou tout du moins des explications faciles d’un personnage joué par Robert Pattinson. L’impression d’être dans un jeu vidéo à plateaux laisse un goût bizarre et glacial, ce qui pouvait être ressenti sur « Inception » mais que Nolan avait alors compensé. Le réalisateur avait en effet usé de l’écriture de ses personnages et leur avait donné suffisamment d’émotion pour nous tenir par la main dans ce dédale scénaristique. Mais n’est pas Léonardo Di Caprio qui veut. Et le fils de Denzel Washington, John David, est loin d’arriver à jouer la même palette. Ses expressions sont limitées à deux ou trois et il ne joue pas uuultra bien. A sa décharge, son personnage est un « protagoniste » comme il se nomme lui-même qui aurait pu être joué par n’importe qui avec la même passivité et absence d’étonnement sur quoique ce soit. Le personnage est particulièrement raté et pas du tout attachant. La relation avec le personnage de Pattinson n’est pas non plus bien exploitée ce qui rend la conclusion ridicule.

Je n’ai pas passé un mauvais moment car j’essayais de bien comprendre et Nolan reste un metteur en scène d’action brillant. Mais ce rythme frénétique ne laissant jamais respirer finit par lasser et surtout, il vire à l’autocaricature épileptique du style nolanien. C’est vraiment dommage et triste.

Cela m’agace d’être déçu par un grand réalisateur que j’affectionne mais honnêtement son film est une arnaque intellectuelle, suffisante qui plus est.

Espérons qu’il redescende d’un cran pour son prochain film.

 

N°2- « Enola Holmes » de Harry Bradbeer

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Le pitch : Enola, la jeune sœur de Sherlock Holmes, met ses talents de détective à l’épreuve pour tenter de retrouver sa mère disparue et déjouer une dangereuse conspiration.

Millie Bobby Brown, la star de Stranger Things a co-produit cette adaptation d’un bouquin pour ados suivant la petite soeur de Sherlock Holmes, joué ici par Henry Cavill.

Et le film, a trois problèmes.

Le premier c’est son actrice, qui en fait des caisses en s’adressant à la caméra avec ses petits clins d’œils et mimiques. C’est insupportable et vraiment ultra relou car c’est en permanence durant le film, pour souligner  qu’elle est pas con la gamine…mouais. Deux fois on a compris, toutes les deux minutes c’est chiant.

Le second problème est que le film est adressé aux ados, avec les codes d’aujourd’hui à savoir un montage trop clipé, amis épileptiques, s’abstenir !!! Ou appeler le 15 pas trop longtemps avant de lancer le film sur Netflix.

Le troisième problème est que j’ai décroché au bout de cinq minutes, tentant sincèrement et sérieusement de revenir pour re-dérocher à phases répétitives. Incroyable ce montage et super mauvaise idée. Cà va très vite et en plus c’est monté comme l’excellente série Pushing Daisies, avec des couleurs très flashy et un univers très marqué, des dessins et illustrations, bref un style qui pourrait prendre mais pas sur la durée et surtout, pas pour ce type d’histoire d’enquête.

Car si vous larguez le spectateur par le montage, compliqué de l’accrocher sur le scénario et l’enquête du personnage principal.

Ce « Enola Holmes » est très stigmatique de 2020 et des produits télévisuels adressés aux ados mais le film ne s’adresse qu’à eux. Et franchement, çà fait flipper vu le résultat qui n’a pas grand chose de cinématographique et se contente de cocher des codes avec une mini star imblairable.

Ne vous fiez pas à certaines bonnes critiques.

A éviter, c’est franchement mauvais.

La piste aux Lapins :

Mauvais

 

N°1 – « Je veux juste en finir » de Charlie Kaufman

Je veux juste en finir : Photos et affiches - AlloCiné

Le nouveau film du scénariste de « Dans la peau de John Malkovich » et « Eternal sunshine of the spotless mind » porte très bien son nom.

« Je veux juste en finir« , c’est un peu le sentiment du spectateur face à ce pensum abscon d’un ennui à se jeter par la fenêtre, plusieurs fois si on est highlander, tant le film est ahurissant d’ennui.

C’est prétentieux, incroyablement long (2h14) et statique.

Soit disant incursion du metteur en scène dans l’horrifique, le film suit une jeune fille pas vraiment amoureuse de son récent petit ami, qui l’amène à la campagne la présenter à ses parents.

Le doute s’installe lors de la première scène qui se passe intégralement dans une voiture durant plus de 20 minutes de dialogues intellos entre le petit copain super chelou et la nana blasée qu’on entend réfléchir et on se dit « wowwwwww!!! c’est quoi le plan du film ? »

On a alors droit à des analyses d’œuvres d’art ou du sens de la vie comme si Charlie Kaufman était affalé sur le divan de son psy et nous déblatérait ces thèmes sans aucun lien entre eux.

Le film est d’entrée excluant et donne l’impression que Netflix a filé du pognon au réalisateur sans lire le scénario, juste pour s’acheter un nom à son catalogue et permettre au Monsieur de faire son auto analyse pour très cher. Un film fait pour lui seul, only one spectateur qui se fout complètement de qui va regarder son film.

Puis arrivent le moment dans la maison des parents joués par les excellents Toni Collette et David Thewlis. Ils sont complétement frappés et flippants et on se dit que l’horreur va enfin démarrer. Et pam, pas du tout, ils vieillissent, rajeunissent dans des scènes qui ne signifient pas grand chose et n’apportent rien à l’histoire. Mauvaise pioche.

Pour les survivants des spectateurs atterrés, l’héroine, qui devient de plus en plus à baffer tant sa dépression est agaçante, convainc son petit copain à la gueule de tueur en série, de reprendre la route. En pleine tempête de neige et dans ce même putain de véhicule bleu ! Et qu’est ce qu’ils font les connards ? Ils parlent 25 bonnes minutes de tout et de rien, de « Une femme sous influences » de John Cassavetes, sympa pour ceux qui ne l’ont pas vu ! Donc Kauffman s’invente critique de cinéma en mode super chiant et se permet de cracher à la gueule du grand Cassavetes, qui lui, écrivait aussi ses scénari mais les écrivait pour qu’ils soient regardables et regardés. Et au passage Gena Rowlands est juste géniale dans le film cité et a droit de se faire insulter par les deux personnages, un comble !

Bon et puis çà continue, de pire en pire, de plus en plus perché, sans queue ni tête.

Le pire film vu depuis un bail.

Merci pour cette perte de temps !

La piste aux lapins :

Mauvais

 

Les meilleurs films 2019 du Blanc Lapin : N°11 à N°1

30 décembre, 2019

Allez on termine l’année 2019 avec le classement des 11 films préférés, la première partie étant ici si vous l’avez loupée.

 

N°11 – « L’heure de la sortie » de Sébastien Marnier

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Lorsque Pierre Hoffman intègre le prestigieux collège de Saint Joseph il décèle, chez les 3e, une hostilité diffuse et une violence sourde. Est-ce parce que leur professeur de français vient de se jeter par la fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils semblent terrifiés par la menace écologique et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de percer leur secret…

Porté par un excellent Laurent Lafitte, le film de Sébastien Marnier est l’une des très bonnes surprises du cinéma français en 2019. Il est en effet rare que le cinéma de genre soit traité en France de façon fine et sans tomber dans trop de clichés ou sans décevoir par son épilogue.

« L’heure de la sortie » arrive à créer une atmosphère pesante entre thriller psychologique et codes du film horrifique voire fantastique pour nous parler d’écologie. Oui, je sais, ce n’est pas évident en lisant le pitch et c’est tout l’intérêt de cet excellent film que de se laisser porter et surprendre par son récit et là où il veut nous mener au final.

La bande d’adolescents supérieurement intelligents est à baffer du début à la fin et c’est super car ceci accentue la destination des personnages que l’on peut avoir et le mélange des pistes que souhaite créer le metteur en scène.

Cette mise en scène est d’ailleurs léchée et déconcertante de par certains de ses choix, surprenante toujours. Le film nous parle de la jeunesse d’aujourd’hui ou d’une certaine jeunesse, de leur prise de conscience via une ambiance sonore et hypnotique rare.

Un film étrange qui fait réfléchir sur notre avenir.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°10 – « The Lighthouse » de Robert Eggers

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Robert Pattinson est typique du genre d’acteur qui m’a considérablement gonflé et a conquis peu à peu mon respect de cinéphile par ses choix intelligents de carrière et par son talent qu’il développe. Issu des irregardables Twilight, il a su enchainer Cosmopolis et Maps to the stars de David Cronenberg, il est passé chez James Gray dans l’excellent « The lost city of Z« , il s’est ensuite fait diriger dans le très bon « Good time » des frères Safdie, puis dans l’excellent « High life » de Claire Denis. Avant de faire partie du Tenet de Christopher Nolan en 2020 et d’être le nouveau Batman en 2021, l’acteur nous prouve ici qu’il peut aller très loin dans cet Ovni qu’est « The Lighthouse« . Il y joue un jeune homme embarqué sur un phare avec un vieil homme tiranique pour garder ce dernier. Et le duo composé par l’excellent et régulier Willem Dafoe et Pattinson offre une joute assez bluffante. Les deux vont tomber dans une spirale de folie assez prodigieuse portés par une mise en scène ultra référencée de Robert Eggers.

Au-delà de ses trouvailles visuelles, de son superbe noir et blanc, de son découpage, de sa musique, le talent de ce réalisateur prometteur éclate au grand jour et nous fait espérer la naissance d’un grand cinéaste.

Le réalisateur use certes d’artifices déjà vus par ailleurs mais bien souvent les plus grands s’inspirent de leurs prédécesseurs et les citent pour mieux créer leur propre univers. Cette démonstration est en tout cas très convaincante.

On ne sait pas si l’auteur se rapproche de Sartre et nous dépeint une allégorie de l’enfer ou simplement l’enfoncement d’un être dans la folie et dans sa propre tête malade.

La forme et l’esthétique n’empêchent pas la tension de se créer et les interrogations d’apparaitre entre fulgurances horrifiques et dialogues illuminés d’un Willem Dafoe au sommet. Le film est anxiogène mais pas plombant, jouant sur l’épouvante sans jamais s’y plonger totalement, dans le but ultime de laisser le spectateur interrogatif.

Une très grande réussite pour terminer 2019.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°9 – « Portrait de la jeune fille en feu » de Céline Sciamma

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Après « Naissance des pieuvres« , ‘Tomboy » et « Bande de filles« , la réalisatrice et scénariste Céline Sciamma est revenue en compétition à Cannes avec ce film en mai 2019.

Le film est reparti avec le prestigieux Prix du scénario même si il pouvait viser plus haut tant la presse fut excellente. Mais il y avait d’autres concurrents dont le génial Parasite.

Il est vrai que l’histoire est somme toute très originale, ce qui fait un bien fou dans cette période où remakes et reboots envahissent Hollywood.

Le pitch : 1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde.

Céline Sciamma ne fait pas que filmer la condition d’une femme et la marchandisation future de sa vie pour le bien de sa mère et de sa famille. Elle filme surtout la retenue que leur impose leur éducation et qui enserre la passion qui va s’enflammer.

Cette frustration immense qui nait devant nos yeux est dévorante et s’appuie sur grande délicatesse du découpage de son scénario sur la durée.

Voire le désir naitre, entre deux femmes du 18ème siècle qui plus est, aurait pu prendre de multiples formes mais la réalisatrice choisit une poésie et un naturalisme qui vous attachent aux personnages malgré la rigueur de leur quotidien, de leur destinée et des conventions avec lesquelles elles jouent. C’est une ode à la littérature et la peinture, à l’art tout simplement pour s’échapper de l’archaïsme social.

Le travail sur les gestes, les postures et la couleur des scènes est remarquable. Céline Sciamma capte le temps et le souvenir avec un talent évident.

« Portrait de la jeune fille en feu » est une œuvre solaire et moderne portée par deux interprètes excellentes, Adèle Haenel et  Noémie Merlant.

C’est un film élégant, esthétique et déchirant à la fois. Un des très bons films français de 2019.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°8 – « Les Misérables » de Ladj Ly

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Ladj Ly  adapte son long métrage qui avait déjà reçu de nombreux prix et a décroché le prix du jury au dernier festival de Cannes.

Le film suit les premiers jours de Stéphane, policier tout juste intégré à la BAC du 93, ,la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil. Ses deux co-équipiers  se font respecter étant eux mêmes aussi provocants et violents dans leurs attitudes que la population et la jeunesse qu’ils côtoient jusqu’à …

Évidemment le film force le respect par la justesse et le recul que prend le réalisateur sur l’état des cités et de leur abandon, sur la déliquescence du lien social. Son constat est sombre même si l’humour alterne avec l’extrême tension et violence qui gère les rapports entre chaque groupe. Il y montre notamment l’impact et l’enracinement d’un Islam radical qui apporte un certain cadre ou la gestion mafieuse par quelques caïds ou le climax de guerre civile entre clans. Mais le réalisateur se concentre aussi sur le rapport des policiers aux très jeunes délinquants, de plus en plus jeunes sans porter de jugement. Il n’excuse ni les adolescents ni les flics aux comportement souvent discutable mais il tente d’expliquer pourquoi ils en sont arrivés là.

Leur quotidien sous pression est évident de par l’antagonisme extrême entre leur rôle et la perception ou la haine de la population. Quant aux enfants, il ne juge pas non plus leurs parents mais fait un constat, celui que la cité enferme des enfants qui deviennent des bêtes en cage, dangereux pour eux mêmes et pour les autres et qu’il y a peu d’espoir dans l’état actuel.

L’empathie profonde de Ladj Ly pour ses personnages transparait, aucun n’étant caricaturé. Sa narration est très bien maitrisée de bout en bout, nous amenant par petites touches de ce quotidien déjà hallucinant à une conclusion sous forme d’uppercut.

L’état des lieux a beau être catastrophique, le film a le mérite de soulever des questions qu’on aborde certes depuis des décennies mais sur lesquels des visages ont plus d’impact. Le réalisateur n’a aucune solution et c’est ce qui est flippant mais il pose un diagnostic édifiant.

Un grand tour de force narratif et un talent de mise en scène évident servi par une excellente distribution.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°7 – « Marriage Story » de Noah Baumbach

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Noah Baumbach est un réalisateur de grand talent, sensible, intellectuel New-Yorkais jusqu’au bout des ongles. On se souvient de son magnifique Francès Ha.

Pour son second film produit par Netflix, il décide de nous conter l’histoire d’un divorce entre un scénariste de théâtre et son épouse, comédienne. On y voit les déchirements classiques autour de leur fils, du lieu de résidence, des petites choses et mesquineries qui s’infiltrent peu à peu, exacerbés par deux avocats horribles campés par les excellents Laura Dern et Ray Liotta. Ou comment le système judiciaire américain est une industrie de la confrontation ou les avocats coûtent une fortune et peuvent accroitre les problèmes pour justifier leurs honoraires.

Mais surtout le duo d’acteurs est exceptionnel. Scarlett Johansson est tour à tour touchante, resplendissante, furieuse et surtout particulièrement sur le fil du rasoir. Elle exprime tous les doutes qui la traversent quant à son choix et toute la difficulté de faire le deuil d’un amour et d’une vie de couple.

Face à elle, Adam Driver est brillant et confirme qu’il est l’un des acteurs qui compte désormais à Hollywood. Sa démarche masculine et sa voix rauque, les certitudes de son personnage et son incrédulité de départ face à ce qui lui arrive, face à l’évidence que son monde ne peut s’effondrer, rendent encore plus touchant ses moments de solitude comme de rage. Une scène d’insultes entre les deux époux en plein divorce est assez déchirante en soit.

Bien souvent « Marriage Story » vous tire des larmes. Parfois c’est devant la rudesse de ces combats et de la petitesse des attaques, parfois face à la nostalgie des moments heureux où le simple constat du temps qui a passé et a finis par faire son œuvre.

L’ambivalence des sentiments des deux protagonistes donne à leur lutte un côté déréglé et factice qui trouble lorsque la réalité de leurs choix refait surface. Car bien souvent, c’est cette nuance qui prédomine quant la colère s’endort.

La finesse d’écriture du scénario tout comme le choix des scènes et de leur découpage saccadés sont brillants de bout en bout, prouvant une fois de plus que Noah Baumbach n’est pas qu’un excellent directeur d’acteurs, c’est aussi un réalisateur inspiré et doué. Son film est sobre et d’autant plus puissant dans ses émotions. Il utilise des moments si criants de vérité et de simplicité que l’effet du film est forcément décuplé.

Il utilise un rythme parfois violent, faisant des allers retours entre orages et accalmies sur les sentiments des protagonistes, laissant espérer que ce fleuve n’ira pas jusqu’au bout mais la vie avance et pas toujours dans le sens voulu et c’est tout le sujet de son film, un film sur le temps et la mutabilité des sentiments face à ce dernier, voulue ou forcée.

Un grand film.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°6 – « Grâce à Dieu » de François Ozon

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François Ozon s’intéresse pour la première fois à une histoire vraie et quitte la fiction pour signer un brulot politique auquel on ne peut qu’adhérer.

Il va suivre plusieurs libérations de la parole et plusieurs combats d’hommes adultes ayant subi les sévices sexuels d’un prêtre, inspiré sans aucune précaution de l’histoire du prêtre Bernard Preynat, dont l’affaire est aujourd’hui traitée devant la justice. Ozon ne s’embarrasse pas de changer les noms puisque non seulement on le sent révulsé par l’affaire mais surtout le prédateur a avoué ses crimes. De la même façon, le cardinal Barbarin voit son nom utilisé tel quel, Ozon préférant prendre le parti des victimes et assumer jusqu’au bout, sans hypocrisie aucune. Il nous montre l’aveuglement du cardinal lyonnais et son incapacité à agir voire à minimiser les faits, axant sur le pardon de la première victime qui se manifeste en 2014 et utilisant la profonde croyance du personnage, joué par un Melvil Poupaud au sommet.

Son personnage est écartelé. Il a soif de faire éclater la vérité et surtout d’empêcher le monstre de briser d’autres enfances mais il est issu d’un milieu bourgeois très pratiquant qui ne peut se résoudre à accepter la vérité, quitte à trouver des excuses ou des simili solutions via le pardon. Certaines scènes sont d’ailleurs surprenantes car Ozon arrive à faire rire la salle de remarques complétement surréalistes d’individus vivant dans le déni total.

Denis Ménochet et Swann Arlaud vont chacun interpréter une autre facette sociologique des victimes issues de milieux sociaux différents. Leur jeu est excellent, juste, écorché pour Arlaud et empli de colère pour Ménochet. On va suivre leur combat, leur catharsis avec force et respect pour leur courage.

Le film est sidérant par l’absence de réaction de l’église, la peur de la société mais aussi porteur d’espoir et rassurant sur l’humanité de chacun grâce au combat juste et évident des personnages.

Ce film engagé et brillant fait tout de même halluciner à bien des reprises face à l’aveuglement général. On se dit que forcément les prédateurs sexuels d’enfants se portent naturellement vers ce type de métiers ou vers ceux liés à l’enfance et le malaise est présent. Combien doit-il être difficile pour un homme de pratiquer un métier au milieu d’enfants, avec cette peur sans cesse de déclencher la suspicion. Je ne pourrais que vous recommander le brillant « La Chasse » de Thomas Vinterberg pour vous donner un panel complet du sujet. Mais c’est hélas un mal nécessaire que cette suspicion et cette vérification permanente des parents. Et comme le dit le personnage de Melvil Poupaud à ses enfants, ces derniers doivent savoir que désormais ils savent qu’ils doivent parler, tout de suite.

Le propos de « Grâce à Dieu«   est donc très puissant, la narration qui suit chaque victime avant de les réunir est d’une grande fluidité et les 2h17 passent au final assez vite. Ozon a dû sacrément se documenter pour donner autant de détails sur les réactions et comportements des uns et des autres et son caléidoscope social est tout simplement brillant de vérité et de complétude.

Un grand film sur la parole et un film bouleversant.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°5 – « Once upon a time in Hollywood » de Quentin Tarantino »

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Un film de Quentin Tarantino est toujours un évènement tant le trublion cinéphile s’avère populaire, dispose de hordes de fans inconditionnels de par le monde et se trouve être l’un des rares cinéastes qui monte à Hollywood des films sur son nom et n’a aucun problème à trouver les budget et surtout trouve son public en salles.

« Once upon a time in Hollywood » est d’ailleurs bien parti pour devenir l’un des plus grands succès de sa carrière tant son démarrage est explosif aux USA et dans le reste du monde. Il faut dire que Tarantino a un don pour le casting exceptionnel.

Brad Pitt dans « Inglorious Basterds » était génial et se troube être l’un des plus grands acteurs au monde.

Léonardo Di Caprio dans « Django Unchained » était délicieux de perversité et se trouve être l’un des meilleurs acteurs au monde.

Réunir ces deux monstres sacrés d’Hollywood pour rendre hommage à une parenthèse enchantée des années 70 où un vent de liberté soufflait sur l’usine à rêves, c’était évidemment gage d’un rendez-vous immanquable.

A ce titre aucune déception n’est à pointer puisque Brad Pitt a une classe hallucinante dans « Once upon a time in Hollywood » et Léo est comme toujours au-delà du parfait. Les rôles sont taillés pour eux, leurs scènes communes sont certes rares mais excellentes et leurs scènes solo leur donnent des moments de cinéma qui resteront imprégnés dans nos rétines. Que ce soit le quotidien d’acteur raté du personnage de Di Caprio ou la dégaine cool et mâle de Pitt quand il va voir les hippies de Charles Manson ou encore quand il se bat avec Bruce Lee…c’est juste excellent et drôle.

Mais Tarantino peut décevoir sur ce flm à deux titres même si personnellement je n’ai pas du tout été déçu, bien au contraire.

D’abord son film est long et dure 2h44 et certains pourront trouver qu’il manquait des coupes. Moi je trouve qu’au contraire cette durée permet de sentir et d’ humer l’odeur de cette époque. La reconstitution des années 70 est fabuleuse et Tarantino nous fait errer avec ses personnages en prenant son temps, souvent sans dialogues, pour nous immerger dans cet Hollywood passé pour lequel une profonde mélancolie se dégage. Et c’est là le second point qui va désarçonner certains. Quentin Tarantino abandonne quasiment l’une des caractéristiques majeures de son cinéma à savoir les dialogues chelou hyper longs mais très drôles. Il s’efface dans la narration au profit de silences, de climax et c’est très très réussi. On a parlé de film le plus personnel pour son auteur lors de sa présentation à Cannes et c’est vrai. J’ai bien sur beaucoup rigolé car Tarantino garde soin  humour mordant mais il aime et adore ses deux personnages, ces deux loosers magnifiques, leur complicité et il nous envoie une superbe déclaration d’amour au cinéma. Bien sur il le fait en utilisant les tournages auquel son personnage principal participe ou les extraits de ses films, ou en montrant ce Hollywood insouciant et cool de cette époque. Mais comme bien évidemment il n’est pas dupe et nous on plus, on comprend peu à peu qu’il embellie cette image du passé et qu’il donne à ce Hollywood et au cinéma en général tout ce pouvoir de raconter les histoires différemment, de rendre la vie quotidienne plus distrayante, d’effacer ce qui est moche et laid dans la vraie vie et de donner à la fiction toutes ses lettres de noblesse.

Tarantino nous livre un conte. Il était une fois…et c’est excellent. En ce sens son film est proche de Django Unchained et de Inglorious Basterds.

Il est comme un gamin qui utiliserait son incroyable culture pop de 50 ans de cinéphilie pour nous livrer un film mature, sensible et drôle à la fois.

Merci donc à Quentin Tarantino pour ce nouvel opus, c’est un profond respect pour son public et c’est une preuve très classe de son immense talent.

La piste aux Lapins :

4,5 lapin

 

N°4 – « Douleur et Gloire » de Pedro Almodovar

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Pedro Almodovar pourrait remporter la Palme d’Or avec ce grand film, lui qui court après depuis si longtemps et s’est vu snobé si souvent.

Car « Douleur et Gloire » a un atout considérable. Il est à part dans la filmographie du maitre espagnol. Pour une fois il ne s’intéresse pas à des femmes comme personnages principaux mais à lui. En signant un film très autobiographique, il aborde sa masculinité et sa propre vie avec une grande finesse.

Almodovar parle donc d’un cinéaste célèbre qui vit reclus chez lui et a perdu l’envie et l’inspiration.

Il donne à son double fictif le visage d’un de ses plus fidèles acteurs, qu’il a fait découvrir il y a 30 ans, Antonio Banderas.

Ce dernier est d’une classe folle pour 58 ans et donne au personnage toute la fatigue d’une vie de douleurs physiques et de maladies mais surtout de dépressions chroniques. Il est parfait dans le rôle et véritablement super attachant même quant il est ignoble d’égocentrisme artistique.

Les flashs back avec son enfance sont autant de pépites qui rythment l’explication de la construction de son imaginaire de cinéaste. On y retrouve une grande nostalgie jamais mièvre. Bien au contraire, ces souvenirs sont les racines de cet être qui regarde son passé en prenant de la hauteur et fait le bilan d’une vie. Il fait également la paix avec cette mère solaire qu’il a déçue, dont il s’est éloigné avec la célébrité. Elle est interprétée par Pénélope Cruz, autre actrice phare d’Almodovar, comme une évidence.

Le personnage se réconcilie avec un ancien amant perdu de vue depuis vingt ans et se réconcilie avec son parcours. « Douleur et Gloire«   est un film extrêmement mature, moins pétillant que d’autres œuvres du cinéaste mais plus profond, tout en conservant son style connu mondialement.

Le film est généreux, intelligent, drôle parfois, il parle de l’inspiration, rend un très bel hommage au cinéma et s’offre même une conclusion de film méta qui créé une boucle et une fin excellente. Le dosage de son histoire est parfait, il n’y a aucune longueur, aucun dialogue ou personnage de trop. C’est un long métrage délicat, tout en retenue, tout simplement brillant de profondeur.

Le film marque longtemps après son visionnage et devient instantanément l’un des grands monuments de sa carrière. Parfois on parle de chef d’œuvre trop vite. Je ne le ferai donc pas même si vraiment, çà me démange. Mais je serais très surpris que le film ne marque pas sur la durée.

La piste aux Lapins :

4,5 lapin

 

N°3 – « La Favorite » de Yórgos Lánthimos

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Si The Lobster avait un pitch et une première partie très décalée, le film m’avait vite fatigué par son concept tournant à vide. Avec « Mise à mort du Cerf Sacré« , le grec Yórgos Lánthimos arrivait à poursuivre son talent sur un film entier, avec un scénario jusqu’au-boutiste implacable et glaçant. Une vraie réussite.

« La Favorite » est un cran au dessus encore et prouve qu’il va falloir compter sur ce réalisateur à l’avenir car son talent se muscle et aboutit à un très grand film.

Pour raconter la folie de la reine Anne d’Angleterre, au début du XVIIIème siècle, Lánthimos use de son talent évident de direction d’acteurs avec un trio féminin époustouflant mais il ose surtout des choix de mise en scènes radicaux qui lorgnent ouvertement vers ceux de Stanley Kubrick, et il faut être gonflé pour tenter le coup.

Alors bien sûr, la comparaison s’arrête à cette reconstitution millimétrée et ses choix de focales et de grands angles mais le résultat est d’une efficacité redoutable.

L’image est belle, léchée et ces personnages poudrés et décadents sont excellents.

La reine est incarnée par une Olivia Colman complètement barrée qui mérite l’Oscar de la meilleure actrice pour sa composition riche, drôle, monstrueuse et pathétique à la fois. Le rôle de sa carrière probablement. Un rôle inoubliable.

Pour s’arracher ses faveurs, une favorite historique va devoir lutter contre un petit ange qui se trouve être une arriviste. Rachel Weisz et Emma Stone se livrent une guerre de manipulation dont les joutes politiques rappellent toute la perversité des Games of Thrones et autres House of cards. Il y a la même violence contenue dans un guant de velours, les mêmes sourires carnassiers qui font froid dans le dos. Il y a surtout le côté jubilatoire du jeu à mort entre deux êtres qui luttent pour leur survie dans un royaume dirigé par une folle à lier.

Le film est irrésistiblement comique à bien des reprises et joue la digression et l’humour décalé à fond. La scène de danse est juste complètement dingue et hilarante et c’est loin d’être le seul moment où la salle est pliée en deux.

C’est un grand tour de force que de livrer un film esthétiquement de grande qualité, intelligent, drôle et souvent triste par la solitude inhérente à ces personnages rongés par le pouvoir et la survie. « La Favorite » est un film de monstres assez fascinant et l’une des premières grandes réussites de 2019.

La piste aux Lapins :

4,5 lapin

 

N°2 – « Parasite » de Bong Joon-Ho

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Bong Joon-Ho est l’un des plus grands réalisateurs au monde, issu de la nouvelle vague sud-coréenne avec Kim Jee Woon et Park Chan Wook. Son style si particulier est celui du polymorphe, à même de mélanger les genres tout en réalisant un cinéma souvent porteur de messages et grand public. Très inspiré par le cinéma européen, Bong Joon-Ho a livré quelques bijoux avec « Memories of Murder« , « The Host« , « Mother » ou « Okja » et a moins bien réussi le passage Hollywoodien avec « Snowpiercer« .

Lui décerner la Palme d’Or cette année est une bouffée d’oxygène pour Cannes et l’élitisme que l’on reproche trop souvent au festival.

« Parasite » est une très grande Palme d’Or populaire. Comme à son habitude le maitre sud-coréen mixe les genre mais un peu moins que d’habitude, donnant à l’ensemble une couleur très sociale sous forme de domination d’une classe sociale par une autre. Le début du film verse dans la comédie d’arnaque et s’avère brillant dès le début, soutenu par d’excellents acteurs et un sens du découpage et du comique de répétition subtil. Une famille pauvre arrive à se faire embaucher par un jeune couple vivant dans l’opulence et ayant deux enfants rois. Puis Bong Joon-Ho distille tout au long du film les germes du dénouement en montrant que cette famille bourgeoise en apparence bienveillante et bien sous tout rapport a un mépris de classe sidérant qui se distille par petites touches.

Le réalisateur change alors de code et surprend passant du thriller horrifique au film catastrophe pour revenir à son sujet de base, l’exclusion de classe et le déterminisme implacable.

La mise en scène est excellente de bout en bout, pas une scène n’étant de trop. Les rouages de ce brillant exercice fascinent encore après être sorti du film. Le génie de Bong Joon-Ho vient de son sens du rythme et de la puissance de sa satire sociale. Il va jusqu’à se moquer de lui-même et de l’image qu’on a des réalisateurs suds-coréens si malins et qui ont toujours des plans extraordinaires pour leurs personnages en faisant expliquer clairement au personnage principal qu’il est inutile d’avoir des plans car la vie se charge de les dénouer et que tout est imprévisible…sauf le milieu dans lequel on nait et qui s’impose. Et justement, le réalisateur arrive même à imager cette lutte décuplée d’individus issus des milieux pauvres pour contrecarrer ces plans tout tracés par le destin ou plutôt, le hasard.

A partir d’un film de genre (le film d’intérieur), Bong Joon-Ho pousse les murs pour y faire entrer différents styles et rendre son propos universel, tout en restant hyper accessible. C’est en celà que le cinéma peut traiter de thématiques universelles avec une efficacité fascinante.

Cette parabole de lutte des classes est un film à voir absolument, un film puissant sur la forme et dans le fond et une Palme d’Or qui fera enfin  l’unanimité !

La piste aux Lapins :

4,5 lapin

 

N°1 Ex aequo – « Ad Astra » de James Gray

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James Gray est l’un des très grands réalisateurs américains des 25 dernières années. Même si les européens reconnaissent davantage son talent que ses propres concitoyens, « Little odessa« , « The yards« , « La nuit nous appartient » ainsi que « Two lovers » sont très bons. « The immigrant« , avec Marion Cotillard et Joaquin Phoenix a été accueilli plus froidement mais reste un bon film. Et il est revenu avec son arlésienne de 10 ans de gestation, « The Lost City of Z » en 2017, un bijou. Et alors que ce projet devait se faire avec Brad Pitt et que ce dernier a finalement co-produit « The Lost City of Z » sans y jouer, les deux artistes se retrouvent pour un film de SF !

James gray qui sortait de ses contrées New-Yorkaises pour faire un film historique sur la recherche d’une cité en Amazonie, c’était énorme et ceci lui libérait encore plus ses thématiques autour du lien père-fils.

Mais avec Ad Astra, le réalisateur signe un nouveau chef d’œuvre de science fiction, un nouvel étalon et c’est suffisamment rare pour le noter.

Son personnage principal est joué admirablement par un Brad Pitt qui force le respect par sa filmographie très impressionnante, ses choix intelligents et son doublé de cette année avec le Quentin Tarantino, « Once upon a time in Hollywood« .

Je ne connais pas d’acteur hollywoodiens qui soit resté au top aussi longtemps et qui puisse aligner une quinzaine de très grands films.

Son jeu minimaliste donne à son personnage d’astronaute toute la rigueur de sa mission et tous les sentiments dont s’est coupé le personnage. Il s’est enfermé dans une profonde solitude que l’on ressent à chaque instant et qui donne à ses moments d’émotion une force encore plus puissante.

C’est donc l’histoire d’un homme qui part à la recherche de son père, qui est parti trente ans plus tôt dans une mission pour Neptune dont il n’est jamais revenu.

Il vit l’image de ce père qui l’a abandonné comme un exemple car il est considéré comme un héros par l’humanité et comme une souffrance car il s’est retrouvé seul. Seul au point de ne pas vouloir faire d’enfants, juste se concentrer sur son métier d’astronaute comme son père et marcher dans ses pas. Dans le genre de trauma et de symbolisme du nœud œdipien on peut difficilement trouver plus énorme. Et pourtant, ceci fonctionne car Gray n’est pas du genre pathos, il le fuit.

La grande maitrise de son scénario permet donc au film d’alterner entre grandes réflexions sur le sens d’une vie, de la solitude, tout en y insérant de vrais éléments de science fiction à grand spectacle. Pas moins de cinq scènes très impressionnantes ponctuent la quête de Roy McBride, qui cherche à rejoindre son père. Et ces scènes sont fascinantes car elles semblent réelles. James Gray use de la colorimétrie de la lune , de l’espace et de Mars puis Neptune avec des images somptueuses. Mais il use surtout d’un travail sur le son remarquable. Les scènes de violence sont comme empaquetées dans l’absence de son qu’il y a parfois dans l’espace ou l’incidence de la pesanteur. C’est non seulement novateur en SF mais ce choix narratif donne un parfait mélange entre grand film d’auteur et aventure spatiale.

Le scénario est limpide, sans délire méta comme certains films SF peuvent le tenter parfois pour le meilleur et parfois pour un résultat navrant.

La mise en scène de James Gray est d’une élégance folle, alliant l’intimiste du personnage à l’infiniment grand.

Que son personnage soit dépressif en pleine quête spirituelle est une excellente idée. La dimension vertigineuse de sa mission se confronte à sa psyché et James Gray nous le montre avec de simples images et une voix off qui ne s’avère ni plombante ni prétentieuse. Elle se confond avec le personnage et nous lie à lui vers cette plongée vers le néant dans laquelle on ne peut deviner quel sera l’épilogue.

Ce résultat est tout simplement brillant d’intelligence. Cet éloignement du monde des vivants pour renouer à ses sentiments est une superbe Odyssée.

Les plans de planètes contemplatifs concurrencent la vision épurée des intérieurs de vaisseaux. Le film est vraiment très beau d’un point de vue visuel.

Le découpage du scénario est très bon, ne laissant jamais place à des longueurs.

Le réalisateur signe un film précieux, ambitieux et d’une grande humilité. Brad Pitt est quant à lui d’une classe magnifique et trouve l’un de ses plus grands rôles.

James Gray signe un chef d’œuvre sur la quête de soi et la recherche de son identité, montrant qu’en tutoyant les étoiles, l’essentiel, à savoir l’humanité et la terre n’en deviennent que plus précieux.

La piste aux Lapins :

5 étoiles

 

 

N°1 Ex aequo – « Joker » de Todd Philips

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L’annonce du projet était curieuse puisque, initialement, Martin Scorsese devait le co-produire. En tant que lecteur assidu de comics books et de BD, je n’ai jamais compris pourquoi le génial personnage du Némésis de Batman n’avait jamais eu droit à son film. J’étais méfiant sur le résultat tant DC Comics et la Warner se sont perdus ces dernières années après la fin de la trilogie Batman de Christopher Nolan. Leur volonté de copier Marvel m’a laissée de marbre tant je trouve ces personnages colorés lisses et unidimensionnels alors que ceux de DC sont plus sombres et potentiellement profonds.

Le fait de voir Joaquin Phoenix entrer dans la danse m’avait rassuré car c’est l’un des meilleurs acteurs au monde et qu’il choisit intelligemment ses projets toujours pour leur qualité scénaristique.

Les bandes annonces avaient vendu un rêve de fan de Batman à savoir voir ENFIN le Joker exploité dans ce qui fascine sur son personnage, à savoir le chemin vers sa folie. Le Lion d’Or obtenu à Venise en septembre a fait exploser les attentes et aujourd’hui le succès au box office est incroyable pour un film aussi adulte. C’est une petite révolution pour les studios que de voir un tel Ovni rencontrer critique et public.

Car oui, « Joker » est le chef d’œuvre annoncé et oui, Joaquin Phoenix aura l’oscar du meilleur acteur. Ne pas lui accorder serait une insulte au bon goût.
Le film est un uppercut fortement inspiré de « La valse des pantins » et de « Taxi driver » de Martin Scorsese, ce qui explique l’implication du réalisateur dans la première phase de production. On y retrouve non seulement les thèmes mais aussi l’ambiance et l’acteur, Robert de Niro, dans un très bon second rôle comme on ne l’a pas vu depuis longtemps.
Quant à l’histoire, elle brasse divers thèmes en collant à Arthur Fleck, un looser à l’esprit fragile, qui n’a rien réussi dans cette société violente où les laissés pour compte voient des ultra riches leur tenir des discours complètement éloignés et perchés par rapport à leur quotidien. Cette société qui fait croire que quelqu’un parti de rien peut devenir une star de télévision, un showman et se sortir de sa condition et que quelques part tout le monde peut tenter sa chance. Mais ce discours s’accompagne d’une grande violence, celle de la réalité, celle du rêve qui se fracasse sur le mur du constat. Et Arthur Fleck n’a aucun talent comique et a tous les feux sociétaux au rouge, depuis toujours. Or cette société américaine parle des winners et raille les loosers, leur donnant accès à des armes car c’est du business mais refusant un minimum de protection sociale au nom de cette même liberté chérie mais sauvage pour les plus faibles.
Se déroule alors un film très politique par son discours et donc dérangeant par ce qu’il véhicule. Sans empathie face à lui et avec pour seule réponse le cynisme d’un ultra libéralisme sans gardes fous, quel choix a ce personnage qui sombre dans l’isolement et la folie, à part la violence et l’apologie de l’anarchie ?

Alors bien sûr Arthur Fleck a un problème psychiatrique mais le film ne met pas tout sur le compte de la maladie mentale qui s’envenime. Et c’est ce qui rend le film fascinant. Joker montre que la sédition des laissés sur le coté peut être le résultat d’un aveuglement idéologique et d’une société qui refuse de prendre du recul.

Car face aux excès de l’idéologie ultra libérale, le risque n’est il pas l’absence d’idéologie tout court ? Après les gilets jaunes et le déferlement de colère et de violence, on ne peut pas regarder ce Joker de la même façon. Et quelles que soient vos idées politiques, le film vous fera réfléchir.

Pour un film DC comics basé sur le plus grand méchant et le plus connu des comics books, c’est tout simplement un parti pris brillant et qui prend le spectateur pour un adulte responsable capable de discernement et de recul. Faire du Joker un symbole de l’absence de solution, une conséquence d’un cynisme sociétal, c’est l’idée géniale du long métrage.

Que Todd Philips, un réalisateur pas très côté, connu pour ses comédies « Very bad trip » nous réalise ce chef d’œuvre sur ce thème, c’est également une énorme surprise. Sa mise en scène est hyper découpée, sèche et sans une scène de trop. Il alterne l’évolution d’Arthur vers le Joker de cinq scènes de courses poursuites où le futur Némésis de Batman cours dans les rues ou les couloirs à toutes enjambées. D’abord c’est par peur, ensuite pour fuir ce qu’il devient puis parcequ’il enfreint de nouveau les règles et s’en émancipe, puis parcequ’il est poursuivi et trouve celà fun, et enfin parcequ’il est devenu un autre pour qui rien n’a de valeur et tout n’est que comédie. Il cours toujours comme un clown mais le rire a changé de signification et surtout, il a changé de camp…
Et puis évidemment, il y a l’acteur, ce type dont je n’aime pas la gueule et qui me bluffe à chaque fois. Ce type qui à 44 ans, a une filmographie impressionnante (Walk the line, the Master, les James Gray dont Two Lovers, Her, A beautiful day, Les frères Sisters).

Sa prestation en Joker est prodigieuse. Il danse avec une souplesse et une agilité qui font froid dans le dos tout comme son regard. Il nous amène avec lui comme spectateurs d’une conquête du rêve américain vouée à l’échec et il s’explose avec nous sur le bitume.

Entre temps il a rendu son personnage attachant et non pathétique puis effrayant car sa folie guette à tout instant.

Comme possédé par son personnage, son rire a plus des airs de cris de douleur, douleur d’être né ainsi et d’en être prisonnier.

Le spectateur accompagne ce glissement de l’autre côté de ce que la société peut tolérer, choc après choc, jusqu’à ressortir bouleversés par ce naufrage impossible à éviter du fait du déterminisme social allié à la fragilité psychiatrique. On en sort également fascinés par cette renaissance car le personnage en quête de figure paternelle et en quête d’identité finit par se la construire dans le mal absolu, dans un monde qu’il se créé plutôt que d’accepter de le subir.
Joker est un grand film car il allie le génie d’un acteur à un scénario imparable et profond ainsi qu’un personnage complexe qui ne peut que provoquer le malaise.

Ce chef d’œuvre nihiliste est tout aussi surprenant que dérangeant.
Un très grand film.

La piste aux Lapins :

5 étoiles

 

 

Et le podium pour la dixième foix sur le Blanc Lapin et nul par ailleurs :

 

2019

Les meilleurs films 2019 du Blanc Lapin : N°25 à N°12

29 décembre, 2019

Cette année 2019 se termine et le Blanc Lapin a vu plein de films, 90 très exactement sortis cette année soit au cinéma soit sur plateforme mais ayant été produits comme un film de cinéma. C’est moins que l’an dernier (103 films en 2018) et plus que les années précédentes (70 maximum).

Grosse année donc, d’autant plus que vous vous en doutez, je sélectionne beaucoup les films pour en connaitre un bon nombre depuis l’annonce du projet jusqu’à suivre les sélections en festivals et les accueils critiques.

Alors commençons le classement que je commence à partir du 25ème cette année soit minimum 4 lapins sur cinq ! Et oui, 25 films tout à faits conseillés à voir si vous les avez loupés !

 

N°25 – « Rocketman » de Dexter Fletcher

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Je me fout complètement de l’histoire d’Elton John, dont je ne suis pas particulièrement fan. Souvent je trouve les biopics ratés et encore davantage lorsqu’il s’agit de biopic sur des chanteurs. Le « Bohemian Rhapsody » commencé par Brian Singer et terminé par Dexter Fletxcher après que Singer se soit fait virer du plateau, m’a moyennement convaincu. Heureusement il y avait la musique de Queen et un bon acteur pour interpréter Freddy Mercury. Et bien justement, c’est ce même réalisateur appelé en rescousse pour terminer le film sur Queen qui s’est chargé de ce « Rocketman » !

Et vous savez quoi ? C’est très très réussi !

Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord Elton John a collaboré en tant que producteur et n’a pas été particulièrement tendre sur son addiction à toutes les drogues possibles et inimaginables, à l’alcool, au sexe débridé des années 70/80 mais aussi à son caractère mégalo suite à son succès fulgurant.

Et cette liberté de ton est non seulement bienvenue mais elle s’exprime dès les premiers instants lorsque le film explose en comédie musicale ! JE DÉTESTE AUSSI beaucoup de comédies musicales !!!!!! Sauf si elles surprennent comme La La Land pour les dernières réussies. Et bien là, non seulement je me fout d’Elton John, je n’aime pas trop sa musique, je suis rétif aux comédies musicales, et pourtant, c’est très bon. C’est coloré, sans concessions sur le personnage et le milieu du show bizz tout comme sur les parents du chanteur, absolument flippants.

Ce qui ressort c’est une mise en scène inventive qui frôle avec le cinéma fantastique, un film généreux qui ne prend pas le spectateur pour un fan aveugle et un Taron Egerton décidément très bon et qui prouve qu’après Kingsman, on devrait le revoir souvent. Il avait besoin d’un rôle construit de la sorte pour s’émanciper de la franchise. C’est chose faite.

Et puis on sait que le film ne couvre pas tout et n’est pas fidèle, surtout avec le chanteur en producteur mais justement, on sent qu’il s’en amuse et nous envoie justement un message simple, il a galéré personnellement et a été très seul une bonne part de sa carrière. Et c’est surtout un survivant parmi les pop stars de cette époque.

Ce conte au regard cynique et tendre à la fois, bourré d’autodérision est probablement le plus beau cadeau qu’Elton John pouvait offrir à ses fans et aux autres dont moi, à savoir un film qui a LA classe et c’est énorme.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°24 – « Edmond » de Alexis Michalik

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Décembre 1897, Paris. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose au grand Constant Coquelin une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes.

J’ai vu toutes les les pièces d’Alexis Michalik. Ce type est brillant par ses mises en scène à tiroirs, du « Cercle des Illusionnistes » au « Porteur d’histoire« . Son « Edmond » était LE carton de fin 2017. Est-ce que son art se traduira avec la même fougue sur grands écran ?

Et bien la réponse est clairement OUI !

Alexis Michalik arrive a retrouver la même joie communicative de ses personnages et de ses enchevêtrements, en faisant voler en éclats les incongruités et passages de scènes à scènes peu réalistes. Ce n’est pas grave car il nous raconte une histoire de théâtre sur le théâtre et donne non seulement envie de lire ou relire la pièce d’Edmond Rostand mais aussi de revoir certaines adaptations célèbres comme celle avec Depardieu.

Il livre un hommage sincère aux acteurs et au plaisir de créer et d’inventer pour le spectacle. Certains personnages sont caricaturaux et proches de personnages de Georges Feydeau, dont il fait un personnage, qu’il campe lui-même à l’écran. Il se moque ainsi de lui-même, de sa propre exagération comique dans le trait de ses personnages et c’est plutôt malin et humble. Il cabotine certes mais c’est enlevé et donc çà passe.

Thomas Solivérès décroche son premier rôle d’envergure et fait oublier Les aventures de Spirou…fort heureusement pour lui. Olivier Gourmet excelle comme à son habitude et donne toute sa générosité à ce rôle d’acteur égocentrique mais au final très constructif.

Il est réjouissant de voir que Michalik ne se plante pas et arrive à donner le même souffle à son travail tant à l’écran que sur les planches.

Le film est empathique, enthousiaste, optimiste, émouvant à plusieurs reprises. Il est rare de voir des comédies élégantes au cinéma.

Il semble que le panache de Cyrano ait inspiré Alexis Michalik jusque derrière la caméra et c’est tant mieux.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°23 – « Hors normes » de Eric Toledano, Olivier Nakache

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Eric Toledano et Olivier Nakache signent toujours des films où l’humour côtoie un dessin relativement fin d’un univers social. Ici on se rapproche davantage d’ »Intouchables« , le film étant plus engagé que « Le sens de la fête« .

Vincent Cassel et Reda Kateb incarnent Bruno et Malik , qui chacun ont monté une association pour former des jeunes des cités en difficulté à encadrer des  adolescents autistes complexes, que le système de soins public ne peut plus ou ne veut plus prendre en charge.

Forcément le thème est compliqué à développer et probablement ne fera pas l’unanimité tant le film dénonce en creux l’impuissance des pouvoirs publics, par faute de moyens notamment, à gérer des enfants autistes lourds quand ces derniers grandissent.

Le duo de réalisateurs a réussi  à faire un constat certes partial mais qui a le mérite de poser le problème, avec humour et beaucoup d’émotion. Comme toujours le pathos est évité avec une grande classe et les réalisateurs préfèrent se marrer lorsque çà coince un peu.

Le duo d’acteurs est parfait, très bien entouré d’enfants autistes et de jeunes tous au diapason. On y vit donc une immersion dans un milieu où se cumule insertion sociale de jeunes de banlieue et gestion d’adolescents forcément complexe. Ou quand deux éducateurs font prendre conscience à des adolescents en difficulté scolaire qu’ils ont de la chance et qu’ils peuvent donner aux autres et non toujours se recroqueviller sur eux-mêmes. Le message peut sembler facile mais il est délivré dans un sens positif et constructif. Car « Hors normes » ne choisit pas une description idyllique de ces deux intégrations parallèles et au contraire décrit parfois avec humour et parfois avec gravité le combat qui doit être mené pour ne pas exclure totalement ces derniers.

Comme tout film du duo, le long métrage se veut optimiste et porteur d’espoir, partant du principe qu’il ne faut rien lâcher, bouger, agir et capitaliser sur la différence.

Le courage des personnages à gagner petite victoire par petite victoire donne du baume au cœur et le sourire tout en faisant prendre conscience d’un sujet qu’on préfère cacher ou auquel on préfère ne pas s’intéresser.

Les dialogues du duo sont comme toujours très bien ciselés et d’un humanisme qui fait du bien.

« Hors nomes » fait partie de ces films utiles car il touchera un large public sur une thématique pas évidente.

Un très beau film.

La piste aux lapins :

4 étoiles

 

N°22- « Mon chien stupide » de Yvan Attal

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Yvan Attal signe un très bon film adapté du grand John Fante, écrivain unique que je ne peux que vous recommander de lire (Bandini, Demande à la poussière, Pleins de vie).

Attal joue donc Henri, écrivain qui a eu un succès il y a 25 ans puis n’a fait que de la merde. Il s’est acheté une superbe maison au bord de la mer et y vit avec son épouse et ses quatre enfants qui vivent à leurs crochets à 20 ans passés. Il n’en peut plus de les supporter et va trouver un échappatoire dans un chien idiot qu’il va recueillir.

La transposition du livre en France ne pose aucune difficulté et l’acteur réalisateur trouve un rôle sur mesure dans cet homme qui ne croit plus en rien et veut juste qu’on lui foute la paix. La description de sa famille et des conneries que déclenche son chien stupide sont souvent très drôles et d’un cynisme juste bien équilibré.

On y retrouve la noirceur de Fante et son humour grinçant, loufoque et caustique à la fois. Mais cette crise de la cinquantaine est surtout touchante. Charlotte Gainsbourg est comme à son habitude excellente de justesse et le parallèle qu’on ne peut s’empêcher de faire avec leur vrai couple à la vie, renforce les effets du long métrage.

La mélancolie du film vous attrape alors et vous cueille dans une émotion inattendue après avoir bien rigolé de cet humour froid et sec. Le rythme des saillies pourfendeuses des clichés sur la famille laisse place à un recul sur la vie et son but, sur comment et avec qui vieillir et pourquoi. S’ouvre alors une profondeur insoupçonnée au début qui laisse un goût doux amer. Un très beau film.  Intelligent et fin.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°21 – « A couteaux tirés » de Rian Johnson

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Après s’être pris des insultes pour des générations pour son Star Wars, les derniers Jedi, le réalisateur Rian Johnson revient avec un film hyper malin inspiré de Cluedo et d’Agatha Christie.

Son casting est au top porté par un Daniel Craig à contre emploi qui parait parfois limite concon, ainsi que Chris Evans, Ana de Armas, Jamie Lee Curtis, Michael Shannon, Don Johnson, Toni Collette.

Il débute son film sur un mode classique pour ce genre d’enquête sur un meurtre dans un vieux manoir avec tous les codes du genre, titillant et installant le spectateur dans un certain confort et plaisir coupable.

Et c’est alors qu’il choisit de tordre son scénario et de dynamiter la logique habituelle, un peu comme dans son Star Wars.

Le résultat a le mérite de surprendre et souvent de faire rire. La mécanique du film évite tout doute sur l’issue de l’intrigue malgré les révélations qui semblent tout clôturer très vite.

Rian Johnson signe un super divertissement, malin et bourré de rebondissements dont l’objectif est de jouer avec les codes d’un style ultra balisé.

Une éclatante réussite jubilatoire à souhait !

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°20 – « El Reino » de Rodrigo Sorogoyen

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Je n’ai pas pu voir le film à sa sortie en avril 2019 et fort heureusement j’ai pu réparer ce visionnage.
El Reino fait en effet partie des très bons film du cru 2019.

Les premières minutes, on a du mal à savoir si l’homme qu’on suit est un mafieux ou un homme politique.

Très vite on comprend qu’il est bien un homme politique respecté et qu’il est amené à prendre des fonctions importantes au niveau national. Sauf qu’une affaire de corruption l’éclabousse et que ses petits camarades le lâchent un à un et décident d’en faire un bouc émissaire.

Une spirale infernale se met alors en route et s’accélère sans savoir jusqu’où la chute vertigineuse de cet Icare politique s’arrêtera. Cette plongée dans les marécages de la corruption est menée tambour battant, se glissant peu à peu vers un mode thriller/

Le suspens vous tient à la gorge et l’on se prend de compassion pour cet homme qui a cru tout dominer et s trouve aux abois. On est happés par la noirceur de cet effondrement et le film se transforme sous nos yeux en cauchemar comme celui que vit le protagoniste.

Un parti pris brillant pour un résultat tout aussi efficace.

La piste au Lapins :

4 étoiles

 

N°19 – « Mon inconnue » de Hugo Gélin

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Raphaël rencontre Olivia au lycée et c’est le coup de foudre. Ils emménagent ensemble et lui va connaitre le succès littéraire en devenant écrivain de science fiction ultra connu tandis qu’elle se passionne pour le piano mais sa carrière ne décolle pas. Elle se consacre à lui, qui devient de plus en plus autocentré jusqu’à devenir imblairable. Le soir où elle le quitte, il est transporté dans une dimension parallèle où Olivia est une pianiste renommée, lui est professeur de français et n’a pas connu le succès mais surtout…elle ne le connait pas et il doit la reconquérir.

 » Mon inconnue » est une formidable surprise dans le genre comédie romantique qui d’habitude est un cimetière de poncifs et clichés donnant envie de butter les tourtereaux plutôt que de sourire béatement.

Et bien François Civil et Joséphine Japy vont vous faire sourire, rire et même vous émouvoir. Le scénario est super bien ficelé et François Civil prouve une nouvelle fois qu’il va devenir la futur star française masculine. Notez le ! On en reparle dans deux ans. Il joue bien, il a une belle gueule et il est drôle. Face à lui Joséphine Japy assure grave et je suis content de découvrir ce nouveau talent. Mais surtout, pour compléter ce casting, il y a le référent, le tuteur qui fait office de centre de gravité du scénario et lui permet de rester les pieds sur terre. Ce tuteur c’est Benjamin Lavernhe (le mari dans « Le sens de la fête« ) et il est prodigieux !

Il vous fait éclater de rire à bien des reprises et vous cueille dans la minute qui suit en étant super émouvant. Vraiment le casting est excellent et donne au tout une dynamique très réussie. Leur spontanéité fait plaisir et les rend attachants.

Et puis bien sûr il faut saluer le travail d’Hugo Gélin qui dirige parfaitement ses comédiens et nous livre une image léchée, ce qui là aussi n’est pas une évidence quand on parle comédie française.

Cette comédie aborde au final des sujets universels comme le sacrifice d’un conjoint pour la carrière de l’autre, la distance que les années peuvent créer à cause de l’investissement dans le travail ou une passion, les petits rien qui font basculer une vie.

« Mon inconnue » est un film qui a du charme et une fantaisie salvatrice. Une très grande réussite.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°18 – « Le Chant du loup » de Antonin Baudry

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L’auteur de la Bd « Quai d’Orsay » passe donc à la réalisation pour un projet très original dans le paysage cinématographique français.

Il s’attaque en effet au film de genre, de sous-marin et a eu accès à des lieux de tournage exceptionnels de l’armée française.

Porté par un casting excellent, Antonin Baudry arrive à créer une crédibilité et une rigueur immédiate au climax de son film.

Le suspens est réel et monte crescendo sans virer jamais à du déjà vu et il est clair qu’il faut faire preuve d’un certain sens du rythme pour intéresser votre blanc lapin serviteur qui s’est mangé des centaines de films à suspens et qui est plutôt rétif au film de sous-marin justement.

François Civil est parfait en premier rôle et prouve que le cinéma français va pouvoir compter sur lui dans les années à venir pour la relève. Mathieu Kassovitz est une nouvelle fois excellent avec son visage émacié et son rôle est vraiment intéressant, écartelé entre la bienveillance et le poids de la charge de responsabilité qui pèse sur lui. Reda Kateb incarne un rôle surprenant pour lui et Omar Sy est sobre et çà lui va très bien.

Ce drame géopolitique est donc d’une grande intelligence et permet de comprendre de façon vulgarisée la mécanique millimétrée de ces sous-marins de combat nucléaires.

La psychologie des personnages est soignée, le son est très bien utilisé pour faire toucher du doigt tous les enjeux. La dramaturgie du film surprend.

« Le Chant du loup » est donc un ambitieux pari, totalement relevé et ceci fait du bien au cinéma français.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°17 – « J’accuse » de Roman Polanski

J'accuse : Affiche

Voici enfin le film sur l’affaire Deyfus que Roman Polanski tente de réaliser depuis une dizaine d’années. Sa thématique retentit selon lui avec sa propre histoire et ce qu’il estime comme un harcèlement à son encontre. Loin de vouloir polémiquer sur ce sujet, n’étant ni juge moral ni  partisan d’une différentiation totale et aveugle entre la vie d’un auteur et son œuvre, je ne saurais que vous renvoyer vers cet excellent article publié sur Ecran Noir, qui résume bien le dilemme et les réactions possibles à avoir : voir ou ne pas voir J’accuse.

Polanski signe un grand film en s’intéressant aux dessous de cette célèbre affaire qui bâtit et triât certaines idéologies à la gauche de l’échiquier politique français pour le siècle suivant. L’antisémitisme latent et pas du tout caché présent dans l’armée, l’appareil d’Etat et le peuple est alors très virulent.

Le maitre choisit de raconter l’enquête de l’intérieur menée parle colonel Picqart, interprété sobrement par Jean Dujardin. Cette figure du héros moralement droit sans ses botes impose le respect par son courage et la machine  qu’il a dû affronter pour ses valeurs et l’idée de l’Etat qu’il se faisait lui-même.

Le réalisateur nous livre un film historique à suspens, très bien découpé et réalisé avec rigueur et âpreté.

Les évènements qui ont jalonné l’affaire Dreyfus sont incroyables et Polanski en tire tout l’aspect cinégénique évident, dans une ambiance paranoïaque fidèle à l’ensemble de sa filmographie.

Le casting est impressionnant et au service de cette grande histoire nationale.

A 85 ans, Roman Polanski réalise de nouveau un grand film soigné là où on pensait l’avoir perdu sur ses dernières tentatives.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°16 – « Une vie cachée » de Terrence Malick

Une vie cachée : Affiche

Terrence Malick est un immense réalisateur. A chaque fois que j’en parle au sein d’un groupe, je trouve minimum une personne pour me dire que c’est trop chiant, trop contemplatif, que « La Ligne rouge » c’est complètement perché, que « Le Nouveau Monde » on s’ennuie ou que « Tree Of life » oh oui, la scène avec le diplodocus…je l’ai bien entendu 20 fois celle là…

Que dire ? Que dire sans passer pour un snob ? Malick a signé deux chefs d’oeuvre au début de sa carrière avec La Balade sauvage et Les Moissons du ciel en 1978. Il faudra attendre 20 ans d’absence où personne ne savait ce qu’il était devenu pour qu’il sorte cette fameuse « Ligne rouge » qui fascine de nombreuses personnes et en exclue d’autres. Tout simplement parceque c’est un cinéaste de la nature et du temps et que le temps il le prend, ainsi que les silences. Les mêmes reproches sont faits au superbe « Le Nouveau monde » qui suivit. Sa palme d’Or « Tree of life » est pour moi son point d’apothéose et de rupture. Il abandonne certains critères formels ainsi que les dialogues pour entrer dans la tête des personnages et de ce qu’ils pensent et se libérer de la parole. C’est un parti pris radical qui a lâché une bonne partie des personnes ayant vu les deux films précèdent et je comprend la difficulté d’être patient dans le monde de zapping et d’immédiateté d’aujourd’hui. Mais cette patience est le prix d’une certaine délicatesse du propos.

Je trouve ceci juste dommage que cela se fasse au détriment de la possibilité de rester éveillé, ouvert à la mise en place d’un univers cinématographique par son auteur. Ce manque de patience du public tue la capacité à être contemplatif et à se poser. Les trois films suivants furent il est vrai carrément perchés voir ennuyeux car poussé à l’extrême, Malick sortait totalement d’un cadre narratif.

Avec ce très beau « Une vie cachée » , Malick trouve un bel équilibre entre sa période anté et post Tree of life. Il retrouve une narration facile à suivre et des dialogues sans abandonner l’introspection des personnages. Le seul écueil de son film est sa longueur. 2h50 ce n’est pas ennuyeux, c’est juste qu’il aurait pu couper une heure et il aurait réalisé un chef d’oeuvre à la hauteur des films précédemment cités.

Malick s’inspire de faits réels pour nous présenter le combat d’un héros, d’un vrai, Franz Jägerstätter, paysan autrichien, qui refusa d’intégrer l’armée nazie. Le réalisateur trouve son Christ, son personnage qui manquait à ses précédents longs métrages et qui donne une force incroyable à son récit ou plutôt à son chemin vers sa foi et son choix. Le personnage est d’une grandeur, d’une noblesse et d’un courage qui vous fait pleurer, pour de vrai. Car au milieu du chaos, alors que l’être humain est lâche et se fond très vite dans le pire régime et les pires infamies sans penser même à résister, lui se dresse simplement contre ce qui lui parait être contre la nature, contre-nature.

Cette morale chrétienne peut gonfler les non croyants mais ici elle est d’une beauté vraiment touchante. La simplicité de sa vie familiale et de son bonheur quotidien, pourtant de dur labeur est l’alpha et l’omega de son existence. Malick filme cette mère nature à nouveau avec des plans prodigieux et arrive à lier ses personnages à leur morale par ce biais, avec une sincérité et une évidence qui désarçonnent. Mais il filme aussi l’inhumain, la bête sale et haineuse, la peur et la brutalité avec nous comme témoins effondrés de tant de beauté et tant d’horreur dans une même espèce.

Ce chemin spirituel se révèle malgré sa durée, que l’on oublie sorti du film, tant l’impact est profond.

« Une vie cachée«   est un très grand film pacifiste dont l’impact dure longtemps après la projection.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°15- « Brooklyn Affairs » d’Edward Norton

Brooklyn Affairs : Affiche

Edward Norton est un excellent acteur très connu des quarantenaires et plus puisqu’il a explosé il y a 20 ans avec Fight Club et American History X. S’en sont suivis 10 ans de carrière plutôt riches avec pas mal de bon rôles avant qu’il ne tente l’aventure Marvel et se plante dans le second Hulk, avant que la firme ne fasse des milliards avec sa nouvelle stratégie. Est-ce la raison pour laquelle il s’est fait si rare ou juste qu’on l’a de moins en moins appelé. En tout cas comme de nombreux brillants acteurs, il y a eu un creux de 10 ans avec trois apparitions géniales en second rôle chez Wes Anderson (Moonrise Kingdom et The grand Budapest Hotel) ou chez Inarritu (Birdman).

Quelle grand classe pour cet homme, à défaut d’avoir de bon premiers rôles proposés que de s’en créer un aussi touchant pour sa seconde réalisation, particulièrement réussie.

« Brooklyn Affairs« est certes de facture très classique et rend hommage aux polars noirs avec un académisme assumé. Mais son scénario est vraiment intelligent et ses personnages bien trouvés et bien castés de Alec Baldwin en magnat de l’urbanisation de New York (personnage réel d’ailleurs) à Willem Dafoe en idéaliste au mystérieux passé et toute une galerie de seconds rôles excellents. La bande-son jazzy berce et imprègne le film.

Mais là où le film brille c’est par sa thématique de l’acceptation de la différence, la couleur de peau ou le syndrome Gilles de la Tourette qu’a le personnage principal. On y accompagne des losers magnifiques qui croient en une morale et se battent contre plus forts qu’eux. Le film se veut réaliste et pragmatique. L’existence des personnages est broyée par un système plus puissant, sans pour autant verser dans le glauque, ou la facilité de dénonciations béates et naïves des dérives d’un pouvoir. Au contraire, on y voit un prisme final surprenant. Il fait preuve d’une belle nuance de tons.

Edward Norton est un acteur de grande finesse et un réalisateur très élégant. Une des très belles surprises de cette fin d’année.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°14 – « The Irishman » de Martin Scorsese

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Voici donc LE film, l’évènement de fin d’année à savoir un vrai film de cinéma du maitre Martin Scorsese qui sort sur Netflix et exclusivement sur Netflix. La plateforme aurait déboursé environ 150 M de dollars pour réunir Robert de Niro et Martin Scorsese 24 ans après Casino, leur dernière collaboration ensemble.

Mais le budget a explosé par le rajeunissement numérique de plusieurs acteurs. Si on sent bien que la technique n’est pas au point pour rajeunir de façon crédible des acteurs jusqu’à de jeunes âges, elle fonctionne pour ce rajeunissement limité à un âge d’environ 4o ans.  C’est certes perfectibles mais très honnêtement, l’artifice ne gène pas le visionnage.

Au delà de cette prouesse, Martin Scorsese renoue avec l’un de ses genres majeurs, le film de mafieux et retrouve également Harvey Keitel et Joe Pesci. Ce dernier surprend par son rôle calme de vieux parrain loin des excités qu’il a joués dans Casino et Les Affranchis. Il est excellent et rendons grâce à de Niro d’avoir convaincu son copain de revenir faire un dernier tour de piste. Pour notre plus grand plaisir de cinéphile, De Niro retrouve un rôle en or de tueur à gage pour la mafia qui va gravir les échelons. Son personnage est à la fois un exécutant qui ne se laisse pas dévier sentimentalement mais aussi un père raté et un homme qui s’attache à Jimmy Hoffa, le patron des syndicats. Pour l’incarner, un autre monstre sacré joue pour la première fois de sa carrière pour Martin Scorsese. Le concurrent et ami de de Niro débarque donc et Al Pacino nous livre, à 79 ans, une immense prestation, celle d’un homme bulldozer que jamais personne n’a arrêté et qui s’aveugle dans son passé tout puissant.

L’élégance crépusculaire de ce 25ème long métrage de Scorsese est envoutante. Et pourtant le film dure 3h29 ! Alors certes, il aurait pu faire plus court mais sincèrement jamais l’ennui ne pointe tant Scorsese tient son film, ses acteurs et son histoire. Et puis le maitre nous dit adieu, non à son cinéma car on espère qu’à 77 ans, il a encore une dizaine d’années devant lui pour livrer quelques autres bon films. Mais il dit adieu à un genre de films qu’il a modernisé et popularisé et à qui il a livré plusieurs chefs d’œuvres, Mean Streets, Les Affranchis ou Casino.

On parle de film testament parfois, là effectivement, ceci y ressemble furieusement et la bande de potes qui a conquis Hollywood nous livre une sortie très classieuse.

Si le film n’est pas pour autant un sommet de la filmographie du maitre, notamment pour sa fin quelques peu alambiquée ou parfois sa durée, on gardera The Irishman comme un de ses très bons films, dont les personnages marquent de leur singularité., avec un talent de mise en scène toujours au sommet.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°13- « Les invisibles » de Louis-Julien Petit

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Le Blanc Lapin profite du mois d’août pour rattraper quelques oublis. On commence par « Les invisibles » de Louis-Julien Petit, sorti en janvier 2019.

Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !

Voici un feel good movie excellent sur un thème rarement abordé, celui du traitement des femmes SDF. Les actrices non professionnelles et professionnelles (Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky) sont fabuleuses dans cette tragi-comédie que Ken Loach aurait très bien pu signer à sa grande époque.

Louis-Julien Petit choisit de rester léger et de ne pas plomber son sujet en donnant de l’espoir sans pour autant être aveugle sur la situation désespérée de ces femmes pour qui la vie s’est brisée. Il donne aussi toutes ses lettres de noblesse aux femmes qui se dévouent corps et âmes dans ce centre d’accueil pour réinsérer leurs protégées.

Le film est très drôle à plein de moment par un sens des répliques hyper bien écrit et joué. La simplicité du jeu et des rires alternent avec quelques bons moments sans aucun pathos.

C’est un très bel hommage aux travailleurs sociaux qui donnent de leurs temps ou acceptent des boulots mal payés pour aider les exclus, sans aucun moralisme ou discours plombant.

Une excellente réussite de cette année cinéma 2019.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°12 – « Adults in the Room » de Constantin Costa Gavras

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Qui de mieux que le réalisateur grec culte pour s’attaquer à un tel sujet politique ? Depuis « Le couperet » en 2005, le réalisateur de « Compartiment tueurs« , « Z« , « L’Aveu« , « Etat de Siège« , « Section spéciale« , « Missing« ou « Amen » avait plutôt perdu de son inspiration. Il faut croire que ce que le diktat financier a fait subir à son peuple a réveillé le vieux maitre, âgé de 86 ans, et livrant son meilleur film depuis 40 ans !

Le pich : Après 7 années de crise le pays est au bord du gouffre. Des élections, un souffle nouveau et deux hommes qui vont incarner l’espoir de sauver leur pays de l’emprise qu’il subit. Nommé par Alexis, Yanis va mener un combat sans merci dans les coulisses occultes et entre les portes closes du pouvoir européen. Là où l’arbitraire de l’austérité imposée prime sur l’humanité et la compassion.

Il fallait oser raconter une histoire de négociation de dette et de relations avec la bureaucratie européenne. C’est non seulement complexe d’intéresser le spectateur mais surtout casse gueule d’en tirer des traits dramaturgiques et des enjeux suffisamment clairs.

Yanis Varoufakis, célèbre ministre des finances et héros du film est interprété brillamment par Christos Loulis tandis que Alexandros Bourdoumis joue un Alexis Tzipras empli de doutes et de convictions de façon tout aussi convaincante.

Costa Gavras nous parle d’hommes sincères politiquement et mandatés par leur peuple, qui se confrontent à la brutalité de fonctionnaires européens obtus mais aussi de politiques dont le ministre des finances allemand, qui ne croient qu’à une seule doctrine et sont totalement sourds à tout dialogue. Il y montre un courage politique de David contre Goliath, d’individus d’extrême gauche au départ qui tentent de trouver des compromis face à la réalité mais n’arrivent pas à trouver la moindre envie d’échange de la part d’une Europe unie et inflexible.

Les conséquences sociales pour le quotidien des grecs est alors le dernier souci des « partenaires » européens qui vont traiter leurs homologues avec déférence, mépris, suffisance et colonialisme. On peut en effet s’émouvoir du n’importe quoi et des mensonges des politiques grecs durant des décennies. Mais rester sourd à la souffrance des individus pour de sacro saintes règles financières vire à l’absurde, surtout lorsque le ministre Varoufakis apporte des débuts de plans pour s’en sortir, rééchelonner la dette et faire repartir le pays. Le cercle vicieux d’étouffement du pays est très bien expliqué tout comme le caractère vautour de prêteurs tirant sur un ambulance en prêtent à des taux usuraires à un pays en plein naufrage. On y voit également comment des fonctionnaires de grandes instances exigent que le pays brade ses aéroports et autres entreprises à de vils prix.

Le cauchemar de l’hypocrisie et de la manipulation politique puis du lynchage médiatique font froid dans le dos.

On peut certes ne pas être d’accord avec la vision partisane du réalisateur mais on peut difficilement ne pas trouver dangereux le poids de certains individus européens zélés sur les choix démocratiques. Pourtant très pro européen, je ne peux que constater l’impact de cette suffisance et cette certitude d’avoir raison face à des politiques publiques qui ne fonctionnent pas toujours et la montée des extrêmes. Costa Gavras nous montre une Europe qui s’éloigne des peuples et refuse d’évoluer, de se remettre un tout petit peu en question et même de dialoguer, au nom de dogmes qui n’ont pas fait leurs preuves.

Ce récit palpitant et éminemment politique est à la fois drôle, courageux et d’une grande pédagogie.

Merci Costa Gavras de poursuivre votre enragement à votre âge vénérable et j’attends de pied ferme votre prochain film.

La piste Lapin :

4 étoiles

 

Et la suite arrive ….

 

 

 

Les meilleurs films 2018 du Blanc Lapin – Partie 2 – N°14 à 01

27 décembre, 2018

Et voici la suite et fin des meilleurs films du Blanc Lapin 2018 !

Vous pouvez retrouver la partie du classement de 30 à 15 ici.

 

N°14 – « Roma » d’Alfonso Cuarón

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Voici donc le film qui va tout bouleverser dans l’industrie du cinéma. Et c’est marrant parcequ’il n’a rien du gros blockbuster. C’est juste que « Roma » d’Alfonso Cuarón a remporté le Lion d’Or au dernier festival de Venise, et qu’il ne sort que sur Netflix ! Et çà, c’est une révolution.

Une révolution car les plus grands cinéastes viennent sur Netflix, le prochain étant Martin Scorsese avec De Niro, Al Pacino et Joe Pesci.

Alfonso Cuarón est un grand réalisateur et il a accepté de travailler pour Netflix car c’est uniquement là qu’il y a trouvé le budget.

Sa fresque est en effet loin de pouvoir remplir des salles obscures, d’une part parce qu’elle est en noire et blanc, qu’elle dure 2h15 et d’autre part parcequ’elle n’a aucune star à son casting. Son thème est aussi pas franchement vendeur puisqu’on y suit la vie quotidienne d’une femme de maison du début des années 70, dans une famille bourgeoise à Mexico.

Le noir et blanc du film est absolument magnifique, d’une grande pureté. La mise en scène est fluide, à travers de longs plans séquence.

Mais là où Cuaron fait très fort, c’est qu’il adopte le point de vue de cette femme dans la servitude grâce à son choix de mise en scène.

L’héroïne est quasi silencieuse, on la voit peu s’exprimer car dans son métier, on lui demande de se taire et de faire les choses, rapidement, efficacement. Sa relation avec les enfants de la famille est tendre et presque plus proche que celle qu’ils ont avec leur mère. D’ailleurs la famille lui laisse regarder la télévision avec eux mais pas trop longtemps quand même. Le rappel des ordres pour faire telle ou telle chose ménagère lui rappelle aussi son statut social, au cas où elle l’oublierait.

Cette’ violence sociale, qui se mélange dans certaines scènes à la violence dans les rues, est très bien rendue, avec force. Cette violence on la retrouve dans les rapports qu’elle a avec ses patrons qui la couvent et payent son accouchement mais qui la traitent aussi pour ce qu’elle est, une employée sans un sou.

Et quoi de plus efficace que de filmer cette famille sans créer une histoire très construite, juste suivre le quotidien, et les petits élèvement qui le changent au fur et à mesure. Un mari volage qui s’enfuit, une nouvelle voiture, plus petite car l’argent vient à manquer dans la famille, un drame évité…Alfonso Cuaron, fait preuve d’une très grande finesse par ce regard extérieur. Nous sommes comme l’héroïne, des spectateurs de cette vie, auxquels on interdit de devenir des intervenants à part entière.

Ce grand film intimiste est une grande réussite.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°13 – « High Life » de Claire Denis

Les meilleurs films 2018 du Blanc Lapin - Partie 2 - N°14 à 01 dans Dossiers ob_14c9be_high-life-affiche-web

Des criminels condamnés à mort sont envoyés dans l’espace pour devenir les cobayes d’une mission spatiale, en dehors du système solaire.

Je ne comprend pas du tout pourquoi le nouveau film de Claire Denis a été taxé de gênant ou de violent. Rien de tel, allez y sans crainte et allez y car elle nous fait du cinéma qui lorgne vers le Solaris de Tarkowski, tout en étant plus accessible et non moins très réussi.

Comme dans tout bon film de SF, Claire Denis interroge les limites de notre humanité en s’intéressant au huis clos bien évidemment mais aussi aux traumas de ces criminels et plus particulièrement de deux d’entre eux joués de façon excellente par Juliette Binoche et l’étonnant Robert Pattinson, qui ne cesse de nous surprendre par l’éclectisme et l’intelligence de ses choix de carrière.

Pattinson casse à nouveau son image en jouant ce quasi moine qui prend sa mission comme une rédemption morale à son crime tandis que Binoche veut redonner la vie et trouver un sens à sa vie en créant la vie. Elle parait comme un mixte de sorcière, de commandant et de scientifique, dans un rôle sur mesure qui lui colle à merveille.

Claire Denis commence par nous plonger dans la solitude du personnage avant de procéder par flashs backs et de mélanger les époques avec une très grande fluidité. Ce puzzle mental se construit alors devant nous avec brio, questionnant ce que nous ferions dans une telle situation, dans un tel voyage sans retour. L’esthétique claustrophobe du long métrage est une très très grande réussite, d’autant plus que l’on pense avoir tout vu du film se passant dans l’espace.

Le message du film est d’ailleurs certes triste et sombre mais donne du sens et se conclue en beauté.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°12 – « Mandy » de Panos Cosmatos

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Nicolas Cage est un acteur génial mais depuis 15 ans il tourne souvent dans des merdes. Il le dit lui même, ce n’est pas qu’il le fait exprès et il prend très au sérieux ses rôles, c’est juste qu’il se plante dans ses choix et que les rôles qu’on lui propose ne sont pas géniaux. Il est un peu has been là où il était une méga star dans les années 90, moqué aujourd’hui pour ses coupes de cheveux improbables. Mais de temps en temps il revient comme dans l’excellent « Joe » de David Gordon Green en 2014 ou le remake très réussi de Bad Lieutenant en 2009.

Avec « Mandy« , nul doute qu’il joue dans un Ovni qui a doute pour devenir un film culte.

Panos Cosmatos choisit d’ultra référencer ce film qui pourrait être une simple série Z si il n’y insufflait pas des idées de génie. Avec sa colorimétrie rouge sang et ses effets visuels seventies à mort, le réalisateur joue des effets du LSD pour instaurer un climax hyper particulier. On suit en effet un homme des bois bien viril joué par Cage dont l’épouse fragile, au visage ultra particulier, se fait enlever par une secte. Cette secte va tuer la pauvre jeune femme devant lui et déclencher sa furie et sa vengeance façon Charles Branson.

C’est super bourrin mais c’est soit très drôle dans l’excès soit vraiment original. La réplique culte du film est évidemment « putain, t’as niqué mon T-shirt! » qui, sortie de son contexte peut faire peur mais moi m’a fait hurler de rire. Non vraiment, Mandy est excellent fil de genre, culotté, irrévérencieux, avec un Nicolas Cage en roue libre qui déploie sa rage. C’est un film à ne surtout pas manquer et à regarder loin des enfants.

Par contre vous pouvez détester le film. Mais ceux qui aimeront vont adorer.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°11 – « Mission impossible Fallout » de Christopher McQuarrie

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Tom Cruise a réussi l’exploit de créer une franchise sur son nom qui dure depuis 22 ans et qui lui a sauvé sa carrière à plusieurs reprises soit une mission pas facile à relever à Hollywood. A chaque fois que Tom a senti le box-office lui échapper sur ses projets, il est revenu à sa copie cachée de James Bond et çà a cartonné.

La recette était au début de prendre de grands noms comme réalisateurs, Brian de Palma, John Woo, JJ Abrams, et Brad Bird.

Ceci fonctionnait, efficacement, livrant des spectacles vraiment divertissants, au dessus du panier. Et puis il y a deux ans il confie les reines à Christopher McQuarrie, qui l’avait dirigé sur Jack Reacher et qui avait écrit les scénari de Valkyrie, Mission: Impossible: Ghost Protocol, et Edge of Tomorrow.

Ce pari fut réussi au-delà des espérances avec « Mission impossible Rogue Nation » qui reçut à très juste titre des critiques dithyrambiques et un box office au-dessus des attentes, relançant la franchise. Rares d’ailleurs sont les séries de plus de cinq films qui durent sur aussi longtemps, avec une récurrence qualitative et un casting stable.

Et bien non seulement Christopher McQuarrie remet le couvert avec la même efficacité redoutable mais il enfonce le clou. Son idée géniale était de coller enfin vraiment à la série dont les films sont adaptés, en créant une famille, une équipe d’espions autour d’Ethan Hunt. Certes, les cascades (faites par Cruise himself) et effets spéciaux donnent lieu à des scènes irréalistes mais on s’en fout totalement car c’est le concept. D’ailleurs, le film s’en amuse et le public en rigole dans la salle.

L’idée donc de la team, s’appuie sur le retour de la révélation du précédant opus, Rebecca Ferguson, toujours aussi énigmatique, de Simon Pegg, présent depuis le 3ème opus (4ème film donc), caution comique et Ving Rhames depuis le 1er il y a 22 ans. Et ceci donne comme dans le précédent une dimension qui n’existait pas auparavant. Hunt en devient humain, contrairement à James Bond, car il a des racines, des amis qui passent avant des milliers de morts. Le scénario est écrit au cordeau, ne laissant que très peu de respiration. Enfin, le Némésis qu’a su trouver Christopher McQuarrie lors du précédent film, revient ! Et un bon film de divertissement a de fortes chances d’être plus réussi avec un bon méchant qui a du charisme. Sean Harris est parfait une fois de plus dans le job. Même sans parler il fait flipper. Quant à Henry Cavill, il incarne un nouveau personnage qui certes ne surprend pas, mais qui envoie une sacrée dose de testostérone face au mâle dominant qu’incarne Tom Cruise. Et c’est là aussi une superbe idée que de lui coller un petit jeune.

Bref, vous l’aurez compris, « Mission impossible Fallout » est LE blockbuster de l’été qu’il faut courir voir, même si vous avez loupé le précédent. C’est jouissif car c’est super bien huilé, brillamment mis en scène et très très au-dessus d’un Bond classique.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°10 – « Les Bonnes manières » de Juliana Rojas et Marco Dutra

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Voici un film brésilien pour le moins original puisqu’il mixte le mythe du loup garou avec la satire sociale d’un premier degré désarmant de sincérité et d’efficacité.

Clara est infirmière solitaire à São Paulo. Elle arrive à se faire engager comme bonne à tout faire et future nourrice d’une jeune femme riche, enceinte mais terriblement seule, pour une raison inconnue.

Malgré l’arrogance de l’employeuse, les deux femmes vont se rapprocher jusqu’à ce que des évènements surnaturels ne viennent troubler le déroulement de la grossesse.

« Les Bonnes manières » est une excellente surprise. Dès le début on sent que quelquechose cloche malgré l’utilisation par les réalisateurs de couleurs chatoyantes, à l’image des dessins animés de Walt Disney auquel le film fait référence. Car le film se passe bien dans le réel mais détourne les codes du conte avec un esprit très habile.

Avant de verser dans le fantastique, le film va passer par un autre genre, celui de la critique d’une société coupée en deux, où les gens qui travaillent pour les plus aisés ne font que passer dans un décors lumineux là où leur vie quotidienne se passe dans une autre ville, beaucoup moins glamour. Les préjugés de la classe haute sur les bonnes manières à adopter en société, sont aussi passées à la moulinette de leur propre hypocrisie. Mais le traitement n’est jamais lourd. C’est un mélange de thèmes entre l’analyse du mépris social, le film gentiment gore, la confrontation psychologique, la force de l’instinct d’une mère, même adoptive…tous ces sujets sont hybridés et mixés ensemble avec une fluidité déconcertante.

Arriver à faire un film d’auteur versant dans le fantastique, qui sache rester très grand public, n’est pas une première mais ce film est d’une grande fraicheur. Son autre force est de rester à l’équilibre, maintenant un suspens constant et subtil.

« Les Bonnes manières » est scandaleusement mal distribué alors qu’il aurait mérité une mise en lumière à la hauteur de son audace.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N° 9 – « En Liberté !  » de Pierre Salvadori

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Le pitch : Yvonne jeune inspectrice de police, découvre que son mari, le capitaine Santi, héros local tombé au combat, n’était pas le flic courageux et intègre qu’elle croyait mais un véritable ripou. Déterminée à réparer les torts commis par ce dernier, elle va croiser le chemin d’Antoine injustement incarcéré par Santi pendant huit longues années. Une rencontre inattendue et folle qui va dynamiter leurs vies à tous les deux.

Le réalisateur de « Cible émouvante » avec Jean Rochefort, Guillaume Depardieu et Marie Trintignant ou de « Les Apprentis » avec toujours le fils Depardieu et Cluzet, revient au meilleur de sa forme.

Il faut dire que l’animal s’est constitué une filmographie bien sympathique axée sur la comédie certes mais avec toujours une touche de délicatesse et de fragilité dans ses personnages souvent paumés et à la marge.

Ici il va utiliser un scénario qui n’aura de cesse de surprendre non par ses situations mais par la réaction de ses personnages. L’attendu, le fait que les héros se tombent dans les bras, ce n’est pas sa tasse de thé.

L’idée géniale de Salvadori est son casting avec un Pio Marmai excellent de loufoquerie,  une Adèle Haenel vraiment désopilante de naturel revenue de tout et un Damien Bonnard hyper attendrissant. Quant à Audrey Tautou, Salvadori lui donne à nouveau un rôle excellent, un rôle de son âge, la petite quarantaine, frêle et émouvante, un rôle très bien écrit. Ce quatuor est très attachant.

Pierre Salvadori choisit donc de mixer des scènes perchées, parfois à hurler de rire et parfois juste émouvantes et donne à la comédie française un lustre qui trop souvent est délavé sur l’autel de l’industrialisation du film comique financé par ses têtes d’affiche « populaires » et qui font honte au cinéma hexagonal. Ici les répliques sont travaillées, le burlesque arrive à point nommé.

De l’ensemble du film se dégage un style, une certaine notion de la classe, à savoir une grande modestie dans la mise en scène alliée à une sincérité et un amour des personnages qui crève l’écran.

Mine de rien, Pierre Salvadori va bien au delà de la comédie puisqu’il parle des faux-semblants, des images toutes faites que l’on se fait de la réussite dans la vie. C’est qu’il adore les losers magnifiques et leur donne de très belles lettres de noblesse. Salvadori apporte surtout ce qui manque cruellement à nombre de comédie françaises, un peu de poésie !

C’est qu’il faut être sacrément doué pour livrer une comédie « différente », sans baisse de régime, avec une profondeur de la thématique et des acteurs tous à leur place. C’est l’un des exercices de cinéma les plus difficiles. C’est pour celà que « En liberté ! » est LA comédie à voir cette année.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°8 – « Spider-Man : New Generation » de Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman

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Quelle excellente surprise que ce dessin animé survitaminé et intelligent qui renouvelle la thématique de Spider-Man avec grande classe.

Depuis les films de Sam Raimi, Sony nous a infligé deux affreux reboots particulièrement ratés et sans saveur pour au final rebooter de nouveau son super héros par la case Disney en s’associant à la firme aux grandes oreilles et en lui permettant d’utiliser le personnage dans plusieurs de ses films Marvel dont les Avengers.

Et au final c’est en revenant à l’essence du comic, le dessin et à sa multiplicité, que Sony vient de signer un énorme coup de force. Le film est un tel succès critique et public que plusieurs suites seront lancées. Le film Venom qui était une bouse mais a cartonné va compléter ce multiverse Spider-Man autour duquel Sony va préparer le retour de son héros rouge.

Mais revenons au succès indéniable de ce « Spider-Man : New Generation« .

Sony choisit déjà de raconter une des histoires de Spider-Man qui a cartonné en comics mais n’a jamais été adaptée, celle de Miles Morales, un adolescent afro-américain qui se fait piquer par le même type d’araignée que celle qui a piqué Peter Parker, le vrai et originel Spider-Man.

Et c’est une idée géniale car le super-héros qui a connu six adaptations en 20 ans, voit sa meilleure se dévoiler devant nous. Le film est bien entendu très qualitatif au niveau de l’animation mais il mêle surtout diverses animations différentes, du style Pixar 3D de la plupart des dessins animés du moment au dessin animé en 2D classique, référencé pages de comics en passant par le manga et ceci dans un même plan. Ceci donne au film un hommage au pop art absolument sidérant. En multipliant les spider-man et en utilisant un arc narratif bien connu des comics, les jeunes réalisateurs insufflent une fraicheur inattendue.

Le film est très drôle, bourré de clins d’œils et de références jusqu’à la série Tv des années 70.

Le film est une explosion d’inventivité, de trouvailles graphiques, irrévérencieuses mais toutes au service d’une histoire qui se tient.

Les réalisateurs sont de vrais fans et sont généreux et çà explose à la figure. Ils mêlent les bulles de BD et la tradition à une esthétique acidulée. Leurs choix totalement hybrides et psychédéliques font de ce « Spider-Man : New Generation » le meilleur Spider Man jamais réalisé.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°7 – « 3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance » de Martin McDonagh

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Il y a déjà 10 ans, Martin McDonagh surprenait tout le monde avec l’excellent « Bons baisers de Bruges« , comédie noire particulièrement enlevée et drôle. Son second essai, « Seven Psychopathes » avait en revanche grandement déçu. C’est donc avec plaisir que l’on retrouve son talent avec cette histoire pour le moins originale.

La géniale Frances McDormand, épouse de Joel Coen depuis 34 ans (oui oui les frères Coen) tient la tête d’affiche et pourrait décrocher un Oscar après celui obtenu pour Fargo il y a 21 ans. On peut citer dans sa filmographie « Sang pour sang« , « Mississippi Burning« , « Hidden Agenda » de Ken Loach, « Short cuts » de Robert Altman, « Presque Célèbre« , « The Barber« , ou « Moonrise Kingdom » de Wes Anderson. Autant le dire tout de suite, elle mérite son deuxième Oscar.

Après des mois sans succès sur l’enquête sur la mort de sa fille, Mildred Hayes décide d’afficher un message dénonçant l’inaction du chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

Si le film fonctionne très bien, c’est qu’il alterne des scènes intimistes profondément douces et réalistes avec de la pure comédie jubilatoire portée par des situations et des dialogues ciselés.

Car tant pour cette mère détruite, son fils joué par l’excellent Lucas Hedges (Manchester by the Sea) que le shériff en fin de vie porté par un Woody Harrelson au top, nombre de scène font preuve de pudeur et visent très juste sur le recul qu’ont les personnages par rapport à leur vie passée, ce qu’ils ont vécu avec joie et la finitude de cette période. Martin McDonagh déclenche des éclats de rire dans la salle par l’absurdité des situations dont le mari de Francs McDormand et son frangin auraient pu en faire le sel d’une de leurs comédies.

Et c’est très drôle. Un personnage aide à déclencher ce rire, le génial flic raciste et débile joué par Sam Rockwell, excellent. Son personnage évolue d’ailleurs étrangement, ce qui donne au film une dimension particulière et un regard bienveillant sur cette Amérique paumée qui a voté Trump par ignorance et qui ne sait pas trop où elle en est.

Le casting du film est l’un des meilleurs de l’année réunissant aussi Peter Dinklage (Thyrion de Games of Thrones), ou Caleb Landry Jones.

Mais le film a aussi une profondeur, un sous-texte sur la vengeance, la justice personnelle et la capacité à pardonner l’autre alors que l’Amérique d’aujourd’hui est dirigée par un type vulgaire, violent et raciste. Le film ne donne pas de leçons balourdes, il est juste dans la générosité. Les personnages sont profondément attachants et émouvants tout en nous faisant marrer par leurs répliques assassines ou leurs comportements farfelus.

« 3 Billboards » est drôle, corrosif, audacieux et surprenant. Courrez y !

La piste aux lapins :

4 étoiles

 

N°6 – « Wonder Wheel » de Woody Allen

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Décidément, lorsque le maitre New-Yorkais remonte le temps, ceci lui sied à merveille. Après son très bon « Café Society » il y a deux ans, Woody décide de planter son décors à Coney Island, dans les années 50 et il le fait de façon théâtrale. Car oui, « Wonder Wheel » est un hommage au théâtre des plus brillants. Il suit Giny, cette femme serveuse à la vocation d’actrice ratée par un mauvais choix de vie, qui se retrouve vivre avec un homme ex alcoolique qu’elle n’aime pas, en plein milieu d’une fête foraine perpétuelle qui lui donne des mots de tête. Elle est malheureuse et sans perspective.

Là, Giny, malgré son caractère de star déchue lunatique qui voit tout en noir, rencontre un bel homme, écrivain en devenir, poète, interprété par un Justin Timberlake au cordeau. Sauf que leur passion va se trouver vite contrariée par la fille de l’époux trompé, pulpeuse blonde à la vie bien plus trépidante que sa belle-mère quarantenaire, poursuivie par la mafia soit un enjeu bien plus romantique pour le jeune homme. Au milieu de ce drame, Allen n’oublie jamais son humour incongru avec notamment ce gamin, ce fils indéfectiblement pyromane.

Kate Winslet, qui interprète cette Giny tantôt insupportable tantôt pathétique, nous prouve  encore une fois qu’elle est l’une des plus grandes actrices de sa génération, convoquant la Vivien Leigh de « Un tramway nommé désir » dans un hommage à peine voilé. Et voir surgir l’immense Tennessee Williams  chez Woody Allen, c’est plus surprenant que d’y voir cité et référencé Tchekhov, son autre source d’inspiration de « Wonder Wheel ».

Kate Winslet est juste prodigieuse et magistrale dans cette perdition d’une femme qui a cru être sauvée et se voit de nouveau happée par les fantômes de ses échecs.

Le hasard et le destin sont particulièrement cruels dans cet opus de Woody Allen mais le film est au final l’un des meilleurs de ses dernières années. Un excellent cru.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°5 – « La forme de l’eau » de Guillermo Del Toro

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Guillermo Del Toro fait partie de ces réalisateurs comme Tim Burton, Terry Gilliam ou Jean-Pierre Jeunet, qui ont fait carrière dans l’imaginaire et ont une identité visuelle forte, un style reconnaissable en quelques plans. Ils sont rares et en général ont un public fidèle, à juste titre. Le problème de Del Toro est que ses scénari n’étaient pas toujours au rendez-vous, ce qui a pu amoindrir le beau « Crimson Peak« . Cependant Blade 2, Les deux très bons Hellboy et Le Labyrinthe de Pan ont marqué chacun le genre fantastique.

Avec son lion d’Or remporté à Venise pour « La forme de l’eau« , le réalisateur mexicain signe à 53 ans son plus beau film, extrêmement réussi à tous les niveaux, à commencer justement par son point faible habituel, le scénario.

Chaque personnage est écrit avec finesse, et trouve dans le dispositif du film une place qui n’est jamais celle d’un simple faire valoir. Richard Jenkins (le père dans Six Feet Under) a un rôle à la fois empathique, drôle et émouvant dans cet homosexuel qui vit seul et cherche un amour impossible dans une Amérique intolérante et conservatrice. L’amie noire de l’héroïne représente une autre minorité maltraitée par cette Amérique blanche raciste des années 50 et 60. Mais ces laissés pour compte sont dépeints avec délicatesse, sans caricature ou trait forcé.

Le grand méchant est joué par un Michael Shannon au visage si expressif et flippant, représentatif du mâle Alpha dans toute sa splendeur et ses limites mentales dont la première est le manque d’imagination et de poésie. Guillermo Del Toro imprègne son long métrage d’un contexte historique comme dans L’échine du diable et Le Labyrinthe de Pan, renvoyant aux carcans d’une époque. Mais il rend aussi hommage à tout un pan du cinéma bis de ces années là, au premier rang desquels L’Etrange créature du lac noir dont est fortement inspirée le personnage amphibien du film.

Et puis il y a cette histoire d’amour, cette poésie entre Sally Hawkins, brillante en femme muette, pas très belle et cette créature subissant la torture d’humains trop cartésiens pour imaginer la différence. Guillermo Del Toro utilise son talent visuel, ses lumières et couleurs si particulières, baignées de bleu vert sous-marin. Mais il arrive surtout à nous conter une histoire qui aurait pu sombrer dans le ridicule complet alors qu’on contraire, son film décolle vers une légèreté, une finesse bluffante. Une scène de comédie musicale arrive avec une finesse exceptionnelle à faire s’envoler l’histoire vers de la pure poésie. Le film touche à l’universalité avec des messages simples, naïfs mais jamais faciles ou éculés.

L’émotion prends alors corps face à cette histoire de monstre et vous cueille quelques sourires et quelques larmes, gages de l’excellence de « La forme de l’eau ».

Le film est une belle fable féérique, loin du cynisme contemporain, qui parle de tolérance et couronne avec grâce l’un des grands réalisateurs de notre temps. Cet enchantement fera du film un classique.

La piste aux Lapins :

4,5 lapin

 

 

N°4 – « Hostiles » de Scott Cooper

 

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Scott Cooper est l’un des excellents réalisateurs américains découvert ces dix dernières années. De son Crazy Heart avec Jeff Bridges, de son très beau Les Brasiers de la Colère avec Christian Bale à son Strictly Criminal où Johnny Depp retrouvait un rôle en or, à chaque fois sa direction artistique s’avérait d’une très grande finesse.

 

Ici le réalisateur s’attaque à une genre protéiforme dans l’histoire du cinéma américain, le Western.

 

Si ce n’est que là où son film est de facture classique dans sa mise en scène, toute la nuance vient de l’écriture des personnages. Christian Bale est comme toujours brillant dans le rôle de ce capitaine, héros de guerre ayant massacré des indiens et qui va peu à peu revenir sur cette déshumanisation qui a détruit sa vie peu à peu.

 

Alors qu’on lui confie le rôle de mener Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales, ce dernier va se trouver confronté à ses fantômes. En premier lieu il sauve une femme dont la famille s’est faite massacrer par les Comanches, à laquelle  Rosamund Pike donne une incarnation troublante. Puis ils vont survivre dans cet univers sans pitié où la mort frappe aveuglément jeune comme vieux, homme comme femme et enfants. Cette vie d’une dureté sans nom, que tout le groupe a connu et qui va s’abattre de nouveau au cours de leur voyage, va façonner une remise en question des préjugés des uns et des autres.

 

« Hostiles » est un magnifique film sur la rédemption, le remords, le pardon et l’instinct de vie.

 

Scott Cooper développe son récit avec une pudeur et une retenue rares qui donne au film un panache, au-delà de la superbe photographie du long métrage. En plus d’être un spectacle certes violent mais au suspens bien réel, le film a une autre dimension, mélancolique.

 

Il y a autant de styles de westerns que de réalisateurs différents s’y étant attardés. Bien souvent je subis de la part de spectateurs leurs a priori sur le western alors même qu’il est totalement faux de parler d’un genre. Celui que nous livre Scott Cooper est d’une profonde humanité, d’un regard triste sur la condition humaine et l’absence de limites dans l’horreur. C’est aussi un long métrage profondément poignant à plusieurs reprises, qu’il nous montre ces soldats vidés de leurs sentiments ou au contraire ces indiens déracinés qui arrivent à communiquer quand même avec l’envahisseur.

 

La fin du film est l’une des plus belles que j’ai vues depuis longtemps (hormis celle de Call me by your name), d’une classe folle qui bouleverse par sa justesse et son absence de didactisme.

 

Un grand film humaniste, épique et flamboyant.

4 étoiles

 

 

Alors qui pour succéder à « 120 battements par minute »  et « A Beautiful Day” ?

 

Voici le podium qui une fois n’est pas coutume, comporte quatre finalistes…

 

N°3 – « Les frères sisters » de Jacques Audiard

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Avec un casting pareil et le défi que le plus grand réalisateur français du moment s’attaque au mythe du western, en langue anglaise, on pouvait légitimement craindre le pire.

Mais Jacques Audiard n’aime pas les westerns et a bien compris qu’il n’y avait pas un style mais que le genre était protéiforme. Le western a ceci de magique qu’il pose immédiatement un cadre, une époque, et permet à l’artiste d’y développer ses propres thématiques.

Non seulement Audiard réussit avec les « Frères sisters » à passer ces obstacles mais il livre un film très personnel, d’une grande humanité, où l’émotion est pudique mais prégnante.

On va donc suivre deux frères hors-la loi, interprétés par les excellents Joaquin Phoenix et John C. Reilly.

Phoenix est l’un des meilleurs acteurs au monde et nous le prouve de nouveau dans ce rôle d’homme qui n’a connu que la violence pour survivre et a entrainé son grand frère, fatigué de ces tueries et qui cherche à se poser et à trouver un sens à sa vie. John C. Reilly est magistral, d’une très grande finesse malgré sa stature de mâle brutal. Et quelle relation passionnante que cette fratrie qui se protège et se perd dans une course contre la mort.

On y voit l’Amérique ancienne du far west, une nation enfant qui a défriché ces terres dures par nécessité vitale mais qui a mis du temps à instaurer une société organisée à cause de la cupidité individuelle. Puis elle a laissé place à un monde de progrès, où le capitalisme a émergé mais la transition aurait pu être différente. C’est d’ailleurs l’énorme surprise du film que de voir ces deux mondes se confronter et se rencontrer et parler d’idéalisme. Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed sont le côté lumineux de cette médaille. Leur jeu est parfait pour montrer sans mots leur ambition de sortir de cet âge barbare. Mais ils se trompent sur la direction qu’il prendra et c’est d’autant plus déchirant.

Le réalisateur garde toujours une hauteur de vue, un regard bienveillant et empathique pour ses personnages. Il aurait pu se planter en tentant l’expérience américaine (i.e avec des acteurs et une langue qui n’est pas la sienne). En effet, nombre de ses illustres prédécesseurs s’y sont cassés les dents.

Et pourtant Jacques Audiard signe une pépite d’émotion, grave mais onirique, parfois drôle et plutôt portée vers la lumière. Son film a de la profondeur d’esprit et il est incarné par des acteurs au sommet. Il s’agit probablement de l’un de ses plus grands films, prouvant qu’il reste une pointure dans le cinéma français d’aujourd’hui.

La piste aux Lapins :

4,5 lapin

 

N°2 – « Woman at War » de Benedikt Erlingsson

Voici un film islandais vraiment excellent que je n’avais pas vu venir et qui s’avère être l’un des meilleurs films depuis le début de cette année 2018.

Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande… Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie…

Comment dire ?  » Woman at War » a un charme irrésistible. Il est difficile de ne pas adhérer à cette héroïne complétement dingue qui risque sa vie et des années de prison pour monter l’opinion publique contre les pouvoirs publics et une industrie qui dévore notre planète sans se soucier des conséquences. Son terrorisme est communicatif car il est bienveillant et hélas voué à l’échec. Le réalisateur a plusieurs idées géniales. D’abord il utilise les paysages à couper le souffle de beauté de cette campagne et des glaciers d’Islande. Et pour un film voué à une cause écolo, c’est déjà un point d’acquis. Ensuite, il use d’un humour désopilant, burlesque, tout en second ou troisième degré avec des personnages tous droit sortis des fictions du Nord de l’Europe, tous en retenue pince sans rire mais viscéralement déterminés et humains.

Ce qui surprend c’est l’audace de cette mise en scène. Utiliser en contre champs un trio de musiciens free-jazz ou des chanteuses aux intonations blakaniques pour surligner l’état d’esprit du personnage principal, pourrait être ridicule car n’est pas Kusturica qui veut. Et bien là non seulement çà passe mais en plus, c’est carrément classe.

Son film est parfois poétique, souvent comique par l’absurde et vogue sur un réel suspens. Il n’adopte aucun genre à part celui de rester libre et indépendant comme son héroïne…et fatalement, il surprend.

« Woman at War » est un véritable coup de cœur car il sait rester léger et donne un grand souffle d’air frais. On en ressort en se disant qu’on a enfin vu une proposition de cinéma différente, avec du fond sur un récit d’aventures suffisamment farfelu pour créer une étrangeté particulièrement réussie, sans oublier d’être émouvant.

Une très très grande réussite que vous devez courir voir.

La piste aux lapins :

4,5 lapin

 

Palme du cœur et grand prix du jury du Blanc Lapin ;) )

 

« L’homme qui tua Don Quichotte » de Terry Gilliam

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Je suis enfin sorti de la projection de ce film que j’attends depuis 20 ans car c’est mon réalisateur favori, que son imaginaire m’a toujours cueilli et que j’ai vécu comme beaucoup ses multiples mésaventures durant deux décennies …18 ans d’obsession, un risque considérable d’être déçu car ce film je l’ai fantasmé…et je serai au « regret » de vous dire que je n’ai pas été déçu…et pourtant, on a beau adorer Gilliam, on n’en n’est pas pour autant moins exigeant, bien au contraire. Ses frères Grimm et son Zero Théorem m’avaient refroidis.

Pas assez ému peut-être, quelques longueurs au début mais une mise en place hyper originale et une difficile compréhension de cet accueil froid de certains critiques car le film a vécu une gestation des plus compliquées de l’histoire du cinéma et au final deux adjectifs s’imposent en sortant de la salle, « généreux » et « bordélique « !

Généreux parceque chaque scène se justifie et déborde d’énergie, d’inventivité faisant penser parfois à Tideland pour sa capacité à créer l’imaginaire à partir de bouts de ficelles et c’est un tour de force qui impose le respect. La presse qui a affublé le film de balourdise sur les migrants ou les attentats n’a rien compris au message qui est certes naïf mais qui correspond à l’esprit d’un roman comme Quichotte et sa réactualisation.

Le film est surprenant, avec si peu de moyens il arrive à montrer toute la folie du personnage, il est bourré d’idées et bordélique comme le roman et comme un film de Terry Gilliam. Et au final le style de Gilliam est là, tout du long et on a rarement eu l’occasion de côtoyer d’aussi près l’artiste, ayant limite l’impression d’être à ses côtés sur le tournage lorsqu’il a dû trouver des trésors d’ingéniosité pour palier à son budget serré. Et si la première partie peut sembler longue, elle a le mérite d’installer un regard moderne sur l’œuvre de Cervantès et de la rendre digeste là où tous les autres projets de cinéastes se sont ramassés sur Don Quichotte. Car adapter cette œuvre pourrait déboucher sur une succession de scènettes datées, inscrites dans l’inconscient collectif mais juste illustratives. Le fait que le film soit méta, qu’il parle de l’incroyable aventure de Gilliam sur 30 ans de galère donne du corps et de l’humain à des visions qui sinon n’auraient été que désincarnées.

Quand Terry Gilliam dit que l’approche de Cervantès rend fou et tourne à l’obsession et qu’au final c’était un passage obligé, c’est peut être vrai. « He did it » disaient des internautes sur Twitter lorsque à la fin de la projection en clôture du festival de Cannes, la salle a ovationné Gilliam durant 15 minutes. Son film est beau et a du panache y compris dans ses défauts et ses maladresses car il respire la persévérance et la capacité à se créer ces obstacles imaginaires, ces aventures de pacotille pour tenir un fil rouge, se fixer un cap et survivre même dans le ridicule. Cette scène de cheval de bois est magique pour ce qu’elle représente. De cette peur pour Gilliam de devenir un vieil homme risible aux ambitions éculées oui, mais aussi pour cette semi-conscience de la folie dans laquelle le personnage se met en scène lui-même. D’ailleurs la confession de l’avant dernière scène est bouleversante car elle instaure un doute, une double lecture comme souvent dans les fins d’un très bon Terry Gilliam. La fin est non seulement émouvante mais résonne longtemps après comme un hymne au fil directeur de toute une vie de cinéaste. Forcer le réel et les plus viles bassesses de l’humain pour y insuffler un peu de poésie et d’échappatoire. C’est naïf mais c’est touchant et sincère.

Les acteurs sont excellents. Jonathan Pryce a eu raison de tanner Gilliam si longtemps, il est parfait dans un rôle loin d’être évident. Voir l’acteur de Brazil incarner ce personnage iconique dans la carrière de Terry Gilliam est un symbole en soit. Quant à Adam Driver, il trouve le premier rôle de sa carrière qui lui permet d’exprimer son talent. Gilliam a toujours été doué pour ses castings. Malgré les multiples duos qu’a connu le film depuis son premier échec de tournage en 2000, il réussit à trouver une alchimie entre eux.

Les références au projet lui même sont une super idée.

Le film est un hymne testamentaire et un encouragement aux jeunes cinéastes, à la persévérance et à la nécessité de s’affranchir du tout commercial. Terry Gilliam a conscience qu’il touche à la fin de sa carrière et le film est très mélancolique car on a du mal à trouver qui reprendra son flambeau parmi les cinéastes d’aujourd’hui. Quichotte est vivant et Terry Gilliam est vivant aussi, profitons en! Soyez joyeux qu’il puisse encore nous émouvoir et l’histoire n’est pas terminée.

La patte de Gilliam est là à chaque instant, d’une inventivité bluffante.

Ce n’est pas le chef d’œuvre qu’on aurait pu espérer mais c’est un très bon film et c’est déjà énorme en soit ! Énorme que chez des spectateurs exigeants l’ayant espéré durant 20 ans, il ne provoque pas de déception mais au contraire une envie de revoir le film. Une critique anglo saxonne disait que le monde serait bien triste sans cette folie dont seul Terry Gilliam a le secret…

Je suis non seulement heureux d’avoir accompagné par l’esprit durant 20 ans cette œuvre, heureux que ce funambule m’ait donné un fil directeur et des géants à combattre pour pimenter mes rêveries et mon quotidien. Heureux enfin que le film existe, qu’il puisse désormais vivre pour lui et non plus pour la légende de sa production…qu’il puisse vieillir comme un bon cru et acquérir les lettres de noblesses qu’il ne manquera pas de conquérir comme bien d’autres films de Terry Gilliam, pas toujours compris à leur sortie. « Aujourd’hui est une magnifique journée pour l’aventure »… pour la première fois depuis 20 ans elle se fera sans fantasmer « L’homme qui tua Don Quichotte » et ça fait un peu bizarre, j’avoue. Une page se tourne et l’émotion vient car le message du film est plus que présent mais d’autres moulins s’annoncent au loin et au final, c’est le principal…

La piste aux Lapins :

4,5 lapin

 

N°1 – « Call me by your name » de Luca Guadagnino

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Au début des années 1980, Elio, 17 ans, passe ses vacances dans la maison de famille de ses parents au Nord de l’Italie, entouré de son père, professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, de sa mère, traductrice, et d’amis du village. Intelligent et fin voire érudit, Elio ne connait encore rien du sexe et de l’amour. Oliver, un américain étudiant en doctorat, est invité par son père à venir terminer ses études, logé chez eux durant trois semaines. Elio et Oliver vont d’abord de se rejeter avant de vivre une histoire passionnée.

Après un parcours en festivals triomphant depuis un an, voici enfin la romance gay « Call me by your name« . Il n’y a rien d’étonnant à ce que le grand James Ivory (Maurice, Les Vestiges du jour, Retour à Howards End)  soit le scénariste de ce roman d’André Aciman, tant on retrouve ses thèmes de prédilection, des individus éduqués dont les désirs doivent rester cachés pour des raisons sociales.

Luca Guadagnino avait quant à lui surpris avec le superbe « Amore » avec Tilda Swinton, qui contait déjà une histoire de passion entre une femme mure et le meilleur ami de son fils. Avec « Call me by your name« , il signe un chef d’œuvre de subtilité, prenant son temps pour installer le désir, puis le sentiment, jouant avec notre impatience, y mettant même un certain suspens, et arrive à saisir des sentiments particulièrement complexes à traduire à l’écran.

Bien sûr, ses deux acteurs tout comme les parents joués par Amira Casar et Michael Stuhlbarg sont excellents. Ce dernier donne même l’une des scènes les plus poignantes du film, un discours de père à fils d’une profonde bienveillance, d’un recul sur la vie qui réchauffe le cœur au moment où le film vient de vous tirer les larmes les plus désarmantes.

« Call me by your name » n’est pas un film mièvre, ou facile et n’apporte son lot d’émotions qu’au terme de son histoire, mais de façon assez déconcertante de simplicité.

Tout le reste du film est l’histoire d’un éveil à la sensualité, au premier sentiment amoureux, à travers des détails, des regards, le trouble que provoque ce sentiment chez le personnage d’Elio. Timothée Chalamet est solaire dans ce rôle d’un jeune homme plutôt arrogant, qui sait qu’il est cultivé et qui ne cherche qu’à découvrir son premier amour. Il est surtout poignant dans la finesse de son jeu lorsqu’il exprime les sentiments qui l’assaillent. Un rôle loin d’être évident, qui évolue peu à peu par petites touches et qui doit probablement à une très bonne direction d’acteurs. Face à lui, Armie Hammer ne fait pas preuve d’un charisme de fou mais il incarne la masculinité brute, le sportif cultivé, séducteur et qui refoule son homosexualité aux yeux de la société.

C’est d’ailleurs un jeu de cache cache qui débute rapidement entre ces deux garçons qui sont surpris et curieux de cette rencontre. L’indolence des personnages, qui profitent de cet été gorgé de fruits, de littérature, d’archéologie, ainsi que le rythme doux et lent du film, laissent la place à l’observation du moindre détail des personnages. Le spectateur est en attente, en témoin impudique d’une histoire pourtant d’une extrême pudeur. C’est une mise en scène sophistiquée qui arrive à s’effacer derrière son sujet, à n’y laisser paraitre que la simplicité de ce genre d’histoire, universelle en soit et donc d’autant plus prenante. Certes, celles et ceux ayant connu la passion seront probablement plus sensibles au film que les autres.

Le réalisateur installe une tension dans ce duo lumineux, en distillant lentement des petits pas, montrant leurs hésitations, leurs  doutes, les allers-retours entre ces personnages qui s’attirent puis se rejettent avant d’arriver vers le basculement du jeune homme. Ces sentiments sont tous exprimés avec une économie de mots au milieu d’un été radieux, avec un homo-érotisme pudique tout au long du film.

Luca Guadagnino va donc durant deux heures faire monter la passion devant nos yeux, de façon fluide. Il use du jeu de distance et de proximité des personnages dont la scène où ils se révèlent l’un à l’autre, autour d’une statue au milieu d’une place. Une scène qui résume à elle seule le talent de mise en scène qui nous tient en haleine.

Puis le réalisateur va donner la luminosité de l’apogée de cette passion, son vertige ainsi que le bonheur hors sol qui s’en dégage jusqu’au déchirement qu’elle provoque inévitablement. Le film passe d’une légèreté quotidienne de cet été où les personnages se jaugent à une charge émotionnelle qui finit par exploser.

La finesse du film résonne longtemps après la séance, à tel point qu’on aimerait prendre des nouvelles du petit Elio, tant le personnage est attachant, déchirant et désarmant face à ce qu’il vient de vivre. Il y a dans « Call me by your name » à la fois le bonheur du meilleur de la passion et son deuil impossible car il est la traduction de la perte d’une parenthèse enchantée, forcément magnifiée. Le sol se dérobe et pourtant la vie continue et on voudrait connaitre la suite tant Timothée Chalamet excelle d’intensité dans ce plan de fin de film. Malgré cette fin bouleversante, le pathos n’a pas de prise sur le film, ce qui est là aussi l’une des réussites bluffantes de  »Call me by your name ».

Voilà, allez-voir ce film éblouissant d’humanité, de grâce, de simplicité qui vous imprégnera pour un long moment, ce qui est la marque des films majeurs.

La piste aux Lapins :

5 étoiles

 

Et pour la 9ème fois, LE Podium du Blanc Lapin !

 

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Merci à toutes et à tous et merci pour votre soutien.

Votre blanc lapin serviteur

 

 

Les meilleurs films 2018 du Blanc Lapin – Partie 1 – N°30 à 15

23 décembre, 2018

C’est parti pour le classement des meilleurs films 2018 du Blanc Lapin avec un classement plus large (les 30 premiers et non les 20) car j’ai vu beaucoup plus de films, 106 très exactement contre 50 d’habitude et 70 en 2017. Dedans sont inclus les films de cinéma et les films de e-cinéma et de plateformes de streaming comme Netflix puisque certains films et auteurs auraient très bien pu les sortir en salles…et que d’ailleurs les festivals de cinéma, à part Cannes, les considèrent de la même façon.

Vous retrouverez à chaque fois la critique que j’ai rédigée, sans les notations de lapins puisqu’ils ont tous eu à minima 4 lapins.

N°30 – « La Ballade de Buster Scruggs » des Joel et Ethan Coen

Les meilleurs films 2018 du Blanc Lapin - Partie 1 - N°30 à 15 dans Dossiers

J’adore les frères Coen, de leurs chefs œuvres sombres comme « Sang pour sang« , Miller’s Crossing », « Fargo », « No Country for Old men« , « The Barber » à leurs comédies déjantées comme « Arizona Junior« , « The Big Lebowski« , « O’Brother« , ou « Burn After reading« .

Et puis ces dernières années, quelquechose s’est cassé. Je n’ai pas compris « A serious Man« , assez chiant, leur western « True grit » m’a laissé de marbre, et malgré la presse dithyrambique, j’ai trouvé « Inside Llewyn Davis » horriblement long et plat. « Avé César !« , film mineur dans leur filmographie, avait le mérite de les dérider un peu.

A 63 et 61 ans, Joel et Ethan reviennent donc en cédant aux sirènes de Netflix.

Au début le projet « La ballade de Buster Scruggs » était censé se déroulé en mini série de six épisodes. Puis la surprise fut grande de voir les plus célèbres frangins du cinéma être sélectionnés à Venise 2018 pour un film ! En effet non seulement Netflix accepta de compiler leurs épisodes dans un film à sketchs mais en plus de le sortir au cinéma dans les pays où la chronologie des médias ne pose pas de difficultés, ce qui relance l’impact du mastodonte du streaming sur l’industrie.

Et en plus ils sont repartis avec le prix du scénario !

Tim Blake Nelson, James Franco, Liam Neeson, Tom Waits, Zoe Kazan se succèdent donc dans des histoires totalement indépendantes et se situant toutes dans l’ouest américain des westerns bien connus.

la-ballade-de-buster-scruggs-netflix-bande-annonce-survoltee-pour-le-western-des-freres-coen-video dans Films - critiques perso

Et grande surprise, non seulement c’est très réussi mais en plus aucun des segments n’est en décalage qualitatif total, ce qui était souvent le cas des films à sketchs italiens auxquels les Coen veulent rendre hommage. Chaque histoire est emprunte d’une marque, tantôt un humour mordant comme on les connait tantôt la tragédie de destins assez terribles. Mais il y a toujours ce fil conducteur de la filmographie des frères Coen à savoir des losers magnifiques auxquels on s’attache forcément.

La grande qualité des récits est aussi rythmée par leur durée qu’on ne connait pas du tout, certaines histoires étant beaucoup plus courtes que d’autres et les Coen décidant de couper leur histoire au bon moment pour passer à la suivante et c’est grandement fluide. Le cynisme habituel est de retour et je retrouve enfin la vraie marque des Coen, celle qui leur avait fait défaut lors des derniers opus, à force d’étirer des concepts bons à l’origine sur des durées trop longues.

Le concept de « La ballade de Buster Scruggs » est de jouer sur la répétition avec dans chaque segment sauf les deux derniers, un va et vient qui va assurer au spectateur une surprise puisqu’on ne sait pas quand çà va couper et comment.

Bref cet hommage moqueur, nostalgique et tendre au western est à regarder, même pour ceux qui détestent le genre car ils en auront aussi pour leur compte.

 

N°29 – « First man » de Damien Chazelle

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Après ses excellents « Whiplash » et « LalaLand« , le franco-américain Damien Chazelle revient avec un film totalement différent de par son style. Il s’intéresse à Neil Armstrong et à sa préparation qui lui permit de devenir le premier homme à marcher sur la lune le 21 juillet 1969.

La thématique du film aurait dû m’ennuyer profondément tant le thème a été traité de nombreuses fois en documentaires ou au cinéma. Pourtant, Chazelle réussit a raconter ce presque huit clos entre Armstrong et lui-même. On le suit pas à pas du décès de sa petite fille qu’il va intérioriser, durant huit ans d’essais, et accidents jusqu’à l’exploit.

Le film n’est pas hagiographique et montre un personnage qui se renferme à en devenir quasiment autiste vis à vis de son épouse et ses enfants. Ryan Gosling, en grand taiseux est parfait pour le rôle. La concentration sur son but et les épreuves vécues lui créeront des barrières et un isolement certain.

Là où le film est très fort, c’est qu’il entre dans un luxe de détails sur les boutons, la mécanique comme pour montrer l’extrême complexité du métier de ces ingénieurs sportifs tout comme la fragilité des avancées technologiques. Un tâtonnement et des malchances qui couteront de nombreuses vies, ce que la performance historique a souvent tendance à obstruer.

Surtout, Damien Chazelle réussit à faire émerger l’émotion par petites touches, de façon subtile et sans utiliser la truelle et c’est d’autant plus efficace bien évidemment. Et bien sûr, il fuit tout patriotisme naïf. Son côté français probablement…

La grande intelligence du film est de donner une dimension humaine et des failles à cette aventure incroyable tout en ne rendant pas le propos ennuyeux et technique. Cet hyperréalisme est vraiment au service de l’histoire et replace l’épopée dans son contexte, avec un réel suspens.

L’épique vient de cette confrontation entre l’intime et l’infiniment grand, avec simplicité, tout en laissant le spectaculaire s’imposer comme une évidence.

Un réussite indéniable.

 

N°28 – « Blindspotting » de Carlos Lopez Estrada

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Le pitch : Encore trois jours pour que la liberté conditionnelle de Collin prenne fin. En attendant de retrouver une vie normale, il travaille comme déménageur avec Miles, son meilleur ami, dans un Oakland en pleine mutation. Mais lorsque Collin est témoin d’une terrible bavure policière, c’est un véritable électrochoc pour le jeune homme. Il n’aura alors plus d’autres choix que de se remettre en question pour prendre un nouveau départ. 

Je n’avais pas du tout prévu de voir ce film et c’est en tombant sur une énorme affiche au Mk2, remplie de citations critiques enthousiastes, que j’ai décidé de tenter le coup. Et ce fut une excellente initiative car « Blindspotting » mérite tout le bien qu’on en dit visiblement depuis Sundance.

Le film traite de ce que c’est qu’un ghetto et du déterminisme social qui veut que lorsqu’un black nait dans ce milieu aux Etats-Unis, sa chance de réussite est clairement plus faible que celle de se faire butter par un flic un peu trop sensible de la gâchette.

Là où le film est très très fort, c’est qu’il opte pour un ton déconnant, adoptant des effets de style entre clip et série pour ados pour mieux abandonner tout effet et livrer des scènes poignantes et flippantes de justesse. Les deux acteurs sont très attachants.

Ce rythme cool et cet humour de tout instant font mouche mais n’en enlèvent pas moins toute la force du propos. C’est un peu comme si la surprise permanente du réalisateur était le maitre-mot du film afin d’éviter les nombreux poncifs qui s’annonçaient à lui.

Les digressions sont nombreuses mais ont toute la même finalité, celle de dresser un tableau complexe des liens entre classe et entre race dans l’Amérique d’aujourd’hui.

 

N°27 – « Nos batailles » de Guillaume Senez

Romain Duris a beau agacer pas mal de spectateurs, pour moi, c’est un très bon acteur. Je me le dis souvent lorsque je sors d’un film où il joue. Et « Nos batailles » en est à nouveau une belle preuve puisqu’il y joue un père de famille sensible, déchiré entre son quotidien au boulot où il doit assurer et ses deux enfants qu’il doit gérer lorsque son épouse disparait du jour au lendemain.

Elle ne donne aucune explication, elle est juste partie, ne supportant plus la difficulté des fins de mois, le poids d’une famille, le poids d’un milieu social.

Guillaume Senez nous fait donc un film social mais dans un style non démonstratif et plus à hauteur d’homme qu’à hauteur de lutte, ce qui évite au film de sombrer dans le grandiloquent et permet au spectateur de rester proche de cet homme laissé à lui-même.

Le film reste drôle et souvent lumineux et c’est aussi ce qui rend le long métrage attachant et poignant, à travers des seconds rôles d’une grande justesse.

La violence du travail en usine, des rapports déshumanisés, se confronte à cette vie à 100 à l’heure, où cet homme abandonné doit gérer ses enfants et les faire attendre, leur donner ou pas des explications. Guillaume Senez est donc un excellent directeur d’acteurs car son film est une réussite notamment pour le naturel avec lequel tout ce petit monde s’entrecroise.

Le réalisateur ne tombe jamais dans la facilité d’effets de mise en scène, préférant compter sur un scénario solide, qui évite le pathos et s’éloigne de la lourdeur dès que l’on craint son apparition. Cette pudeur rend au film un charme très particulier.

 

N°26 – « Jusqu’à la Garde » de Xavier Legrand

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Ce premier film de Xavier Legrand est une grande réussite car sur un thème assez banal de divorce et de dispute sur la garde des enfants, le metteur en scène arrive à traiter le sujet de façon immersive et angoissante.

Pour se faire il commence par une scène inaugurale des deux ex-époux qui ne se parlent que par avocat interposé, face à la juge. Chaque avocat donne sa version et le doute est installé chez le spectateur. L’un des deux ment mais lequel ? Est-ce cette femme qui veut couper ses enfants de leur père par égoïsme et vengeance ou est-ce ce père qui est violent et dangereux comme le décrit son ex femme ?

Denis Ménochet est parfait dans le rôle car il est imposant, on l’imagine brusque et capable de s’énerver vite mais on ne peut s’empêcher d’être ému lorsqu’il s’effondre en larmes ou tente de faire comprendre à son fils qu’il l’aime.

D’ailleurs mention spéciale au petit Thomas Gioria qui exprime avec finesse un mélange d’attitude rebelle du pré-adolescent avec une vraie peur.

Léa Durcker est tellement fermée et son regard en dit tellement long qu’on ne sait pas ce qui s’est passé.

Xavier Legrand va alors construire son film comme un thriller haletant, angoissant où tout peut arriver, même le pire du pire et on le sent à chaque instant. Il utilise les codes du film d’épouvante pour bien insuffler au long métrage l’horreur que vit cette famille.

Le film est bouleversant par moments et bascule dans l’oppression en simples spectateurs d’une famille sonnée, sous le choc et qui tente de reprendre vie.

Les violences conjugales ne sont pas des thèmes qu’on a forcément envie de voir au cinéma sauf qu’ici Xavier Legrand a compris comment sortir du quasi documentaire, comment tenir le spectateur en haleine et créer un suspens.

Cet exercice de style est d’une profonde maitrise, dépassant son sujet de société pour vous clouer au fauteuil dans un final que vous ne risquez pas d’oublier.

Un grand réalisateur est né.

 

N°25 – « Pentagon Papers » de Steven Spielberg

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Steven Spielberg est l’un des grands maitres du septième art, connu et reconnu tant pour ses chefs d’œuvre de divertissement (Les dents de la mer, Indiana Jones, Jurassic Park,Catch me if you Can), ses films de SF ( ET, Rencontre du troisième type, Minority Report, La Guerre des mondes), que pour ses films historiques souvent engagés (Il faut sauver le soldat Ryan, Munich, La liste de Schindler, Lincoln, Le Pont des Espions).

Ici c’est dans cette dernière catégorie que Steven, 71 ans, nous revient avant de cartonner probablement de nouveau dans le gros film SF d’ici deux mois avec « Ready Player one« .

Et que de mieux que de donner un double rôle en or à deux acteurs multi oscarisés, son ami Tom Hanks, et l’immense Meryl Streep, 68 ans et toujours aussi impressionnante.

En s’intéressant à cette histoire antérieure de 3 ans à l’affaire beaucoup plus connue du Watergates, Spielberg décrit une enquête journalistique et un courage d’hommes et de femmes qui ont permis au quatrième pouvoir de s’affirmer via la Cour Suprême et de donner la possibilité au Watergate d’éclater.

Alors certes, on est tous derrière ces journalistes courageux, cette femme victime d’un sexisme bien ancré et il y a comment dire…des bons sentiments. Mais là où ceci devrait sonner comme une évidence, les récents évènements à Hollywood ou en Amérique avec un Trump qui bafoue et attaque la presse de façon quotidienne, et bien ceci fait du bien. En démocrate convaincu qu’il est depuis toujours, Spielberg a voulu faire un film militant en regardant dans le rétroviseur. La générosité de son regard associée à son talent de mise en scène et de conteur d’histoires font de ce « Pentagon papers » un film nécessaire. On y voit une éthique et un courage qu’il faut montrer puisque ce n’est pas tant une évidence que cela.

Cette femme propriétaire du Washington Post va braver ses contraintes et pressions sociales pour autoriser la publication d’articles sur des documents classés confidentiels mais remettant en cause l’éthique des politiques, y compris de ses propres amis. Et son rédacteur en chef joué par le toujours très bon Tom Hanks, va enchainer avec elle des discussions sur la complicité avec le pouvoir, le rôle du journalisme et chacun va reconnaitre ses erreurs. De là va naitre une nouvelle idée du journalisme, désireuse de se tenir à distance du copinage avec les politiques là où tout était mélangé dans les années 60.

Et puis c’est un film profondément féministe sur une femme qui s’affirme alors que depuis des années elle dirige le journal pour aider, pour remplacer son défunt mari. Les hommes continuent à lui conseiller très vivement ce qu’elle doit faire et même lui conseiller de passer la main car c’est une femme. Et peu à peu sa fierté va se révéler au contact de cette affaire.

Spielberg est malin car il associe cette émancipation du journalisme par rapport au politique à cet affranchissement du diktat des hommes sur le destin d’une femme. C’est bien évidemment jouissif ! On en ressort avec de beaux principes et toujours cette luminosité et cette foi sans faille qu’a Spielberg dans l’humain. Mais le réalisateur ne verse pas dans le manifeste facile et mélo et ne perd jamais de vue que son film doit être fluide. Il le présente donc en thriller au rythme redoutablement efficace.

« Pentagon Papers » est un grand film politique, haletant, engagé et qui vise juste.

 

N°24 – « Les Veuves » de Steve McQueen

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Le réalisateurs des excellents « Hunger » et « Shame » avait connu la consécration du grand public avec  son film oscarisé « 12 years a slave« .

Il revient quatre ans après avec un film totalement différent de par le style puisqu’il s’agit d’un film de braquage féministe dont le premier rôle est tenu par une actrice noire, Viola Davis. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que son film tient la dragée haute au genre non seulement de par son rythme et son suspens que de par l’originalité du traitement.

Des veuves de quatre braqueurs qui se sont fait descendre par la police sont contraintes de terminer le travail de leur époux pour sauver leur vie.

Le pitch est simple, efficace et il ne faudrait pas s’arrêter à cela. Son film est certes un divertissement hyper bien huilé mais il y insère de la politique, une critique acerbe et désenchantée de la corruption mais surtout Steve McQueen casse les codes des archétypes du personnage de film de braquage. On est surpris sans cesse par chaque personnage dont le caractère est rarement celui qu’on pourrait anticiper. Colin Farrell en est l’exemple parfait. Son personnage est un fils à papa qui n’a jamais manqué de rien et profite du népotisme de son père joué par le grand Robert Duvall (87 ans !). Mais il est complexe dans ses questionnements, la vie et le destin qu’on lui a tracé.

Ainsi les personnages sont souvent bien écrits et ont un relief qui donne à l’ensemble du film une richesse plus forte que dans nombre de films du même style cinématographique.

Ce thriller protéiforme et féministe est porté par un casting excellent et s’avère l’un des très bons films de cette fin d’année à voir en salles.

 

N°23 – « Le Monde est à toi » de Romain Gavras

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Le fils de Costa Gavras est en train de se faire un prénom et c’est tant mieux. Car c’est mérité même si le bonhomme se fait rare. Il aura fallu 8 ans pour qu’il retrouve Vincent Cassel après notre « Notre jour viendra« .

Et pour ce faire, Romain Gavras choisit de changer totalement de style. « Le Monde est toi » emprunte souvent à la comédie britannique façon Snatch ou aux frères Coen et c’est très surprenant pour une production française

On y suit François, dealer dont la mère est ultra castratrice et lui confisque ses économies. Jouée par une Isabelle Adjani au sommet, cette femme haute en couleurs et vampirique se trouve  être chef d’un gang de femmes pickpockets. Adjani est juste géniale dans son rôle et vaut à elle seule le détour pour ses répliques et le délire qui traverse son regard et sa dégaine hilarante.

Karim Leklou joue ce fils au rêve décalé par rapport à son quotidien barré mais pourtant ultra réaliste et pragmatique. Il veut devenir distributeur officiel de Mr Freeze au Maghreb !  Karim Leklou est parfait dans ce décalage de ton permanent, cette bonhommie apparente sous laquelle on sent évoluer une volonté farouche de s’en sortir. Ceci donne à la comédie un tour plus profond et ce n’est pas désagréable. Les petites frappes qui l’accompagnent de force dans son épopée sont très drôles par leur bêtise.

Quant à son homme de main, Henri, il est joué par un Vincent Cassel  qui a du s’éclater dans le phrasé de son personnage complètement à côté de la plaque. Là aussi, le sourire arrive de façon récurrente.

Et puis surtout, « Le Monde est à toi«   n’est pas qu’une série de gueules et de bon choix de casting, c’est aussi une mise en scène de très grande qualité et fluidité pour une comédie, genre où en France on retrouve souvent de la paresse et de l’image plutôt laide. Ici Romain Gavras use de tous les artifices du film de genre façon casse et met l’accent sur une bande-son entre vintage populaire et électro ou rap du moment. Ceci donne du corps au rythme.

Le film peut cependant décevoir par le fait qu’il ne plonge pas toujours à fond dans le gros délire, alors qu’il en a toutes les clés. D’autres y verront un dérivé de meilleure qualité des productions Besson des années 90-2000. Ce côté faussement provoque du film est la limite de la réussite du film et c’est dommage.

Le contre-emploi des acteurs compense l’aspect faussement déjanté du scénario et livre au final un divertissement plutôt original dans le paysage français, que j’encouragerai d’un « petit » 4 lapins…

 

N°22 – « Cold War » de Pawel Pawlikowski

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Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible.

L’un des chocs du dernier festival de Cannes et prix de la mise en scène mérite vraiment son accueil excellent.

Pawel Pawlikowski use d’un superbe noir et blanc et d’un duo d’acteurs très incarné en la présence de la solaire Joanna Kulig et du ténébreux Tomasz Kot.

Le réalisateur choisit une grande simplicité une épure pour raconter cette superbe histoire d’amour fou impossible, où les amants ne peuvent ni vivre l’un sans l’autre ni l’un avec l’autre. A travers le années, il parcourt la guerre froide, l’instrumentalisation par la propagande d’artistes qui préfèrent la restriction de libertés au fait d’être séparés.

Le film est romantique dans sa définition la plus évidente et a le mérite d’être ramassé sur 1h27, ce qui donne à cette aventure sur 15 ans un rythme où il est impossible de s’ennuyer. On ne comprend pas au début pourquoi ces ellipses nous propulsent plusieurs années après, à faire des bonds de temporalité en temporalité, de pays en pays. Mais c’est pour mieux nos faire toucher du doigts cette force de la passion sur la durée.

La mélancolie et le plaisir se côtoient dans une même scène. Cette tragédie est un beau poème, à ne pas louper.

 

N°21 – « Les Garçons sauvages » de Bertrand Mandico

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Curieux film que ce premier film où cinq adolescents de bonne famille commettent un crime et sont punis en devant suivre le Capitaine dans une croisière dont le but et de les transformer. Sauf qu’ils se mutinent et que l’île sauvage sur laquelle ils échouent n’est pas qu’une île.

Je préfère avertir tout de suite, « Les Garçons sauvages » devrait déplaire à bon nombre dès lors qu’il nécessite d’accepter de lâcher prise et d’entrer dans l’univers de Bertrand Mandico. Pour incarner ces jeunes hommes, il prend des actrices et on comprendra vite pourquoi. Son film est à la fois queer et fantasmagorique.

Il mêle poésie et sensualité autour de certaines scènes certes symboliques mais plutôt osées. Là où cet univers aurait pu tomber dans le ridicule, le film d’auteur aux imageries douteuses, au contraire le déroulé du film se suit étonnamment sans aucun ennui et même une curiosité. Car le film est lui-même un OVNI.

Les évènements surnaturels sont en technicolor et la créativité de l’ensemble de cette imagerie force le respect. On évolue dans un long rêve éveillé,  on est surpris par la technicité et les trouvailles pour étonner l’œil. On en ressort comme en se réveillant, un peu entre le perplexe des incohérences et la fascination pour ce que le cerveau est capable de mixer.

Le film est onirique et c’est souvent casse gueule de tenter ce style car le risque est de rejeter le public en rendant l’objet opaque. Au contraire, le punk assumé de la thématique, entre féminisme et discours LGBT en sous textes, est assez curieux. D’habitude, ce type de cinéma se veut revendicatif et porteur de messages. Là, il évolue vers des hallucinations tout en suivant un conte initiatique.

Cette liberté et cet érotisme pas banal font de ce film romanesque une des belles réussites du cinéma hexagonal en 2018.

 

N°20 – « Une affaire de famille » de Hirokazu Kore-eda

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La Palme d’Or 2018 revient donc au japonnais Hirokazu Kore-eda qui comme à son habitude (Notre petite sœur, Tel père tel fils), nous parle de son thème de prédilection, la cellule familiale.

Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. Très rapidement l’ensemble de la famille va adopter l’enfant et s’en prendre d’affection.

Kore-eda choisit la fable sociale avec ces affreux, sales et méchants japonais, pour nous raconter que la famille n’est pas forcément liée u sang mais qu’une famille choisie est bien plus forte. Il dépeint le portrait de roublards qui volent et arnaquent mais ont un cœur. Le couple central de la famille ne peut pas avoir d’enfants mais aime les enfants même si ce qu’il leur inculque est le vol et non les bonnes manières.

Le réalisateur choisit de filmer en quasi documentaire ces personnages hauts en couleur, souvent drôles et qui n’ont rien à perdre car la vie ne leur a rien donné.

Le film est solaire et très positif, axé sur le côté généreux des personnages, même des plus sombres comme cette grand-mère dont on se méfie et qui semble cacher de lourds secrets. Mais Kore-eda ne nous en montre que les aspects sympathiques, laissant le côté sombre s’expliquer en quelques scènes. Surtout, il rend attachant chacun d’entre eux et nous donne envie de croire en leur bonne fortune, en leur idéal de vie, hors des lois qu’un Etat peut tolérer.

Son film est simple et émouvant et touche juste. Il fait fi de la morale pour mieux décrire ce quotidien de bric et de broc d’une famille composée de toutes pièces qui accède au bonheur d’être ensemble.

Cette chronique sociopolitique a su toucher le jury du festival de Cannes et ne pourra pas vous laisser insensibles de part sa minutie et la justesse de son message.

 

N°19 – « Shéhérazade » de Jean-Bernard Marlin

Zachary a 17 ans et sort de prison. Sa mère ne veut pas de lui et on comprend vite qu’elle ne l’a pas éduqué du tout d’où le résultat. Il s’échappe de la résidence pour jeunes adultes où il est censé rester sous surveillance, et retrouve ses vieux potes dealers de Marseille. Il rencontre Shéhérazade, jeune prostituée dont il va devenir le protecteur puis le mac tout en tombant fou amoureux.

Ce premier film est une excellente surprise de part son thème et la justesse de ses acteurs. On y vit le quotidien violent et dangereux de ces adolescents qui s’expriment dans un français parfois approximatif ou parsemé d’argot et expressions de leur quartier. Et c’est con mais çà rend la chose carrément plus crédible. Le fait que les acteurs soient des non professionnels est l’une des clés de l’impact émotionnel du film. Car loin de tomber dans un voyeurisme, Jean-Bernard Marlin arrive à faire naitre devant nos yeux une histoire d’amour aussi touchante et désarmante qu’elle est spontanée et vive. 

C’est probablement parcequ’il trouve les mots et les situations pour insuffler du romantisme dans un milieu sordide et une histoire qui ne s’y prête pas du tout.

Le film est puissant car il allie naturalisme quasi documentaire et ficelles du thriller sans que l’on se rende compte du glissement. Cette mise en abimes sobre qui ne cherche pas la démonstration de mise en scène, permet au film d’être d’autant plus beau dans sa conclusion.

C’est assurément la surprise de cette rentrée de septembre à ne surtout pas louper.

 

N°18 – « L’île aux chiens » de Wes Anderson

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Wes Anderson est l’un de mes réalisateurs chouchous pour son univers reconnaissable entre mille, empli de nostalgie pour l’enfance et d’un humour décalé entre l’absurde et le livre d’images pour enfants. Son « Fantastic Mr. Fox« , première incursion dans l’animation en stop motion (image par image) de marionnettes avait ravi critiques et fans tant son univers s’y trouvait transcrit de manière épique et drôle.

Avec « L’île aux chiens« , il retrouve une seconde fois cette technique pour rendre vivants des toutous que le vilain maire d’une grande ville japonaise a parqué sur une île à cause du virus qui les affecte. Son neveu décide lui d’aller récupérer son chien Spots. Son avion s’écrase sur l’île et il va tomber sur une bande de chiens, des mâle Alpha qui vont l’accompagner dans sa quête.

Ces explorateurs canins sont immédiatement empathiques avec leurs cas de conscience typiques du cinéma d’Anderson. Ce qui frappe, c’est cette histoire perchée, emplie de folie douce et très très loin du cynisme ambiant qui traverse souvent les comédies. Ici, l’histoire est tendre sans être mièvre, marrante sans être sombre. L’esthétisme du film est assez bluffant, regorgeant de trouvailles comme ce mélange de 2 D et de marionnettes selon que nous avons à faire à des retranscriptions télévisuelles ou à la vraie vie.

Le film a surtout un rythme assez soutenu qui empêche toute baisse de régime. Le propos est humaniste, écologique et étonnamment politique. La poésie qui se dégage de l’ensemble du long métrage est aussi touchante que celle qu’on pouvait ressentir dans « Moonrise Kingdom« .

La fantaisie et l’originalité se font reines à travers ces êtres inanimés auxquels Wes Anderson et ses équipes ont donné une incroyable dose d’humanité et de souffle canin.

La mélancolie d’Anderson frappe encore avec justesse et éblouit le long métrage qui s’avère un excellent opus de sa filmographie.

 

N°17 – « Guy » d’Alex Lutz

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J’aime beaucoup Alex Lutz comme comique, plus pour ses spectacles que son personnage de Liliane qui l’a rendu célèbre. Mais comme une malédiction suit nombre de comiques qui quand ils veulent devenir cinéastes, se plantent et perdent toute inspiration. Ce fut le cas de sa première réalisation, « Le talent de mes amis« , sorti en 2015 dans la plus grande indifférence tant il était raté. Mais Lutz aime monter à cheval depuis quelques années et s’est remis en selle d’une façon des plus classes en trouvant un pitch excellent.

Gauthier, un jeune journaliste décide de proposer à Guy Jamet, un artiste de variété française à la gloire passée, de le filmer pour tourner un reportage sur lui. Il le fait car il a  appris de sa mère qu’il était son père, sans le savoir.

Pour interpréter Guy, Alex Lutz a eu droit à 5 heures de maquillage par jour et çà se voit. Incroyable résultat car on le reconnait bien évidemment mais il n’a pas l’air grimé, il est juste un vieil homme. Ensuite Alex Lutz donne à son personnage une densité tragique véritablement touchante.

Il est égoïste, coureur de jupons, il vit dans le passé de sa gloire mais pas uniquement. Guy est conscient de sa décrépitude qu’il accepte, il profite juste des derniers moments de gloire, des derniers concerts, de son cheval, de sa femme plus jeune que lui. On le voit se confier face caméra et là où l’exercice aurait pu tourner à un très mauvais sketch, on se prend à s’attacher au personnage, à ses fêlures, ses regrets jusqu’à le trouver sympathique. Il est assez seul au final, il a raté sa paternité avec son seul fils officiel et Alex Lutz arrive à nous émouvoir entre deux blagues, deux sourires.

En fait Lutz réussit brillamment son film car il ne cherche pas à en faire une comédie. Rassurez-vous, il est drôle à maintes reprises mais toujours teinté de bienveillance pour son personnage et de nostalgie pour une époque seventies où tous les excès étaient possibles. Il renvoie aussi à notre inconscient collectif, à ces stars mortes ou has been qui ont baigné notre enfance et s’éloignent peu à peu. Des figures tantôt rassurantes tantôt synonymes d’une culture populaire qu’il est de bon ton de snobber même si plusieurs générations ont dansé dessus.

Avec Guy, Alex Lutz réussit un très bel exercice d’équilibriste et prouve qu’il est un artiste complet, et un excellent acteur.

 

N°16 – « Un Couteau Dans le Coeur » de Yann Gonzalez

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« Un Couteau Dans le Coeur » est typiquement le genre de film qui divise entre ceux qui détestent et ceux qui adorent. Je fais partie des seconds pour de multiples raisons bien que je comprenne tout à fait ceux qui ont trouvé le nouveau film de Yann Gonzalez proche du navet.

Car ce réalisateur très prometteur donne au cinéma français une respiration libertaire qui lui manquait depuis quelques temps, en forçant énormément le trait stylistiquement. Vanessa Paradis est particulièrement touchante dans le rôle de cette productrice de porno gay, dans les années 70, qui cherche à reconquérir la compagne qui vient de la quitter et dont les acteurs se font assassiner les uns après les autres. Nicolas Maury, qu’on a découvert dans la série 10%, apporte au film une touche décalée supplémentaire aux nombreux atouts du film. Il est la révélation du film et excelle dans chacune de ses scènes avec un mélange d’humour et d’autodérision qui font mouche.

Quant à Yann Gonzalez, il décide d’utiliser une bande-son mélancolique pour accompagner tant ses scènes de meurtre que les scènes de tournage de film de cul, mais choisit aussi de coller tellement à l’esthétique seventies et pop qu’il en devient caricatural. Et loin de me gêner, cette caricature créé une atmosphère, une bulle en dehors du temps qui renforce l’aspect mélancolique et libertaire de l’ensemble.

Ces individus n’ont rien à perdre et vivent en parias certes et au moment où un meurtrier les prend pour cible, une espèce de naïveté les maintient tels des animaux en pleine nuit surpris par les phares d’un véhicule. Ils restent incrédules face au destin et le film avance ainsi tel un rêve, baigné entre réalité, cauchemar et fantasmes. Des instants oniriques ou complétement perchés parsèment de temps en temps le film comme cette fin magnifique.

Le film mélange ainsi les genres, voire les sous-genres et la série B pour notre plus grand plaisir. Le mélo est attachant mais se transforme en comédie puis parfois en slasher, mais toujours en prenant des risques. Il marche sur un fil super casse gueule et çà fait plaisir de voir cette prise de risque et cet équilibre fragile fonctionner jusqu’au bout.

Le film dégage tant de la sensualité que des évocations poétiques sur un ton totalement décalé et donc rafraichissant. On voit rarement de l’audace dans la mise en scène dans les productions nationales du moment. Là il y en a une.

Alors oui, on peut trouver le film surfait, trop maniéré, trop clipé parfois ou on peut aussi se laisser porter par cette proposition de cinéma vraiment originale et gonflée, stylée. Un film étrange et lyrique à la fois extrêmement réussi.

 

N°15 – « Blackkklansman » de Spike Lee

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C’est donc à 61 ans que Spike Lee, qui s’était un peu dilué dans des productions plus conventionnelles, revient en force et remporte le prestigieux Grand Prix du festival de Cannes 2018.

Il faut dire que pour ce retour détonnant, le réalisateur choisit de parler de nouveau de racisme mais use d’un ton humoristique et narquois d’une efficacité redoutable. Et ce qui est le plus réussi, c’est le décalage qu’il entretient en permanence entre le côté sarcastique et le fait que c’est l’adaptation d’une histoire vraie. On reste incrédule devant la crasse intellectuelle des membres du Klu Klux Klan que l’on entend et voit à l’écran. Il arrive à faire sourire de ces dangereux  fascistes pathétiques tant ils sont ridicules ou idiots puis à nous glacer le sang dans la foulée tant ils sont déterminés et sans aucune limite. A ce titre la fin du film joue à fond ce chaud froid et vous cloue au fauteuil.

« Blackkklansman » choisit donc la charge victorieuse contre Donald Trump et une partie de son électorat en revenant aux sources du mal. L’histoire se déroule donc au début des années 70, en pleine lutte pour les droits civiques. Ron Stallworth est noir et devient le premier officier noir américain du Colorado Springs Police Department. Il subit alors le racisme quotidien et ultra répandu de ses collègues blancs. Lui prend alors une idée saugrenue, il appelle le Ku Klux Klan et se fait passer pour un blanc. Sauf que sa façon ironique et caricaturale de déverser une haine sur les noirs marche tellement bien que le nazi à l’autre bout du fil n’y voit que du feu et lui propose d’intégrer le Klan. Ses supérieurs vont donc l’autoriser à les infiltrer via un collègue blanc qui jouera son personnage.

L’histoire du film est tellement absurde et les personnages infiltrés tellement hallucinants, que « Blackkklansman » ne peut que vous marquer par la justesse et la simplicité de son propos. Et Spike Lee a l’intelligence de le faire sans grande démonstration théorique. Son pamphlet politique use du rire et de invraisemblance de l’histoire pour dérouler sa mise en scène extrêmement fluide.

Mais il sait aussi rester dans sa thématique du thriller pour garder le suspens jusqu’au bout et ne jamais trop s’éloigner de l’horreur et de la bouillie conspirationniste qui flotte dans les cerveaux malades de ces  membres du KKK.

Le résultat est juste d’une efficacité imparable car il mêle action et réflexion tout au long du film. Il réussit à pondre un divertissement à partir d’une thématique qui ne s’y prête pas forcément et qui peut s’avérer pompeuse et casse gueule. Ce coup de poing militant fait du bien et c’est rassurant de voir Spike Lee revenir à ce niveau. Il nous manquait. La farce est féroce et pugnace, elle a un goût bien flippant sur la fin mais c’est de cette façon qu’on évite aux consciences de s’enkyloser. C’est l’un des rôles d’un cinéaste que de témoigner et s’en est un autre de divertir. C’est très fort de lier les deux. Et c’est d’autant plus fort de lier l’Amérique encore ségrégationniste des années 70 à une certaine Amérique fasciste de Trump.

 

Voilà pour la première partie du classement mais vous allez voir, la seconde partie réserve des surprises et vous ne serez probablement pas d’accord avec tout ;) )

Mais l’année 2018 a été particulièrement riche en bons films, peut-être pas en chefs d’œuvres mais en excellentes réussites et en surprises.

En attendant la suite du classement, joyeux Noël !

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Les pires films du Blanc Lapin 2018 !

22 décembre, 2018

L’année 2018 se termine et pour la 9ème année, je vais vous livrer le classement du meilleur des 106  films vus en 2018 par votre Blanc Lapin serviteur…

Mais avant le meilleur, voici le pire, ce que le Lapin soupe au lait a défouraillé façon sulfateuse…et parfois, çà fait du bien et forcément, c’est rarement tendre.

Alors que fallait-il ne surtout pas voir cette année ?

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N°14 – « Les indestructibles 2″ de Brad Bird

 

Les pires films du Blanc Lapin 2018 ! dans Dossiers 0323902

J’avais beaucoup aimé « Les indestructibles » en 2004 du même Brad Bird pour l’excellence de l’animation mais surtout l’humour et les clins d’œils qui ont fait le succès de Pixar jusqu’à Toy Story 3.

Puis Pixar a perdu de sa superbe, se plantant sur plusieurs films, artistiquement parlant. Cars 2, Rebelle, Monstres Academy, Le Voyage d’Arlo, Le Monde de Dory, Cars 3…soit des suites peu inspirées soit des tentatives infructueuses de redonner au studio à la lampe ses lustres des années 90 et 2000. Seul Vice Versa et l’an dernier Coco,  nous on redonné un peu d’espoir chez cette firme qui sait si bien plaire aux grands et aux petits. La disneysation de Pixar était elle enfin stoppée ?

Et bien ce n’est pas cette suite des Indestructibles qui a de quoi nous rassurer !

Comment le dire simplement ? Je me suis royalement emmerdé !

Si le scénario a la bonne idée de reprendre là où on avait laissée notre famille de supers héros, la suite s’avère ronron, n’apportant rien de neuf. Son absence totale d’enjeux et d’effet de surprise, puisque l’on connait déjà cet univers, ne font qu’enterrer le résultat. Le personnage de la styliste revient et résume à elle-seule l’état des lieux. Là où 14 ans plus tôt elle faisait hurler de rire, elle déclenche ici au mieux un sourire, au pire un ennui poli.

Ayant déjà perdu 2 heures de ma vie pour ce film, vous m’excuserez d’abréger ma critique et ne pas rester aveuglé comme une bonne partie de la presse par un film paresseux dans son concept.

La piste aux Lapins :

2 étoiles

 

N°13 – « Otages à Entebbe » de José Padihla

Rosamund Pike et Daniel Brühl jouent deux terroristes plus ou moins radicalisés pour une histoire vraie.

Le réalisateur brésilien de « Troupe d’Elite« , Jose Padilha, veut raconter l’histoire de pirates de l’air palestiniens et allemands ayant pris en otage un avion en 1976 pour le faire atterrir à l’aéroport d’Entebbe en Ouganda. Leur revendication était la libération de dizaines de prisonniers palestiniens.

Le thriller est écrit par Gregory Burke, scénarite de l’excellent « 71 » de Yann Demange. Et pourtant l’histoire est plutôt plate et d’autant plus en surplace que l’essentiel se passe dans une pièce d’un aéroport.

Certes on alterne entre les preneurs d’otages et leur victimes, Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien et son ministre de la Défense Shimon Peres, mais la réalisation n’est pas tendue et on s’ennuie très vite. Surtout, le sentiment de déjà vu en mieux s’immisce. On pense à VOL 89 ou même à Munich.

Une vraie déception.

 

N°12 – Les Animaux fantastiques – Les crimes de Grindelwald

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David Yates est certes un faiseur et un gentil monsieur qui sait faire de belles images avec des effets spéciaux et un énorme budget mais là franchement, il faut bien le dire, cet épisode est à chier ! Excusez pour la vulgarité mais c’est clairement ce qui a éclaté dans ma tête en sortant.

Bon c’est vrai que la série Harry Potter m’a toujours gonflée car avec le pognon qu’ils ont, et les très beaux effets spéciaux aussi, on se tape quand même des histoires avec des personnages super inintéressants. Un peu comme le Seigneur des Anneaux (oui je veux me faire haïr aujourd’hui). C’est l’héroic fantasy avec plein de jolies images, déversées dans les yeux des spectateurs pour les faire rêver. Mais bon les personnages sont unidimensionnels, ils n’ont pas de vraies aspérités et c’est super relou et pauvre scénaristiquement.

C’est un nivellement intellectuel par le bas qui me rend dingue. Mais bon cet épisode c’est le summum. On nous montre des scènes totalement inutiles pour que les petits nenfants voient des grosses bébêtes…ok…mais il n’y a pas d’histoire. Puis on nous déroule cette opposition entre Dumbledore et son ancien mec, Grindelwald mais chut on ne le montre pas parceque bon, c’est pour les enfants aussi. Et on ne comprend rien du tout. Qui est la sœur du fils de la cousine de bidule et en fait on s’en fout un peu au final. A tel point que la révélation de la fin sonne non comme une grosse claque mais une libération de 2h14 de grand n’importe quoi.

Non je suis content pour Johnny Depp parceque même si sa carrière est un naufrage depuis 20 ans, j’espère toujours qu’il retrouve de bons rôles car il reste un super acteur. Là son rôle est bien et il a un job bien payé pour encore quatre films après s’être fait virer de la franchise Pirates des Caraibes. Donc Johnny, tient le bon bout, quatre films à s’emmerder c’est long mais peut être qu’enfin tu auras l’idée, saugrenue certes, de jouer par ailleurs dans des projets moins nases que ceux de ton copain Tim Burton.

Bon, ceux qui aiment Harry Potter vont de toute façon y aller et trouver que je suis un gros con car on n’a pas le droit de ne pas être charmé par cet univers si féérique. On est forcément aigri. En fait j’ai aimé certains Harry Potter fort heureusement, sinon je serais vraiment stupide d’y retourner. C’est juste que c’est du cinéma qui gave son public en vendant de l’imaginaire alors qu’il y en a si peu. Je suis très sensible à cela car j’adore justement ce style de cinéma. Si je suis fan de Terry Gilliam c’est parceque lui a le respect de son public et lui demande un effort. Il n’explique pas tout, il demande de faire un effort d’imagination et nous guide pour cela. Et l’effet, quand il est réussi, est autrement plus ambitieux que cette orgie numérique qui manque cruellement de poésie.

La piste aux Lapins :

Mauvais

 

N°11 – « Climax » de Gaspard Noé

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Gaspard Noé est un provocateur mais il est doué, très doué et surtout il cherche à faire des films différents et rien que pour cela il mérite le plus grand respect. J’ai adoré sa radicalité des débuts, détesté sa fausse construction provoc d’ »Irréversible » et plutôt bien aimé la suite.

Avec « Climax« , il s’intéresse à la danse et s’inspire d’un phénomène constaté à l’époque médiévale où des villageois perdaient la tête et devenaient fous jusqu’à danser d’épuisement. Là son histoire se situe de nos jours, à la fin de neufs mois de travail entre danseurs, qui fêtent la fin de leur tournée. Ils sont isolés à la campagne dans ce qui ressemble à un complexe. On apprend d’abord à les connaitre un par un via des bribes de discussions comme on peut en avoir en soirée arrosée. C’est parfois futile, çà parle de cul de façon crue et parfois de problèmes personnels mais çà reste en surface, forcément. Et là les participants constatent qu’ils ont été drogués et commencent à fondre les boulons.

Ce qui est particulièrement gonflant chez Noé c’est son aptitude à balancer de grandes phrases qui souvent font plus rire qu’autre chose… »Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif. » Ouais, c’est juste prétentieux car ceci suppose que son film provoque ce genre de réflexions et ce n’est pas le cas.

Entendons nous, le film est super bien mis en scène, enchainant des plans séquences virtuoses. On entre dans le délire peu à peu et l’oppression devient de plus en plus forte jusqu’à donner super mal à la tête. Et au final je me suis dis « mais ai-je envie de voir cela ? de voir ce type d’expérience?« . Et la réponse est clairement non. En fait si le film avait pu transcender son sujet pour aboutir à des réflexions, vraiment construites sur la vie, j’aurais peu être adhéré.

Ici, j’ai eu le même sentiment que devant « Irréversible« , en moins provoc et donc sans le rejet. J’ai eu ce sentiment que ce n’est pas parcequ’on affirme des remarques sur la vie ou la mort, définitives de plus est, qu’elles ont la moindre signification par rapport au reste du film. Et là il n’y a pas de liant entre le fond qu’il essaie de se donner et la forme qui reste intéressante.

Le film est au final plutôt plat et prétentieux et dénué de contenu. C’est un cinéma qui se regarde le nombril et se complait dans sa claustrophobie en pensant que cet acte artistique lui permet de se dépasser. Mais la radicalité n’est pas un message à elle-seule, elle ne se suffit pas à elle-même. Seule, elle est stérile.

La piste aux Lapins :

2 étoiles

 

N°10 – « Madame Hyde » de Serge Bozon Avec Isabelle Huppert, Romain Duris

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Une timide professeur de physique est méprisée par ses élèves et ses collègues dans un lycée professionnel de banlieue. Un jour, elle est foudroyée et sent en elle une énergie nouvelle, mystérieuse et dangereuse…
Le film est une catastrophe qui met réellement mal à l’aise tant les acteurs jouent mal. Alors certes, Huppert fait du Huppert et son talent aurait pu bien s’insérer dans ce choix de raconter une histoire de manière aussi détachée. Mais le scénario est sans queue ni tête, le jeu outrancier de Duris et les dialogues nullissimes font de ce Madame Hyde un long moment d’ennui voir d’agacement profond. Car c’est le choix de mise en scène, poseur, particulièrement snob qui ajoute à l’échec global du long métrage. Une partie de la presse a adoré, tant mieux pour eux, moi je vous aurai averti, c’est très très chiant et faussement intello car il n’y a aucun message ou des portes ouvertes enfoncées et cachées derrière un côté arty fauché. Tout ce que je déteste.
N°9 – « Fahrenheit 451″ de Ramin Bahrani
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Après l’excellent « 99 homes » en 2016, on pouvait se réjouir que Ramin Bahrani se voit confier une nouvelle adaptation du livre dystopique de Ray Bradbury, surtout avec HBO derrière.

Hélas cette nouvelle version souffre d’une comparaison avec le film de François Truffaut de 19866, qui sans être un chef d’œuvre inoubliable, arrivait à mieux capter l’essence du livre. Ici Bahrani a du mal à faire décoller son histoire car en la transposant dans une ère plus moderne ou internet existe, elle rend le récit paradoxalement daté.

Daté parceque des dystopies on en a vu à la pelle et que force est de constater que rayon finesse des protagonistes, il faudra repasser. Le personnage incarné par Michael B. Jordan a une évolution psychologique dépeinte à la truelle tandis que Michael Shannon fait du méchant ambivalent comme moi je suis super balaise en danse classique. Non, le jeu est apathique et l’histoire ne dépasse pas son pitch de base et ne rajoute évidemment rien au film de Truffaut. Alors certes, celles et ceux qui ne l’ont pas vu ne feront pas de comparatif mais rien ne leur interdit d’avoir un minimum de goût et de détecter quand c’est la soupe à la grimace question mise en scène.

Ramin Bahrani trouve un concept du moyen de sauver l’humanité du déclin culturel mais son idée est franchement nase et d’une poésie de super marché.

Bref, c’est raté et pas qu’à moitié.

La piste aux lapins :

2 étoiles

 

N°8 – « Ready Player One » de Steven Spielberg

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Voici le nouveau blockbuster de papy Spielberg, censé mettre tout le monde d’accord et foutre une grosse claque à tous les autres réals qui tentent de faire du neuf avec du vieux. La presse est unanime sur « Ready player One » et vous savez quoi ? Ben moi je suis bien moins enthousiaste…

Entendons nous, le film est malin dans ses débuts, nous montrant un monde où la réalité virtuelle est devenue le principal échappatoire et aussi un moyen de contrôler les masses en les faisant vivre dans un monde où aucune limite n’existe. Chacun peut se payer un avatar de soit en mieux ou sous la forme d’un personnage célèbre de la pop culture et vivre de nombreuses aventures. Sauf que le créateur de ce monde est mort depuis cinq ans et propose une gigantesque chasse aux trésors pour retrouver trois clés et hériter de toute sa fortune.

« Ready player one » impressionne par la fluidité avec laquelle il passe du monde réel au monde virtuel. La performance capture est assez bluffante également, notamment dans les regards des personnages ou les cheveux, à tel point qu’on arrive bien à les suivre.

Le seul problème est que le film est une orgie visuelle qui donne franchement super mal à la tête, comme si vous aviez joué durant des heures devant votre console.

La scène de bataille finale ne procure aucune satisfaction car on a l’impression de l’avoir vue mille fois. Et le fait que Spielberg invite de très nombreux personnages de la pop culture, on s’en fout un peu car on n’a pas le temps de les voir tellement ceci bouge vite. Quelques scènes sont très réussies comme le dance floor en apesanteur ou l’immersion dans l’univers de Shining. Le fait de reconnaitre les clins d’œil de Spielberg à cette culture des années 80 et 90 est aussi amusant et accompagne la quête des clés et l’aspect jeu du film.

Mais voilà, à part cela, il y a surtout des personnages unidimensionnels qui vont jouer dans un monde fantasmé à travers des avatars en 3D. La psychologie des personnages est affligeante de simplicité, le méchant est caricatural au possible, la fin est attendue à mille lieues et les scènes de séquence émotion sont à gerber tellement ceci suinte de partout la bonne conscience et les bons sentiments. La morale du film est ultra attendue.

Bref, ce « Ready player one » est certes un roller coaster sympathique, qui fait preuve d’une débauche d’effets spéciaux impressionnants mais bon…l’histoire n’est vraiment pas terrible et putain ce que j’ai eu mal au crâne en sortant !!!!!

La piste aux Lapins :

2 étoiles

 

N°7 – « Last Flag Flying » de Richard Linklater

 

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Le réalisateur de l’excellent « Boyhood » et de la trilogie Before sunrise, Before sunset, Before Midnight, livre ici un film sur trois anciens marines, qui vont se retrouver 30 ans après avoir terminé la guerre du Vietnam.

Bryan Cranston, Laurence Fishburne, Steve Carell sont évidemment l’intérêt primordial de film un peu long mais qui ne manque pas d’intérêt.

Linklater interroge le regard d’ancien militaires sur le sentiment d’appartenance à un corps et la manipulation qu’ils ont subi lorsqu’on leur a fait croire qu’ils défendaient l’intégrité de l’Amérique. Pour se faire, il les réunit lorsque l’un d’entre eux perd son fils, marine lui-aussi, en Irak, en 2003. Ce dernier cherche alors à retrouver ses deux plus proches amis de l’époque, qu’il a perdu de vue, pour l’aider à enterrer son fils. S’en suivent des discours et réflexions sur le temps qui passe, ou sur l’ineptie de la guerre.

Le film n’est pas toujours super fin, l’humour en général pas drôle mais les personnages sont touchants dans leur rapport au passé, leur solitude et la façon dont ils vont tenter de redresser l’un des leurs. Ce road movie effleure hélas pas mal les sujets mais aborde l’hypocrisie politique et militaire et la stupidité d’un patriotisme aveugle.

Le problème est que sa fin est incohérente avec le propos général du film. Pas désagréable à regarder mais il ne marquera pas.

La piste aux lapins :

2 étoiles

N°6 – « Downsizing » d’Alexander Payne

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Je ne suis pas très fan du surestimé Alexander Payne, à qui l’on doit Monsieur Schmidt, Sideways, The Descendants ou Nebraska.

Son cinéma est certes intéressant mais souvent il ne creuse pas suffisamment ses sujets voire tombe dans la caricature comme avec sa vision de l’Amérique paumée et déclassée dans Nebraska. C’est une peu le réalisateur indépendant qui nous pond des bons concepts régulièrement tels des produits destinés aux festivals et aux cinéphiles bobos mais qui n’a en général pas grand chose d’intéressant à raconter.

« Downsizing » est en ce sens un film somme pour lui puisque son idée de départ loufoque n’est pas si bête. Une découverte permet de miniaturiser les humains et ainsi d’économiser déchets et consommation de ces derniers, ce qui pourrait sauver à terme la planète.

Très vite le personnage de Matt Damon, relativement fade comme souvent, s’aperçoit que ceci a des conséquences sur l’économie capitaliste, les marchés s’effondrant mais décide de passer le cap pour multiplier son niveau de vie. Sauf que le bon vieux système marchand et la présence d’extrême pauvreté chez les mini humains va se décalquer de la même façon que chez les grands.

Le message aurait pu être intéressant si il avait été traité avec finesse et surtout si le réalisateur ne s’était pas endormi sur une histoire d’amour totalement incrédible qui plombe considérablement le film, y apporte tout un lot de clichés de bien-pensance et donne furieusement envie d’écraser ces minis individus pour abréger le long métrage, qui lui pour le coup n’a pas franchement suffisamment réduit sa taille.

La piste aux lapins :

2 étoiles

 

N°5 – « Illang : La Brigade des loups » de Jee-Woon Kim

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En 2029, une unité spéciale de la police sud-coréenne, surnommée Illang, fait face à un groupe de terroristes qui menace de détruire des années de travail pour rapprocher les deux Corées.

On pouvait légitimement espérer un grand film de l’adaptation de Jin-Roh, la brigade des loups, manga culte réalisé par Hiroyuki Okiura en 1999.

D’autant que Kim-Jee Woon, l’un des grands réalisateurs suds-coréens est derrière. On lui doit J’ai rencontré le diable, Deux soeurs, A Bittersweet Life ou en 2017 l’excellent The Age of Shadows.

Hélas on comprend vite pourquoi le film a été un fout en Corée en juillet lorsqu’il est sorti et pourquoi la production a préféré vendre les droits à Netflix plutôt que de dépenser davantage en sortie ciné.

Le film se limite souvent à des scènes de baston, violentes certes, avec un antagoniste bien fasho certes, mais voilà…cette violence qui pouvait choquer en 2019 n’a rien d’originale aujourd’hui.

Le film est daté et se plombe carrément avec son histoire d’amour absurde et pas du tout crédible. Les personnages sont inconsistants et archétypaux et la mise en scène de Kim Jee Woon n’arrive pas à sauver du naufrage cette triste aventure, terriblement longue et ennuyeuse.

Pourtant le réalisateur a brillé sur ces autres films tournés aussi vers l’action avec des scénari malins, des personnages bien écrits, attachants. Là c’est raté et ceci rappelle que réussir un film de Sf est un exercice hautement périlleux, même pour les plus grands metteurs en scène.

La piste aux Lapins :

Mauvais

 

N°4 – « Mute » de Duncan Jones

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Duncan Jones avait fait sensation avec son premier film, Moon, en 2009. Son second, Source Code était réussi puis il s’est vautré avec l’adaptation du jeu Warcraft, très impersonnelle. Il était censé de revenir au top avec ce projet de SF inspiré de Blade Runner pour l’univers, et qu’il avait en tête depuis plus de dix ans.

Netflix est venu en sauveur pour financer ce film dont le personnage est un barman muet cherchant à retrouver sa copine disparue.

Et quelle terrible déception pour ce film très attendu.

Mais qu’est-il arrivé à Duncan Jones ? La perte de son papa, David Bowie, l’a t’elle chamboulé au point de perdre toute son inspiration?

Franchement on a du mal à croire que c’est le même réalisateur voire que c’est un projet muri depuis des lustres.

Entendons-nous, Alexander Skarsgård, Paul Rudd et Justin Theroux font le job et jouent plutôt bien. Mais le film n’est porteur d’aucun message, il n’a strictement rien à raconter d’intéressant. Il ne lorgne même pas vers des sujets rebattus de la science-fiction puisqu’en fait, à part voir ce type enquêter dans un Berlin aux effets spéciaux atroces, il ne se passe rien, on comprend difficilement qui sont les personnages et pourquoi ils agissent et surtout, on s’en fout complètement

Il n’y a pas de suspens, pas de thématique qui transcenderait le sujet comme la SF se veut et se doit d’interroger notre morale et notre regard sur aujourd’hui.

Un ratage total et une énorme claque dans le mauvais sens.

La piste aux Lapins :

Bad

 

N°3 – « Black Panther » de Ryan Coogler

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Je n’aime pas les films Marvel de manière générale, leurs héros sont trop lisses, leurs histoires trop décousues et les supers pouvoirs trop délirants. Bref, je préfère le sombre de DC Comics et encore pas en ce moment vu le niveau plus que mauvais des Batman V Superman et autres Justice League pour ne pas parler de l’affligeant Wonder Woman.

Et puis bon les supers-héros, on en bouffe tellement depuis que Disney a racheté Marvel 4 milliards de $ et que la firme veut rentabiliser à mort, que ceci devient de l’overdose.

Alors pourquoi aller voir « Black Panther » si c’est pour couiner derrière ? Hein? Pourquoi ?

Et bien parceque j’étais curieux de voir ce que Disney – Marvel avait foutu de son projet clairement orienté vers un public se déplaçant moins dans les salles de cinémas et peu représenté sur grand écran au regard du poids de la population noire aux Etats-Unis…ou tout du moins dans des rôles secondaires.

Le résultat est regardable. Disons que le film ne lésine pas sur les moyens. Michael B. Jordan est un bon antagoniste, ce qui est plutôt rare chez Marvel et le casting est à 95% noir, ce qui fait en effet du bien.

Après les ressorts sont sans surprises et attendus, les images de synthèses pas toujours crédibles voir involontairement comiques, pour au final la livraison d’un film super-héroique consensuel. Les blacks ont donc désormais droit eux aussi à leur produit Marvel de masse sans beaucoup de saveur, est-ce ceci l’égalitarisme ? Pas franchement certain.

 

N°2 – Newness de Drake Doremus

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L’histoire d’un couple dans un Los Angeles contemporain, en prise avec la culture des rencontres en ligne et les réseaux sociaux.

Laia Costa est très belle mais elle est juste insupportable du début à la fin de ce film qui se veut « générationnel » en parlant donc de l’impact des réseaux sociaux et surtout des sites de rencontre. J’adore Nicholas Hoult mais là franchement, il s’est planté de cheval. Drake Doremus avait déjà signé avec lui un film de SF carricatural, « Equals« . Doremus est visiblement très inspiré par les films concepts. Sauf qu’il n’est pas David Lynch et que son talent reste clairement à démontrer.

Son Newness est super agaçant, il rend limite agressif tellement ses personnages sont idiots. Ils pronent l’amour libre mais sont amoureux et dans la passion…et après ils couinent parcequ’ils sont tous malheureux. En fait le problème c’est qu’il est impossible de comprendre le message ou la morale du film, ou alors elle complètement con. Surtout, le réalisateur-scénariste a t-il connu un jour la passion ? Parceque bon ce n’est pas crédible deux secondes.

Le personnage féminin est anthipatique à souhait et le masculin idiot à souhait. C’est quand même rare que le film soit râté au point que le spectacteur préférerait que les personnages ne se retrouvent surtout pas, que celle qui est complètement à baffer se prenne un bus façon comédies des frères Farrelly…bref, c’était vraiment à chier mais çà permet de mettre un niveau par rapport à un vrai film en fait.

Espérons que Newness fasse partie de l’époque « fauchée » de Netflix où ils produisaient ou rachetaient les fonds de tiroirs…

 

 

Et le film qui m’a le plus gonflé cette année est ….

tataaaaaaa!!!!

 

N°1 – « 9 Doigts »de F.J. Ossang

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J’ai loupé le film à sa sortie en mars 2018…et je tenais à le voir tant une partie de la presse était dithyrambique.

Et bien je n’ai pas été déçu. « 9 Doigts » est le film d’un cinéaste réputé pour être poétique dans son approche et adepte d’une certaine forme d’expérimentation. C’est vrai que les personnages déclament des phrases sorties du nulle part à la manière de poèmes sauf que c’est horriblement chiant. Le plus fort est que le film est ennuyeux dès les dix premières minutes. Le noir et blanc et certains effets d’optiques ne suffisent pas à combler le vide scénaristique abyssal. On ne comprend ni le sens du récit ni pourquoi on se retrouve dans une telle galère avec plusieurs acteurs qui jouent particulièrement mal.

Alors c’est peut être Arty et trop complexe pour que je touche du doigt la beauté du film mais moi je pense surtout que c’est typiquement le genre de fil caricatural mis en exergue par une partie de la critique qui se masturbe intellectuellement sur un Ovni mal ficelé.

C’est par ce type de film que le public fuit le cinéma d’auteur c’est à dire quand on se fout de sa gueule non pas avec « 9 doigts » mais bien un seul aussi ostensiblement dressé dans sa direction.

Le film est poseur et volontairement incompréhensible de bout en bout et s’avère prétentieux, long, condescendant. Un calvaire !

La piste aux Lapins :

Mauvais

 

 

Voilà, c’était le bilan énervé de l’année 2018…le Lapin va se radoucir pour les meilleurs films de l’année…très très vite…

 

 

 

 

 

Les meilleurs films 2017 du Blanc Lapin Partie 2 : N°10 à N°1

23 décembre, 2017

Et voici la fin du classement annuel du Blanc lapin avec les 10 meilleurs films sortis cette année selon moi, parmi les 70 vus.

 

N°10 – « Logan » de James Mangold

Les meilleurs films 2017 du Blanc Lapin Partie 2 : N°10 à N°1 dans Dossiers Logan

Wolverine revient pour sa troisième et dernière aventure solo et pour la dernière fois que Hugh Jackman interprète le rôle.

Et l’acteur a du être ravi de voir le résultat et de pouvoir partir sous les honneurs critiques et un succès au box-office déjà très important et mérité. Car oui, tous les fans attendaient de voir un Wolverine vraiment violent, sombre et une histoire qui ne soit pas sans saveur comme l’a été le premier film, nullissime. Le second, déjà réalisé par James Mangold, avait les défauts de son scénario que Mangold n’a pas pu entièrement remanier, il se regardait mais bon, le niveau était très en dessous de la plupart des films X-men.

Et bien là, « Logan » est non seulement un adieu en grande pompes mais c’est l’un des meilleurs films X-men. Les scénaristes ont choisi un monde où tous les mutants ont disparu sauf le professeur Xavier perdant la tête et géré par un vieux Logan et Caliban. Et dans ce monde entre Mad Max et un bon vieux western, il n’y a pas franchement d’espoir, juste celui de survivre, d’autant que Logan perd ses pouvoirs, moins efficaces et souffre. Ses griffes repoussent poins vite, ses blessures sont douloureuses et se referment moins, il est malade et se sait sur le chemin de la fin.

Et là débarque une fille qu’il n’a pas choisie, une gamine trafiquée par les mêmes salopards qui ont transformé son corps. Elle a besoin de lui et il va comprendre avec Xavier qu’ils forment une famille. Mais rassurez vous, ce n’est ni gnangnan ni cliché. Le réalisateur évite les blablas inutiles, la fillette étant muette la plupart du temps.

Le long métrage est R-rated donc ultra violent par moment puisque çà découpe, on voit du sang, des membres découpés et putain, çà fait du bien ! Enfin un film de supers héros adulte avec l’un des héros le plus badass et violents qui existe. Et c’est très très réussi.

Le scénario est simple, c’est une course poursuite, mais un certain Mad Max Fury Road a montré qu’aussi con que çà puisse paraitre sur le papier, le résultat peut faire preuve d’une haute tenue.

La grande force du film est qu’il est très sombre, crépusculaire et  humain voire émouvant aussi. L’humour à la con des films de supers-héros est absent et c’est tant mieux !

Le film est mélancolique, sans issue, radical et tout simplement le film Wolverine qu’il nous fallait !

 

N°9 – Star Wars – Les Derniers Jedi de Ryan Johnson

2061488 dans Films - critiques perso

L’épisode VII de la célèbre série de SF avait plutôt agréablement surpris le public car le niveau était plutôt bon et le fait de retrouver Chewbaca, Han Solo et Leia tout en introduisant une nouvelle génération avait été effectué avec soin, tout en respectant des effets spéciaux old school, loin de la débâcle de la prélogie du début des années 2000.

Mais « Star Wars, le réveil de la force » prenait quelques raccourcis, quelques facilités et une étrange similitude d’avancée du scénario avec le tout premier film, Un nouvel Espoir. Ceci faisait dire à une partie des fans que les studios Disney ne prenaient aucun risque.

Fort heureusement, ce deuxième épisode de la troisième trilogie ne décalque pas du tout « L’empire contre attaque« , soit le meilleur de tous les films.

Au contraire, il joue la surprise. Là où on pouvait s’attendre à un entrainement ennuyeux de Rey par Luke façon Yoda, il n’en n’est rien. Le film fait place à un bestiaire très réussi, comme d’habitude certes, mais les images des chiens de cristal vous resteront.

Les personnages nouveaux ont enfin de la place et son travaillés tout en laissant un rôle de premier choix à Luke (Mark Hamill) et Leia (Carrie Fisher), qui ne jouent pas du tout les simples faire valoir. Deux scènes avec la regrettée Carrie Fisher sont d’ailleurs particulièrement épouvantes.

Mark Hamill est excellent dans son rôle de dernier Jedi et certaines de ses scènes marqueront la saga. Il a juste la méga classe.

Enfin Adam Driver trouve un rôle ambigu à souhait alors qu’il était relativement fade dans l’opus précèdent. Or un méchant humain et plein de fêlures, c’est indispensable pour que ce type de film fonctionne.

Ryan Johnson assure non seulement le show mais il casse le rythme à deux reprises par des surprises de scénari inattendues et très très bienvenues.

« Star Wars – Les Derniers Jedi » est donc un très bon divertissement, digne de la 1ère trilogie. Il trouve son chemin en rendant hommage à la légende de Star Wars, à ce que le film a provoqué dans l’histoire du cinéma comme ce que Luke représente dans cet univers de space opéra. C »est malin et c’est très réussi.

 

N°8 – « The Lost City of Z » de James Gray

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Voici enfin « The Lost City of Z« , une arlésienne de cinéma qui traine depuis de nombreuses années, le grand James Gray (de « Little Odessa » à « Two Lovers« ) tentant depuis une dizaine d’années de monter le projet. Brad Pitt était de la première mouture et l’a lâché à un mois du tournage avant de le produire, pour se faire pardonner.

Et le film est excellent et figure parmi les meilleurs opus du réalisateur new-yorkais, loin de ses univers habituels et citadins.

Voici l’histoire vraie de Percy Fawcett, colonel britannique qui est envoyé en 1906 par la Société géographique royale d’Angleterre, pour cartographier l’Amazonie afin d’éviter un conflit entre le Brésil et la Bolivie. Il est sur le point d’être père et va demander un sacrifice à sa femme qu’il aime plus que tout, pour pouvoir effacer le passé trouble de son père et reprendre une place dans la société londonienne.

Au cours de son premier périple, il découvre alors la légende d’une cité d’une civilisation perdue, ornée d’or, qui se trouverait dans cette immense océan de verdure.

Je rappelle qu’à cette époque, le Machu Pichu n’était pas encore découvert puisqu’il le fut en 1911 par des américains.

Va alors naitre dans son esprit une obsession, un idéal de vie et un but obsessionnel, trouver cette cité perdue de Z et ses mille trésors. Et il va y retourner, deux fois supplémentaires.

Le film est d’un très grand classicisme dans sa mise en scène mais d’une maitrise formelle et d’une beauté irréprochable. Charlie Hunnam, qu’on a vu dans Crimson Peak, Pacific Rim, ou les séries Queer as folk et Sons of Anarchy, trouve son premier grand rôle à 36 ans. On le verra bientôt en roi Arthur chez Guy Ritchie mais là il prouve qu’il joue très bien et qu’il n’est pas qu’une belle gueule. Accompagné d’un Robert Pattinson métamorphosé, l’équipée va nous rappeler les meilleurs films de jungle dont le Aguirre la colère de Dieu de Werner Herzog.

James Gray arrive à confronter par les allers-retours à Londres et les flashs backs la beauté de ce rêve au conformisme dont le personnage tente de s’échapper. Il aime sa femme et ses enfants mais c’est un pur aventurier qui a besoin de piment et qui a trouvé le Graal idéal car crédible ! Cette quête est magnifiée par la photo de Darius Khondji.

Dans « The lost city of Z » on parle d’idéal, d’honneur, de fidélité, de comment gérer la transmission à son enfant et James Gray le filme avec une très grande classe.

Le film avance, calmement, majestueux, comme le fleuve Amazone dans lequel s’engouffrent les personnages.

Il est rare en ce moment de voir des Odyssées au sens noble du terme, de partager cette soif d’absolu. Le fait que Gray ait tourné réellement en Amazonie ajoute évidemment au sentiment de danger et de fascination pour cette nature et pour les civilisations qui s’y sont adaptées.

Le souffle épique du film vire à l’obsession du personnage qui côtoie la folie et interroge l’homme sur le sens qu’il peut donner à sa vie quand il trouve un objectif plus grand que tout ce qu’il a pu imaginer.

The lost city of Z » est le grand film que j’attendais depuis son annonce et je ne peux que vous inciter à plonger avec ce personnage dans cette quête fascinante et d’une grande élégance.

 

N°7 – « Dunkerque » de Christopher Nolan

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Christopher Nolan est donc de retour avec un projet surprenant. Tout d’abord il s’éloigne des thématiques souvent SF de la plupart de ses longs métrages (de la trilogie The Dark Knight à Interstellar en passant par Inception ou Le prestige). Il s’encre pour la première fois au réel car même son Memento était confiné dans un espèce de jour sans fin pour amnésique. Mieux, il s’attaque à un genre, le film de guerre. Et pour le coup, c’est un genre souvent lourdaud car emprunt soit de patriotisme soit d’éloges héroïques dont les couleurs se délavent parfois avec le temps.

Et le premier constat évident en sortant de Dunkerque est que l’on reconnait une mise en scène d’exception venant d’un maitre par rapport au reste des sorties cinéma.

Le film est une démonstration du talent de metteur en scène de Christopher Nolan, ce dernier choisissant un angle très malin pour lier les différents groupes d’individus qu’il suit. Avec une économie de mots, l’utilisation de l’espace temps permet au film de monter en puissance et de maintenir une tension tout du long qui est accentuée lorsque l’on comprend le parti pris qu’a choisi Nolan.

Dunkerque parle certes de patriotisme mais pas pour le montrer en étendard. Il fait comprendre comment à un moment de défaite cuisante pour les alliés et sans jamais montrer Churchill ni aucun homme de pouvoir, comment le peuple britannique s’est uni et redressé d’un coup, préférant tirer parti d’une débâcle atténuée pour inciter chacun à s’investir pour son pays et pour les hommes qui le défendaient. D’un épisode peu connu de la seconde guerre mondiale, Christopher Nolan tire un film mémorable où l’on vit la peur, l’abnégation de ces militaire coincés sur des plages avec des allemands se rapprochant d’eux et coulant les bateaux tentant de fuir. On vit ainsi une sorte d’enfermement à l’air libre, prisonniers d’un cul de sac naturel implacable.

Et au final Nolan retrouve une thématique qui traverse toute sa filmographie, celle de l’enferment intérieur, auquel se fait écho cet enfermement absurde et implacable.

Il signe aussi des scènes mémorables comme celle introductive de Il faut sauver le Soldat Ryan, sauf que c’est durant tout le film.

Les mots laissent la place à des corps qui tentent de survivre par tout moyen, et l’on se trouve fasciné par cette approche par la mer le ciel et le sable sur des temporalités différentes. En unifiant ces temporalités dans son final, Christopher Nolan donne une réalité très humaine à un récit qui aurait pu rester relativement froid et désincarné.

Là où il a été souvent reproché à Nolan son perfectionnisme laissant peu de place aux émotions, son travail millimétré laisse au contraire ces dernières s’exprimer, l’intellectualisation par de grandes phrases étant quasiment bannie du film.

Au final si Dunkerque est magistral, c’est peut-être parceque Nolan ne l’a pas tourné avec les codes du film de guerre mais celui du survival, aux prises avec les forces de la nature et celles du destin. Nolan s’intéresse aux limites de la résilience et à l’impact du temps sur cette dernière. La maitrise du temps est impossible sauf à travers un film. Et là Christopher Nolan choisit de raconter l’immédiat plutôt que de se plonger dans le passé comme il avait l’habitude de le faire. C’est un moyen de mettre les évènements sous tension. C’est en déconstruisant la linéarité de chaque destin de personnage qu’il créé du volume, de la matière palpable à cette histoire incroyable, donnant une densité au temps qu’il n’aurait jamais obtenue par un récit chronologique simple.

Il ne perd à aucun moment le sens du suspens et préfère ne pas donner de visage à l’ennemi car ce dernier est à la fois le temps, les allemands, la mer et c’est ce qui fait que certaines scènes relèvent plus du rêve /cauchemar de survie que de la réalité… mais en matière de rêve et d’illusions, Nolan est passé maitre, d’Inception au Prestige…et on espère qu’il conservera ce niveau et poursuivra sa livraison de grands films à un tempo tout aussi rigoureux.

 

N°6 – « Baby Driver » d’Edgar Wright

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Edgar Wright est ce genre de réalisateur avec un public de fans qui a toujours un peu de mal à passer la vitesse supérieure…et pour le coup, il signe son meilleur long métrage avec ce « Baby driver » qui sent grave le film culte en puissance !

« Le dernier pub avant la fin du monde » était barré mais conventionnel dans sa rupture de ton, « Scott Pilgrim » avait une bonne dose d’humour et d’action mais s’enlisait dans le film pour ados faussement rebelle, « Hot Fuzz » et « Shaun of the dead » étaient des parodies drôles mais là aussi trop référencées.

Ce qui rend incroyablement fun ce Baby driver, c’est que son concept n’est jamais écrasé par un déséquilibre entre les personnages, une baisse de régime ou une faute de goût improbable. Tout est huilé à un rythme qui force le respect, avec le même humour et la même cool attitude que d’habitude chez Wright mais une maturité inédite. Le film d’autant plus référencé que son héro fonctionne à la musique et donc à une bande son qui guide chacun des casses auxquels il participe. Et pourtant çà fonctionne à merveille grâce au talent de mise en scène d’Edgar Wright  mais aussi à ses acteurs, dont un  Kevin Spacey aussi énigmatique que menaçant et un Ansel Elgort qui arrive à devenir attachant là où il aurait pu être une putain de tête à claque, ce qui aurait saccagé l’histoire. Et son rôle étant aussi casse gueule qu’un autre Baby, à savoir celui de Johnny Depp dans Cry Baby, c’est assez balaise.

Le film est un excellent divertissement Rock’n Roll dont la coolitude obsessionnelle du réalisateur fait un bien fou. L’action est menée avec soin, les courses poursuites, genre de scène qui m’a toujours gavé, sont rondement menées.

Le film est élégant, virtuose dans son montage et deviendra probablement un classique. Courrez y !

 

N°5 – « Okja » de Bong Joon-Ho

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Bong Joon-Ho est l’un des meilleurs réalisateurs au monde, de « Memories of murder » à « Snowpiercer« , en passant par « The Host » ou l’excellent « Mother« .

La polémique cannoise autour de son nouveau film exclusivement produit par Netflix et ne sortant pas au cinéma mais sur la plateforme mastodonte, m’a un peu gonflé. Non que les détracteurs aient tord ou raison mais au bout d’un moment on parle de cinéma avant tout et « Okja » est une œuvre de cinéma très réussie.

Le problème est ailleurs, notamment dans le fait que Netflix ne finance pas avec son modèle le système français très particulier qui en fait notre exception culturelle ou ne paie pas ou très peu d’impôts en France. Mais ceci est davantage du domaine des choix et du courage politique de nos gouvernants que du débat entre sortie ciné ou pas sortie ciné.

Si nous revenons donc au nouveau film du maitre sud-coréen, le constat est qu’il choisit de mettre tant l’accent sur l’humour comme dans « The host » que sur la dénonciation des excès consuméristes et de l’hypocrisie du marketing bio. C’est souvent drôle, un peu surjoué par Tilda Swinton et Jake Gyllenhall mais au final le film est d’une efficacité redoutable. Il tape là où çà fait mal en montrant la monstruosité de l’abattage de masse et prenant partie pour la cause animale. Il le fait naïvement mais c’est cela qui rend Okja attachant et émouvant à bien des moments. L’animal en image de synthèse est très réussi et arrive à vous décrocher des larmes alors qu’il s’agit d’un gros cochon gris et çà, c’est balaise !

Mention spéciale à Paul Dano, toujours excellent mais là particulièrement dans le rôle d’un activiste écolo prêt à risquer sa vie pour libérer l’animal en question.

Bong Joon-Ho montre un monde caricaturé et pas forcément réaliste mais qui nous tend un miroir affligeant de notre mode de vie, les personnages portant des masques de théâtre pour mieux nous effrayer. Car au final, seule la petite fille est sincère et libre.

Le film parle de moralité et de la vanité de l’homme par un message fort et simple qui doit normalement toucher notre conscience. Sous ses airs de grand public, le film emporte le spectateur par sa générosité évidente, malgré la noirceur de son fond. C’est anticapitaliste, antispéciste et donc beaucoup plus politique qu’il n’y parait et c’est Netflix qui produit…et c’est lorsqu’Hollywood devient frileuse à produire ce type de sujets, qu’une firme ultra capitaliste s’en empare du moment que çà se vend!

Bong Joon-Ho a bien du se marrer en réalisant son film, car avec le recul, il utilise le cœur du réacteur pour le dénoncer et çà c’est sacrément gonflé!

Sauver le peu d’humanité qu’on peut dans une machine infernale de spectacle et de consommation, voilà le beau défi qu’a relevé Bong Joon-Ho, et c’est énorme !

 

N°4 – « La La Land » de Damien Chazelle

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Le réalisateur du très bon « Whiplash » il y a deux ans, revient et signe à 32 ans LE film dont tout le monde parle, ultra favori des prochains Oscars et c’est une comédie musicale !  Sur le papier c’était super casse gueule de faire chanter le très hype Ryan Gosling et la douce Emma Stone et de revenir à ce genre qui fit l’âge d’or d’Hollywood et repointe le bout de son nez de temps en temps…

Alors comment dire…le film commence par une grande scène de chansons dans un embouteillage, façon « Chantons sous la pluie » ou « Un Américain à Paris » et c’est certes ultra bien filmé mais on se dit que si c’est çà tout le temps çà va être chaud à suivre.

Puis l’histoire débute et c’est une rencontre, une histoire d’amour ultra classique entre une comédienne en devenir qui écluse les castings échec sur échec et un pianiste de Jazz qui aime un style que peu de gens connaissent vraiment. Et là, petit à petit, grâce au talent des comédiens et à la grande élégance du réalisateur, on se prend au jeu et avec sourire. La caméra devient légère, délicate et c’est disons le clairement, hyper bien mis en scène sur des chansons originales dont les textes sont d’actualité. D’ailleurs le grand talent du film est à la fois de rendre hommage aux classiques du genre et de redonner un coup de jeune et de modernité à la comédie musicale. Tous les codes sont là et pourtant çà fonctionne. Le lien entre les scènes, l’introduction d’éléments surréalistes, la beauté des décors, le jeu des acteurs, les situations comiques, tout y est.

Mais si le film s’était contenté d’une simple histoire d’amour, il n’aurait pas provoqué la très forte émotion que j’ai ressentie sur le dernier tiers. Car le film touche, comme beaucoup de grands film qui marquent, à quelquechose d’universel…l’amour contrarié certes mais surtout l’impact des choix de vie, des renoncements à certains rêves pour préférer un destin plus communs. Le film est par surprise empreint de réalisme et parle de la difficulté de confronter son propre égoïsme, ses propres peurs à des rêves plus naïfs….ou en quoi les « choix de vie d’adultes » ne rendent pas toujours heureux et laissent un goût amer…et « La la Land » s’envole littéralement vers de très hauts sommets, touché par la grâce. Le tour mélancolique et désenchanté de l’histoire est tout simplement bouleversant.

On ne peut qu’applaudir à tant de talents concentrés pour raconter en chantant et avec le sourire la magie d’un amour et la douleur de vivre sans.

Damien Chazelle a signé un petit bijou d’émotion et devient de fait l’un des réalisateurs Hollywoodiens dont on attendra avec impatience la suite.

Le personnage d’Emma Stone dit qu’il faut sans cesse donner des couleurs à la vie…Damien Chazelle en a donné au cinéma, assurément.

 

N°3 – « The Age of Shadows » de Kim Jee-Woon

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Kim Jee-Woon est l’un des grands maitres sud-coréens aux côtés de Bong Joon Ho et Park Chan Wook. Et heureusement qu’il est là car son talent est immense !

Toujours très inspiré par le cinéma français et l’âge d’or hollywoodien des westerns, le réalisateur de « 2 soeurs« , « A bittersweet life« , « Le bon la brute et le cinglé » ou encore le génial « J’ai rencontré le diable » revient en très très grande forme.

Le scandale c’est que le film est disponible sur internet mais n’a aucune date de sortie prévue au cinéma en France.

Le film se passe dans les années 1920, alors que la Corée est occupée par le Japon. Un capitaine de police coréen collabore avec la police japonaise pour détruire la résistance coréenne. Il va tenter se s’infiltrer auprès de l’un de ses leaders, Kim Woo-jin.

« The Age of Shadows« est tout d’abord une déclaration d’amour à « L’armée des ombres » de Jean-Pierre Melville, et comment dire…il y a pire comme référence.

On y trouve l’héroïsme, le sens du sacrifice d’un petit nombre face à l’oppresseur tout puissant mais aussi le déterminisme, la volonté farouche et l’inventivité de la dissimulation. Et lorsqu’il s’agit de jouer avec le spectateur, de surprendre ce dernier tant par le scénario, brillant, que par des effets de mise en scène d’une efficacité redoutable, on peut compter sur Kim Jee-Woon.

Quel plaisir que de regarder un film divertissant, intelligent sur le rapport à l’honneur et à la réussite, sur la résiliance mais qui brasse des tas de thèmes avec une fluidité qui ferait pâlir nombre de cinéastes occidentaux. Car le réalisateur n’oublie jamais de garder le spectateur sous tension tout du long.

Je me suis fait à plusieurs reprises la réflexion en me disant « wouah la classe ! çà c’est du cinéma d’action malin, du vrai !« . La photographie est comme d’habitude d’un excellent niveau.

Ce thriller d’espionnage est malin, porté par les trois acteurs ultra stars en Corée et que vous connaissez probablement, Gong Yoo (« Dernier train pour Busan« ),  Byung-Hun Lee (A bittersweet life, Hero,  Le Bon, la brute et le cinglé, « J’ai rencontré le diable« ), et le génial Song Kang-Ho (Sympathy for Mr. Vengeance, Memories of Murder, Lady vengeance, The Host, Le Bon, la brute et le cinglé, Thirst, Snowpiercer).

Ce jeu du chat et de la souris est juste excellent ! Le double jeu des personnages et les effets de surprises sont un vrai bonheur de cinéphile.

Jetez vous dessus ! Ce sera l’un des meilleurs films de l’année.

 

N°2 – « Blade Runner 2049″ de Denis Villeneuve

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Denis Villeneuve est l’un des grands metteurs en scène du moment mais relever le défi de donner une suite à l’un des plus grands chefs d’oeuvre de la SF était un pari ultra casse-gueule.

Ridley Scott ne s’est pas trompé mais il a surtout concocté avec le scénariste du film original, une histoire qui ne réédite pas du tout la précédente et se permet de prolonger le film précèdent. C’est sans doute la première grande force du film, celle de ne pas tomber dans le piège de l’univers si marquant du premier. On retrouve évidemment l’ambiance de villes polluées, où les voitures volent et les hologrammes publicitaires sont géants. Un élément a cependant disparu…les gens. Villeneuve s’attarde en effet peu sur cette population qui grouillait de partout dans Blade Runner car dans ce futur du futur, l’humain a quasiment disparu.

Et c’est en sortant de la ville et en nous montrant à voir des paysages d’une beauté froide et glaçante, d’une humanité qui est obligée de cultiver sous serres sur des étendues infinies, que le film prend son propre envol, sa propre indépendance par rapport à son écrasant ainé.

Denis Villeneuve prend alors le temps de dérouler son histoire, certains trouveront trop mais pas moi. Je n’ai pas vu le temps passer tout simplement parceque la mise en scène est fluide mais que l’interprète principal, Ryan Gosling, est tout de même très fort lorsqu’il s’agit de jouer les taiseux.

L’histoire casse les a priori qu’on peut se faire en connaissant le film d’origine et surtout s’avère émouvante car elle s’intéresse à ce qui fait que l’on est humain. On s’humanise en se trouvant un sens, un objectif à sa vie …on a besoin de se sentir aimer et d’aimer en retour sinon pourquoi ? L’utilisation du personnage féminin holographique est une excellente idée, plus proche de Spielberg et d’AI que de Blade Runner mais non moins pertinente.

La thématique est aussi celle de l’humanisation face à la prise de conscience de l’immense solitude de l’humain face à la mort. Et c’est en cela que Blade Runner 2049 est un grand film. Sa thématique est différente de l’original et complémentaire.

Le seul problème est qu’elle ne se révèle pas facilement, l’émotion étant plus contenue que dans le premier film. Harrison Ford est très bon et son rôle ne fait pas figure de justification scénaristique. Seul le personnage de Jared Leto est un peu sous utilisé.

Denis Villeneuve utilise des décors en dur au maximum et use des effets spéciaux de façon intelligente, sans en foutre plein la vue et réussit à créer une identité visuelle aussi forte que l’original et pourtant différente.

Son film est contemplatif par moment mais ne se perd jamais dans une narration complexe, chaque scène étant justifiée malgré la durée du film.

« Blade Runner 2049″ est une grande dystopie, une histoire dépressive et triste mais tellement réussie. Le film manque peut être du lyrisme qui le ferait accéder au niveau du premier mais il a une qualité énorme pour ce genre d’entreprise, l’humilité.

 

N°1 – Ex Aequo 

« A Beautiful Day – You Were Never Really Here » de Lynne Ramsay

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Il est rare de sortir d’une séance de cinéma en se disant qu’on vient de visionner un chef d’oeuvre instantané. Et pourtant Lynne Ramsay, qui m’avait déjà impressionné il y a 7 ans avec « We need to talk about Kevin« , vient de produire un chef d’oeuvre, un vrai.

Avec cette histoire de vétéran tueur à gage, traumatisé par son passé, à la limite du suicide, hors sol, Lynne Ramsay donne à Joaquin Phoenix un de ses plus beaux rôles et il en a déjà eu de sacrément bons. Son prix d’interprétation à Cannes est une évidence tant il incarne avec puissance cette masse brutale et fragile, totalement perdu, déshumanisé par les horreurs de la guerre et le boulot d’effaceur, naviguant en eaux troubles, avec pour seul repère sa vieille maman qu’il aime.

Et un jour on lui propose de récupérer une adolescente prostituée de force dans un réseau pédophile car c’est la fille d’un sénateur. Et là, il va trouver un sens à son existence, une rédemption pour ses pêchés.

Le film est magistral du point de vue de la mise en scène, de la bande-son stridente et parfois mettant de gros coups de pression sur le suspens. La caméra épouse totalement cet ogre barbu dont on ne sait si il veut mourir ou rester ce fantôme de la mort qui assassine des gens sans aucun affect. Il est la figure désincarnée car sans âme, des laissés pour comptes de l’Amérique, de types de l’Amérique pauvre envoyés en Afghanistan, et laissés dans leur puit sans fond à leur retour du front.

Le rapport entre cet homme fracassé et cette enfant victime de l’ignominie des adultes, est d’une grande sensibilité, romantique et désenchanté. Et pourtant le film est parfois quasi muet, l’économie de dialogues se justifiant par leur inutilité. Tout est sur l’écran, Joaquin Phoenix crève l’écran.

« A Beautiful Day » aurait dû garder son très beau titre d’origine « You Were Never Really Here« .

C’est un uppercut de cinéma, un très grand film qui deviendra un classique assurément. Courrez le voir ou ne prétendez pas « aimer » le cinéma. C’est l’un des deux films de l’année, avec « 120 battements par minute« .

 

N°1 – Ex Aequo

« 120 battements par minute » de Robin Campillo

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Le Grand Prix du dernier festival de Cannes, qui a bouleversé la Croisette sort enfin et c’est un film important.

La première réussite est la direction d’acteurs de Robin Campillo, qui a été membre d’Act Up et çà se sent profondément dans le détail des échanges entre les protagonistes. Le lieu récurrent est donc l’amphithéâtre dans lequel l’association d’activistes se réunissait chaque semaine afin de discuter des actions à mener pour sensibiliser l’opinion publique, faire de la prévention contre le VIH et bousculer l’état, les corps intermédiaires peu actifs et les laboratoires.

La justesse et le naturel du jeu des acteurs qui s’invectivent et discutent de fond est bluffante. Bien sûr l’histoire d’amour entre le très attachant personnage joué par Nahuel Perez Biscayart et le garçon plus en recul joué par Arnaud Valois, permet au film d’avoir une ossature et un fil directeur. Mais l’ensemble des acteurs donne corps à cette rage qu’avaient les militants de réveiller les consciences et de choquer le public endormi. D’ailleurs le film montre très bien des homos qui début des années 90 fustigeaient le comportement d’Act up car ceci les dérangeaient, leur faisait peur et ils préféraient se voiler la face et nier la réalité de l’épidémie. D’autres scènes montrent l’incrédulité des adolescents dans les lycées, l’irresponsabilité des adultes refusant de parler de sexe et de capotes quitte à mettre en danger la jeune génération. Act up dénonçait le retard considérable que les campagnes de préventions mirent à s’installer. On y voit même une homophobie violente de jeunes filles préférant considérer que c’était une maladie réservée aux Pd.

Robin Campillo nous fait revive ce parcours d’une bande dont la plupart étaient séropositifs, de leurs divergences d’opinions, de leur volonté d’agir et de combattre plutôt que de laisser la maladie s’installer et les emporter. A l’image de Nahuel Perez Biscayart, le film fonctionne comme une force portée par des êtres humains qui n’ont rien à perdre.

Le film est politique, romanesque, à la fois porté par l’espoir d’obtenir des avancées et l’immense tristesse face à la disparition de certains. Mêlant la joie de la gay pride ou de relations amoureuses, l’humour des activistes, la colère de leurs actions ou de leurs débats, « 120 battements par minute » nous déchire aussi et nous tire des larmes lorsque le rideau tombe sur certains. Mais il le fait sans mélo, sans violons, juste porté par ce jeu encore excellent des protagonistes, dont la sincérité crève l’écran de réalisme.

Et puis le film a un scénario très bien construit, allant du collectif vers son couple de héros, de la force du groupe à la solitude face au déclin et c’est particulièrement fin dans la mise en abîmes.

« 120 battements par minute » est parsemé de morts mais il respire le désir de vivre et c’est ce qui fait que c’est un très grand film. Il vibre de la palpitation de ses héros qui ne veulent pas se laisser aller au déterminisme d’une maladie dont certains se foutent car elle vise les Pd.

Le film est passionnant de part ce qu’il décrit de cette lutte, emballant par sa vigueur et l’énergie des personnages, très émouvant et il aurait mérité la palme d’Or.

Il restera l’un des plus beaux films de l’année, digne, fier, et bouleversant.

 

Et comme d’habitude le podium de l’année :

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Et pour rappel, les classements précédents des huit premières années :

2009

 

2010

2011

2012

2013

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2015

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Les meilleurs films 2017 du Blanc Lapin Partie 1 : N°21 à N°11

20 décembre, 2017

Avec 70 films sortis et vus cette année 2017 et compte tenu du tri méticuleux opéré dans les sorties, post accueils en festivals, accueil presse, retours d’avant premières etc…on peut dire que la sélection du Blanc Lapin 2017 a été des plus trépidantes. Or 2017 est un excellent cru.

Voici donc la première partie du classement annuel des films qu’il ne fallait pas rater !

Avec les critiques écrites par mes mimines à chaque fois.

 

N°21 – « Compte tes blessures » de Morgan Simon

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Ce premier film a hélas été très peu distribué dans les cinémas en janvier d’où le temps long pour enfin le voir. L’histoire suit un jeune chanteur charismatique de hard rock, qui s’est tatoué de partout et vit encore chez son père, poissonnier.

Il est jeune, beau, son groupe cartonne mais il est aussi très seul. Au lieu de profiter de la vie, il se heurte à son père insensible et froid. Et surtout, il voit arriver la nouvelle copine de ce dernier qui vient bouleverser son monde et le silence causé par la mort de sa mère quelques mois auparavant.

« Compte tes blessures » n’est pas dénué de défauts mais il est tellement généreux par sa belle humanité, par la délicatesse de l’expression des sentiments des protagonistes, qu’on lui pardonne toute le reste. Morgan Simon réalise déjà un film ultra court, 1H20 seulement et c’est probablement une très bonne idée car il évite les scènes inutiles qui auraient dilué le message.

Kévin Azaïs, qu’on avait découvert dans « Les combattants » en 2014, est brillant dans ce rôle de jeune homme qui n’est pas totalement sorti de l’adolescence, dont le regard cherche en permanence l’amour de son père. Il est perdu, blessé car son monde s’est effondré à moitié par la mort de sa mère adorée. Et il se cherche, il provoque, il doit « tuer le père » pour grandir et c’est douloureux. La partition de l’acteur est vraiment émouvante tout en étant brusque et animale. Nathan Willcocks joue lui ce père rugueux et aux propos violents et livre lui aussi une très belle prestation.

Le film traite donc de l’après-deuil et de la reconstruction entre un père et un fils qui s’aiment mais ne savent plus se parler et se sentent étrangers.

« Compte tes blessures » est un film intelligent, fin et dont le final est surprenant.

 

N°20 – « Neruda » de Pablo Larrain

Les meilleurs films 2017 du Blanc Lapin Partie 1 : N°21 à N°11 dans Dossiers 402140

Après les réussis « No » et  « El Club« , et avant de livrer d’ici 15 jours son biopic sur Jackie Kennedy avec Natalie Portman, le réalisateur chilien Pablo Larrain se paie le luxe de sortir un autre biopic. Le metteur en scène sort donc deux films en un mois ! Et le premier est très réussi car il décide d’opter pour un biopic non conventionnel.

Comment parler d’un des immenses poètes du 20ème siècle, chilien comme lui, sans tomber dans l’hagiographie pompeuse et ennuyeuse ? Et bien Larrain choisit tout simplement de le raconter tel un poème, un conte où l’on devine que l’imaginaire est proche de la réalité telle que présentée, toujours à la limite mais jamais assez pour verser dans le surréaliste. Il donne juste une réalité déformée, embrassant la poésie et l’implication politique de l’artiste. Les dialogues permettent ainsi souvent d’énoncer des poèmes et l’histoire en tant que telle joue avec nous et la créativité de Pablo Neruda.

En 1948, le sénateur Pablo Neruda, communiste de renom et star dans son pays pour son œuvre fournie, est en opposition avec le gouvernement. Le président demande sa destitution et on arrestation et va confier la traque à l’inspecteur Óscar Peluchonneau.

Notons d’abord le jeu impeccable de Luis Gnecco en Neruda infidèle, tendre, révolté, provocateur et très imbu de lui-même. Larrain choisit d’ailleurs de montrer tant la lumière que l’ombre ou les incohérences, notamment lors de ce diner au restaurant où Neruda est confronté à une ouvrière qui  lui fait remarquer qu’il est nanti et que sa révolte est facile. La table est alors très gênée et le poète choisit la fuite par l’exposé d’un idéal dont il sait qu’il n’est que mensonge mais qui redonne espoir malgré tout. Ces paradoxes de Neruda sont ainsi illustrés avec un regard bienveillant mais lucide.

Le film est donc sans concessions et pourtant rend le personnage très attachant. Mieux il choisit de nous emmêler les pinceaux avec ce policier joué à merveille par un Gael Garcia Bernal, décidément toujours aussi classe. Ce flic déterminé qui ne veut pas vraiment arrêter sa cible est un personnage littéraire en tant que tel et le plus bel hommage au poète. En miroir de l’artiste qui fuit, il donne au film une dimension poétique et d’aventure qui rend le long métrage attachant et unique.

Une très belle réussite.

 

N°19 – « Brimstone » de Martin Koolhoven

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Si vous souhaitez voir une comédie ou un film fun, passez votre chemin. En revanche si vous appréciez les histoires de vengeance, les westerns ou tout simplement des films surprenants par leur montage et l’excellence du climax qui s’en dégage, courrez voir ce « Brimstone » !

Alors certes, le film est violent, sombre, et l’héroïne s’en prend plein la tronche. Mais il s’élève largement au dessus de la moyenne par le montage du film, par le jeu des excellents Guy Pearce et  Dakota Fanning, par les surprises du scénario et par le fait qu’il ne tombe jamais dans les clichés du genre.

Guy Pearce décroche un de ses meilleurs rôles dans ce pasteur limite démoniaque et complétement fou. Une ordure, une vraie et il n’y a pas à dire, un excellent méchant dans un film, c’est rare et c’est jouissif.

Alors l’histoire ? Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle, une jeune femme mariée à un homme mur voit sa vie basculer lorsqu’un psychopathe de pasteur déboule dans son village.

On ne comprend pas au début pourquoi ce type fait une fixette sur lui mais on va l’apprendre par étapes et devenir vite scotché au dénouement de l’intrigue, très habilement menée.

Le film fonctionne davantage sur l’angoisse d’un film d’horreur que sur les concepts du western. La violence psychologique et visuelle parsème le film et créé un suspens de haut niveau.

Cette traque est fascinante car on découvre sa raison au fil de l’histoire. Le film est choquant à plusieurs reprises  et s’enfonce vers les enfers de façon impitoyable.

Ça saigne, c’est brutal mais putain qu’est ce que c’est réussi !

 

N°18 – « La planète des singes, suprématie » de Matt Reeves

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Alors que le 1er épisode avait surpris tout le monde de part la qualité des effets spéciaux, de l’intrigue et de la mise en scène, le second film de cet immense préquel au chef d’oeuvre de 1969, m’avait un peu déçu. Matt Reeves, qui reprenait le flambeau avait livré un très bon divertissement hélas trop centré sur l’action et surtout terriblement manichéen dans l’archétype des personnages.

Ce défaut est toujours présent dans ce troisième volet mais il devient secondaire grâce à la mise en scène peut être moins épileptique et surtout une histoire bien plus écrite.

Comment César devient la légende des singes qui les amène et se libérer des derniers hommes ? Tout un programme et aussi une explication logique à la montée en puissance d’une race au détriment d’une autre.

Le film s’inspire des nombreux bijoux du genre film de prison et évasion et apporte même une touche d’humour totalement absence auparavant. Il va même jusqu’à citer balourdement Apocalypse Now et faire référence plus finement à la Shoa.

Enfin, Andy Serkis donne encore une fois à la technique de motion capture toutes ses lettres de noblesse tant son César transpire le réalisme.

« La planète des singes, suprématie » est surtout un film de SF qui ne prend pas ses spectateurs pour des demeurés et leur apporte divertissement et réflexion sur la place de l’homme sur cette planète et son bref passage à l’échelle du temps.

La mise en scène est inspirée et suit des singes désespérés et totalement mus par leurs émotions. Il est d’ailleurs assez bluffant de s’attacher aux personnages à ce point alors que le rôle des humains est basique, et les dialogues rares et remplacés par des traductions de langage des signes.

Pour une fois, la reprise d’une franchise culte est digne et même supérieure à l’original. Le blockbuster n’est alors jamais aussi bon que lorsqu’il parle en miroir de notre société où l’empathie est moquée et où l’entraide laisse la place à des peurs primales, à travers des évènements quotidiens que l’actualité nous démontre.

Le film est sombre et très réussi.

 

N°17- « Seule la terre » de Francis Lee

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Pour cette histoire d’amour homosexuelle en plein Yorkshire, Francis Lee aurait pu tomber dans le méga cliché et nous pondre un « amour est dans le près » agaçant.

Il n’en n’est rien car son choix de mise en scène est âpre, filmant la rudesse de la vie rurale et d’un quotidien de labeur. Il donne aux personnages de cette famille une agressivité liée à la pauvreté qu’ils tirent de leur vie harassante, où il n’y a pas de place pour la tendresse et les sentiments. Ce côté autiste est assez surprenant mais compréhensible.

L’arrivée d’un travailleur roumain pour soulager leur quotidien va bouleverser la vie de Johnny, qui ne vivait son homosexualité que bestialement à de rares occasions. Il va découvrir pour la première fois le sentiment amoureux et la bienveillance.

Sa grand-mère et son père ne lui donnent que réprimandes et aucun amour. Il vit seul et reclus sur lui-même. Il se saoule dès qu’il peut afin d’oublier l’enfer d’un quotidien où il n’a aucun avenir et la responsabilité de faire survivre une exploitation agricole obsolète.

Francis Lee fait donc murir cette histoire comme un apprivoisement d’un animal farouche et blessé par un garçon lumineux. Ceci manque peut être de réalisme mais c’est une très belle histoire, émouvante à plus d’un titre. On pense évidemment au cinéma social britannique dans ce qu’il fait de meilleur, de façon simple et efficace.

Surtout, le réalisateur fait émerger un romantisme premier degré qui fait du bien. Son film va vers la luminosité avec une très belle fluidité.

Cette histoire d’éveil et de prise de conscience de soi, de l’autre, de la beauté de construire un couple est à la fois subtile et dénuée d’une quelconque niaiserie, ce qui rend le final d’autant plus émouvant.

 

N°16- « Mother ! » de Darren Aronofsky

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Darren Aronofsky est certes l’un de mes chouchous, il est certes extrêmement doué…mais il a le don pour se faire des détracteurs qui le critiquent avec animosité. On lui a reproché son « Requiem for a dream » tape à l’oeil, son « The fountain » complètement perché où une partie de la presse considérait qu’il se masturbait intellectuellement et de façon pompeuse. Moi personnellement, j’adorais. Puis « The Wrestler » et « Black Swan » furent mieux accueillis… »Noé » fut un ratage partiel que pour le coup, je partage…et voici son nouvel opus qui divise à son tour public et critique.

« Mother! » est un film somme de l’œuvre d’Aronofsky, d’une ambition tant formelle que thématique assez délirante. C’est un film sans concession, qui pousse très loin le délire en se référençant très largement au « Rosemary’s Baby » de Polanski pour pousser les thèmes chers au cinéaste, la création, la réincarnation, l’addiction, la religion etc…

Avec autant d’universalité et d’ambition dans un propos volontairement ultra radical, il est normal qu’il provoque autant de haine chez les critiques qui n’ont rien capté à sa démarche et préfèrent le traiter de tous les noms, le parer de snobisme surfait et de pas s’attarder sur l’une des réussites majeures de cette année.

Aronofsky n’a pas peur du ridicule et fonce droit dans une horreur fantastique bourrée à mort de symboles. Car oui, il faut un certain courage pour livrer une fable à multiples lectures et risquer la volée de bois verts qu’il vient de se manger. Le film est dément et dévore le spectateur de son angoissante thématique. On est perdu entre cauchemar et symbolisme, ne sachant pas vraiment où veut nous emmener le metteur en scène. Certains diront « tout çà pour cela ? », oui mais justement, Aronofsky déchaine les passions comme son écrivain égotique joué par l’immense Javier Bardem  intrigue autant qu’il fascine. Est-il un démon ? un Dieu ? un simple artiste ? Le réalisateur donne certaines clés mais pas toutes pour laisser à son film protéiforme le soin de gangréner son interprétation par le spectateur.

Le film est effrayant, fascinant que vous le détestiez ou que vous en sortiez bluffé, en tout cas il ne laisse pas indifférent. Et c’est aussi pour cela qu’on se bouge dans un cinéma. Pour être surpris, de colère ou d’admiration, et c’est au final le but du film…vous provoquer en espérant que vous tombiez du bon côté.

Les visions radicales du réalisateur forcent le respect.

 

15 – « Thelma » de Joachim Trier

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Le réalisateur norvégien Joachim Trier, remarqué avec son « Oslo, 31 août », est de retour avec un film très réussi.

Il choisit en effet un récit de science fiction pour conter l’émoi amoureux et les premières pulsions sexuelles. Mais non seulement il fait de son héroïne une jeune lesbienne que toute son éducation catholique culpabilisent, mais en plus cette dernière a un super-pouvoir qu’elle découvre.

Trier choisit une mise en scène méthodique pour instaurer une curiosité palpitante pour ce que va devenir son héroïne et surtout nous faire craindre ce que l’on va découvrir.

En ces temps de blockbusters Marvel et DC Comics, c’est une excellente idée que d’en prendre le contrepied par un sujet multiple utilisant la coquille souvent vide des grosses productions américaines.

Le refoulement et le poids de cette éducation étouffante sont bien entendu au cœur du récit mais le récit est forcément émaillé de scènes fortes visuellement, faisant la part belle à l’onirisme.

Et pourtant l’humain est au cœur de ce drame alternant terreur et émotions pour cette jeune femme tiraillée entre son désir et le carcan idéologique qu’on lui a inculqué. Le tout est illustré par des métaphores et par une quête fantastique menée avec un excellent rythme.

Ce mélange des genres, du thriller au drame, donne à l’ensemble un rendu assez captivant, souvent surprenant et malin.

Le refoulement est un thème souvent traité au cinéma mais cette approche a le mérite d’être originale et rigoureuse dans son déroulé et sa mise en image.

Un très bon film.

 

N°14 – « Trainspotting 2″ de Danny Boyle

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Danny Boyle a donc tenu promesse, il a donné suite à son chef d’oeuvre pop des années 90, 20 ans après ! Et pourtant le projet est une sacrée arlésienne de cinéma qui a été annoncée des tas de fois en 20 ans puisque cette suite est inspirée en grande partie de « Porno » que le romancier Irvine Welsh écrivit comme suite à son livre « Trainspotting« .

Réconcilié avec son acteur fétiche des débuts, Ewan McGregor, brouille qui dure depuis « La PLage« , Boyle peut enfin donner cette suite. Si ce n’est qu’elle a été remodelée puisque 20 ans se sont écoulés et qu’il va surprendre avec un film plutôt…émouvant !

Celles et ceux qui n’ont pas vu « Trainspotting« , d’abord vous devriez corriger rapidement cette lacune histoire de parfaire votre culture car ben oui, il faut avoir vu Trainspotting. Car si le film est générationnel, il n’a rien perdu de sa force, de sa provocation, de sa vitalité et de son désespoir.

Danny Boyle, après avoir livré un excellent « Steve Jobs » curieusement défait de ses tics clipesques que personnellement j’adore, nous fait un gros doigt en direction de ses détracteurs pour retomber dans le style qui l’a fait connaitre avec brio.

Alors certes, çà pulse moins, çà ne s’envole jamais dans des trips puisque l’histoire n’est plus celle de junkies mais plutôt d’ex junkies qui ont eu une histoire commune depuis l’enfance et se sont fait trahir par Renton. Et d’ailleurs, le réalisateur a l’excellente idée de redémarrer le début des titres les plus cultes de la BO d’origine pour les couper net, histoire de bien faire comprendre qu’il rend hommage mais pas avec facilité. Non, il utilise des images du premier film, fait des tonnes de clins d’œils mais à chaque fois c’est justifié, c’est pour illustrer cette amitié qui lie les personnages et pour mieux mettre un miroir entre un passé de paumés sans avenir et un présent de pauvres types en galère.

Vingt ans se sont passés mais en fait, ils ont peu changé. Sick Boy ne tourne plus qu’à la coke et non à l’héroïne mais il poursuit ses petites combines sans avoir rien construit. Quant à Renton (McGregor), je vous laisse découvrir. Spud est quant à lui bien plus présent que dans le premier volet et son personnage est très attachant.

En fait on a l’impression de retrouver de vieux copains vingt ans plus tard, les personnages étant très bien interprétés mais surtout très bien écrits. Et Danny Boyle use de l’auto-citation jusqu’à en faire un art en soit. Trainspotting 2 n’est pas un film sur la perte des illusions puisque les personnages n’en n’avaient déjà pas à 25 ans. Mais c’est un film à la fois triste et mélancolique tout en étant très divertissant. C’est l’histoire de retrouvailles jouissives entre des personnages cultes et surtout un exemple très réussi de suite qui ne soit ni inutile ni facile et c’est rare ! Le film ne veut jamais être incisif comme le premier et c’est tant mieux. Enfin la BO est très bonne, encore une fois.

Ce constat sur le vieillissement est traversé d’une nostalgie cynique et d’un regard mature et affectueux de Danny Boyle sur ses personnages. Il en profite également pour tacler les »progrés » de la société en 20 ans à savoir réseaux sociaux, télé réalités et autres choses ultra utiles qui n’existaient pas en 1996, sans pour autant tomber dans des remarques de vieux con.

Un des films de 2017 à bien évidemment aller voir.

 

N°13 – « On the Milky Road » d’Emir Kusturica

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Après 10 ans d’absence et presque 20 ans après son dernier chef d’oeuvre, « Chat noir, chat blanc« , le maitre serbe revient enfin ! Si la presse est divisée et que Kustu a perdu sa place de chouchou des critiques, il n’a rien perdu de son univers, bien au contraire.

C’est vrai qu’un réalisateur à l’univers fort et reconnaissable immédiatement, c’est non seulement assez rare (Terry Gilliam, Guillermo Del Toro, Tim Burton, Wes Anderson, David Lynch, Wong Kar Wai, Pedro Almodovar…) mais surtout, çà ne vieillit pas toujours très bien.

« On the Milky Road » n’est pas au sommet de la carrière de Kusturica mais il convoque un imaginaire débordant et oh combien salvateur dans une époque si normée. Ses délires sont peut être moins jouissifs mais tout autant désespérés, autour de personnages hauts en couleurs qui boivent et font la teuf en plein milieu des bombardements.

C’est surtout que son film est plus tendre, plus porté sur une belle histoire d’amour impossible que la folie suicidaire d’ « Underground » ou la contemplation et les délires du « Temps des gitans ». Mais l’esprit est le même.

J’ai adoré replonger dans cet univers où le fantastique s’immisce dans la nature, permet aux mariées de voler et aux héros de jouer à saute moutons avec des explosifs.

C’est délirant sans l’être trop, d’une créativité jouissive, souvent très poétique et c’est déjà beaucoup.

Non, Kusturica vit encore et il en a sous la pédale et c’est sans doute l’une des excellentes nouvelles de cette année ciné.

 

N°12 – « Kingsman, Le cercle d’or » de Matthew Vaughn

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Matthew Vaughn a donc décidé de faire une suite à son succès surprise, Kingsman, lui qui se refusait jusqu’alors à se prêter à l’exercice de capitaliser sur un succès comme son Kick Ass ou X-Men Le commencement.
« Kingsman Le Cercle d’Or » respecte l’esprit barré et too much du 1er, gavé de gadgets délirants et de répliques so british clin d’œil à James Bond façon 10èle degré. En ceci cette suite est réussie puisqu’elle ne déçoit ni par son rythme ni par ses personnages.

Évidemment le réalisateur devait faire revenir l’immense Colin Firth dont le rôle avait imprégné le 1er volet. Et là où c’est réussi, c’est qu’il joue sur un registre inattendu, celui de l’émotion et ça fonctionne très bien.

Les nouveaux personnages sont peut être trop nombreux, Halle Berry, Channing Tatum ou Jeff Bridges faisant de la quasi figuration. En revanche Pedro Pascal (Narcos, Games of Thrones) et Julianne Moore en méchante complétement perchée excellent et cabotinent certes mais c’est drôle. Quant à Elton John, il a plusieurs scènes marrantes dont un plan très drôle qui vaut le détour à lui seul.

Le bémol de ce Cercle d’Or est que derrière son indéniable efficacité et les plaisirs régressifs qu’il procure, il manque deux éléments du 1er film. D’abord l’effet de surprise n’est pas toujours là puisqu’on connait l’univers même si Vaughn n’hésites pas à torpiller des personnages pour rendre son scénario imprévisible. Ensuite l’originalité a fait place parfois à de la surenchère d’action et d’effets spéciaux au détriment des dialogues…de l’irrévérence et du délire débile.
Entendons nous, Kingsman Le Cercle d’Or reste jouissif et l’un des excellents blockbusters de 2017. Mais le 3ème volet devra trouver une idée géniale si la saga ne veut pas rapidement tomber dans de la ressucée. Mais il est normal que l’on soit exigeant avec des réalisateurs aussi réjouissants que Matthew Vaughn !

 

N°11 – « Au revoir là-haut » d’Albert Dupontel

 

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Il est long le chemin qu’a parcouru ce déménageur devenu comique de stand up avant de devenir peu à peu, depuis Bernie, l’un des cinéastes respectés quoique toujours à la marge du cinéma français. Il faut dire que son amour du burlesque et des cartoon transpirait dans ses dernières réalisations, « 9 mois fermes » lui ayant permis d’atteindre un succès critique et public au-delà de son cercle habituel de fidèles.

En adaptant le prix Goncourt de 2013, « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre, Dupontel s’attaque à un plus gros projet en terme de budget mais aussi en adaptant pour la première fois l’histoire d’un autre. Le film en costumes peut souvent s’avérer balourd et ici le réalisateur réussit à filmer avec un plus grand soin, une image léchée faisant penser à « Un long dimanche de fiançailles« . Mais là où le film de Jeunet était un peu chiant, celui de Dupontel est touchant. Touchant parceque son histoire de père et fils et d’éducation manquée est très belle mais aussi parceque ses interprètes sont tous excellents.

La révélation de « 120 battements par minute« , le jeune Nahuel Perez Biscayart, joue à merveille de son corps frêle et de ses yeux très expressifs un rôle pas facile car muet. Il donne à cette gueule cassée une dimension poétique portée par de superbes masques. Il est rare de voir l’après guerre et là où l’histoire se mêle parfaitement à l’univers de Dupontel c’est dans Dupontel bien sûr, qui apporte dans son personnage gauche sa dose d’humour et de délicatesse, d’humilité de l’homme du peuple dépassé par les évènements, toujours du côté des exclus, des gens qu’on ne considère même pas, anar comme on l’aime. Mais il le fait avec intelligence, par petites doses. Laurent Lafitte joue décidément les salauds merveilleux, Philippe Uchan, fidèle de Dupontel rajoute une dose perchée à l’ensemble.

Niels Arestrup est impérial dans le rôle de ce bourgeois solitaire qui a fait fortune toute sa vie et regrette au seuil de sa mort d’avoir raté son fils, la beauté de ce qu’il exprimait, à savoir l’inverse de lui, l’art plutôt que l’argent, l’imaginaire plutôt que le concret.

« Au revoir là-haut » est un bijou de créativité, mêle poésie, tragédie et aventure tout en restant populaire. Certains seront déçus par la réalisation plus sage de Dupontel, moins épileptique, moins barrée. Mais le film demeure un récit picaresque de haute volée et l’un des meilleurs films de cette année.

 

Voilà, on réfléchit encore un peu avant de vous sortir le top 10 de 2017…

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Les pires films de l’année 2017 du Blanc Lapin

19 décembre, 2017

En ayant vu 70 films sortis cette année 2017 soit beaucoup plus que d’habitude, forcément, j’ai vu des mauvais longs métrages. Et pourtant ma sur-sélection est rodée depuis 8 ans avec l’écrémage que me vaut la connaissance des projets, puis des accueils en festivals puis des sorties presse. Il y a donc des films encore plus ratés  que ceux qui vont suivre car je trie énormément avant d’aller au cinéma. Voici donc les films méritant des lapins bien vénères car je ne les ai pas vus venir.

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N°12 – « Rodin » de Jacques Doillon avec Vincent Lindon

Les pires films de l'année 2017 du Blanc Lapin   dans Dossiers 296563

Vincent Lindon joue Auguste Rodin à 40 ans, alors que le succès arrive et que sa première commande d’Etat se concrétise avec « La Porte de L’Enfer« .

Je suis assez partagé sur le long métrage qui comporte du très bon et du très pénible en même temps. Vincent Lindon compose bien son personnage même si ce dernier parle souvent dans sa barbe et parfois c’est un peu relou. Izïa Higelin joue une Camille Claudel amoureuse et qui perd pied face au refus de s’engager de Rodin mais comment dire…cette partie de l’histoire n’est pas très intéressante…et comme c’est 70% du film, forcément, çà lasse. Ou tout du moins il aurait fallu de la fougue, de la fièvre, ressentir la passion des personnages.

Et là, c’est le drame. La mise en scène de Doillon est d’une platitude absolue, avec des ellipses ou des cartons inter scènes qu’on ne voit plus depuis 30 ans. C’est très lent et très caricatural du cinéma d’auteur français se regardant le nombril et donc de nombreux spectateurs trouveront le film juste chiant. Et puis bon le film comporte trois lieux en tout et ce huis clos est parfois pénible.

Et pourtant…et pourtant il y a aussi du très bon à s’attarder sur Rodin en train de modeler et non de sculpter, ce qui pour moi, qui aime modeler à mes heures perdues, m’a profondément touché. Je comprend en effet cet abandon dans la créativité du personnage, ce lien quasi paternel au résultat de son travail. J’ai beaucoup aimé également cette réflexion du personnage ventant les œuvres inachevées, justifiant le choix de l’inabouti par le fait que de nombreuses Cathédrales sont dans cet état, ou qu’on ne reproche pas à un arbre de continuer à pousser.

Ainsi le Rodin au travail est plutôt bien croqué, comme quasi documentaire de l’artiste composant certaines de ses œuvres de multiples morceaux sculptés à d’autres occasions. Mais cette pépite dans le film est noyée par la façon ascétique de filmer , qui ne va pas du tout avec la relation Rodin/Claudel.

 

N°11- « Loving » de Jeff Nichols »Loving » de Jeff Nichols

loving-teaser-poster dans Films - critiques perso

Jeff Nichols, l’un des chouchous des critiques ces dernières années, revient avec un film d’un très grand classicisme sur une thématique qui sur le papier est intéressante. On y parle donc du couple mixte qui fit juger par la Cour suprême la validité du premier mariage entre un homme blanc et une femme noire dans l’Amérique ségrégationniste de 1958.

Bon, une fois qu’on a dit cela, il faut bien avouer que l’on a tout dit.

J’ai adoré « Mud » mais j’ai peur que ce film ne soit pas celui qui me réconciliera avec le reste de la filmographie du cinéaste. Bien au contraire. J’ai trouvé ennuyeux et surestimé tant son « Take shelter » que son « Midnight special » l’an dernier. Je ne trouve pas sa mise en scène particulièrement originale, elle est même beaucoup trop référencée et ses histoires font du surplace ou ne m’intéressent tout simplement pas, à part Mud donc.

Avec « Loving« , je dirais que je ne me suis pas ennuyé, les acteurs sont bons, Nichols montre des gens simples qui ne demandent qu’à ce qu’on les laisse vivre tranquilles…ok…mais bon çà on le comprend tellement vite que lorsqu’au bout d’une heure, on réalise que le film va durer 2 h, et qu’il ne va probablement pas décoller et devenir passionnant, on se dit « merde, je suis coincé ».

Alors certes, le film n’est pas mauvais, il ne tombe pas dans la facilité non plus, ni dans la caricature, c’est une belle histoire d’amour et de tolérance mais c’est juste chiant. Rien n’est original dans la mise en perspective des protagonistes et surtout tout est ultra attendu. Alors certes dans un Alien, on s’attend à ce que tout l’équipage y passe mais dans un film d’une mise en scène aussi plate, on se prend à rêver qu’un énorme monstre de l’espace débarque et bouffe tous ces méchants racistes qui sont très vilains.

Je n’ai pas été bouleversé par cette histoire. Je dois avoir un cœur de pierre ou alors j’attends un peu plus que la bande-annonce étalée sur 2 h. C’est lisse, çà manque de souffle, de rythme, d’enjeux, autour de personnages qui ne disent rien car ils n’ont rien à dire. Ils sont victimes de racisme mais çà ne rend pas leur histoire intéressante. Et çà ce n’est pas cliché.

Je suis un peu dur, le film se regarde mais bon il y a tellement de films qui sortent dans une année…qu’on peut se passer de celui là.

 

N°10 – « Nocturnal Animals » de Tom Ford

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Nous avions laissé le célèbre couturier il y a 7 ans déjà avec le très beau « A single Man« , qui avait surpris tout le monde par la qualité et la délicatesse de sa mise en scène. Aujourd’hui Tom Ford revient avec un thriller sombre et nihiliste sur les bords, très éloigné de son premier essai.

Il s’entoure d’acteurs excellents au premier rang desquels la très hype Amy Adams, l’excellent Jake Gyllenhaal et un Michael Shannon au sommet de ses 50 nuances de noir.

Susan, galeriste à Los Angeles, est délaissée par son richissime et très bel époux. Seule dans sa maison, elle reçoit le livre écrit par son ex mari, Edward. C’est elle qui l’a quitté violemment, sans raison, alors qu’il incarnait la douceur, la culture, la créativité qui lui manque aujourd’hui. Elle est sans nouvelles de lui depuis lors. Et en lisant son livre, elle est subjuguée par la terreur d’une histoire ultra sombre où le personnage principal est incarné par son ex mari. Et là, le manque de ce dernier, la culpabilité de l’avoir abandonné et le vide de son existence vont peu à peu apparaitre.

Sur le papier, « Nocturnal Animals » avait tout pour réussir, l’histoire, le metteur en scène et le casting…sauf que voilà, l’histoire est franchement…bancale.

Nous suivons en parallèle par flashs backs et moments présents l’histoire de Susan, en comprenant très vite les thèmes passionnants que Tom Ford veut développer, entre avidité pour l’argent, la gloire au détriment de ses sentiments et de sa personnalité, déterminisme social, renoncement à ses idéaux de jeunesse par confort, etc…d’ailleurs cette partie est plutôt très bien filmée et la scène finale sobre et implacable.

Mais le problème est que l’histoire du livre est très éloignée du sujet. Cette partie du film est très bien réalisée également et angoissante à souhait, mais voilà, quel est son rapport avec le sujet principal ?

On cherche tout au long du film et on finit par comprendre qu’il n’ y en n’a pas ou si peu que le film devient incongru. Le cauchemar est déroutant mais son lien n’est pas assez évident. Certes, on comprend les symboles de mort d’une âme et de projection familiale de l’ex de Susan, qui l’exprime par son récit…mais c’est totalement tiré par les cheveux.

Le résultat est bâtard et livre davantage un double film qu’une histoire suffisamment mêlée. Et c’est dommage car les deux parties sont réussies à leur manière, c’est juste que le liant est raté. La confusion du récit l’emporte donc au final et fait de ce « Nocturnal Animals » une grande déception.

 

N°9 – « Ouvert la nuit » d’Edouard Baer

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J’adore Edouard Baer mais il faut se rendre à l’évidence, c’est un très mauvais cinéaste et un scénariste beaucoup trop décousu. Dans ses spectacles vivants, au théâtre, sa folie farfelue fait merveille. Mais au cinéma, tout devient poussif, les trous béants dans l’histoire se voient et on ne voit plus que celà. A chaque fois il nous sort un bon pitch puis tente de relier les scènes entre elles. C’est parfois drôle mais souvent pathétique. Peut-être lui faudrait-il un co-scénariste pour éviter ce type de naufrage qui fait franchement mal quand on apprécie l’artiste.

 

N°8 – « Sand Castle » de Fernando Coimbra

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Au début de la seconde guerre du Golfe en Irak, en 2003, Sand Castle suit un groupe de soldats qui se rendent dans la banlieue de Bakouba pour réparer une station de pompage d’eau endommagée par les bombes américaines. Dans une chaleur étouffante, Matt Ocre, un jeune soldat inexpérimenté, découvre l’horreur dans l’atmosphère de ressentiment et de colère que manifestent les populations locales. C’est dans les rues, les places et les écoles qu’il va prendre conscience du danger et du véritable coût de la guerre.

Ce film racheté par Netflix dispose d’un bon casting avec Nicholas Hoult, Logan Marshall-Green, Henry Cavill.

Il tente de montrer le quotidien des soldats, l’incompréhension entre ces déracinés qui font cela souvent pour gagner de l’argent et les population enserrées entre l’occupation américaine et les combattants irakiens.

Mais voilà, pour faire un bon film ambiance guerre, il faut plus qu’un bon casting et du sable. Il faut aussi un scénario et une mise en scène originale. Et j’ai peur que vu l’absence de tension du long métrage, il n’y ait ni l’un ni l’autre.

Le film se regarde mais il est assez chiant, surtout au regard d’innombrables films sur le même sujet. Les rois du désert avait le mérite de traiter avec humour et décalage la situation afin d’acquérir une identité.

Le sentiment devant Sand Castle est plus diffus. On ne s’attache ni assez aux personnages ni à leur quotidien parceque c’est tout simplement peu surprenant.

Bref, un film pas très utile et une mauvaise pioche pour Netflix.

 

N°7 – « Rules don’t apply » de Warren Beatty

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Warren Baetty n’avait pas réalisé de films depuis trèèèèès longtemps et franchement, il aurait dû s’abstenir de récidiver.

Avec son film sur un jeune homme entrant au service du célèbre milliardaire Howard Hughes, joué par lui-même, Baetty a réussi à nous prouver qu’il était vieux. Oui parceque son film est d’un ennui mortel de part son classicisme, l’absence d’enjeux et le fait que l’on se contrefout très rapidement des personnages, pas du tout attachants et de celui de Hughes, qui était un connard égocentré imbuvable et dans le film juste gonflant. C’est réalisé avec mollesse, de façon archaïque et ce type d’histoire a été vu et revu 15 000 fois. Aucun intérêt.

 

N°6  – « Nos Années Folles » d’André Téchiné

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André Téchiné avait ému tout le monde avec son magnifique « Quand on a 17 ans » en 2016.

Dès lors le voir faire jouer deux formidables acteurs que sont Pierre Deladonchamps et Céline Sallette dans une histoire vraie aussi surprenante et un film en costumes ne pouvait que réjouir les cinéphiles.

Alors que Paul est envoyé au front durant la première guerre mondiale, alors qu’il est fou amoureux de Louise, sa femme, ce dernier décide au bout de deux ans de tout faire pour échapper au massacre et retrouver son épouse.

Il déserte et Louise trouve le stratagème de le travestir en femme. Sauf qu’il se prend au jeu, même dans le Paris d’après guerre des Années Folles…

Et là la déception est sévère. Car en fait, les acteurs ont beau être très bons et crédibles, on a du mal à percevoir la fièvre de Paul/Suzanne à tomber dans le plaisir et surtout pourquoi ? En effet, ce type amoureux fou devient soudainement bi-sexuel sans aucune raison particulière, son épouse trouvant cela parfaitement normal parcequ’il se transforme et qu’elle l’aime. Et c’est peut être possible en vrai sauf que moi je n’y ai pas cru une seconde et çà, c’est très très emmerdant. Peut-être Téchiné aurait-il dû être plus trash pour montrer le sexe et moins dans la pudeur mais là vraiment, çà fait fake et surtout le scénario manque d’explicatif psychologique. Que ce type décide du jour au lendemain de faire le tapin au Bois de Boulogne c’est juste incompréhensible.

En fait il y a des incohérences temporelles tout du long du film. Elle est enceinte puis plus puis de nouveau. Mais bon Téchiné n’est pas Chistopher Nolan pour jouer ainsi avec le temps.

Le résultat est frustrant et surtout il est fade. On ne se prend pas d’émotions pour les personnages ni pour ce qui leur arrive.

C’est hélas un ratage et c’est bien dommage parceque j’aime Téchiné et ses deux acteurs. Mais cette fois-ci l’alchimie s’est évaporée je ne sais où. J’en suis navré car je voulais aimer ce film.

 

N°5 – « Get Out » de Jordan Peele

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Alors là c’est typiquement le genre de film qui me fout en rage. La presse est unanime, le film se prend un accueil public monstrueux pour sa mise en scène novatrice, sa thématique osée, le sous texte social et bien sûr la frayeur qu’il provoque.

Or j’ai vu surtout une série Z même pas digne de sortir sur grand écran. Les acteurs jouent plutôt mal, le suspens est inexistant et j’avais deviné au bout de 10 minutes la fin ! Super le film monté en sauce ! Enfin la mise en scène est passe partout, le film ne fait pas peur une seconde et il doit y avoir trois pauvres gouttes de sang.

C’est un film affligeant à tous les niveaux et une très grosse incompréhension pour cet enthousiasme moutonnier. Un film sans saveur et sans surprise, avec une des fins les plus nulles de ces dernières années. Vraiment vénère d’avoir perdu deux heures.

 

N°4 – « Wonder Woman » de Patty Jenkins

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Autre exemple de film encensé par la critique et pour lequel j’ai hésité entre les petits-fours de l’avant première qui devaient être boostés aux champignons hallucinogènes ou le blackout total d’une presse tombée dans une quatrième dimension cette semaine là. Non mais les films Marvel sont souvent simplistes et très mauvais mais là DC Comics arrive à faire super fort. Certes, je n’ai pas voulu subir Justice League pour comparer. L’histoire est complètement neuneu. C’est quoi ce délire des Amazones immortelles seules survivantes d’un monde antique où tous les Dieux sont morts ? Déjà le début est complètement con. Ensuite le super méchant est reconnaissable à sa première apparition alors qu’il est censé surprendre. Ensuite la love story est particulièrement chiante et bon ce n’est pas parceque le super-héros est une femme que c’est original. Au contraire, le film est d’un consensualisme sidérant. C’est ultra classique, pareil, vu et revu et çà mérite une telle mauvaise critique qu’à l’époque je ne l’ai même pas critiqué tellement c’était nul, c’est dire !

 

N°3 – « War everyone » de John Michael McDonagh

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« War everyone » est un direct to vidéo précédé de quelques bonnes critiques, raison pour laquelle j’ai enduré ce film de seconde zone qui recueille à peu près tout ce qu’il ne faut pas faire pour créer un film de flics faussement cools.

Alexander Skarsgård est bon quand il fait son méchant blondinet rebelle mais Michael Peña est à exploser contre les mûrs du début à la fin avec ses vannes de films d’action des années 90. Le film veut se comparer aux autres films de ce style où deux flics ou détectives sont limites niveau morale et se baladent sur la ligne jaune en permanence. Et c’est censé être drôle et cynique. C’est juste chiant et long. Le contraire de « The Nice Guys » avec Ryan Gosling et Russell Crowe, que le film essaie de singer misérablement.

Sauf que non. Les situations sont attendues, déjà vues. Les blagues homophobes sont affligeantes. Le jeu des acteurs genre « regardez comme je joue le bad guy cool » est franchement gonflant.

Les méchants n’ont aucun charisme à commencer par Théo James et Caleb Landry Jones, beaucoup trop fades mais c’est plus leur rôle qui est mal écrit que leur jeu, pauvres d’eux même.

L’histoire est nulle et incompréhensible.

Bref c’est à chier !

 

N°2 – « War machine » de David Michôd avec Brad Pitt

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Voici le 1er gros film Netflix à sortir avec Brad Pitt en tête de pont, jouant le général Stanley McChrystal, personnage sûr de lui, qui pris la tête des forces de l’OTAN en Afghanistan avant de se faire virer suite à un article assassin.

David Michôd est le très bon réalisateur derrière « Animal kingdom » et « The Rover« . Et c’est donc une grande déception que de voir ce résultat particulièrement fade, avec un Brad Pitt en roue libre qui surjoue, mal, un espèce de machiste un peu con au milieu d’une mission pour laquelle son manque de finesse sera fatal.

Le problème vient d’une mise en scène décousue qui ne permet pas de comprendre les enjeux politiques et d’un scénario lui aussi manquant cruellement de clarté.

Le jeu est outrancier, le film ne choisit jamais entre le film de guerre et la comédie et ces allers retours aussi balourds que le jeu des acteurs, font perdre le fil du récit, déjà pas très intéressant.

Un vrai ratage.

 

Et le plus mauvais de tous est ….tadaaaaaaaaaaa !!!!!!!!!!

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N°1 – « Death Note » de Adam Wingard

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L’idée d’adapter de nouveau le célèbre manga japonais de Tsugumi Ohba n’était pas dépourvue d’intérêt puisque les versions japonaises étaient franchement mauvaises.

Que Netflix s’y attelle et balance un bon gros budget était donc une bonne nouvelle.

Pour rappel, le concept est simple, on suit un lycéen qui trouve un carnet doté d’un pouvoir surnaturel. Lorsqu’il inscrit le nom de quelqu’un sur le carnet, ce dernier meurt comme il l’a décrit.

Sauf qu’évidemment, le jeune homme, poussé par un démon qui passe le livre de détenteur en détenteur, va vite perdre les pédales.

Et Death note permet de faire un 1er constat sur les productions Netflix. Pour l’instant, c’est franchement 80% mauvais. Seul « Okja » de Bong-Joon Ho était d’une grande qualité. On peut espérer que les productions à venir avec de grands noms comme Scorsese, les Coen, Duncan Jones relèvent le niveau.

Ici le film fait le miracle d’être encore plus nul que les versions asiatiques, avec un budget dix fois supérieur. Certes, les acteurs jouent assez mal et ont le charisme d’une demi douzaine d’huitres avariées. Certes, on devine la fin de l’histoire au bout de 15 minutes. Certes, il n’ y a aucun suspens. Certes, l’antagoniste est à exploser contre les murs et les incohérences sur ses interventions sont multiples tant le film coupe dans l’histoire, longue, du manga. Il n’ y a aucune magie, une noirceur de films pour ados un peu cons.

Le problème c’est que le manga est excellent et qu’il n’ y avait pas de raisons de rater le coche si de vrais scénaristes avaient été embauchés.

L’autre problème est que Netflix envisage une suite. Déjà que le 1er est horriblement chiant et affligeant, j’ai peur que la plateforme grille ses soussous pour rien. Enfin je ne verrai pas la suite. J’éviterai ainsi de perdre deux nouvelles heures précieuses d’une vie bien trop courte.

 

Voilà bon là j’ai été méchant…maintenant arrive le classement des 20 meilleurs films, chargé de bigs bisous !

Les meilleurs films de l’année 2016 du Blanc Lapin : N°10 à N°01

23 décembre, 2016

Après avoir détaillé le classement du Blanc lapin du N°20 au N°11 (cliquez ici pour le retrouver), nous poursuivons avec les films qui m’ont le plus accroché en cette année 2016 !

 

N°10 – « Premier contact » de Denis Villeneuve

Les meilleurs films de l'année 2016 du Blanc Lapin : N°10 à N°01 dans Dossiers Premier_Contact

Denis Villeneuve est devenu l’un de mes chouchous avec ses remarquables films « Incendies« , « Prisoners« , et « Sicario« . On l’attend l’an prochain avec la suite du chef d’oeuvre de SF « Blade Runner« , intitulée « Blade Runner 2049 » et ce qu’on peut dire à ce stade, c’est que la SF lui va bien, même très bien.

Avec « Premier contact« , on aurait pu craindre un reboot caché de « Rencontre du troisième type » de Steven Spielberg et sa naïveté un peu datée, ou pire un énième film d’invasion extraterrestre dont la plupart sont bourrins et aux scenari identiques. Car oui, ici, douze vaisseaux spatiaux apparaissent à la surface de la terre, aux douze coins du globe et il est indispensable de comprendre les intentions de ces visiteurs.

La première force du film est d’opter pour un calme absolu. On voit certes la panique des populations qui inévitablement s’emparerait du monde dans une telle situation, mais on le voit via des écrans de télévision, des news de chaines continues, permettant d’instaurer une distance avec cette frénésie et de nous isoler avec l’héroïne, les militaires et les scientifiques. Il n’y a pas de grands effets spéciaux destructeurs mais une réflexion sur comment entrer en contact avec une autre civilisation, s’inspirer du passé de l’homme quand des cultures se sont percutées et surtout, éviter les raccourcis.

Pour imposer ce mélange de curiosité, d’interrogations, de peur de l’avenir, Denis Villeneuve a choisit l’une des meilleures actrices au monde, Amy Adams, qu’on retrouvera très bientôt en janvier dans le parait-il excellent second film de Tom Ford, « Nocturn Animals« . Son jeu est parfait de sensibilité introvertie et de regards énigmatiques lorsqu’elle est en pleine réflexion. Et pourtant, un film sur des aliens et des spécialistes du langage qui jouent à « dessiner c’est gagné » c’est comment dire…potentiellement très chiant.

Or malgré sa durée d’1h56, le film tient en haleine de bout en bout tant les aliens en question sont insondables par leur apparence et leur manière de communiquer. L’idée même des vaisseaux, du physique de ces aliens est originale. Mais surtout Villeneuve filme avec douceur, retenue, un sujet susceptible de tomber dans l’épilepsie filmique à tout moment. Il introduit aussi une seconde histoire en parallèle qui provoquera une émotion et un dénouement inattendu, faisant décoller le film au niveau d’un très bon film de SF car différent et ne sombrant pas dans les clichés multiples du genre. Il s’intéresse alors à la relativité du présent et du futur, à l’acceptation de la mort comme point d’orgue d’un cycle et c’est très beau.

« Premier contact » est un très beau film humaniste, d’un stoïcisme assez rare pour ce type de production, un film intelligent, délicat, qui passe du mystère de l’univers à celui de l’humain en un clin d’œil  bref et d’une efficacité émotionnelle assez inattendue. Denis Villeneuve est un des grands réalisateurs de son temps et les fans de Blade Runner dont je suis peuvent être rassurés, l’an prochain nous pourrons vivre un autre grand moment de science fiction grâce à lui.

 

N°9 – « Kubo et l’armure magique » de Travis Knight

w6gn dans Films - critiques perso

Kubo est un jeune garçon aux pouvoirs magiques, qui conte des histoires dans un village de bord de mer en faisant s’envoler des origamis. Mais c’est surtout l’héritier caché du dieu lune, son grand-père, qui le cherche depuis la mort de son père afin de lui arracher son deuxième œil et l’empêcher de se rebeller contre lui.

« Kubo et l’armure magique » est de très loin le meilleur film d’animation des studios Laika, à qui l’on doit Coraline (2009), Paranorman (2012), Les Boxtrolls (2014).

Comme pour les autres longs métrages, c’est la technique magnifique de L’étrange Noël de Mister Jack qui est utilisée, le stop-motion !

Et le résultat d’un film animé par des marionnettes puis retravaillé en studio est tout simplement ultra classe. Car chaque mouvement et une expression de marionnette différente et à l’écran, çà ne se voit plus du tout, à tel point qu’on pense que le film est une animation 3D qui imiterait le stop motion. Mais non, pour arriver à un tel résultat il faut 5 ans de travail, 94 semaines de tournage, 35 animateurs, 400 personnes, 250 000 feuilles de papier, 70 plateaux mais le résultat est surprenant car vraiment vraiment magnifique. Qu’une marionnette fasse passer autant d’émotion c’est juste un petit miracle.

L’univers médiéval japonais de Kubo est non seulement très original (sachant que le studio est de Portland aux Usa) mais surtout d’une poésie et d’une finesse rarement vue pour un tel projet d’animation.

Le film et les mouvements sont fluides, l’action est très présente, l’histoire est une simple quête mais parsemée de moments où on se surprend émerveillés par le résultat. Le film parle aussi aux petits du deuil, de la résilience, de la filiation avec des messages qui ne sont jamais balourds.

Quant le tour de force technique est tout aussi bluffant que la beauté de son récit, je ne peux que vous inciter à courir voir ce petit bijou.

 

N°8 – « Saint Amour » de Benoît Delépine, Gustave Kervern

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Ce septième film de Benoît Delépine et Gustave Kervern est probablement leur plus accessible, leur plus généreux et l’un des plus drôles aussi.

Quelle idée géniale que de réunir deux acteurs connus pour leurs excès et monstres sacrés d’un cinéma parfois populaire, parfois « auteuriste » et souvent les deux à la fois.

Gérard Depardieu interprète Jean, le père de Bruno (Benoît Poelvoorde) et les deux sont en plein salon de l’agriculture pour y montrer leur taureau Nabuchodonosor. Vous les imaginez très bien dans cet univers « bucolique » et festif ? Vous avez raison, ils y sont parfaits. Mais on ne reste pas longtemps dans le salon car Jean, devant le pétage de plomb depressif de son fis, décide de l’amener faire la route des vins, avec un chauffeur privé, joué par un Vincent Lacoste cynique et sûr de lui. Ce dernier incarne la génération d’après Bruno et apporte une dimension décalée et oh surprise, touchante à ce road movie pas banal.

Car oui, Delépine et Kervern ont décidé de parler de sentiments, d’amour filial, de deuil, de malheur amoureux mais tout çà avec une tendresse qui vous cueille à des moments inattendus et on n’avait pas mais alors pas du tout l’habitude de cela de leur part. Ils restent certes fidèles à leur humour décalé, le film étant d’ailleurs le plus drôle avec « Louise Michèle« . Mais cette fois ci ils utilisent ces trois excellents acteurs pour nous conter une belle histoire de décrochage, de parenthèse enchantée pour des mecs qui bossent sans compter et dont le travail d’agriculteur leur empêche d’avoir une vie indépendante. Depardieu est incroyable lorsqu’il dégage une délicatesse troublante malgré sa carrure d’ogre maladroit. C’est l’un de ses plus beaux rôles depuis longtemps et çà fait un bien fou pour tout cinéphile qui connait l’animal et ce dont il est capable. Quant à Poelvoorde, son rôle est très beau. Il oscille entre pathétique et comique, son personnage étant brisé, blessé mais lui aussi très touchant.

Et puis tout en rendant hommage à cette France profonde avec un regard bienveillant, Benoît Delépine et Gustave Kervern optent pour des chemins de traverse qu’on leur connait si bien et qui font leur identité de cinéastes. Car la marque de fabrique des deux réalisateurs est aussi de s’inspirer fortement d’Aki Kaurismaki, de scènes parfois surréalistes et drôles voire poétiques. L’absurde fait souvent mouche et déclenche l’hilarité mais c’est la première fois que leur scénario mêle habilement l’ensemble avec autant de cohérence. Autant pour leurs tous premiers films, leurs essais pouvaient sembler trop radicaux pour certains (par pour moi j’ai adoré Aaltra), autant ici cet ingrédient donne au tout une ampleur dont Bertrand Blier n’aurait peut être pas renié le résultat.

Bref, allez voir « Saint Amour« , un film émouvant, drôle, engagé, libre avec le style de plus en plus fluide de deux réalisateurs qu’on a plaisir à voir évoluer et offrir quelquechose de différent à chacun de leurs projets. Respect.

 

N°7 – « Elle » de Paul Verhoeven avec Isabelle Huppert

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Voir Paul Verhoeven, revenir à 77 ans, réaliser un film français, 10 ans après son précédent long métrage sorti mondialement, Black Book, c’est en soit un évènement.

Mais ce qui est le plus réjouissant c’est de voir qu’il est très en forme et renoue avec ses thèmes de prédilections, servi par une Isabelle Huppert plus trouble que jamais.

« Elle » est donc l’adaptation du roman « Oh… » de Philippe Djian, sorti en 2012 et prix Interallié. On y suit Michèle, working girl chef d’entreprise, qui dirige une entreprise de jeux vidéos. Elle semble blasée par la vie et très détachées du quotidien, comme de sa vie sentimentale…mais un jour elle se fait violer chez elle par un inconnu qui entre par effraction.

Et parceque l’histoire de son père meurtrier a détruit sa vie et qu’elle a su y faire face et s’en sortir, elle préfère ne pas faire appel à la police et régler elle-même son enquête et sa vengeance.

Verhoeven nous montre une vision du sexe pas banale car dénuée de tout jugement moral et de tout voyeurisme.Verhoeven se fout des conventions et les envoie balader très vite pour mieux se concentrer sur son monstre froid et intriguant qu’est le personnage d’Isabelle Huppert. Cette femme est sulfureuse mais pas antipathique pour autant car on devine ses blessures, ses échecs et le masque qu’elle s’est créée, la distance qu’elle a choisi comme bouclier vis à vis du reste du monde. Elle a vue l’horreur adolescente et le jugement de la foule déchainée, elle a vu l’excès et les barrières morales ont justement cédé.

Les pulsions sont tantôt malsaines, tantôt libératrices, parfois outils de manipulation mais font partie du quotidien des personnages, alors pourquoi les traiter honteusement ? Il préfère les regarder en face et décortiquer leurs incidences psychologiques sur les personnages. C’est provocateur certes mais jamais de mauvais goût. Bien au contraire, il distille de l’humour à des moments où on ne s’y attend pas du tout avec une ironie salvatrice qui donne à ce grand jeu de cache cache une couleur très particulière. On est à la limite de la folie et sur le fil du rasoir en permanence, un certain malaise restant en suspens tout au long du film. Le film nous surprend et joue avec nos prérequis avec un plaisir coupable pour les rebondissements tordus.

Avec ce film dérangeant, grinçant mais comique, satirique et cynique, Paul Verhoeven signe sont grand retour et a annoncé vouloir tourner rapidement un autre long métrage en France. C’est réjouissant car son talent manquait au septième art et il est de retour, enfin !

 

N°6 – « Nocturama » de Bertrand Bonello

Avec ce sujet éminemment casse gueule, Bertrand Bonello revient avec son meilleur film, encore plus abouti que son « Saint Laurent » et son « Apollonide« .

Le film débute par un long ballet de jeunes gens dans les rues et le métro parisien. On pense forcément à Gus Van Sant et son Elephant, puisqu’on suit de manière silencieuse, sans aucun dialogue des personnages sur le point de faire quelque chose de grave. Et pourtant, ils ont des têtes de gamins, ils sont très jeunes. On les verrait plutôt aller en fac qu’aller poser une bombe. Le métro ou les rues sont d’ailleurs filmés sans effets de mise en scène particuliers, de façon ultra réaliste.

C’est juste le découpage et la synchronisation qui font de cette première partie, une mise en scène du pire assez fascinante par la banalité des intervenants et la confrontation au réel. On se dit que ce n’est pas possible, qu’une telle organisation n’est pas millimétrée à ce point par des post-adolescents …et pourtant on réalise peu à peu et bien sur, on pense à tout ce qui est arrivé depuis dix-huit mois en France et en Belgique et on se dit que si, c’est possible et c’est très, très simple.

Bertrand Bonello fait ensuite s’enfermer les personnages dans un grand magasin afin de se faire discrets. Il n’explique pas pourquoi, à aucun moment. Il ne donne aucune indication non plus sur leur mobile. Il ne semble pas religieux. Les jeunes gens se mettent alors à dialoguer. On perçoit quelques ressentis contre la société mais rien de très clair. D’autant qu’ils sont eux-même fashion victimes, acteurs de ce monde consumériste et quelle belle idée que de leur offrir comme lieu de refuge un grand magasin dans lequel ils gouttent à tout avec frénésie. L’une des scènes montre l’un des jeunes avec le même T Shirt Nike qu’un mannequin en face de lui. Il n’y a pas mieux comme image pour résumer ce décalage total entre des jeunes qu’on comprend révolutionnaires et leur absence de logique et de réflexion.

Les personnages peuvent même pour certains provoquer de l’empathie mais elle est suivie rapidement par un effroi terrible, face à leur détermination et leur absence totale de regret, de considération pour les personnes tuées. L’une des filles s’inquiète du nombre de morts provoqué par leurs attentats, ayant fait sauter des bombes non pour tuer mais pour le message…tandis que d’autres n’ont aucune notion de ce qu’ils viennent de commettre, de la valeur d’une vie. Ils ont fait quelque chose d’inédit et c’est plus important que le fond. Tout devient objet dans cet immense univers de consommation et plus rien n’a d’importance. On vient de tuer des agents de sécurité et on joue trois minutes après sur une console en écoutant de la musique à fond. Où est l’intellectualisation de leur mobile. Où est la responsabilité de l’ogre qui engloutit les idéaux pour leur vendre ces consoles ? Nulle part et c’est encore plus effrayant que lorsqu’il y a une revendication, tout aussi inexcusable et condamnable soit elle.

Ces personnages confondent absolument tout et sont donc capables du pire car ils sont en colère et « purs » dans leur criminalité. Mais comme on ne connait pas le message exact et qu’ils n’ont pas l’air de bien le maitriser non plus, le gouffre semble encore plus béant. Qu’est ce qui a déconné à ce point pour que ces gamins se solidarisent autour de ce projet terroriste ? Peut-être rien de très concret, et juste de la manipulation…

C’est donc brillant que de choisir des individus tous mignons, sans revendications ni conscience politique apparente, pour dresser ce portrait de jeunes hors sol qui veulent cesser d’être spectateurs de leur destin et commettent des actes atroces sans aucune conscience.

La mise en scène est bluffante, Bonello choisissant de terminer son film sur une vision opératique de la chute. Sa façon de remontrer une scène sur divers angles à partir du début d’une chanson, est tout simplement l’une des meilleures idées de cinéma depuis longtemps. Ce n’est peut être pas nouveau, mais là c’est ultra efficace.

On suit le mouvement des corps qui fuient, qui tombent, qui ont peur, que sont amenés vers un destin tragique et inévitable. Le ballet reprend alors, mais de façon confinée dans un espace clos qui représente tout ce qu’ils ont voulu détruire, emprisonnés dans ce mausolée alors qu’ils étaient libres de leur mouvement et en plein air lorsqu’ils ont commis l’irréparable. C’est visuellement d’un formalisme qui force le respect.

 

N°5 – « The Neon Demon » de Nicholas Winding Refn

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Le retour du réalisateur de « Drive » a de nouveau divisé la croisette à Cannes cette année, comme il l’avait fait avec « Only god forgives » il y a trois ans. Il faut dire que son concept est tout autant basé sur de la pure mise en scène, beaucoup d’esbroufe et une stylisation qui cannibalise parfois le propos. Celles et ceux qui veulent revoir un duplicata de Drive en seront donc pour leurs frais. Refn ne fera peut être plus de film aussi « grand public » et si « Bronson » était très bon et construit, on oublie souvent son « Valhalla Rising, le Guerrier silencieux » qui était bien perché et se foutait des conventions narratives.

Ici avec, « The Neon Demon« , le scénario est tout aussi mince que dans le précèdent opus mais personnellement, je m’en fout. Car Winding Refn est juste brillant dans sa façon de raconter son histoire, de sublimer ses personnages, de créer une tension morbide dans cette histoire parfois lesbienne, parfois un peu gore mais jamais vraiment ultra trash. Ça ne dégouline pas de partout car il veut juste nous exposer sa vision de l’asservissement du corps à une beauté irréaliste définie par quelques grands meneurs d’opinion du milieu. Le culte de la perfection est montré d’une façon si morbide que le film en devient vraiment troublant et marque la rétine de longs jours après son visionnage.

Elle Fanning est excellente en jeune ingénue, pas agaçante pour être tête à claque, pas naïve non plus mais juste qui a la vie devant elle et un charisme tel que rien ne peut lui résister. Et pourtant, elle va se confronter à la jalousie, à l’envie d’autres mannequins, cyniques, frustrées, névrosées.

Winding Refn rend évidemment hommage au cinéma bis de Dario Argento mais surtout se fait énormément plaisir en étant radical dans ses choix. Il se tape complètement de l’accueil critique qu’il va jusqu’au bout de son fantasme. The Neon Demon impressionne par diverses scènes inventives visuellement, dont les codes remplacent bien des dialogues qui seraient tombés à plat. Le film est ultra léché et vous met quelques coups de poing dans la gueule sans vous avertir et c’est excellent comme sensation, d’enfin ne pas se sentir en milieu balisé, dans un style donné de film d’auteur mais bien dans un univers en mouvement. J’imagine d’ailleurs très bien Winding Refn tourner son film sans savoir exactement quelle serait sa fin.

Le film est par ailleurs souvent marrant, bourré de métaphores. Il se déroule de façon si fluide et utilise si bien la froideur de l’imagerie clipesque que son dénouement est d’autant plus glaçant.

« The Neon Demon » est un grand film esthétique sur l’obsession, la paranoïa, la concurrence et la vacuité de nos nouveaux dieux, mannequins éphémères, photoshopés et d’une tristesse sans nom.

Un coup de maitre.

 

N°4 – « Belgica » de Felix Van Groeningen

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Après « Alabama Monroe » et « La merditude des choses« , très bien accueillis par la critique et le public, Felix Van Groeningen revient avec l’histoire de deux frères, Jo et Frank, qui vont ouvrir et développer leur propre bar, le « Belgica« .

Ils ont un idéal, celui de créer un lieu de fête, ouvert à tous, multiculturel et baigné dans le rock et l’électro, un endroit qui leur donne un boulot et les empêche de vieillir trop vite.

Frank est père d’un petit garçon et vit avec sa femme mais il s’ennuie, il a du mal à ne pas avoir la bougeotte, cherchant toujours un nouveau projet ; c’est un rêveur, un créatif, mais toujours dans l’excès. Jo est célibataire et fêtard aussi mais il a plutôt le sens des affaires et la tête sur les épaules ; il « grandit » là où son frère reste souvent incontrôlable.

« Belgica » est un film profondément sympathique et festif, l’enthousiasme de la création de ce lieu de perdition étant accompagnée de la bande son de Soulwax. A un moment on se demande si cette ambiance enivrante, cet endroit où on aimerait danser, ne dessert pas le film, qui, dans ses premières 45 minutes reste beaucoup dans le survol de ce décollage des deux frères vers le succès. Et puis Felix Van Groeningen distille peu à peu des indices. La fête permanente se transforme, prend un tour de soirée qu’on a tous connus, lorsque parfois on se dit que la débauche est veine et que la vie est ailleurs. Le réalisateur arrive parfaitement à capter l’évanescence du délire festif, l’anarchie de l’ivresse et l’absence d’accroche à la réalité. On ne construit pas une vie sur une série de beuveries et parfois çà vire à l’enlisement et çà devient moche. Moches aussi les rapports entre ces amis de fiesta qui n’ont pas tous les mêmes principes, les mêmes envies de long terme…et qui se connaissent peu, au final. Moche enfin lorsque l’un des frères sombre dans son côté obscur, ses démons de perdition de sexe et d’alcool, au mépris de ce qu’il a construit, au mépris de ses valeurs de partage et au prix du reniement de ses idéaux pour de l’argent.

Van Groeningen arrive de manière brillante à démontrer comment un rêve professionnel se ternit lorsque la réalité des affaires, de la rentabilité rattrapent les beaux principes et dénaturent le projet d’origine. On passe ainsi d’un film joyeux à la déception du réel pour revenir à ce qui compte le plus, les liens familiaux et amicaux. « Belgica » est un très beau film sur la fratrie. On choisit ses amis mais pas son frère. On doit donc faire avec ses défauts quoiqu’il arrive et trouver le courage d’affronter les démons familiaux là où des amis peuvent rompre de façon irréversible.

Encore un excellent long métrage pour Felix Van Groeningen. Un film bien plus profond que ne le laisse présager son début enchanteur et léger.

« Belgica » est généreux et bienveillant et çà fait beaucoup de bien.

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Et on arrive au trio de tête…

 

N°3 – « Manchester by the sea » de Kenneth Lonergan

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Voici donc le bijou de cette fin d’année.

A la mort de son frère ainé d’une crise cardiaque, Lee est désigné tuteur légal de son neveu, qui a 16 ans. Mais Lee n’habite plus dans la ville depuis plusieurs années suite à un drame qui a provoqué la rupture avec femme Randi. Il a d’ailleurs tout quitté et s’est éloigné du Massachusetts mais pas de son frère décédé. Son neveu Patrick l’a toujours admiré mais Lee semble plombé par le passé.

« Manchester by the sea » se situe dans une classe ouvrière du Massachusetts plutôt pauvre, où tout le monde se connait et tout le monde connait l’histoire tragique de Lee. Pour interpréter ce personnage brisé qui laisse très peu transparaitre ses émotions, Casey Affleck était le choix idéal. Il est tout en retenue, déphasé et terriblement touchant lorsque le réalisateur lui autorise l’expression d’un chagrin. Casey Affleck porte le film et trouve son meilleur rôle mais il est accompagné d’un très bon Lucas Hedge, en adolescent pour qui tout semble couler sur lui. Le jeune homme a plusieurs copines, des tas d’amis, il semble impénétrable à tout ce qui lui arrive, comme pour donner le change à cet oncle qui revient dans sa vie tel un fantôme. Les scènes entre les deux acteurs sont d’une grande justesse, ne tombant jamais dans le mélo, le tire larme et conservant une distance qui force le respect et qui amplifie l’impact de cette histoire. C’est celle d’un garçon qui aimerait que son oncle reste, de cet homme qui n’arrive pas à oublier le passé ; c’est surtout l’histoire d’un impossible deuil, d’une vie brisée après laquelle rien ne pourra plus se dérouler normalement.

Le film dure 2h18 et pourtant il se déroule sans peine, par petites touches nouant scènes du passé heureux aux scènes du présent où il faut gérer le décès du frère et la prise en charge de son fils. Kenneth Lonergan prend ainsi le temps de nous faire découvrir pourquoi son personnage principal est si asocial, reclus sur lui-même et solitaire.

La mise en scène est d’une grande sobriété et vous aurez du mal à ne pas retenir vos larmes. Le personnage de Lee est comme mort, congelé comme le froid qui enneige tout le film. Son cœur rebat par petites touches et on doute qu’il ne s’éteigne à nouveau. Mais ne vous attentez pas à un film larmoyant, à un feel good movie, non  « Manchester by the sea » est un film très beau mais très triste tout en conservant une grande classe, celle de la pudeur des personnages. Le film est intense de bout en bout et montre la résilience sous un jour rare au cinéma. Un grand film.

 

N°2 – « Quand on a 17 ans » d’André Téchiné

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Le retour d’André Téchiné en aussi grande forme est réjouissant. Il signe avec « Quand on a 17 ans » son meilleur film depuis « Les témoins » sorti en 2007.

Le film s’intéresse aux rapports très conflictuels entre deux adolescents de 17 ans, qui vont évoluer tout au long de l’année scolaire et déboucher sur une histoire d’amour. Aux critiques qui demandent à Téchiné pourquoi il parle d’homosexualité encore une fois, il leur répond qu’ »on voit assez d’histoires hétéros comme çà ».

Mais surtout son film est une très belle histoire de découverte de son identité, plus réussie encore que « Les roseaux sauvages » sortis il y a 22 ans.

La scénariste Céline Sciamma, réalisatrice de Tomboy et Bande de filles, apporte une dimension supplémentaire aux thématiques habituelles de Téchiné. Elle décrit une adolescence d’aujourd’hui et c’est loin d’être évident d’en décrire les contours avec justesse. Téchiné montre ce qu’est une famille dans son quotidien, dans ses malheurs et ses petits bonheurs.  Les classes sociales n’existent pas et il met tout le monde au même niveau, chacun s’entraidant sans se poser de questions. Le film en ressort d’autant plus humain sans tomber dans un quelconque angélisme.

Et puis surtout, il ne se focalise pas que sur le couple de jeunes hommes et donne à son film une respiration via les autres personnages, ceux des parents notamment. En donnant le rôle d’une mère moderne et fantasque à Sandrine Kiberlain, le réalisateur a vu très juste. En effet, cette dernière est parfaite tant dans le comique que la tristesse profonde. Elle est prodigieuse.

Le film ancre l’histoire dans deux contextes familiaux radicalement opposés. L’un vient de la montagne et de la campagne et l’autre de la ville mais cette fracture qui aurait pu s’avérer caricaturale, est au contraire propice à de très beaux moments, illustrant certains comportements lorsqu’un ado se cherche et veut se couper du monde, rester dans le sien.

Et puis cette bienveillance pour ses personnages illumine le film.

« Quand on a 17 ans » est frappé de la grâce des grands films. La simplicité avec lequel il traite de désirs, de violence, d’appartenance, de la peur de l’inconnu quand on a 17 ans, est tout simplement touchante. On y voit deux êtres qui n’ont pas franchi le cap de l’indépendance et n’ont pas conscience de la vie d’adulte, pas encore. Ils ont peur mais sont surs d’eux, ils pourraient déplacer ces montagnes puisque la vie est devant eux. C’est bateau comme affirmation et pourtant dans le film c’est juste très beau, attendrissant même.

Mais ce romanesque n’aurait pu être aussi réussi sans ses deux interprètes, Kacey Mottet Klein et Corentin Fila qu’on retrouvera très probablement.

Ce film plein de vie donne le sourire car il est moderne, subtil, solaire, simple et juste. Merci Monsieur Téchiné. Ceci fait un bien fou.

 

N°1 – « Mademoiselle » de Park-Chan Wook

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Park-Chan Wook est l’un des trois grands maitres sud-coréens des quinze dernières années.

« Sympathy for Mr Vengeance », « Lady Vengeance », « Old Boy », « Thirst » et « Stoker » ont jalonné une filmographie sous le signe de la violence.

Avec « Mademoiselle« , il adapte Fingersmith de Sarah Waters, livre qui se déroulait à Londres en 1862 et qu’il transpose en Corée du Sud dans les années 30, en pleine invasion japonaise.

On y suit une jeune femme qui se voit proposer d’escroquer une jeune et riche héritière, quelques peu dérangée à force de vivre reclue dans la propriété familiale dirigée par son oncle tyrannique, également tuteur de cette dernière. Alliée à un escroc se faisant passer pour un comte japonnais, l’objectif est de manipuler la riche héritière et de la déposséder de sa fortune.

Et question manipulation, on peut dire que Park-Chan Wook nous livre un scénario et une mise en scène virtuoses comme il ne l’avait plus fait depuis Old Boy.

C’est tout simplement brillant et jubilatoire ! Les décors sont sublimes, les acteurs excellents, l’histoire perverse est truffée de faux semblants. La seule nouveauté, déjà entamée dans Stoker, est que Park est bien moins violent qu’auparavant. Les personnes réfractaires à ses accès furieux peuvent donc se rassurer, ici rien de tel. Park préfère substituer à cette violence de la simple cruauté.

Le réalisateur fait preuve d’une grande classe dans l’élégance de ses choix formels. Le sexe est très présent ainsi que la relation lesbienne entre les deux personnages féminins. Mais contrairement à « La vie d’Adèle » dont les scènes étaient crues et vulgaires, ici elles sont très sensuelles et donc très réussies.

Le diable se cache dans les détails et le maitre sait en jouer pour mieux nous surprendre et nous manipuler puisque le thème du film est justement la manipulation. On est complice du jeu des personnages et tellement absorbés par l’excellence de la mise en scène qu’on ne voit pas comment Park-Chan Wook pourrait lui même nous faire un tour dont il a le secret. Et pourtant, il nous frappe pile au bon moment et fait de ce « Mademoiselle » l’un de ses meilleurs longs métrages.

Ce thriller envoutant, esthétique, joueur et provocateur doit absolument être vu ! C’est probablement l’un des meilleurs films de l’année et peut être le meilleur.

 

Et le podium 2016 du Blanc Lapin

best 2016

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