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Les meilleurs films de l’année 2016 du Blanc Lapin : N°10 à N°01

23 décembre, 2016

Après avoir détaillé le classement du Blanc lapin du N°20 au N°11 (cliquez ici pour le retrouver), nous poursuivons avec les films qui m’ont le plus accroché en cette année 2016 !

 

N°10 – « Premier contact » de Denis Villeneuve

Les meilleurs films de l'année 2016 du Blanc Lapin : N°10 à N°01 dans Dossiers Premier_Contact

Denis Villeneuve est devenu l’un de mes chouchous avec ses remarquables films « Incendies« , « Prisoners« , et « Sicario« . On l’attend l’an prochain avec la suite du chef d’oeuvre de SF « Blade Runner« , intitulée « Blade Runner 2049 » et ce qu’on peut dire à ce stade, c’est que la SF lui va bien, même très bien.

Avec « Premier contact« , on aurait pu craindre un reboot caché de « Rencontre du troisième type » de Steven Spielberg et sa naïveté un peu datée, ou pire un énième film d’invasion extraterrestre dont la plupart sont bourrins et aux scenari identiques. Car oui, ici, douze vaisseaux spatiaux apparaissent à la surface de la terre, aux douze coins du globe et il est indispensable de comprendre les intentions de ces visiteurs.

La première force du film est d’opter pour un calme absolu. On voit certes la panique des populations qui inévitablement s’emparerait du monde dans une telle situation, mais on le voit via des écrans de télévision, des news de chaines continues, permettant d’instaurer une distance avec cette frénésie et de nous isoler avec l’héroïne, les militaires et les scientifiques. Il n’y a pas de grands effets spéciaux destructeurs mais une réflexion sur comment entrer en contact avec une autre civilisation, s’inspirer du passé de l’homme quand des cultures se sont percutées et surtout, éviter les raccourcis.

Pour imposer ce mélange de curiosité, d’interrogations, de peur de l’avenir, Denis Villeneuve a choisit l’une des meilleures actrices au monde, Amy Adams, qu’on retrouvera très bientôt en janvier dans le parait-il excellent second film de Tom Ford, « Nocturn Animals« . Son jeu est parfait de sensibilité introvertie et de regards énigmatiques lorsqu’elle est en pleine réflexion. Et pourtant, un film sur des aliens et des spécialistes du langage qui jouent à « dessiner c’est gagné » c’est comment dire…potentiellement très chiant.

Or malgré sa durée d’1h56, le film tient en haleine de bout en bout tant les aliens en question sont insondables par leur apparence et leur manière de communiquer. L’idée même des vaisseaux, du physique de ces aliens est originale. Mais surtout Villeneuve filme avec douceur, retenue, un sujet susceptible de tomber dans l’épilepsie filmique à tout moment. Il introduit aussi une seconde histoire en parallèle qui provoquera une émotion et un dénouement inattendu, faisant décoller le film au niveau d’un très bon film de SF car différent et ne sombrant pas dans les clichés multiples du genre. Il s’intéresse alors à la relativité du présent et du futur, à l’acceptation de la mort comme point d’orgue d’un cycle et c’est très beau.

« Premier contact » est un très beau film humaniste, d’un stoïcisme assez rare pour ce type de production, un film intelligent, délicat, qui passe du mystère de l’univers à celui de l’humain en un clin d’œil  bref et d’une efficacité émotionnelle assez inattendue. Denis Villeneuve est un des grands réalisateurs de son temps et les fans de Blade Runner dont je suis peuvent être rassurés, l’an prochain nous pourrons vivre un autre grand moment de science fiction grâce à lui.

 

N°9 – « Kubo et l’armure magique » de Travis Knight

w6gn dans Films - critiques perso

Kubo est un jeune garçon aux pouvoirs magiques, qui conte des histoires dans un village de bord de mer en faisant s’envoler des origamis. Mais c’est surtout l’héritier caché du dieu lune, son grand-père, qui le cherche depuis la mort de son père afin de lui arracher son deuxième œil et l’empêcher de se rebeller contre lui.

« Kubo et l’armure magique » est de très loin le meilleur film d’animation des studios Laika, à qui l’on doit Coraline (2009), Paranorman (2012), Les Boxtrolls (2014).

Comme pour les autres longs métrages, c’est la technique magnifique de L’étrange Noël de Mister Jack qui est utilisée, le stop-motion !

Et le résultat d’un film animé par des marionnettes puis retravaillé en studio est tout simplement ultra classe. Car chaque mouvement et une expression de marionnette différente et à l’écran, çà ne se voit plus du tout, à tel point qu’on pense que le film est une animation 3D qui imiterait le stop motion. Mais non, pour arriver à un tel résultat il faut 5 ans de travail, 94 semaines de tournage, 35 animateurs, 400 personnes, 250 000 feuilles de papier, 70 plateaux mais le résultat est surprenant car vraiment vraiment magnifique. Qu’une marionnette fasse passer autant d’émotion c’est juste un petit miracle.

L’univers médiéval japonais de Kubo est non seulement très original (sachant que le studio est de Portland aux Usa) mais surtout d’une poésie et d’une finesse rarement vue pour un tel projet d’animation.

Le film et les mouvements sont fluides, l’action est très présente, l’histoire est une simple quête mais parsemée de moments où on se surprend émerveillés par le résultat. Le film parle aussi aux petits du deuil, de la résilience, de la filiation avec des messages qui ne sont jamais balourds.

Quant le tour de force technique est tout aussi bluffant que la beauté de son récit, je ne peux que vous inciter à courir voir ce petit bijou.

 

N°8 – « Saint Amour » de Benoît Delépine, Gustave Kervern

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Ce septième film de Benoît Delépine et Gustave Kervern est probablement leur plus accessible, leur plus généreux et l’un des plus drôles aussi.

Quelle idée géniale que de réunir deux acteurs connus pour leurs excès et monstres sacrés d’un cinéma parfois populaire, parfois « auteuriste » et souvent les deux à la fois.

Gérard Depardieu interprète Jean, le père de Bruno (Benoît Poelvoorde) et les deux sont en plein salon de l’agriculture pour y montrer leur taureau Nabuchodonosor. Vous les imaginez très bien dans cet univers « bucolique » et festif ? Vous avez raison, ils y sont parfaits. Mais on ne reste pas longtemps dans le salon car Jean, devant le pétage de plomb depressif de son fis, décide de l’amener faire la route des vins, avec un chauffeur privé, joué par un Vincent Lacoste cynique et sûr de lui. Ce dernier incarne la génération d’après Bruno et apporte une dimension décalée et oh surprise, touchante à ce road movie pas banal.

Car oui, Delépine et Kervern ont décidé de parler de sentiments, d’amour filial, de deuil, de malheur amoureux mais tout çà avec une tendresse qui vous cueille à des moments inattendus et on n’avait pas mais alors pas du tout l’habitude de cela de leur part. Ils restent certes fidèles à leur humour décalé, le film étant d’ailleurs le plus drôle avec « Louise Michèle« . Mais cette fois ci ils utilisent ces trois excellents acteurs pour nous conter une belle histoire de décrochage, de parenthèse enchantée pour des mecs qui bossent sans compter et dont le travail d’agriculteur leur empêche d’avoir une vie indépendante. Depardieu est incroyable lorsqu’il dégage une délicatesse troublante malgré sa carrure d’ogre maladroit. C’est l’un de ses plus beaux rôles depuis longtemps et çà fait un bien fou pour tout cinéphile qui connait l’animal et ce dont il est capable. Quant à Poelvoorde, son rôle est très beau. Il oscille entre pathétique et comique, son personnage étant brisé, blessé mais lui aussi très touchant.

Et puis tout en rendant hommage à cette France profonde avec un regard bienveillant, Benoît Delépine et Gustave Kervern optent pour des chemins de traverse qu’on leur connait si bien et qui font leur identité de cinéastes. Car la marque de fabrique des deux réalisateurs est aussi de s’inspirer fortement d’Aki Kaurismaki, de scènes parfois surréalistes et drôles voire poétiques. L’absurde fait souvent mouche et déclenche l’hilarité mais c’est la première fois que leur scénario mêle habilement l’ensemble avec autant de cohérence. Autant pour leurs tous premiers films, leurs essais pouvaient sembler trop radicaux pour certains (par pour moi j’ai adoré Aaltra), autant ici cet ingrédient donne au tout une ampleur dont Bertrand Blier n’aurait peut être pas renié le résultat.

Bref, allez voir « Saint Amour« , un film émouvant, drôle, engagé, libre avec le style de plus en plus fluide de deux réalisateurs qu’on a plaisir à voir évoluer et offrir quelquechose de différent à chacun de leurs projets. Respect.

 

N°7 – « Elle » de Paul Verhoeven avec Isabelle Huppert

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Voir Paul Verhoeven, revenir à 77 ans, réaliser un film français, 10 ans après son précédent long métrage sorti mondialement, Black Book, c’est en soit un évènement.

Mais ce qui est le plus réjouissant c’est de voir qu’il est très en forme et renoue avec ses thèmes de prédilections, servi par une Isabelle Huppert plus trouble que jamais.

« Elle » est donc l’adaptation du roman « Oh… » de Philippe Djian, sorti en 2012 et prix Interallié. On y suit Michèle, working girl chef d’entreprise, qui dirige une entreprise de jeux vidéos. Elle semble blasée par la vie et très détachées du quotidien, comme de sa vie sentimentale…mais un jour elle se fait violer chez elle par un inconnu qui entre par effraction.

Et parceque l’histoire de son père meurtrier a détruit sa vie et qu’elle a su y faire face et s’en sortir, elle préfère ne pas faire appel à la police et régler elle-même son enquête et sa vengeance.

Verhoeven nous montre une vision du sexe pas banale car dénuée de tout jugement moral et de tout voyeurisme.Verhoeven se fout des conventions et les envoie balader très vite pour mieux se concentrer sur son monstre froid et intriguant qu’est le personnage d’Isabelle Huppert. Cette femme est sulfureuse mais pas antipathique pour autant car on devine ses blessures, ses échecs et le masque qu’elle s’est créée, la distance qu’elle a choisi comme bouclier vis à vis du reste du monde. Elle a vue l’horreur adolescente et le jugement de la foule déchainée, elle a vu l’excès et les barrières morales ont justement cédé.

Les pulsions sont tantôt malsaines, tantôt libératrices, parfois outils de manipulation mais font partie du quotidien des personnages, alors pourquoi les traiter honteusement ? Il préfère les regarder en face et décortiquer leurs incidences psychologiques sur les personnages. C’est provocateur certes mais jamais de mauvais goût. Bien au contraire, il distille de l’humour à des moments où on ne s’y attend pas du tout avec une ironie salvatrice qui donne à ce grand jeu de cache cache une couleur très particulière. On est à la limite de la folie et sur le fil du rasoir en permanence, un certain malaise restant en suspens tout au long du film. Le film nous surprend et joue avec nos prérequis avec un plaisir coupable pour les rebondissements tordus.

Avec ce film dérangeant, grinçant mais comique, satirique et cynique, Paul Verhoeven signe sont grand retour et a annoncé vouloir tourner rapidement un autre long métrage en France. C’est réjouissant car son talent manquait au septième art et il est de retour, enfin !

 

N°6 – « Nocturama » de Bertrand Bonello

Avec ce sujet éminemment casse gueule, Bertrand Bonello revient avec son meilleur film, encore plus abouti que son « Saint Laurent » et son « Apollonide« .

Le film débute par un long ballet de jeunes gens dans les rues et le métro parisien. On pense forcément à Gus Van Sant et son Elephant, puisqu’on suit de manière silencieuse, sans aucun dialogue des personnages sur le point de faire quelque chose de grave. Et pourtant, ils ont des têtes de gamins, ils sont très jeunes. On les verrait plutôt aller en fac qu’aller poser une bombe. Le métro ou les rues sont d’ailleurs filmés sans effets de mise en scène particuliers, de façon ultra réaliste.

C’est juste le découpage et la synchronisation qui font de cette première partie, une mise en scène du pire assez fascinante par la banalité des intervenants et la confrontation au réel. On se dit que ce n’est pas possible, qu’une telle organisation n’est pas millimétrée à ce point par des post-adolescents …et pourtant on réalise peu à peu et bien sur, on pense à tout ce qui est arrivé depuis dix-huit mois en France et en Belgique et on se dit que si, c’est possible et c’est très, très simple.

Bertrand Bonello fait ensuite s’enfermer les personnages dans un grand magasin afin de se faire discrets. Il n’explique pas pourquoi, à aucun moment. Il ne donne aucune indication non plus sur leur mobile. Il ne semble pas religieux. Les jeunes gens se mettent alors à dialoguer. On perçoit quelques ressentis contre la société mais rien de très clair. D’autant qu’ils sont eux-même fashion victimes, acteurs de ce monde consumériste et quelle belle idée que de leur offrir comme lieu de refuge un grand magasin dans lequel ils gouttent à tout avec frénésie. L’une des scènes montre l’un des jeunes avec le même T Shirt Nike qu’un mannequin en face de lui. Il n’y a pas mieux comme image pour résumer ce décalage total entre des jeunes qu’on comprend révolutionnaires et leur absence de logique et de réflexion.

Les personnages peuvent même pour certains provoquer de l’empathie mais elle est suivie rapidement par un effroi terrible, face à leur détermination et leur absence totale de regret, de considération pour les personnes tuées. L’une des filles s’inquiète du nombre de morts provoqué par leurs attentats, ayant fait sauter des bombes non pour tuer mais pour le message…tandis que d’autres n’ont aucune notion de ce qu’ils viennent de commettre, de la valeur d’une vie. Ils ont fait quelque chose d’inédit et c’est plus important que le fond. Tout devient objet dans cet immense univers de consommation et plus rien n’a d’importance. On vient de tuer des agents de sécurité et on joue trois minutes après sur une console en écoutant de la musique à fond. Où est l’intellectualisation de leur mobile. Où est la responsabilité de l’ogre qui engloutit les idéaux pour leur vendre ces consoles ? Nulle part et c’est encore plus effrayant que lorsqu’il y a une revendication, tout aussi inexcusable et condamnable soit elle.

Ces personnages confondent absolument tout et sont donc capables du pire car ils sont en colère et « purs » dans leur criminalité. Mais comme on ne connait pas le message exact et qu’ils n’ont pas l’air de bien le maitriser non plus, le gouffre semble encore plus béant. Qu’est ce qui a déconné à ce point pour que ces gamins se solidarisent autour de ce projet terroriste ? Peut-être rien de très concret, et juste de la manipulation…

C’est donc brillant que de choisir des individus tous mignons, sans revendications ni conscience politique apparente, pour dresser ce portrait de jeunes hors sol qui veulent cesser d’être spectateurs de leur destin et commettent des actes atroces sans aucune conscience.

La mise en scène est bluffante, Bonello choisissant de terminer son film sur une vision opératique de la chute. Sa façon de remontrer une scène sur divers angles à partir du début d’une chanson, est tout simplement l’une des meilleures idées de cinéma depuis longtemps. Ce n’est peut être pas nouveau, mais là c’est ultra efficace.

On suit le mouvement des corps qui fuient, qui tombent, qui ont peur, que sont amenés vers un destin tragique et inévitable. Le ballet reprend alors, mais de façon confinée dans un espace clos qui représente tout ce qu’ils ont voulu détruire, emprisonnés dans ce mausolée alors qu’ils étaient libres de leur mouvement et en plein air lorsqu’ils ont commis l’irréparable. C’est visuellement d’un formalisme qui force le respect.

 

N°5 – « The Neon Demon » de Nicholas Winding Refn

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Le retour du réalisateur de « Drive » a de nouveau divisé la croisette à Cannes cette année, comme il l’avait fait avec « Only god forgives » il y a trois ans. Il faut dire que son concept est tout autant basé sur de la pure mise en scène, beaucoup d’esbroufe et une stylisation qui cannibalise parfois le propos. Celles et ceux qui veulent revoir un duplicata de Drive en seront donc pour leurs frais. Refn ne fera peut être plus de film aussi « grand public » et si « Bronson » était très bon et construit, on oublie souvent son « Valhalla Rising, le Guerrier silencieux » qui était bien perché et se foutait des conventions narratives.

Ici avec, « The Neon Demon« , le scénario est tout aussi mince que dans le précèdent opus mais personnellement, je m’en fout. Car Winding Refn est juste brillant dans sa façon de raconter son histoire, de sublimer ses personnages, de créer une tension morbide dans cette histoire parfois lesbienne, parfois un peu gore mais jamais vraiment ultra trash. Ça ne dégouline pas de partout car il veut juste nous exposer sa vision de l’asservissement du corps à une beauté irréaliste définie par quelques grands meneurs d’opinion du milieu. Le culte de la perfection est montré d’une façon si morbide que le film en devient vraiment troublant et marque la rétine de longs jours après son visionnage.

Elle Fanning est excellente en jeune ingénue, pas agaçante pour être tête à claque, pas naïve non plus mais juste qui a la vie devant elle et un charisme tel que rien ne peut lui résister. Et pourtant, elle va se confronter à la jalousie, à l’envie d’autres mannequins, cyniques, frustrées, névrosées.

Winding Refn rend évidemment hommage au cinéma bis de Dario Argento mais surtout se fait énormément plaisir en étant radical dans ses choix. Il se tape complètement de l’accueil critique qu’il va jusqu’au bout de son fantasme. The Neon Demon impressionne par diverses scènes inventives visuellement, dont les codes remplacent bien des dialogues qui seraient tombés à plat. Le film est ultra léché et vous met quelques coups de poing dans la gueule sans vous avertir et c’est excellent comme sensation, d’enfin ne pas se sentir en milieu balisé, dans un style donné de film d’auteur mais bien dans un univers en mouvement. J’imagine d’ailleurs très bien Winding Refn tourner son film sans savoir exactement quelle serait sa fin.

Le film est par ailleurs souvent marrant, bourré de métaphores. Il se déroule de façon si fluide et utilise si bien la froideur de l’imagerie clipesque que son dénouement est d’autant plus glaçant.

« The Neon Demon » est un grand film esthétique sur l’obsession, la paranoïa, la concurrence et la vacuité de nos nouveaux dieux, mannequins éphémères, photoshopés et d’une tristesse sans nom.

Un coup de maitre.

 

N°4 – « Belgica » de Felix Van Groeningen

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Après « Alabama Monroe » et « La merditude des choses« , très bien accueillis par la critique et le public, Felix Van Groeningen revient avec l’histoire de deux frères, Jo et Frank, qui vont ouvrir et développer leur propre bar, le « Belgica« .

Ils ont un idéal, celui de créer un lieu de fête, ouvert à tous, multiculturel et baigné dans le rock et l’électro, un endroit qui leur donne un boulot et les empêche de vieillir trop vite.

Frank est père d’un petit garçon et vit avec sa femme mais il s’ennuie, il a du mal à ne pas avoir la bougeotte, cherchant toujours un nouveau projet ; c’est un rêveur, un créatif, mais toujours dans l’excès. Jo est célibataire et fêtard aussi mais il a plutôt le sens des affaires et la tête sur les épaules ; il « grandit » là où son frère reste souvent incontrôlable.

« Belgica » est un film profondément sympathique et festif, l’enthousiasme de la création de ce lieu de perdition étant accompagnée de la bande son de Soulwax. A un moment on se demande si cette ambiance enivrante, cet endroit où on aimerait danser, ne dessert pas le film, qui, dans ses premières 45 minutes reste beaucoup dans le survol de ce décollage des deux frères vers le succès. Et puis Felix Van Groeningen distille peu à peu des indices. La fête permanente se transforme, prend un tour de soirée qu’on a tous connus, lorsque parfois on se dit que la débauche est veine et que la vie est ailleurs. Le réalisateur arrive parfaitement à capter l’évanescence du délire festif, l’anarchie de l’ivresse et l’absence d’accroche à la réalité. On ne construit pas une vie sur une série de beuveries et parfois çà vire à l’enlisement et çà devient moche. Moches aussi les rapports entre ces amis de fiesta qui n’ont pas tous les mêmes principes, les mêmes envies de long terme…et qui se connaissent peu, au final. Moche enfin lorsque l’un des frères sombre dans son côté obscur, ses démons de perdition de sexe et d’alcool, au mépris de ce qu’il a construit, au mépris de ses valeurs de partage et au prix du reniement de ses idéaux pour de l’argent.

Van Groeningen arrive de manière brillante à démontrer comment un rêve professionnel se ternit lorsque la réalité des affaires, de la rentabilité rattrapent les beaux principes et dénaturent le projet d’origine. On passe ainsi d’un film joyeux à la déception du réel pour revenir à ce qui compte le plus, les liens familiaux et amicaux. « Belgica » est un très beau film sur la fratrie. On choisit ses amis mais pas son frère. On doit donc faire avec ses défauts quoiqu’il arrive et trouver le courage d’affronter les démons familiaux là où des amis peuvent rompre de façon irréversible.

Encore un excellent long métrage pour Felix Van Groeningen. Un film bien plus profond que ne le laisse présager son début enchanteur et léger.

« Belgica » est généreux et bienveillant et çà fait beaucoup de bien.

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Et on arrive au trio de tête…

 

N°3 – « Manchester by the sea » de Kenneth Lonergan

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Voici donc le bijou de cette fin d’année.

A la mort de son frère ainé d’une crise cardiaque, Lee est désigné tuteur légal de son neveu, qui a 16 ans. Mais Lee n’habite plus dans la ville depuis plusieurs années suite à un drame qui a provoqué la rupture avec femme Randi. Il a d’ailleurs tout quitté et s’est éloigné du Massachusetts mais pas de son frère décédé. Son neveu Patrick l’a toujours admiré mais Lee semble plombé par le passé.

« Manchester by the sea » se situe dans une classe ouvrière du Massachusetts plutôt pauvre, où tout le monde se connait et tout le monde connait l’histoire tragique de Lee. Pour interpréter ce personnage brisé qui laisse très peu transparaitre ses émotions, Casey Affleck était le choix idéal. Il est tout en retenue, déphasé et terriblement touchant lorsque le réalisateur lui autorise l’expression d’un chagrin. Casey Affleck porte le film et trouve son meilleur rôle mais il est accompagné d’un très bon Lucas Hedge, en adolescent pour qui tout semble couler sur lui. Le jeune homme a plusieurs copines, des tas d’amis, il semble impénétrable à tout ce qui lui arrive, comme pour donner le change à cet oncle qui revient dans sa vie tel un fantôme. Les scènes entre les deux acteurs sont d’une grande justesse, ne tombant jamais dans le mélo, le tire larme et conservant une distance qui force le respect et qui amplifie l’impact de cette histoire. C’est celle d’un garçon qui aimerait que son oncle reste, de cet homme qui n’arrive pas à oublier le passé ; c’est surtout l’histoire d’un impossible deuil, d’une vie brisée après laquelle rien ne pourra plus se dérouler normalement.

Le film dure 2h18 et pourtant il se déroule sans peine, par petites touches nouant scènes du passé heureux aux scènes du présent où il faut gérer le décès du frère et la prise en charge de son fils. Kenneth Lonergan prend ainsi le temps de nous faire découvrir pourquoi son personnage principal est si asocial, reclus sur lui-même et solitaire.

La mise en scène est d’une grande sobriété et vous aurez du mal à ne pas retenir vos larmes. Le personnage de Lee est comme mort, congelé comme le froid qui enneige tout le film. Son cœur rebat par petites touches et on doute qu’il ne s’éteigne à nouveau. Mais ne vous attentez pas à un film larmoyant, à un feel good movie, non  « Manchester by the sea » est un film très beau mais très triste tout en conservant une grande classe, celle de la pudeur des personnages. Le film est intense de bout en bout et montre la résilience sous un jour rare au cinéma. Un grand film.

 

N°2 – « Quand on a 17 ans » d’André Téchiné

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Le retour d’André Téchiné en aussi grande forme est réjouissant. Il signe avec « Quand on a 17 ans » son meilleur film depuis « Les témoins » sorti en 2007.

Le film s’intéresse aux rapports très conflictuels entre deux adolescents de 17 ans, qui vont évoluer tout au long de l’année scolaire et déboucher sur une histoire d’amour. Aux critiques qui demandent à Téchiné pourquoi il parle d’homosexualité encore une fois, il leur répond qu’ »on voit assez d’histoires hétéros comme çà ».

Mais surtout son film est une très belle histoire de découverte de son identité, plus réussie encore que « Les roseaux sauvages » sortis il y a 22 ans.

La scénariste Céline Sciamma, réalisatrice de Tomboy et Bande de filles, apporte une dimension supplémentaire aux thématiques habituelles de Téchiné. Elle décrit une adolescence d’aujourd’hui et c’est loin d’être évident d’en décrire les contours avec justesse. Téchiné montre ce qu’est une famille dans son quotidien, dans ses malheurs et ses petits bonheurs.  Les classes sociales n’existent pas et il met tout le monde au même niveau, chacun s’entraidant sans se poser de questions. Le film en ressort d’autant plus humain sans tomber dans un quelconque angélisme.

Et puis surtout, il ne se focalise pas que sur le couple de jeunes hommes et donne à son film une respiration via les autres personnages, ceux des parents notamment. En donnant le rôle d’une mère moderne et fantasque à Sandrine Kiberlain, le réalisateur a vu très juste. En effet, cette dernière est parfaite tant dans le comique que la tristesse profonde. Elle est prodigieuse.

Le film ancre l’histoire dans deux contextes familiaux radicalement opposés. L’un vient de la montagne et de la campagne et l’autre de la ville mais cette fracture qui aurait pu s’avérer caricaturale, est au contraire propice à de très beaux moments, illustrant certains comportements lorsqu’un ado se cherche et veut se couper du monde, rester dans le sien.

Et puis cette bienveillance pour ses personnages illumine le film.

« Quand on a 17 ans » est frappé de la grâce des grands films. La simplicité avec lequel il traite de désirs, de violence, d’appartenance, de la peur de l’inconnu quand on a 17 ans, est tout simplement touchante. On y voit deux êtres qui n’ont pas franchi le cap de l’indépendance et n’ont pas conscience de la vie d’adulte, pas encore. Ils ont peur mais sont surs d’eux, ils pourraient déplacer ces montagnes puisque la vie est devant eux. C’est bateau comme affirmation et pourtant dans le film c’est juste très beau, attendrissant même.

Mais ce romanesque n’aurait pu être aussi réussi sans ses deux interprètes, Kacey Mottet Klein et Corentin Fila qu’on retrouvera très probablement.

Ce film plein de vie donne le sourire car il est moderne, subtil, solaire, simple et juste. Merci Monsieur Téchiné. Ceci fait un bien fou.

 

N°1 – « Mademoiselle » de Park-Chan Wook

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Park-Chan Wook est l’un des trois grands maitres sud-coréens des quinze dernières années.

« Sympathy for Mr Vengeance », « Lady Vengeance », « Old Boy », « Thirst » et « Stoker » ont jalonné une filmographie sous le signe de la violence.

Avec « Mademoiselle« , il adapte Fingersmith de Sarah Waters, livre qui se déroulait à Londres en 1862 et qu’il transpose en Corée du Sud dans les années 30, en pleine invasion japonaise.

On y suit une jeune femme qui se voit proposer d’escroquer une jeune et riche héritière, quelques peu dérangée à force de vivre reclue dans la propriété familiale dirigée par son oncle tyrannique, également tuteur de cette dernière. Alliée à un escroc se faisant passer pour un comte japonnais, l’objectif est de manipuler la riche héritière et de la déposséder de sa fortune.

Et question manipulation, on peut dire que Park-Chan Wook nous livre un scénario et une mise en scène virtuoses comme il ne l’avait plus fait depuis Old Boy.

C’est tout simplement brillant et jubilatoire ! Les décors sont sublimes, les acteurs excellents, l’histoire perverse est truffée de faux semblants. La seule nouveauté, déjà entamée dans Stoker, est que Park est bien moins violent qu’auparavant. Les personnes réfractaires à ses accès furieux peuvent donc se rassurer, ici rien de tel. Park préfère substituer à cette violence de la simple cruauté.

Le réalisateur fait preuve d’une grande classe dans l’élégance de ses choix formels. Le sexe est très présent ainsi que la relation lesbienne entre les deux personnages féminins. Mais contrairement à « La vie d’Adèle » dont les scènes étaient crues et vulgaires, ici elles sont très sensuelles et donc très réussies.

Le diable se cache dans les détails et le maitre sait en jouer pour mieux nous surprendre et nous manipuler puisque le thème du film est justement la manipulation. On est complice du jeu des personnages et tellement absorbés par l’excellence de la mise en scène qu’on ne voit pas comment Park-Chan Wook pourrait lui même nous faire un tour dont il a le secret. Et pourtant, il nous frappe pile au bon moment et fait de ce « Mademoiselle » l’un de ses meilleurs longs métrages.

Ce thriller envoutant, esthétique, joueur et provocateur doit absolument être vu ! C’est probablement l’un des meilleurs films de l’année et peut être le meilleur.

 

Et le podium 2016 du Blanc Lapin

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Les meilleurs films de l’année 2016 du Blanc Lapin : N°20 à N°11

18 décembre, 2016

C’est déjà l’heure des bilans et l’année 2016 n’est pas si mal que cela en matière de cinéma. Voici le début du classement 2016 du Blanc Lapin du N°20 au N°11.

 

N°20 – « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach

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Alors qu’il avait annoncé se retraite il y a trois ans, le pourfendeur de la cause sociale est de retour, à 80 ans, avec la verve intacte, les mots justes. Il s’est fait étrier à Cannes avant de recevoir sa seconde palme d’or pour ce « Moi, Daniel Blake« , jugé trop en deçà par la presse…trop facile, trop attendu, trop gentil, trop caricatural. Et puis comme par magie, ces mêmes critiques changent leur fusil d’épaule à la sortie et encensent le film.

Ce seraient-ils acheté un cœur passé le jeu de massacre cannois?  En tout cas, « Moi, Daniel Blake » est un très bon Ken Loach pour ma part. Oui, il est du côté de ceux qui ne vivent pas la mondialisation du bon côté, pointant du doigt, lourdement mais surement le désengagement de l’état, ce qui est très à la mode en ce moment. Le problème c’est lorsque par une politique qui établit des règles à l’aveugle, on perd tout sens de l’humain, parceque la loi est appliquée à la lettre par des individus qui sont de l’autre côté.

Alors oui, ses personnages sont franchement dans la merde et supers sympas et ils se battent contre des fonctionnaires trop zélés.

Le problème c’est qu’un discours simple et efficace comme celui de Loach, on en voit de moins en moins, comme si la population se résignait et se soumettait à des choses parfois absurdes. Et Ken Loach reste un maitre de l’émotion et de la dénonciation d’abus idiots dans un monde égoïste et violent. Ceci fait tout simplement du bien d’entendre autre chose, un autre son de cloche. On n’est pas obligé d’être d’extrême gauche pour apprécier ce type de film, il faut juste avoir du cœur et pas juste des chiffres et des ratios en tête. Car la pensée unique çà rend con, tout simplement, qu’elle soit de gauche ou de droite. Parfois ce type de film permet de rééquilibrer les dérives idéologiques un peu faciles justement. Et Loach le fait de façon simple, évidente, nous arrachant des larmes de tristesse devant son constat particulièrement sombre.

Son film est épuré de tout effet de style, en colère et pourtant humble et fier. C’est ceci que le jury de Cannes a voulu récompenser mais aussi le parcours d’un maitre du septième art qui n’a jamais perdu de vue un idéal. Et même si on peut être en désaccord avec ses idées politiques, on peut avoir un profond respect pour son combat car il est juste.

Ken Loach nous manquera probablement, sa présence étant salvatrice pour toutes les raisons que j’ai évoquées. Il est indispensable à la diversité de pensée, comme une mauvaise conscience pour toutes celles et ceux qui sont du bon côté, comme moi, et qui se sentent trop peu concernés par cette violence sociale. Un très bon Ken Loach, qui mérite sa palme.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°19 – « Réparer les vivants » de Katell Quillévéré

Les meilleurs films de l'année 2016 du Blanc Lapin : N°20 à N°11 dans Films - critiques perso

Traiter du don d’organe, du parcours de la famille du donneur à celle de celui ou celle qui est sauvé, est un sujet casse gueule. Plusieurs écueils auraient pu plomber le résultat.

Le pire était le pathos, le fait de s’apitoyer sur le sort de ce jeune homme à qui la vie sourit et qui se trouve fauché alors qu’il n’est même pas majeur. Katell Quillévéré a l’excellente idée de nous le rendre proche et quasi muet, en le suivant durant ses dernières heures de vie et de liberté. Quand les deux parents joués par Emmanuelle Seigner et Kool Shen apprennent la nouvelle et tentent de gérer peu à peu ce qui leur arrive, on est certes pris d’émotion, de compassion mais toujours avec une grande pudeur. Cette dernière vient du fait qu’il est inutile de rentrer dans des explications de texte, on se met à la place de cette famille de façon d’autant plus évidente que la réalisatrice nous a préparé au drame.

Le casting s’étoffe alors d’autres grands acteurs comme Bouli Lanners en chef de clinique méthodique et d’un grand sang froid. Il est professionnel et a l’habitude de voir de telles horreurs. Cette distance du personnage et du métier permet au film lui aussi de ne pas tomber dans la facilité. C’est aussi le cas du reste du personnel hospitalier dont l’excellent Tahar Rahim, dont l’humanité et la distanciation sont elles aussi mêlées avec grande intelligence.

On parcourt ainsi un chemin en même temps que la famille, en suivant de façon quasi documentaire les étapes de la décision.

Mais le film est surtout construit comme un parcours vers la renaissance, celle du personnage d’Anne Dorval, toujours aussi classe que chez Xavier Dolan. Elle se fane tout doucement, entourée de ses fils dont l’un joué par Finnegan Oldfield, qu’on a vu dans le très bon Nocturama en septembre. Alice Taglioni apporte quant à elle l’espoir pour l’après opération. L’opération de greffe est extrêmement détaillée, peut être trop mais c’est le parti pris au final globalement très réussi du film. C’est ce qui lui permet de rester digne et de provoquer des émotions sans à aucun moment s’enliser. Le film est mélancolique et triste certes mais avec toujours cette retenue indispensable. Le sentiment est en permanence celui de passer de la nuit au lever du jour. D’ailleurs, deux scènes se renvoient en miroir ce moment d’éveil, l’un vers la mort et l’autre vers la vie.

C’est un très beau film, à l’émotion subtile , à ne surtout pas louper.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°18 – « Comancheria » de David Mackenzie

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David Mackenzie, réalisateur de l’excellent « Les poings contre les murs« , revient avec un film très différent bien que centré lui aussi sur un lien familial fort.

On y suit deux frères qui après la mort de leur mère, se mettent à braquer des banques, de nos jours, pour pouvoir racheter leur propriété familiale.

Un ranger qui doit partir prochainement en retraite va tenter de les arrêter avec son adjoint.

Et dans le rôle du ranger, l’immense Jeff Bridges excelle comme d’habitude, en vieux bougon susceptible aux remarques racistes  dans le but de faire enrager et taquiner son adjoint comanche. Il apporte les touches d’humour salvatrices au récit. De l’autre côté, Chris Pine tient la dragée haute au toujours impeccable Ben Foster. Pine trouve enfin un rôle où il n’est pas que le beau blond de service mais un vrai personnage écrit avec soin.

Ben Foster interprète donc ce grand frère qui a tout raté à force de toujours emprunter le chemin de traverse. Il est rude et tendre pour son frère tandis que Chris Pine interprète un père qui tente de rattraper ce qu’il a détruit avec l’alcool.

La relation des deux frères est à la fois pudique et touchante et c’est sans doute la plus belle réussite du film. Ils n’expriment pas leurs sentiments mais çà crève les yeux, ces deux frangins s’adorent mais au Texas on préfère rester des mecs virils et ne jamais tomber dans le sentimentalisme. Les deux ont une revanche à prendre sur la vie mais pas que la leur, celle de leurs parents et grands parents, pauvres de générations en générations, oubliés de l’Amérique.

Il faut dire que David Mackenzie passe de l’enfermement de la prison de son précèdent long métrage aux immensités désertiques du Texas. Les deux braqueurs fuient à travers de splendides paysages, mais ils sont pourtant enfermés dans leur destin tragique, et ils le savent très bien.

Le réalisateur mêle les genres entre road movie, thriller, western mais n’oublie pas de livrer aussi un portrait d’une Amérique profonde exsangue d’activité économique et donc de richesse, très loin des succès story des grandes métropoles.

Le rêve américain est mort et Comancheria tire à bout portant sur son cadavre qui bouge encore un peu.

Un excellent film au ton racé et d’une grande classe.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°17 – « Dernier train pour Busan » de Sang-Ho Yeon

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Le cinéma sud-coréen est décidément surprenant. De grands maitres ont donné un nouveau souffle au thriller (Park Chan Wook avec Old Boy, Sympathy for Mister vengeance ; Memories of murder de Bong Joon Ho ; A bittersweet life de Kim Jee-woon ; The murderer et the Chaser de Na Hong-jin)

…ou se sont diversifiés vers l’horreur, la SF voire le western (The Host et Mother de Bon Joon Ho ; J’ai rencontré le diable et Le bon, la brute et le cinglé de Kim Jee-woon ; The strangers de Na Hong-jin)…

Sang-Ho Yeon arrive donc avec un film de zombies, « Dernier train pour Busan » et confirme une règle…les suds-coréens savent digérer les références culturelles occidentales et leur donner une tournure nouvelle. Car insuffler de la fraicheur au film de zombies c’est quand même balaise.

Et pourtant, ce « World War Z » asiatique au budget microscopique en comparaison du film avec Brad Pitt, est tout simplement bien meilleur.

Tout d’abord parceque le héros n’en n’est pas un. Il est normal et même très égoïste et coupé du monde de par son travail. La relation qu’il entretient avec sa fille donne au film de la profondeur. Les autres personnages sont eux aussi écrits et s’en trouvent attachants, évitant de tout concentrer sur le héros.

Bien sur, il y a des clichés, tous les clichés du film de zombies…mais le réalisateur dissémine quelques moments de regard inversé de la société assez bien vus, notamment lorsque l’entraide laisse la place au chacun pour soi.

Le confinement dans le train rappelle l’excellent concept du Snowpiercer de Bong Joon Ho, exploitant tous les recoins de cet espace clos pour attiser le suspens et la frayeur. L’inventivité créé la tension.

Les zombies sont hyper rapides et se transforment aussi en à peine une minute, ce qui attribue au film un booster encore plus fort. Les attaques sont bien plus impressionnantes que dans les blockbusters américains. L’une des scènes finales dans la gare et la scène où les passagers s’arrêtent dans une mauvaise gare sont d’un point de vue mise en scène, excellentes de bout en bout.

Et puis le film est sombre, très sombre sur la nature humaine. Pour une fois, le spectateur est violenté tout en étant diverti grâce au sous-texte social. L’acceptation d’un individualisme libéral sans aucune direction permet elle de faire face à un cataclysme imprévu ? La métaphore est belle et fait que la rédemption du héros n’en n’est que plus percutante.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°16 – « Frantz » de François Ozon

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Avec ce nouveau long métrage, le prolifique et talentueux François Ozon change de style et aborde un sujet très différent de sa filmographie. Il s’intéresse au pardon, à la culpabilité pour des êtres jetés dans la tourmente et la boucherie de 14-18. Il le fait avec un angle d’accroche original par son scénario bien que très classique dans sa mise en images.

Le noir et blanc pour épouser l’époque et le visage très années 20 de Pierre Niney collent parfaitement à cette époque post traumatique où allemands et français vivent chacun dans leur pays en ruine, soulevés par une haine de l’autre qui n’est pas encore retombée, les blessures étant béantes.

Ozon arrive, en racontant l’histoire de cet étrange jeune français venant fleurir la tombe d’un jeune allemand dans sa ville natale, à instaurer un certain mystère. Qu’y avait il entre les deux jeunes gens , Pourquoi cet homme est il si tourmenté, si attaché à un autre jeune garçon tombé au combat ?

La pudeur et la finesse de l’interprétation de la famille allemande y est pour beaucoup, au premier rang desquels Paula Beer, qui illumine le film de sa tristesse mélancolique. On voit le visage à fleur de peau de cette jeune fiancée fauchée dans son futur, s’illuminer peu à peu, reprendre espoir. C’est elle le vrai premier rôle auquel on s’attache en quelques minutes, telle une Romy Schneider des temps modernes, d’une beauté évidente dont on ressent toutes les fêlures à l’intérieur.

Pierre Niney joue peut être un peu trop de façon théâtrale mais ceci ne m’a pas dérangé, car le jeu colle au personnage à la limite de la folie que lui a dessiné Ozon.

Le réalisateur choisit un ton neutre, celui du noir et blanc pour montrer à quel point, l’humain, même au fond du trou, a besoin de se raccrocher à quelquechose, à un espoir de renaissance, même par procuration. Mais il n’oublie pas le rythme de son récit pour nous balloter dans une enquête sur le passé puis sur l’avenir avec déconvenues ou surprises qui font le sel du long métrage.

Il arrive à nous émouvoir avec le plus grand des classicismes dans sa mise en scène, avec un film étonnamment très sage pour cet auteur qui nous avait habitué à surprendre. Mais pourtant, ceci fonctionne car l’histoire est troublante et qu’elle capte un moment de l’histoire qu’on n’a pas si souvent raconté.

Le film est plus dense qu’il n’y parait et porte un message politique très fort. En enfants d’une Europe sans guerres depuis deux à trois générations, nous avons perdu l’habitude de mesurer la force de ce qui a été construit à partir de la moitié du 20ème siècle. Frantz arrive à faire toucher du doigt cet acquis sans le faire avec de gros sabots, juste un peu de poésie, des miroirs entre les deux peuples éreintés et l’universalité de la douleur de pères et mères face à des guerres inutiles.

Ce film pacifiste est aussi celui de la maturité de François Ozon et on ne peut que se réjouir de le voir progresser encore tant le niveau de ses précédents films était déjà excellent. Il signe un film élégant et ample, et atteint une belle sérénité dans sa mise en scène.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°15 – « Juste la fin du monde » de Xavier Dolan

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Le nouveau Xavier Dolan est l’adaptation de la pièce de Jean-Luc Lagarce, où l’on suit Louis, qui, après 12 ans d’absence, retourne dans sa famille pour annoncer sa mort prochaine.

Avec « Juste la fin du monde« , Xavier Dolan va diviser probablement critique et public là où pour l’instant ses films étaient accueillis avec bienveillance. La raison est assez simple et elle est double. Ce que certains n’aimaient pas dans le côté hystérique de ses personnages, parfois théâtraux, est encore plus affirmé. Il s’agit d’une adaptation de pièce comme Tom à la ferme mais ça se voit davantage car Dolan ne cherche pas à s’éloigner du huit clos familial. Ensuite, les effets de style, la musique et l’aspect clipesque de certaines scènes sont là, toujours là. Et ce style Xavier Dolan agace certains et comme c’est encore plus affirmé, ça va donc saigner.

Au premier abord, je trouve que ces effets de style se voient un peu trop et que les acteurs se voient un peu trop jouer. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas été cueilli par la même émotion que sur Mommy par exemple. Ce n’était pas immédiat. La scène finale de Vincent Cassel est trop bigger than life, trop « je suis acteur et je vous fait une démonstration« .

En revanche Marion Cotillard est tout en nuances, d’autant que son personnage finit rarement ses phrases. Le regard transmet alors toute sa soumission par rapport à son mari, son manque de confiance en elle et le fait qu’elle comprend, elle qui est une pièce rapportée à ce petit théâtre familial.

Léa Seydoux assure en petite sœur enfermée dans une petite vie paumée à la campagne et qui rêve d’éclore. D’autant qu’elle a un frère célèbre, frère fantôme qu’elle fantasme en sauveur, en figure paternelle et à qui elle en veut aussi car elle ne comprend pas pourquoi. D’ailleurs l’histoire n’explique jamais la raison principale de cette distance prise par Louis avec sa famille. Qu’est ce qui a déclenché tout cela ? Rien de particulier sans doute et on le comprend au fil de ces retrouvailles chaotiques. Il a tout simplement fui pour vivre sa propre vie, fui parcequ’il avait l’ascendant, le talent, la beauté et qu’il ne voulait pas assumer ce rôle, pas être au centre de leur vie mais de la sienne.

La scène entre Nathalie Baye, qui joue une mère un peu folle, irresponsable en apparence et son fils joué par Gaspard Ulliel, est pour le coup très émouvante. On comprend tout de l’excès de cette mère ogre qui a tenté de combler le vide, d’abord celui du père décédé, et celui de sa jeunesse perdue, puis celui de son fils chéri qui l’a mise à l’écart pour mieux s’épanouir. L’étouffement qu’elle provoque est touchant car on comprend que tous ces personnages comblent un vide et continuent à vivre dans leur village, dans une vie totalement décalée de celle de l’enfant prodige qui n’avait d’autre choix que de partir, pour lui.

Gaspard Ulliel trouve probablement son meilleur rôle avec le Saint Laurent de Bonello. Sa diction, son regard amusé, désabusé, tendre, triste, font du personnage de Louis un quasi fantôme qui revient une dernière fois hanter ses proches. La nuance de son jeu combinée à la manière dont Dolan capte ses moindres réactions font de sa prestation une des réussites majeures du film. Il était important qu’on s’attache à Louis, qu’on comprenne la raison de son départ alors qu’il ne l’explique jamais, lui, l’auteur économe de mots. Chaque phrase est ainsi pesée, et prononcée de telle sorte qu’on scrute le visage filmé en plein cadre, afin de distinguer tout ce qu’il ne dit pas.
« Juste la fin du monde » n’est donc pas un film aussi évident et aimable que les autres films de Xavier Dolan. L’émotion se cherche et peut se heurter à la théâtralité des situations ou le jeu d’un Cassel en surjeu justement. Mais ce décalage et cette cacophonie est volontaire par rapport au personnage central de Louis. La panique s’éprend de cette famille qui n’a jamais compris le départ et pas plus ce retour inopiné. Elle sent que quelquechose de grave est en train d’arriver. Et pour mieux se protéger, tous préfèrent surjouer leurs propres personnages, avec les étiquettes immuables qu’ils se sont distribuées.

« Juste la fin du monde » n’est donc pas un film dont il faut sortir avec un avis tranché. Il se décante, se réfléchit et au final apparait comme un film très ambitieux sur la construction/ déconstruction des rapports familiaux, où la place de chacun est telle que l’absence du plus silencieux mais du plus charismatique peut créer un vide déstructurant. Faites l’effort de ne pas juger le film sur ses apparences car il parle justement de cela, de la théâtralité d’une vie et de la difficile communication d’êtres qui ne se sont pas choisis puisqu’ils sont de la même famille. Et pour le coup, c’est la première fois que Xavier Dolan livre un film à double détente, un film plus mature, auquel on pense plusieurs jours après.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°14 – « 99 home » de Ramin Bahrani

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« 99 home » ne sort pas au cinéma mais directement en Vod et c’est un scandale !

En effet, il s’agit d’un excellent film sur les conséquences de la crise des subprime, les conséquences humaines désastreuses et l’envers du décors d’une Amérique où on peut réussir facilement et sombrer très profond sans aucun filet.

Le film débute par une scène violente psychologiquement où le très expressif Andrew Garfiel est délogé de chez lui, expulsé avec sa mère et son fils par un agent immobilier sans scrupules, qui est missionné par les banques pour saisir physiquement les biens des emprunteurs surendettés. Il s’enrichit sur le malheur et la misère des autres. Le personnage joué par Michael Shannon est flippant car c’est un cow boy qui veut faire du fric à tout prix, prendre sa revanche sur la vie et marcher sur les autres sans aucun état d’âme.

Pour lui ces maisons rachetées à la casse sont des boites accumulées et les faillites familiales qu’il y a derrière, le fait qu’un vieillard se retrouve à la rue au sens premier du terme, ce n’est pas son problème. C’est un être sans aucune compassion pour son prochain. Si ce rôle est en or pour cet acteur de talent, celui de Garfield est aussi intéressant car il vend son âme au diable pour survivre. On voit toute la cruauté d’un capitalisme sans aucune barrière, sans Etat pour poser des limites. C’est juste la loi de la jungle ou du war west. L’Amérique s’est construite ainsi dit le personnage de Shannon.

On voit tout le cynisme d’un système où les perdants enrichissent ceux là même qui ont provoqué la crise en vendant du crédit à des gens qui n’avaient pas les moyens d’assumer les échéances. Leur excuse se limite à « ils n’avaient qu’à pas s’endetter« …C’est sûr qu’il y a un monde entre la protection légale qui existe en Europe pour informer le consommateur et ce qui s’est passé aux Etats-Unis.

Le rêve américain devient ainsi un cauchemar dans cette Floride ensoleillée. Ramin Bahrani ne fait pas pour autant du Ken Loach ou des mises en scènes déjà vues. Il filme ses personnages comme des félins dans un monde sauvage, avec un scénario jamais démago, aux arguments saisissants.

« 99 home » est un film sur le cynisme du billet vert, sur une Amérique tétanisée par les excès de son système, comme des grands enfants qui auraient joué au Monopoly avec tout ce qui leur appartenait. Le réalisateur pointe tant l’irresponsabilité des emprunteurs que la vision gerbante des promoteurs charognards.

Que le grand prix du 41e Festival de Deauville ne sorte pas en salles est vraiment hallucinant.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°13 – « Steve Jobs » de Danny Boyle

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Il est assez hallucinant de voir à quel point la promotion de « Steve Jobs » tant aux Etats-Unis qu’en Europe est ratée.

On en entend quasiment pas parler alors que son réunis le réalisateur de Trainspotting, 127 heures, 28 jours plus tard et j’en passe, l’un des meilleurs acteurs au monde en la personne de Michael Fassbender et Aaron Sorkin, le scénariste de l’autre excellent biopic du même genre, « The social Network« .

Il est vrai le film n’est pas facile à vendre et le résultat n’est pas très commercial. D’ailleurs le film rentre à peine dans ses frais niveau box office monde…

Le film est très bavard et son concept est certes excellent mais peut rebuter. Car comment raconter l’histoire d’un entrepreneur de génie qui n’était pas lui même à l’origine des créations mais qui savait juste bien les packager, bien les vendre ? Comment raconter l’histoire d’un type obsédé par le concept et convaincu que c’était le nerf de la guerre et que les créateurs, les vrais, les informaticiens, devaient pédaler derrière pour s’adapter à l’objectif ?

Et bien Aaron Sorkin a eu une idée toute simple. Il a divisé son scénario en trois actes, trois lieux, trois périodes de la vie de Steve Jobs, trois moments où il lançait un produit et faisait un de ses célèbres shows devant la presse. Et pour le coup le film est conceptuel lui aussi ! Quel plus bel hommage ?

Forcément, ce choix radical a dû rebuter un certain public d’autant que le personnage de Steve Jobs est loin d’être sympathique. C’est même plutôt un sale con et çà fait un bien fou de voir un biopic qui ne soit pas consensuel justement, tout comme ne l’était pas The social Network…écrit par Aaron Sorkin…

Michael Fassbender ne ressemble pas du tout au vrai Steve Jobs mais c’est un acteur caméléon et là pour le coup, il est parfait dans le job…ahah…

Danny Boyle use de son talent de monteur pour donner l’impression que chaque séquence est limite un long plan séquence mettant en parallèle l’époque de sa vie précédente.

Le film a le talent de s’intéresser vraiment au personnage, à son asociabilité, sa suffisance, son manque total d’empathie, ses blessures personnelles de petite enfance qui l’ont transformé en cet être dénué de sentiments normaux.

Son incapacité à être père, son obsession à nier sa paternité est au centre du récit car elle explique beaucoup de choses, ses échecs comme ses succès. D’ailleurs, le film remet l’église au milieu du village et rappelle qu’il connu deux monstrueux fours avant de faire décoller Apple avec l’iMac.

Alors était il trop en avance sur son temps et trop ambitieux sur l’évolution technologique lorsqu’il se planta dans les années 80 et fut licencié de la propre entreprise qu’il avait créée ? Ou était il juste trop buté et trop sûr de lui pour assumer le minimum de souplesse nécessaire ? C’est à ces traits de personnalité complexe que le film s’intéresse.

Un tel degré d’exigence et une telle qualité dans le jeu, dans le choix scénaristique et les dialogues sont rares pour une production de cette importance.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°12 – « Captain Fantastic » de Matt Ross

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« Captain Fantastic » a été vendu à travers les festivals où il a cartonné auprès du public et de la presse, comme un « feel good movie« . Il est vrai que l’histoire de ce père aux valeurs de gauche anti capitalistes, qui élève ses six enfants à la dure, en pleine nature, a de quoi provoquer bien des sourires et des adhésions tant son discours est utopiste. Et pourtant ce serait faire injure à la qualité du film que de le réduire à un slogan marketing alors que c’est une très jolie fable.

Tout d’abord parceque Viggo Mortensen est un formidable acteur, une nouvelle fois excellent. Mais surtout parceque le film aborde des thématiques bien plus profondes qu’un message altermondialiste vu et revu. On y parle donc d’utopie et de la confrontation de cette dernière au monde d’aujourd’hui, aux désidératas d’adolescents qui doivent chacun trouver leur chemin.

Le long métrage aborde donc frontalement les limites du militantisme actif, des choix radicaux de s’exclure de la société d’aujourd’hui, sans les juger ni dans un sens ni dans un autre, avec juste un regard bienveillant sur ces êtres attachants tout comme sur ce grand père matérialiste mais plus ancré dans cette réalité qui a uniformisé le monde.

Le film a ce souffle de l’innocence, cette tendresse pour ses personnages, cet humour premier degré qui fait du bien car il est loin du cynisme dont nous sommes tellement habitués depuis deux décennies.

Et puis surtout, « Captain Fantastic » est très émouvant et vous cueille à des moments attendus et pourtant, çà marche. Est ce que c’est cliché ? Et bien pas forcément, non, car le naturel et la simplicité de l’histoire désarçonnent à bien des moments. Et surtout le film ne porte pas de jugement moralisateur ou de conclusions définitives. Il ouvre des fenêtres et c’est cette générosité sur le monde qui le rend troublant.

On a peur pour ces personnages lunaires et marginaux car ils sont totalement hors sol et pourtant si irrésistiblement attachants. Ils ont en partie compris le sens de la vie en communauté mais cette théorie ne tient pas la confrontation. Et c’est ce qui fait la préciosité de ce récit, cette capacité à faire toucher du doigt un mode de vie parfois risible et parfois enviable tout en emportant une adhésion de tout instant.

Captain Fantastic est un film lumineux à voir de toute urgence.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

N°11 – « Star Wars Rogue One » de Gareth Edwards

Voici donc le 1er spin off de la saga Star Wars, Disney ayant décidé de rentabiliser l’achat de Lucas Film en lançant entre chaque épisodes des deux nouvelles trilogies en cours, un film se situant à un moment de l’histoire officielle et s’intéressant à d’autres personnages que les Skywalker. Pas de Jedi et d’enjeux de filiation ici mais l’histoire d’une bande de rebelles décidés à voler les plans de l’étoile noire pour permettre à la résistance de détruire ensuite cet engin de mort. Le film se situe donc avant « Un Nouvel espoir« , le quatrième épisode et 1er historique.

Et le moins qu’on puisse dire c’est que le film est excellent alors qu’on pouvait craindre une simple démarche commerciale et que les reshoots nombreux opérés cet été sur le film pouvaient grandement rendre dubitatifs sur le résultat.

On ne connaitra jamais l’ampleur effective des scènes retournées à la hâte mais le film a clairement une identité à part entière dans la galaxie Stars Wars tout en étant un film de la saga. Comme pour le septième épisode sorti l’an dernier, le féminisme est assumé avec une héroïne emblématique. Félicity Jones est de tous les plans et elle assure grave face à un casting de tout premier plan avec Ben Mendelson en grand méchant, Diego Luna, Mads Mikkelsen, Riz Ahmed ou Forest Whitaker. Il est évident que le casting aide à incarner ces personnages ultra tendus dans une galaxie où l’Empire est sur le point d’écraser la rébellion.

Le robot K-2SO est un des personnages les plus réussis, et non un faire valoir comique. Un certain personnage de la trilogie originelle est de retour, de façon totalement inattendue puisqu’on ne voyait pas comment le faire revenir et bien sûr Dark Vador is back ! Alors certes, il a très peu de scènes mais ceci suffit à assurer le fan service.

Globalement le film est très tendu et c’est avant tout un film de guerre, sans l’humour potache qu’on peut trouver dans d’autres Star Wars, c’est sombre voire même très sombre. Le film est crasseux et montre un monde totalement dominé par l’Empire, où les rebelles ont du s’adapter à la violence de leurs ennemis et oublier certains de leurs principes. Cette idée est excellente car elle donne de l’humain et de l’attachement immédiat aux personnages. Or cette complexité là faisait défaut au Réveil de la force.

Ce choix scénaristique qu’on n’attendait pas de Disney rassure et donne au film une très belle ampleur. Le dernier quart d’heure fait décoller le film, déjà d’excellente facture, parmi les meilleurs de la Saga, juste après L’empire conte attaque et Un Nouvel Espoir. Tous les ingrédients des meilleurs opus sont là, y compris des enjeux dramaturgiques simples et forts. Rogue One est donc non seulement une excellente surprise et satisfera tous les fans mais c’est surtout le signe que Disney a choisi de respecter religieusement l’univers en question et de se fixer des objectifs de plus en plus haut, et çà, c’est très très rassurant. La saga Star Wars retrouve le souffle et se renouvelle.

La piste aux Lapins :

4 étoiles

 

La suite des 10 premiers films 2016 dans quelques jours…

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Les meilleurs films 2015 du Blanc Lapin : Partie 2 – N°10 à N°1

30 décembre, 2015

Voici la suite et fin du classement de mes films préférés de cette année 2015…après la première partie que vous pouvez retrouver ici.

 

N°10 – « Strictly Criminal » de Scott Cooper avec Johnny Depp

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Après 15 ans de perdition totale dans des rôles où il se caricaturait, Johnny Depp revient à son meilleur.

Car on l’oublie un peu mais Depp est l’un des meilleurs acteurs de sa carrière, une carrière qui débuta par Tim Burton à son époque inspirée, le magnifique « Dead Man » de Jim Jarmusch, le génial « Las Vegas Parano » de Terry Gilliam, Emir Kusturica et son très beau « Arizona dream« …bref, un temps où Depp ne jouait ni pour le fric avant tout ni pour faire marrer ses gamins en se travestissant jusqu’à ne plus jouer que le même rôle incessant et agaçant, fatiguant. Quel gâchis…

Il aura fallu donc que Scott Cooper, excellent réalisateur de « Crazy Heart » et « Les brasiers de la colère » s’attaque à l’un des criminels psychopathes les plus terribles du crime organisé des années 70 et 80 pour que Depp rejaillisse. Alors certes, il est grimé une fois de plus mais bon, Marlon Brando avait assuré un retour fracassant en son temps en parrain de Francis Ford Coppola. La comparaison s’arrête là car « Stricty criminal » n’atteint pas ce niveau. Mais le film est très bon et surtout, il donne une image différente de ces rues de gangsters que Scorsese ou Brian De Palma ont immortalisées.

Johnny Depp incarne donc James «Whitey» Bulger, petit mafieux de Boston qui va prospérer en devenant informateur du FBI via un de ses « amis » d’enfance, John Connolly, joué par un Joel Edgerton tout en beaufitude et cynisme mêlés.

Depp est glaçant avec ses lentilles bleu-grises et son teint blafard. Il évolue tel un vampire manipulateur, capable d’une violence extrême à tout moment. Seuls trois personnes comptent, sa mère, son frère sénateur joué par le toujours parfait Benedict Cumberbatch, et son petit garçon. Le reste ne compte pas. Ou tout du moins le reste ce sont les affaires et les façons de les mener, par la peur. Comme si son humanité se limitait à trois personnes et peut être une cause, l’indépendance irlandaise. A part cela, le reste des humains sont des pions. Il incarne le crime organisé « personnifié » comme le dit l’un des personnages. Et c’est l’un des meilleurs rôles de Johnny Depp, assurément.

Et puis Scott Cooper est juste ultra doué. Le travail de reconstitution par son équipe du Boston des seventies est excellent. La mise en scène est tendue, brusque.

Espérons maintenant que Depp se ressaisisse avec d’autres projets de ce type. En tout cas, ce « Strictly Criminal » est une grande réussite.

 

N°9 – « Star Wars, Le réveil de la force » de JJ. Abrams

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Enfin, çà y est, je l’ai vu. Que dire d’un film dont on a tout dit depuis 2 ans et l’annonce du projet de suite à la plus célèbre saga de space opéra du septième art ? Que dire du retour du casting iconique qui a bercé notre enfance ou adolescence selon l’âge auquel on a découvert la première trilogie historique ?

Kathleen Kennedy, directrice de LucasFilm après avoir été une star de la production hollywoodienne auprès de Steven Spielberg, a réussi son pari.

Elle réuni le scénariste de « L’Empire Contre Attaque » et « Le retour du Jedi« , Lawrence Kasdan, et JJ. Abrams, cinéaste très doué dans le blockbuster mais qui manque de personnalité. Et au final, Abrams se révèle un bon choix car il est fan absolu de Star Wars et qu’il sait faire du neuf avec du vieux et respecter un univers tout en le faisant évoluer. Il l’a prouvé avec Star Trek…Et pour le coup c’est ce qu’il fallait.

La production n’a cessé de vouloir rassurer les fans, leur expliquer qu’ils avaient compris pourquoi la prélogie très contestée des années 2000 n’avait pas plu, revenir à plus d’effets spéciaux classiques, par des vrais déguisements et maquillages, des vraies maquettes et du numérique plus discret. De même le tournage s’est effectué en pellicule. C’est le premier succès artistique du film. L’univers croqué est bien celui qu’on avait laissé, il est crédible, cohérent, un peu old school parfois mais c’est çà Star Wars !

Le second succès tient à la passation de génération qui s’effectue avec une grande fluidité, faisant revenir Chewbaca, Han Solo, Leia et tous les autres mais en respectant un très bel équilibre pour que la nostalgie prenne avec nos vieux héros laissés en 1983, il y a 32 ans, dans cet univers très très loin, et les nouveaux personnages dont chaque caractère a le temps d’être travaillé. Harrison Ford est LE héros de ce premier film, l’emblème de la saga et le plus émouvant est de le voir jouer un Han Solo abimé certes par le temps mais toujours aussi cynique et dilettante. Daisy Ridley, John Boyega et Oscar Isaac assurent la relève avec brio.

Et puis il y avait une lacune atroce dans la prélogie, c’était l’absence de méchant d’envergure. C’est peut être la déception du film. Le général Hux joué par Domhnall Gleeson, est classique, et le capitaine plasma du Nouvel ordre joué par Gwendoline Christie (Games of Thrones), n’a aucun intérêt. Rayon gentils, on ne voit pas non plus pourquoi avoir embauché le très grand Max von Sydow, dont le rôle n’est pas clair et inutile…

Autre déception, le méchant Leader Snoke, sorte de Palpatine, joué par Andy Serkis en motion capture (Gollum, César dans « La planète des Singes« ). Le design du personnage est décevant.

Concernant le « remplaçant » de Dark Vador, c’est beaucoup mieux. Le personnage de Kylo Ren est joué par Adam Driver, un jeune et très bon acteur. Son visage est ambigu et sied très bien le personnage et d’ailleurs on voit son visage, ce qui est une très bonne idée.

Ici, le personnage est un méchant en construction, ce qui laisse présager des idées scénaristiques passionnantes par la suite. Il est imposant comme un Vador mais perd en mystère, certes, mais du coup on est certain de ne pas revivre exactement le même scénario puisque la production choisit de raconter beaucoup de choses sur lui. Un méchant complexe, c’est ce qui aide de nombreux films à décoller et c’est ici un atout majeur, bien entendu.

Star Wars reste une grande saga familiale, ponctuée de batailles spatiales, de combats au sabre laser et le film met au premier plan un jeune noir et une jeune femme ! C’est généreux, souvent drôle, bourré de clins d’œils. Respect !

La mythologie Star Wars est donc relancée avec un très bon film et une fin des plus réussies, la meilleure des sept films, assurément. Il n’était pas du tout gagné d’arriver à trouver l’alchimie de la trilogie d’origine. Très beau résultat que ce retour aux sources salvateur !

 

N°8 – « Birdman » d’Alejandro González Iñárritu

 dans Les meilleurs films du Blanc Lapin

J’attend ce nouveau long métrage du mexicain depuis l’annonce que j’avais faite de son casting il y’a deux ans. Il faut dire que l’idée de prendre Michael Keaton, ex Batman de Tim Burton, pour jouer un ex acteur « super-héros », has been qui tente de relancer sa carrière à Broadway, c’est juste génial.

Ensuite voir Alejandro González Iñárritu prendre un vrai risque et délaisser son cinéma sombre (Babel, Amours chiennes, 21 grammes) pour une comédie ne pouvait qu’exciter votre dévoué blanc lapin.

Après il y’a eu l’accueil triomphal au festival de Venise jusqu’à ses quatre oscars la semaine dernière.

Le film est en effet une réussite même si certains reprocheront à Iñárritu ce qu’on lui assène à chaque fois, à savoir son manque de retenue, son côté bourrin et bigger than life. C’est vrai qu’il en fait des caisses. C’est vrai que l’idée de tourner uniquement en longs plans séquences peut faire poseur mais moi j’adore car le film est généreux. Il est certes monté pour récolter des prix avec sa thématique et ses acteurs tous excellents mais pourquoi bouder son plaisir ?

Edward Norton n’a pas été aussi bon et présent depuis des lustres, Naomi Watts est parfaite en écorchée et Michael Keaton trouve le rôle de sa vie, à mi chemin entre introspection personnelle et fiction. Il est juste excellent de bout en bout. Iñárritu va donc se moquer du milieu du show bizz, des critiques de théâtre élitistes qui préfèrent mettre tout Hollywood dans un sac d’égocentriques enfants-gâtés plutôt que de leur laisser une chance. Il nous parle aussi de la difficulté de survivre dans ce métier d’acteur où tout le monde s’adore en apparence mais où tout le monde est concurrent. Keaton incarne donc cet être qui a pété les plombs plus jeune en atteignant les sommets de la gloire puis qui a subi une chute d’Icare, et enchainé une carrière peu reluisante jusqu’à avoir la cinquantaine et être au pied du mur. La blessure narcissique du personnage est vraiment belle à contempler. Il tente de se refaire en montant une pièce dont il sera le rôle titre et qui lui permettra de prouver qu’il sait jouer. Ou comment se défaire de l’étiquette du rôle de sa vie que lui colle encore le public 20 ans après ? Birdman parle de tous ces acteurs emprisonnés par un succès et qui n’arrivent jamais à s’en sortir par le haut, plantant toute leur carrière ainsi que leur vie familiale. On y voit tout l’égocentrisme d’un homme qui a voulu retrouver sa flamme et qui pour cela a gâché sa vie personnelle, sa vie de père, jusqu’à perdre toute identité.Birdman

L’utilisation d’effets spéciaux en plein film d’auteur est aussi quelquechose de particulier dans le long métrage. Elle permet de coller parfaitement au personnage et à l’imprégnation mentale de son double à l’écran, celui qui lui a permis de s’envoler et qui fait que si il redécolle, il ne souhaitera surtout plus jamais revivre l’abandon du public et les affres de la descente aux enfers. La poésie côtoie le surréalisme de certaines scènes avec jubilation. Ce personnage est à la fois touchant et insupportable. C’est un type centré sur lui mais d’une telle solitude qu’on finit par s’attacher. Iñárritu le ridiculise pour mieux le suivre de plus près, avec toute la force du plan séquence qui nous met dans l’esprit que la vie est un théâtre continu où le combat est permanent.

Le film est drôle, souvent cynique, parfois dingo, d’une grande maitrise technique et toujours surprenant. On pourrait même dire qu’il est baroque et parfois agaçant mais c’est ce qui fait que le film est très bon. Ce regard de l’intérieur des coulisses d’un théâtre est une intrusion au cœur d’un univers barré et composé d’êtres très particuliers…un cirque d’égos délirants et touchants à la fois.

Alejandro González Iñárritu a signé un film formellement brillant, audacieux, une leçon de cinéma, aidé par un casting à hauteur d’un sujet fort. Un vraie grande réussite et la récompense d’un beau pari de mise en scène.

 

N°7 – « La tête haute » d’Emmanuelle Bercot

Avec « La tête haute », Emmanuelle Bercot signe un film magistral sur les fonctionnaires qui ont pour mission de tenter de recadrer et donner un sens à la vie d’enfants élevés dans des conditions si difficiles, qu’ils sont beaucoup trop violent pour susciter quelque espoir.

On va suivre Malony, interprété de façon très juste par le jeune Rod Paradot, gamin de 16 ans tête brulée qui ne maitrise pas sa colère, s’avère analphabète et a très peu suivi le parcours éducatif tellement son cas était difficile. Comment ramener un être sauvage dans un droit chemin qui lui permette au moins d’avancer et de ne pas se couper tous les ponts ? Comment instaurer un contact et tout doucement lui faire comprendre que c’est pour son bien et avant tout pour lui que les mesures de protection, de mises en centres fermés, sont nécessaires.

Benoit Magimel interprète un éducateur humain mais blessé et fragile pour avoir connu un parcours lui même compliqué. C’est sans doute l’un des plus beaux rôles de Magimel et l’un très grandes forces du film. La grande Catherine Deneuve joue quant à elle la juge des mineurs, tiraillée entre son humanité et les choix qu’elle doit rendre pour le bien de la société, l’adolescent étant parfois dangereux et toujours imprévisible. Elle est impériale.

Bercot choisit de filmer une histoire des plus crédibles, avec toute la dureté qu’on connait dans son écriture mais aussi des élans de tendresses extrêmement pudiques qui permettent au film d’atteindre de hauts sommets d’émotions. Ce n’est pas parceque son film est parfois raide quand traduit le fonctionnement de la justice ou d’un système éducatif spécialisé normé, qu’elle oublie d’y ajouter le jugement propres de ces hommes et femmes qui luttent contre des enfants mutilant leur avenir sans réflexion aucune. C’est une belle déclaration d’admiration à ces métiers qui font honneur à la république.

Ce drame bouleversant est surtout solaire car il tire de l’espoir de situation très sombres, d’impasses impossibles à franchir. Cette mise en scène âpre aidée par un jeu de comédiens d’une très grande justesse feront sans nul doute de ce film l’un des grandes réussites de l’année.

 

N°6 – « Mia Madre » de Nanni Moretti

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Quinze ans après sa palme d’or pour « La Chambre du fils« , Nanni Moretti signe son film le plus émouvant et peut être bien son meilleur film, tout simplement.

Margherita est réalisatrice, elle tourne son nouveau film, social dont l’un des rôles sera tenu par un célèbre acteur américain, joué par John Turturro. Mais sa mère est hospitalisée. Avec son frère, joué par Moretti lui-même, ils tentent de gérer  le quotidien de leur mère, lui s’étant mis en disponibilité pour s’occuper d’elle et Margherita essayant de gérer sa mère, son plateau, son ex et sa fille adolescente.

On sent dans ce récit de l’accompagnement d’une mère vers la fin, beaucoup de l’histoire personnelle de Nanni Moretti et du décès de sa propre mère. Mais en choisissant de faire de la fille une réalisatrice, il prend un certain recul par rapport à son histoire. Il nous raconte ainsi cette séparation par la mort avec un regard bienveillant et moqueur par rapport à lui-même, à ses obsessions professionnelles. Surtout on y voit un superbe hommage à sa mère à travers les yeux des autres. La pudeur du récit force le respect, le film ne tombe à aucun moment dans le pathos, toujours avec un ton juste.

L’actrice principale, Margherita Buy, incarne cette femme de 50 ans tout en nuances. Dévorée par les doutes ou la peine, elle est de quasiment tous les plans et elle crève l’écran.

Le rapport de chacun des enfants à cette mère, ex professeur, qui aime la vie et s’avère curieuse de tout, ne pourra que vous émouvoir. Le film est d’une grande sobriété, parfois il est même très drôle et burlesque grâce aux scènes de Turturro.

Nanni Moretti sait si bien nous cueillir avec des situations simples, dans lesquelles chacun peut se reconnaitre, qu’il nous livre un film vraiment bouleversant. C’est un film pour dire adieu à sa mère, accepter l’inéluctable, pour une femme qui a vécu, fait son temps et que la vieillesse et la mort rattrapent comme elle rattrapera tout le monde.  En soit, le film est assez tendre et préfère montrer les lueurs de vie que de tomber dans le morbide. Le fait que le film soit solaire accentue bien évidemment l’émotion générale. Mais il ne s’arrête pas là et parle de son Italie à lui, comme dans toute sa filmographie, et toujours avec un petit regard cynique et distancié.

Chose inhabituelle il me semble, Moretti use des rêves ou de la figuration des pensées pour décrire les angoisses ou des souvenirs, et c’est plutôt très réussi. Ce procédé facilite la mise en abime de l’intériorité du personnage principal.

« Mia Madre » est émouvant, drôle, social et marquera la filmographie de Nanni Moretti. C’est aussi l’un des plus beaux films de 2016.

 

N°5 – « Le Fils de Saul » de László Nemes

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Les films traitant de l’extermination juive sont assez rares et la plupart du temps des documentaires, au premier rang desquels figurent les deux piliers fondateurs du devoir de mémoire, « Shoa » de Claude Lanzmann et « Nuit et Brouillard » d’Alain Resnais.

Côté film de fiction, c’est plus compliqué. On pense à « La vie est belle » de Benigni ou « La liste de Schindler » mais l’histoire ne se situait pas dans un camp d’extermination.

Alors pour filmer une cruauté complexe à montrer à l’écran, László Nemes fait un choix de mise en scène simple. Il va filmer Saul en gros plan et laisser l’horreur se dérouler autour de lui en arrière plan, en filmant les corps certes, mais sans insister, souvent hors champs, par pudeur. De même les victimes n’ont pas de visages, afin d’éviter tout pathos.

Cette histoire de juif chargé d’accompagner les victimes à la chambre à gaz puis de ramasser les corps, les empiler, nettoyer …est évidemment un moyen habile d’entrer dans le cauchemar et de ne pas rester aux portes du camps. László Nemes nous montre aussi les fours crématoires, les cendres, les habits délaissés, l’industrialisation de ces meurtres de masse, l’individu devenant une unité mais tout çà, vous le savez déjà. Vous le savez mais c’est bien une piqure de rappel. C’est important de ne pas laisser l’oubli avaler cet épisode hallucinant de l’histoire ni de laisser les professionnels du match de génocides, réduire cette destruction de vies à un complot ou un détournement du réel. Le plus effroyable est de constater que les racines du mal sont toujours là et qu’elles repoussent toujours.

« Le fils de Saul » demande évidemment un certain effort par son thème, son absence totale d’échappatoire (contrairement au Benigni ou au Spielberg). Ce n’est pas un film moralisateur ni qui fait pleurer. C’est sec, factuel, effroyable et c’est probablement le meilleur moyen d’utiliser la fiction de façon intelligente sur l’extermination. Saul ne prononce quasiment aucun mot. Il est juste brutalisé chaque minute et ne tient qu’à l’instinct de survie, jusqu’à ce qu’il trouve une raison de retrouver une dignité humaine. En voulant honorer un mort, un enfant qu’il pense être le sien et qui ne l’est pas forcément, il s’accroche à ce qui a été un semblant d’humanité dans une vie antérieure.

Grand prix du Jury du festival de Cannes 2015, ce cinéaste hongrois entre de façon fracassante parmi les réalisateurs à suivre. Certes le sujet ne peut que toucher mais c’est bien sa mise en scène radicale, cet étouffement qu’il arrive à créer qui fait que son film mérite d’être vu. Il faut un grand talent pour traiter du sujet et en sortir indemne, sans voyeurisme, pour montrer l’horreur sans qu’elle soit frontale, ce qui est encore plus marquant.

 

N°4 – « A Most Violent Year » de J. C. Chandor

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L’histoire se déroule en 1981 à New York et suit le destin d’un homme ayant monté sa boite dans le commerce du pétrole mais dont l’ambition fait des envieux, qui tentent par tous moyens de l’empêcher de se développer.

Le troisième film de J. C. Chandor est son meilleur mais il aborde une thématique qui traverse ses trois premières œuvres. Dans « Margin Call« , avec Kevin Spacey, des traders essayaient de sauver leur peau, la veille de l’explosion de la bulle financière de 2007, dans « All is lost« , Robert Redford tentait de survivre seul en plein océan indien, alors que la coque de son bateau était percée, en pleine tempête.

Ici le personnage d’Oscar Isaac tente de garder son calme et d’encaisser les coups bas de ses concurrents, faisant face à l’adversité avec fierté et courage.  J. C. Chandor aime les personnages confrontés à une crise majeure, un danger imminent et comment ces derniers réagissent, gardent leur sang froid et arrivent à surpasser leurs peurs et leurs doutes.

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Le long métrage est d’autant plus original et intéressant que des films ou la mafia gangrénait New York, on en a vu des tonnes. Mais New York filmé comme cela, dans ses petits quartiers périphériques, dans ce petit milieu des transporteurs, des petits entrepreneurs, c’est plus rare. Et puis surtout, J. C. Chandor s’intéresse à un homme profondément honnête, avec une morale, un état d’esprit, une ligne de conduite qu’il suit malgré les tentatives de corruption, de déstabilisation par la violence de ses concurrents.

Oscar Isaac est au demeurant excellent comme d’habitude et d’une très grande classe. Son jeu est sobre, tout en retenue. On comprend le plaisir qu’il a de retrouver Jessica Chastain, avec qui il a fait ses classes et suivi ses cours de jeune acteur de théâtre il y a dix ans. Leur complémentarité à l’écran fait mouche et Jessica Chastain confirme qu’elle est l’actrice hollywoodienne qui monte.

Ce film est majeur pour la connivence parfois inévitable qu’il montre entre capitalisme sauvage et corruption voire criminalité. Certes, l’Amérique permet à un immigrant de partir de zéro et de construire un empire mais ces liens douteux de castes entre puissants et pègre, peuvent à tout moment couper la tête des nouveaux entrants. Le film est un thriller sans aucune longueur, avec de la substance, du fonds et un personnage très attachant. La complexité du récit est parfaitement bien gérée, le réalisateur ayant non seulement l’ambition de présenter un récit tout en nuances, mais réussissant à ce qu’il ne stagne jamais, là où il aurait pu plonger dans une rhétorique confuse ou démonstrative. Les films noirs sont en fait assez rarement originaux, avec un tel souffle, une atmosphère aussi bien taillée sur mesure.

J. C. Chandor voit le rêve américain vu comme un cauchemar hypocrite. Il prend le soin de développer son analyse avec une fausse lenteur, compensée par une montée progressive de l’émotion et des enjeux. Il est tout simplement un grand metteur en scène. L’éthique et la manipulation sont de très bons thèmes pour ce jeune réalisateur (à peine 40 ans) et donneront lieu par la suite, je l’espère, à d’autres pépites comme cet excellent « A most violent Year« .

 

N°3 – « Kingsman : Services secrets » de Matthew Vaughn

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Je n’attendais pas « Kingsman » spécialement. Pourtant Matthew Vaughn a réalisé l’excellent « Stardust » et surtout le « X Men, le commencement« , avec brio.

Sa collaboration avec Bryan Singer sur la franchise X men avant qu’il ne le laisse la reprendre, a peut être été bénéfique.

En effet j’étais dubitatif sur le fait qu’il ne poursuive pas l’aventure X men après ce succès mérité. Le projet en lui même me faisait beaucoup trop penser à « Kick Ass« , son autre adaptation de Mark Millar, que j’avais détestée. Le film était faussement badass, faussement trash, les persos étaient transparents et la cool attitude générale m’avait sérieusement gonflé puisque derrière j’y avais vu un trou béant.

Et bien avec « Kingsman », c’est très très différent. C’est même l’inverse.

Tout d’abord parceque Colin Firth est un acteur génial, qu’il a une classe folle et qu’il est idéal dans un rôle d’agent secret. Ensuite parceque Samuel L. Jackson est aussi excellent et que même si il cabotine, il le fait hyper bien. Si on ajoute Mark Strong, Michael Caine et le ptit nouveau, Taron Egerton, qui assure grave, déjà, le casting est au top.

Ensuite le film joue avec les codes de James Bond avec un humour violent, délirant, trash, décomplexé mais qui fait mouche. Ce second degré sied tout simplement aux personnages et à l’univers qui nous est décrit.

Enfin et surtout, Matthew Vaughn n’a pas lésiné sur des effets spécieux excellents et sur un élément un peu important…le scénario !

Là où celui de Kick Ass était franchement mauvais, celui ci réserve des surprises et perd donc le spectateur. Ce qui aurait pu être une comédie fadasse devient alors au contraire un film d’action comique, 10ème degré mais extrêmement cruel. Il mélange les genres, introduit du Tarantino fou dans du film d’espionnage avec un humour un peu con. Le résultat est élégant, jouissif et désinvolte.

J’ai juste vu un film super fun, à l’univers ultra référencé bourré de clins d’œils et politiquement très incorrect…et vous savez quoi, ben j’ai aimé ! Étonnant non ?

Un divertissement pop et jouissif de haute tenue.

 

N°2 – « Youth » de Paolo Sorrentino avec Michael Caine et Harvey Keitel

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Paolo Sorrentino a loupé de peu la palme d’Or il y a deux ans avec « La Grande Bellezza« , et on peut légitimement se demander si en la ratant avec ce petit bijou en 2015, il ne va pas subir la malédiction de certains grands réalisateurs comme Pedro Almodovar, jamais récompensés.

En tout cas l’Italie a trouvé un nouveau maitre qui redort ses lettres de noblesses, faisant des clins d’oeils à peine voilés à Fellini et Francesco Rosi tout en développant son propre style.

On va donc suivre avec « Youth » deux amis de 60 ans, qui approchent des 80 ans et passent au même moment des congés dans un hôtel luxueux des Alpes, où se côtoient des stars du foot, du cinéma et de très riches clients.

L’un, joué par Michael Caine, est maestro. Il n’exerce plus depuis de nombreuses années et se refuse à diriger de nouveau un orchestre malgré les appels de la Reine d’Angleterre. L’autre, joué par Harvey Keitel, est un cinéaste qui cherche avec son équipe de scénaristes à boucler l’écriture de son dernier film, celui qu’il laissera en testament.

Le duo d’acteurs que Sorrentino a eu la géniale idée de réunir, plane très très haut. Ces grands messieurs du septième art que sont Michael Caine et Harvey Keitel ont trouvé un superbe film pour briller de tout leur talent. Le respect est total pour ces deux carrières sans fautes. Bien entendu, le culte qui se cache derrière ces deux acteurs rend d’autant plus crédible à l’écran leur rôle de vieil artiste reconnu.

Ensuite le film va traiter de nombreux sujets avec une grande simplicité, dans la pureté des paysages alpins, avec un humour toujours subtil. Il est l’heure des bilans sur la carrière et la vie professionnelle des deux personnages, ne sachant pas vraiment quoi faire à présent, comment prendre le dernier virage avant la fin. La fille de l’un lui envoie dans la tronche son égoisme froid et distancié, l’actrice fétiche de l’autre le fait qu’il décline artistiquement en même temps que physiquement. Paolo Sorrentino nous parle aussi d’amitié, sur la très longue durée, des regrets, des trahisons, du sentiment curieux de ces octogénaires qui n’ont plus d’avenir et qui se rendent compte qu’ils ont consommé tous leurs crédits. Les deux ont eu de belles vies mais que faire à présent ?

Comme dans « Les fraises sauvages » d’Ingmar Bergman, les discussions sont nombreuses mais ici Sorrentno introduit divers personnages pour donner le change. Paul Dano est excellent en star de ciné Indé tandis que Rachel Weisz est subtile en femme et fille blessée.

Et puis la réalisation est ultra léchée, Sorrentino se permettant des scènes oniriques pour illustrer l’état d’esprit de ses protagonistes. Ceci peux sembler too much et trop « m’as tu vu? » dans un film d’auteur. C’est juste moderne et poétique. Et surtout très inspiré…

« Youth » est une claque d’émotion qu’on se prend en pleine face car c’est un très bel hymne à la passion pour un art, à la création comme pivot d’une vie, vecteur d’espoir et de dignité. Le film est lumineux, ensoleillé malgré son sujet dépressif. Et puis cet humour caustique permet à l’ensemble d’insuffler un charme salvateur à l’histoire.

Paolo Sorrentino a eu raison d’être ambitieux dans son sujet. Il nous livre l’un des plus beaux longs métrages de cette année.

 

N°1 – « Mad Max Fury Road » de Georges Miller

Enfin, voici ce film culte que j’attendais depuis 10 ans ! La production fut difficile, reportée maintes fois mais c’est avec grande classe que Georges Miller revient 30 ans après son troisième Mad Max pour nous livrer une quatrième aventure de son héros.

La première idée géniale est de conter une aventure qui pourrait se suffire à elle même, puisqu’on connaît Max, inutile de ressituer le contexte. D’ailleurs Tom Hardy est immédiatement crédible en homme qui a perdu tout espoir en l’humanité et qui ne fait que survivre. L’absence de Mel Gibson et son remplacement se passent avec une facilité déconcertante. Il faut dire que Tom Hardy doit dire trois phrases durant tout le film.

Et c’est là où Miller nous explose les rétines et nous montre qu’il est un maitre du film d’action. Son scénario tient sur un ticket de métro et pourtant, le film est halletant et fascinant du début à la fin. Il choisit son méchant de Mad Max 1 pour incarner Immortal Joe, un gourou dictateur qui a la main mise sur un réservoir d’eau naturelle mais qui se meurt et tente de se projeter via la naissance d’un fils valide. Il a créé une secte dont il est le dieu vivant et dont les jeunes War Boys sont des fous au cerveau lavé depuis l’enfance, prêts à sacrifier leur vie pour un hypothétique Valhalla qu’il leur a vendu. L’après civilisation que Georges Miller nous donne à voir est non seulement originale et barbare mais elle s’inscrit dans la mythologie post apocalyptique qu’il a lui même créée début les années 80…le tout est cohérent et nouveau en même temps. Or Miller a inspiré une bonne part de la SF, ciné, bd et mangas quand il s’agit d’imaginer des mondes où l’humain est redevenu une bête sans règles et sans morale. Bref, le boss est de retour…

Troisième bonne idée, il fait de son film une œuvre féministe à bien des niveaux dont le rôle principal à égalité avec Mad Max, est celui de Furiosa, interprétée avec brio, desespoir et classe par Charlize Theron. Il ajoute un troisième rôle inspiré de War Boy perdu avec Nicholas Hoult, qui donne à l’ensemble une touche naïve de rédemption et d’espoir bienvenue.

Et puis le film est un concept, celui d’une longue course poursuite quasi ininterrompue de 2h où Georges Miller, ses équipes et ses comédiens vont nous livrer un spectacle pyrotechnique hahurissant, qu’on ne peut plus voir au cinéma de nos jours car tout est en images de synthèses, là où lui choisit de vraies cascades. Et pour le coup, çà se voit à l’écran, c’est matériel et très très impressionnant. C’est comme si le cirque du soleil nous livrait un show adulte et violent. Le sens du détail des scènes d’actions, la mise en scène furieuse de ce réalisateur de 70 ans, qui a réalisé au final très peu de films, m’a juste coupé le souffle. C’est beau de voir une telle arlésienne de cinéma arriver enfin sur les écrans et dépasser tous les espoirs. Le film est bien meilleur que les trois premiers Mad Max, il va plus loin, son univers est plus cohérent, les effets spéciaux ont évidemment évolués, le casting est plus riche. Je n’ai pas vu de film d’action aussi brillant depuis de nombreuses années.

Et je me suis juste pris une putain de claque de cinéma !

Assister à la renaissance spectaculaire d’un mythe c’est un vrai bonheur.

Vous devez courir voir Mad Max Fury Road ! Abandonnez ce que vous êtes en train de faire et trouvez la première séance près de chez vous !

 

LE CLASSEMENT 2015

2015

 

Pour remonter le temps du Blanc Lapin…

Et pour celles et ceux qui cherchent un film à voir en streaming ou VOD, je vous invite à consulter mes classements des meilleurs films des années précédentes !

 

Année 2009 (cliquez-ici pour le détail complet)

2009

 

Année 2010 (cliquez ici (15 à 10) et ici (9 à 1) pour le détail complet)

2010

 

Année 2011 (cliquez ici (15 à 8) et ici (7 à 1) pour le détail complet)

2011

 

Année 2012 (cliquez ici (15 à 8) et ici (7 à 1) pour le détail complet)

2012

 

Année 2013 (cliquez ici (20 à 11) et ici (10 à 1) pour le détail complet)

2013

 

Année 2014 (cliquez ici (20 à 11) et ici (10 à 1) pour le détail complet)

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Les meilleurs films de l’année 2015 du Blanc Lapin – Partie 1 : N°20 à 11

23 décembre, 2015

Exercice délicat chaque année mais pour la 7ème fois, voici le classement des films préférés par votre blanc lapin cette année…avec du N°20 à 11…

 

N°20 – « Lost River » de Ryan Gosling

Les meilleurs films de l'année 2015 du Blanc Lapin - Partie 1 : N°20 à 11 dans Les meilleurs films du Blanc Lapin Lost-River-affiche

Pour son premier film en tant que réalisateur, Ryan Gosling a choisi d’être extrêmement ambitieux au niveau de sa mise en scène et de sa bande-originale, s’inspirant très fortement des réalisateurs avec qui il a travaillé dont Derek Cianfrance (« The place Beyond the pines« ) ou Nicolas Winding Refn (« Drive« , « Only God Forgives« ).

Cianfrance lui a inspiré la caméra naturaliste qui suit ses protagonistes perdus et paumés dans un quart monde imaginaire et Winding Refn l’esthétisation à outrance et la BO qui va bien, même très bien tout au long du film.

Celles et ceux qui ont détesté l’absence de scénario de « Only god forgives« , sachez le…vous détesterez « Lost river ». Vous le trouverez poseur, vous estimerez qu’il en fait trop, que ses images sont trop léchées, trop belles et qu’il n’ y a pas suffisamment de didactisme.

Moi personnellement j’ai beaucoup apprécié cet effort et je ne l’ai point trouvé élitiste ni démonstratif, juste exigeant. J’aime les films axés sur de la pure mise en scène. Un film peut être réussi avec une histoire des plus simplistes. Or ici c’est le cas. Ryan Gosling instaure un climax pesant au cours d’une première heure qui peut sembler longue pour qui veut voir une histoire balisée. Puis le film décolle avec une poésie morbide.

 dans Les meilleurs films du Blanc Lapin

La violence et le ridicule voire le grotesque côtoient un léger brin de mystérieux, enrobés par les flammes de ces maisons en pleine nuit. C’est beau et pas seulement une démonstration. Le cinéma c’est cela aussi. C’est oser sortir des sentiers battus, c’est oser des choix jusque boutistes et ne pas tomber dans la facilité. Et ce n’est pas de la facilité que de sortir de belles images, de beaux rythmes, un bel enchevêtrement de scènes parfois envoutantes et cauchemardesques. C’est du talent, tout simplement.

Bien sûr le film n’est pas parfait, les personnages auraient pu être plus poussés mais pour un premier film c’est très encourageant. La confusion du récit du début fait preuve de liberté mais sous l’emprise de très bons réalisateurs pour l’inspirer. Visuellement réussi et original, la fascination qu’il provoque reste longtemps dans la rétine. Allié à un récit plus construit, Gosling peut se faire un nom dans la mise en scène.

 

N°19 – « Le Grand jeu » de Nicolas Pariser

Avec ce premier film en forme de thriller politique, Nicolas  Pariser livre une œuvre par bien aspects impressionnante de maitrise.

Bien sûr, Pariser a eu l’intelligence de réunir un excellent casting avec Melvil Poupaud, André Dussollier, Clémence Poésy ou encore Sophie Cattani.

Il a su parfaitement les diriger et utiliser les qualités propres à chaque acteur pour donner une densité à chaque personnage, très bien écrit.

Il va donc mêler un écrivain qui n’a pas supporté son succès d’il y a 15 ans et s’est isolé du monde, à un complot politique dont le maitre d’œuvre est joué par un André Dussolier, dans un rôle délicieux de manipulation.

L’étrangeté et le calme de Clémence Poésy tout comme l’attitude douce amer de l’exe du héros, jouée par Sophie Cattani, permettent au long métrage de ne pas être sec et de se trouver ballotté entre le désenchantement du personnage principal et la possibilité d’un futur puisqu’il a connu un passé heureux.

Melvil Poupaud, trop rare sur nos écrans, est à nouveau parfait dans sa prestation, aidé par des dialogues assez rarement aussi bien écrits.

Le film a beaucoup de charme alors qu’il nous parle des lendemains qui chantent, de désillusions qui peuvent tourner au cauchemar.

Le grand jeu parle du système politique cynique comme de la cohérence entre des idéaux et la mise en pratique de ces derniers.

Le film manque peut être de tension parfois et aurait mérité quelques rebondissement plus dans la veine du genre. On regrette parfois que tout un pan de l’histoire semble se passer hors champs.

Disons que le suspense n’est pas assez fort mais que le jeu d’acteur, le fond des dialogues et la mise en scène rattrapent en bonne partie cette lacune volontaire probablement.

Il n’en demeure pas moins que « Le Grand jeu » est un film élégant vivement conseillé par votre blanc lapin préféré.

 

N°18 – « Knight of Cups » de Terrence Malick

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Je suis un grand fan de Terrence Malick, cet auteur culte qui se cache derrière « Les moissons du ciel« , « Badlands« , « La ligne rouge » et « Le nouveau monde« , quatre bijoux d’onirisme, d’ode à la vie…puis le maitre a pris un tournant dans sa carrière avec « Tree of life« , qui fut récompensé de la palme d’Or. J’ai beaucoup aimé le film avec Brad Pitt malgré l’absence totale de dialogues, Malick décidant d’opter exclusivement pour une voix off exprimant les tourments et pensées des personnages sur des images perchées exprimant tant leurs émotions que des émerveillements du cinéastes sur la filiation, la passation d’une génération à l’autre etc…Il poursuit avec « A la merveille » et un Ben Affleck muet et là pour le coup je décroche complet car le film est encore plus radical, détruisant encore plus le lien narratif entre les époques de la vie d’un homme infidèle.

Avec « Knight of Cups« , Malick retrouve Christian Bale mais n’abandonne pas ce nouveau style qui semble lui convenir même si il peut perdre le spectateur et rendre son propos parfois autiste et reclus sur ses propres réflexions. C’est dommage car sa mise en scène est somptueuse et son choix artistique trop radical. Il n’invite pas le public à entrer dans ses ressentis de la vie car justement, les personnages ne s’expriment qu’en voix off par bribes de phrases ou de réflexions. C’est donc décousu et il convient de s’accrocher pour suivre, recomposer le lien volontairement mis de côté. Le film étant chronologique, l’effort n’est pas considérable mais il existe tout de même.

Quant aux réflexions du cinéaste, on en loupe forcément puisqu’il ne les exprime pas par des mots et des pensées constituées autour d’un argumentaire. Il est donc vite possible de décrocher. D’autant que le film peut paraître long parfois. Pourtant, pourtant, malgré ces remarques, le film a quelquechose de fascinant. Je ne peux m’empêcher de me dire que je l’ai vu à un moment où je n’étais pas disponible pour voir ce type de film. C’est sensuel, sensitif et brillant par les thèmes abordés sans aspect démonstratif mais juste avec des scènes de vies où Chistian Bale est de tous les plans mais n’exprime aucun mot de sa bouche. On devine juste dans quel univers il évolue et quels sont les dispositions des autres personnages voire ce qu’ils ont du vivre pour en arriver là. C’est un film sur un homme en perdition de repères. Et c’est ce choix d’illustration radical qui nous montre un Christian Bale évoluant comme un étranger au milieu de sa famille, de fêtes somptueuses et décadentes, d’un Las Vegas de stripteaseuse ou tout simplement en pleine nature. On ne comprend pas tout et c’est frustrant. Mais le montage de Malick, le foisonnement d’images de toute beauté dont urbaines (ce qui est nouveau), font de « Knight of Cups » un récit déroutant par sa splendeur et sa prise de hauteur.

C’est donc compliqué de noter ou critiquer un tel film. J’ai plutôt adhéré au concept, été happé par la virtuosié hypnotique de Terrence Malick mais j’ai été aussi sorti du film à plusieurs reprises par manque de narration et besoin qu’on m’aide à y retourner. J’aimerais déjà revoir le film et surtout que Malick revienne davantage à un cinéma plus classique pour moi, simple blanc lapin, qui n’ait pas les chakras suffisamment ouverts pour tout percevoir d’un coup d’un seul. « Knight of Cups » est un film énigmatique et une expérience sensorielle déroutante.

 

N°17 – « Sicario » de Denis Villeneuve

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Denis Villeneuve s’est imposé comme l’un des grands réalisateurs à suivre avec le superbe « Incendies« , le très bon thriller « Prisoners » et s’apprête à réaliser la suite de « Blade Runner« , ce qui rassure sur ce projet.

Avec Sicario, il s’intéresse à un membre un FBI jouée par une Emily Blunt au visage énigmatique,  qui va être recrutée dans un groupe d’intervention du gouvernement américain ayant pour mission de faire tomber un baron mexicain de la drogue, à tout prix, quelles que soient les méthodes utilisées.

Le film se veut réaliste et premier degré d’où certaines scènes violentes et qui paradoxalement sont du fait des agents du gouvernement et non des narcos trafiquant. On les voit dans l’action là où l’horreur des représailles des narcos se voit par des images furtives des victimes ou tout simplement par un personnage qui raconte comment ils se vengent, un peu ce que Ridley Scott avait adopté dans « Cartel » comme méthode. La violence de la description des assassinats est souvent plus traumatisante car elle laisse deviner et imaginer et s’en avère plus effroyable encore.

Bien entendu, Benicio Del Toro traine avec souplesse son énorme carcasse de félin et imprègne le film de son talent. C’est un personnage sombre dont la dualité le rend dangereux à tout moment. Le personnage est taillé pour lui et arrive à donner un visage humain aux narcos comme aux repentis mais aussi à expliquer la spirale infernale de ces milieux de fous.

Alors j’ai entendu beaucoup de gens me dire que le thème les emmerdait et que des tas de films avaient été faits sur le sujet. Oui, mais tout est question de latent et celui de Denis Villeneuve est très grand. Il embrasse son histoire comme un film d’action aux enjeux moraux vraiment intéressants. Jusqu’où aller pour faire tomber l’ennemi, faut il aller jusqu’à adopter se propres métopes ou faut il s’arrêter avant et comment juger de la limite ?

Villeneuve est virtuose dans sa mise en scène avec pour exemple cette scène où il fait d’une ville mexicaine un monstre en la regardant du haut du ciel et en faisant s’y immerger un ballet de véhicules des forces spéciales, qui partent dans l’inconnu et le danger total.

Il filme le crépuscule et l’abime morale dans laquelle il faut plonger pour trouver ces narco trafiquants et les détruire. Un très bon film.

 

N°16 – « Foxcatcher » de Bennett Miller avec Channing Tatum et Steve Carell

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Le plus flippant dans ce film du réalisateur de « Truman Capote », c’est qu’il est tiré d’une histoire vraie. Un milliardaire se prend de passion pour la lutte et décide de débaucher deux frères champions toute catégories et de fonder une école puis remporter les Jeux Olympiques;

Prix de la mise en scène lors du dernier festival de Cannes 2014, le film de Bennett Miller est d’une maitrise formelle implacable. Sa mise en scène sobre, tout en retenue voir froide et distanciée, va permettre d’instaurer un cadre idéal à l’évolution du drame.

Steve Carell, transformé et à 1000 lieues de ses rôles comiques, impressionne dans son rôle de grand frustré, qui a raté sa vie personnelle, dans l’ombre de sa mère, et décide d’utiliser son pouvoir et son argent pour tordre le cou à la réalité. Sa mégalomanie, son besoin de revanche sur les autres, de prouver à sa mère qu’il est autre qu’un héritier chanceux, font du personnage un être terrifiant. Il ne parle que très peu, énigmatique, son regard est insondable et son comportement parfois flippant. C’est l’histoire d’un médiocre qui utilise son argent pour assouvir ses phantasmes de gloire et son patriotisme délirant. Le désir d’un puissant qui n’a que son argent comme atout est terrible. Le risque qu’il détruise ce qu’il n’obtient pas, ce qu’il ne possède pas, va accompagner tout le long métrage, comme un danger qui se tapit dans l’ombre.

Le film nous surprend par son évolution, faussement linéaire, son calme, qui sous tend une explosion possible à tout moment de l’un des protagonistes. Channing Tatum ajoute un autre rôle intéressant à sa carrière et prouve qu’il a l’intelligence de vouloir la construire avec soin. Il devient l’objet manipulé d’un monstre froid.

Mais plutôt que de détailler de façon didactique la psychologie des personnages, Bennett Miller préfère des silences. Le climax du film est étouffant, baigné de silences pour mieux exacerber l’isolement progressif et la perte de repère du personnage de Channing Tatum.

Le film se fait oppressant et inquiétant, sans pour autant distiller de rebondissements classiques du thriller. Cette tension atypique, confrontée à une mise en scène d’apparence classique, donne une tonalité vraiment originale.

« Foxcatcher » parle de liberté et du prix qu’on est prêt à y mettre pour la sacrifier.

Une excellente expérience

 

N°15 – « Loin de la foule déchaînée » de Thomas Vinterberg

Revenu de 10 ans de manque d’inspiration criant, l’auteur du chef d’œuvre « Festen« , signe une troisième réussite d’affilée après les sombres mais très réussis « Submarino » et « La Chasse« .

Et lui qui nous avait habitué à du super sobre, on peut dire qu’il change radicalement de style, tout en conservant la grande pudeur qui caractérise sa mise en scène.

Thomas Vinterberg adapte donc le célèbre roman de Thomas Hardy, qui se déroule à l’époque victorienne, dans une campagne anglaise où une jeune héritière va se faire courtiser par trois hommes en même temps, trois hommes issus de milieux différents.

Le personnage est troublant car il est indépendant et d’un caractère déterminé dans un monde d’hommes, surtout pour gérer une grande ferme. Carey Mulligan est parfaite comme d’habitude, son physique fragile donnant d’autant plus de nuance et de trouble à son caractère indécis. C’est qu’en fait cette femme ne sait pas trop qui elle veut comme époux et si elle souhaite se marier. Elle est très en avance sur les mœurs et n’hésites pas à faire attendre ses prétendants, sans aucun jeu ou manipulation, juste parcequ’elle ne sait pas, et qu’elle déteste qu’on la force. Face à elle, les excellents Matthias Schoenaerts et Michael Sheen crèvent l’écran de leur désirs enfouis, de la solitude qui ravage leur âme, de leur patience et de leur chevalerie.

Le film est une grande tragédie classique et Thomas Vinterberg nous sort tous ses talents de mise en scène pour livrer de superbes scènes de campagne, aux couleurs nuancées selon les saisons. Le travail sur la lumière est admirable. La pudeur qui se dégage de ces histoires de personnages brisés ne sachant pas comment provoquer l’étincelle, fait de « Loin de la foule déchainée » un film hors du temps. Il aurait pu être réalisé il y a 20 ans comme dans dix. Mais il faut suffisamment d’esprit et de finesse de la psychologie des personnages pour les diriger avec un résultat aussi émouvant. Car oui, Vinterberg a beau être froid et aimer les situations déprimantes, il trouve toujours ce qu’il y a de beau dans l’humain pour donner une touche d’espoir à chacun de ses films.

Et lorsque il s’attaque à du romanesque, ceci donne un film d’une grande maitrise formelle et d’une émotion contenue mais vive à souhait. Un bel émoi flamboyant en sortant de la séance.

 

N°14- « Dheepan » de Jacques Audiard

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On a beaucoup critiqué cette Palme d’or attribuée au plus grand cinéaste français actuel. On lui a reproché d’être réactionnaire par sa vision étriquée de la banlieue française, montrée à travers le seul prisme de gangsters ultra violents. Il est vrai que cette histoire de réfugiés politiques fuyant le Sri Lanka et se retrouvant dans un autreenfer peut surprendre, d’autant que la vision de l’intégration en Grande-Bretagne y est montrée de façon idyllique…

Mais ces reproches, si ils peuvent se comprendre en partie, ont tout de même un goût très politique et oublient deux éléments importants du choix de Jacques Audiard. Tout d’abord Audiard dévoile un film noir se situant dans un contexte bien particulier et n’a aucune ambition de dresser un portait complet des visages de la banlieue. Et ces critiques sont assez insultantes à l’égard de l’intelligence du spectateur et d’Audiard lui-même. Nous avons tout de même assez de recul pour resituer l’histoire. Cette image pourrait conforter des électeurs extrémistes dans leur vision apocalyptique du terrain banlieusard…peut être…après on ne peut pas toujours contrôler la connerie. Si ces derniers sont assez idiots pour résumer banlieue à chaos, et bien comment dire, pauvres d’eux mêmes !

Plus intéressante est l’actualité dans laquelle le film sort, en plein drame des réfugiés. Le hasard des calendriers est terrible et le film est intéressant parcequ’il montre ce qu’offre l’intégration à la française. La petite fille apprend grâce à l’école et s’intègre plus facilement que ses « faux » parents à qui on n’offre pas grand chose pour s’en sortir. Le film s’intéresse au repli identitaire, difficile à contourner lorsque la langue ne peut pas être maitrisée. Et puis surtout, en faisant débarquer en France une famille de toc de trois personnes ne se connaissant pas, Audiard ne choisit pas l’angélisme et donne corps à une histoire parfois bouleversante, de trois individus sans aucune racine, étrangers entre eux dans leur propre refuge, devant à la fois s’adapter à un pays et se découvrir entre eux.

Et puis Audiard prend la tangente et passe au thriller…le tout donne un résultat curieux, pas son meilleur film mais un très bon résultat tout de même.

Le film est parfois violent mais pourtant il se dégage de Dheepan quelquechose de plus doux que dans les autres films d’Audiard, amorcé dans « De Rouille et d’Os ». On assiste à la construction d’une relation amoureuse au fil d’un récit tantôt film social, tantôt film noir. Cette alternance fait du long métrage un objet fragile, souvent plus maladroit mais aussi plus aimable que de plus grands films d’Audiard.

 

N°13 – « Mission impossible : Rogue Nation » de Christopher McQuarrie

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Tom Cruise gère sa franchise depuis 20  ans déjà avec une régularité de métronome, utilisant le retour à « Mission impossible » quand sa carrière flanche un peu, les films ayant tous plutôt bien fonctionné au box office. Mais là où son souhait d’avoir recours à de très bon réalisateurs était louable, l’expérience de Brian De Palma puis de John Woo ne fut pas des plus mémorables. Le matériau d’origine de la série Tv était bien trop éloigné et le caractère égocentré sur Tom Cruise avait quelque chose de gênant, malgré l’indéniable efficacité des scènes d’actions. Les deux volets suivants de JJ Abrams et Brad Bird intégraient de nouveaux seconds rôles avec Simon Pegg puis Jeremy Renner, Ving Rhames étant le seul rescapé du premier volet de De palma.

Et en voyant ce Rogue Nation, on se dit que c’est de qui manquait à la franchise, l’élèment clé de la série Tv, une équipe « Mission impossible », soudée et donc de l’affect là où il y en avait bien moins précédemment. Ceci humanise le personnage d’Ethan Hunt et en même temps le rend plus faible, dépendant de ses co-équipiers et moins omniprésent.

C’est ce qui différencie aussi la franchise d’un James Bond vers lequel les films lorgent de plus en plus, même si 007 a aussi quelques repères à travers Q, M et Moneypenny. Et c’est là le second grand compliment à faire à ce cinquième volet. Il n’a nullement à rougir des meilleurs James Bond, y compris du méga succès Skyfall il y a trois ans.

Le film présente davantage de scènes comiques que par le passé. Il se dote de deux éléments majeur à la réussite d’un film d’action, un méchant charismatique et qui n’est pas binaire à travers  Sean Harris et une présence féminine qui ne soit pas un faire valoir potiche avec l’excellente Rebecca Ferguson. Cette dernière est l’égale de Hunt au féminin et bluffe nos agents à bien des reprises, donnant une touche inédite à la franchise.

Evidemment les scènes d’actions sont impressionnantes à bien des reprises, et Tom Cruise inspire le respect du fait des cascades qu’il assure seul dans la plupart des cas. Comme d’habitude me direz-vous…si ce n’est que Tom a 53 ans et que çà ne se voit pas, du tout. Les poursuites sont rudes, les combats bien virils et violents tout en restant réalistes. Ajoutez à cela un scénario de faux-semblants malins et vous serez forcément conquis.

La mise en scène de Christopher McQuarrie est fluide et ne tombe jamais dans une version clipesque et hystérique souvent vue en cas d’accumulation de scènes d’action. Le déroulé de l’histoire est limpide et laisse justement des scènes parlées faire respirer le long métrage entre deux morceaux de bravoure.

Bref, « Mission impossible » est une leçon d’équilibre entre action, scénario à rebondissements malins, personnages de caractères contrebalançant Tom Cruise, suspense permanent. Le retour aux codes de la série « Mission impossible » donne une identité renforcée au film par rapports aux nombreux autres films d’espionnage.

C’est un excellent divertissement et de très loin le meilleur opus des cinq films. Le respect du travail bien fait et donc du spectateur se ressent à tous les niveaux.

Ce n’est pas baclé, çà ne se repose pas sur ses lauriers et surtout, la franchise se remet en cause et c’est très très frais comme sentiment.

 

N°12 – « Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence » de Roy Andersson

A 72 ans, le suédois Roy Andersson, rare au cinéma, termine sa trilogie entamée avec « Chansons du deuxième étage » il y a 15 ans.

Et tout en respectant son style singulier inimitable, il remporta le lion d’or à Venise en septembre 2014 !

Andersson va comme à l’accoutumée nous présenter une série de saynètes, de tableaux dans lesquelles des personnages évoluent dans un plan à la fois fixe et plan séquence, souvent avec une mine blafarde atroce. La mise en scène est si particulière qu’elle devient un personnage du film et donne aux rebondissement une amplification comique bienvenue.

Car oui, Roy Andersson, c’est drôle, très drôle même. Son humour noir et son cynisme décortiquent les sentiments généraux qui traversent l’être humain mis dans certaines situations. Il les observe de loin comme dans un tableau de maitre et l’impression en sortant du film est d’avoir vu des tableaux vivants. A chaque scène, vous vous attachez au cadre et au décors dont le moindre détail est pensé. Certes le film peut paraître lent du fait du style même d’Andersson mais l’enchainement des scènes évite en général cet écueil. Ces dernières sont liées entre elle par deux personnages, vendeurs pathétiques de farces et attrapes.

Et puis le film s’assombrit peu à peu pour devenir cruel et sans concessions sur les limites de l’humanité et l’atrocité dans laquelle des hommes en groupe ou en castes peuvent tomber. Le pathétique, l’absurde côtoient ces vies sans panache, sans courage, sans objet et c’est jouissif car Roy Andersson ne les condamne pas, il les observe juste de façon détachée et distante. Le surréalisme vient même mélanger les époques pour mieux faire ressortir l’intemporalité de certaines sentiments humains.

Et puis surtout, Roy Andersson c’est un cinéma original, vraiment différent de tout ce que vous voyez, on est loin du film social, du film Marvel, du film de guerre, d’un genre quel qu’il soit puisque ce style n’existe que chez lui ! L’artiste risquant de ne plus tourner (il a réalisé 5 films dans toute sa carrière), vous seriez inspirés de tenter la visite de son musée décalé…

 

N°11 – « Vice Versa » de Pete Doctor

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Cela fait de nombreuses années que Pixar ne nous émerveille plus, jouant sur des suites inférieures à leurs succès passés, si l’on met à part « Toy Story 3« .

Or tout ce qui a fait du studio un électron libre résidait dans l’originalité de ses scénari, l’inventivité créatrice de ces concepts et l’approche du public à la fois adulte et tournée vers les enfants, chacun y trouvant son compte. Cet universalisme bluffait bien souvent car il ne sacrifiait pas la qualité artistique du résultat à l’exigence de ses histoires, abordant des thèmes novateurs pour l’animation, et ne se contentant pas d’innover techniquement.

Alors forcément, « Vice Versa » fait du bien. L’idée fait penser à « Il était une fois la vie« , série animée des années 80, avec une touche bien personnelle. On va donc suivre les émotions d’une petite-fille, que sont Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût. Le début du film est très drôle comme au meilleur de Monstres et Compagnie avec ces personnages hauts en couleur et l’interaction de leurs fonctions stéréotypées avec les agissements de l’enfant. Mais tout le talent des magiciens de Pixar et de nous montrer l’évolution du personnage, de voir la petite fille grandir au grès des aventures de Joie et Tristesse, expliquant comment les sentiments vont se complexifier et interagir entre eux. Le long métrage regorge de très bonnes idées et de personnages attachants comme l’ami imaginaire.

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Et puis comme souvent, Pete Doctor n’hésite pas à distiller de la mélancolie au milieu d’un film pour enfants voire même parler de dépression chez une gamine, sujet pour le coup jamais abordé dans un film d’animation. Sur cet aspect, « Vice Versa » frappe fort car expliquer la construction d’une identité et le mode opératoire de la sélection des souvenirs pour y arriver, relève d’un sacré défi ! Tout en restant ludique…

J’ai juste eu un petit sentiment de déception dû probablement à deux facteurs. Le premier réside dans les personnages et les situations plus enfantines que d’autres Pixar comme « Là Haut » ou « Wall E« …le second est lié à la longueur du périple de Joie et Tristesse dans le Cortex de l’enfant. En effet, les liens entre l’environnement de la petite fille et son intérieur sont peut être moins fréquents, laissant passer une baisse de rythme du film, qui avait débuté très fort. Cependant ce serait bouder son plaisir que de ne pas reconnaitre que « Vice Versa » est une belle réussite du studio, à voir sans hésitation car ils sont de retour et en grande forme ! Tant visuellement qu’en terme d’émotions mêlées, le film fait mouche à bien des égards dans ce récit initiatique de l’intérieur.

 

Et dans quelques jours, vous aurez la suite, à savoir les 10 premiers…

Les meilleurs films 2014 du Blanc Lapin – Partie 2 – N°10 à N°1

24 décembre, 2014

Suite et fin du classement du Blanc Lapin des films préférés 2014…

Alors alors, qui squate le podium cette année ?

Etes vous d’accord avec ce jugement toujours contestable ?

On commence…

 

N°10 – « The double » de Richard Ayoade avec Jesse Eisenberg, Mia Wasikowska

Les meilleurs films 2014 du Blanc Lapin - Partie 2 - N°10 à N°1 dans Bandes-annonces the-double-poster

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Quatre ans après le remarqué « Submarine« , Richard Ayoade revient avec une adaptation du second livre de Dostoïevski, « Le double ».

Le Jacob du livre s’appelle désormais Simon et l’histoire est transposée dans une société très kafkaïenne là où le livre se situe en russie. C’est donc l’histoire d’un jeune homme timide, qui travaille pour une entreprise dirigée par un Général lointain et tout puissant. Simon est invisible, effacé et son travail n’est pas respecté. Il tombe amoureux d’une jeune femme, jouée par Mia Wasikowska, étrangère à son charme car de charme, il n’en n’a pas. Cette absence totale de charisme et de caractère va se confronter violemment à un autre jeune homme qui surgit dans son quotidien et dans son entreprise. Sauf que ce garçon est son double parfait. Personne ne semble se préoccuper ou se rendre compte qu’ils sont sosies. Au contraire, l’autre fait l’unanimité rapidement, il est enjoué, volontaire, drôle, roublard. Il se permet même de l’utiliser et de reprendre son travail à son compte, à plaire à sa place, à gravir les échelons à sa place, à être celui qu’il aurait pu être avec une autre personnalité, à prendre sa place.

La métaphore est non seulement filmée telle quelle mais avec des choix de mise en scène qui donnent au film une patine ressemblant fort à « Brazil » de Terry Gilliam, le non sens et la profonde depression de cet univers étant en effets très proches. Il y’a pire comme référence. Or Richard Ayoade ne se plante jamais dans ces emprunts donc Gilliam aurait du mal à rejeter l’héritage.

 Ben Affleck dans Dossiers

Jesse Eisenberg confirme quant à lui qu’il est l’un des plus talentueux acteurs parmi les trentenaires hollywoodiens. Son visage enfantin et naif peut tout aussi bien verser dans le cynisme qu’on décelait déjà dans « The social Network« . Sa double partition est excellente car elle ne vire dans l’excès d’aucun des deux côtés. Elle est juste suffisante pour distinguer l’un de l’autre, les deux étant plutôt maitres de leurs expressions. Il appuie sur le bon détail du visage et des mouvements pour interpréter le falot ou le winner. L’un est plus gauche quand il marche. Le film tient sur ses frêles épaules.

« The double » est donc un film sur l’identité, la projection de l’être dans un « sur soit » nettoyé de ses scories, de ses défauts tellement encrés dans la personnalité qu’ils vous rattrapent. Le propos est celui de l’affirmation de soit face à la rudesse du monde du travail et de la vie en société tout simplement. L’enfer c’est les autres et les autres font rarement des cadeaux. Dès lors qu’est ce qui différencie un être avec une aura du même que l’on ne remarque pas. Quels codes plaisent au plus grand nombre et qu’est ce qui provoque le désintérêt ? Bien entendu, il s’agit d’une vision caricaturale, d’une fable sur un personnage qui n’a pas choisi spécialement de jouer le jeu de la représentation, qui a bien évidemment un caractère mais pas celui qui convient. Et qui ne sait pas se transformer d’agneau en loup.

L’utilisation de la bande son est également pertinente, car poussée dans les accès de violence uniquement entre violons stridents et envolées enflammées. Bien vu. Ou plutôt entendu.

Surréaliste et fantastique à la fois, l’oeuvre a quelques défauts bien sûr, dont un aspect pudding pour son accumulation et son rythme qui s’accélère de façon surprenante. Mais c’est justement cet aspect hors du temps qui m’a séduit aussi. Le film est visuellement très réussi, superbement interprété, angoissant et drôle à la fois, nihiliste et sombre, trop référencé parfois mais captivant.

 

N°9 – « The Grand Budapest Hôtel » de Wes Anderson

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Avec « The Grand Budapest Hôtel » Wes Anderson était très attendu après le succès critique et public de « Moonrise Kingdom » il y’a deux ans.

Suivant la même recette d’un casting plein comme un oeuf de stars venant faire des caméos, Anderson change légèrement de style pour opter pour une comédie plus assumée. Il déclare sa flamme à la vieille Europe mais aussi au cinéma des débuts faits de décors superbes de carton pate, colorés et absoluments pas réalistes. En dédiant son film à Stefan Sweig, il assume aussi légèrement plus de fond, en décrivant un monde sur le point de sombrer dans la barbarie nazie.

Le rythme de « The Grand Budapest Hôtel »  est plus saccadé que ses précèdents films, ce qui peut donner un peu le tournis dans ces aventures cartoonesques que Hergé n’aurait pas reniées.

The-Grand-Budapest-Hotel-illus4 David Fincher dans Films - critiques perso

Ce choix fluidifie le récit et le rend plus accessible. Et puis l’humour s’avère toujours fin et décalé, jouant à fond sur les propres codes du style de cinéma qu’il a crée, de « La famille Tenenbaum » à « The Darjeeling limited« .

Le film brille par ses détails, son inventivité à chaque plan et son coté fantasque et dixième degré. La marque Anderson est plus que jamais là, avec ses plans fixes dont une action perturbe le décor de maison de poupée. Il ballade sa caméra de ses célèbres travellings au milieu des maquettes de l’hôtel ou de la prison, assumant le côté théâtral pour mieux isoler son récit dans un pays imaginaire. Et puis il y’a ces fameux gros plans sur des visages d’une pleiade d’acteurs tous aussi bons les uns que les autres.

Cependant, votre Blanc Lapin préféré émettrait un bémol. Le film, du fait de son rythme et de son choix comique plus prononcé, s’avère moins émouvant et moins surprenant puisqu’on connait le style Anderson. Mais le résultat est ausi plus romanesque, toujours autant nostalgique de l’enfance et des récits qui y rattachent son auteur.

Enfin, Ralph Fiennes est excellent et So British. Il a et il incarne, le savoir vivre, le panache et la désinvolture dans un monde qu’il porte aux nues et qui s’est déja envolé…si vite que la brutalité du vingtième siècle le rattrape.

« The Grand Budapest » est un film charmant et très divertissant.

 

N°8 – « Les poings contre les murs » de David Mackenzie avec Ben Mendelshon et Jack O’Connell

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« Les poings contre les murs » raconte l’entrée et la difficile intégration en prison pour adultes d’un gamin, Eric. Ultra violent, Eric sait que son père, Nev, est déjà emprisonné au même endroit. Ce dernier a très peu connu son fils et les rapports entre les deux ne vont pas faciliter l’apaisement du garçon.

A toutes celles et ceux à qui je parle du film, on me dit « ouais bof, encore un film de prison« . C’est vrai que le film n’est pas une comédie ou une love story, que le genre est ultra balisé et que des films de prison on en a vu un paquet, et des très bons, dont « Un prophète » dans les derniers bijoux en date.
Mais justement, « Les poings contre les murs » évite les clichés et redites et surtout, inscrit son récit dans un contexte inédit, celui du rapport père-fils. Un père qui a carbonisé son fils en étant absent toute son enfance, du fait de son incarcération, va devoir assumer son rôle pour tenter de sauver le futur de sa progéniture.

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Le film est sombre et réaliste, et se passe quasiment exclusivement à l’intérieur et très peu dans la cour de la prison, mettant ainsi l’accent sur la claustrophobie et la promiscuité. De la corruption de certains matons aux mafias qui se sont créées, l’histoire se déroule en milieu très hostile.

Mais une lueur d’espoir traverse le film avec grâce. Tout d’abord elle prend la forme du personnage de Rupert Friend, civil bénévole que tente de ramener à un certain apaisement les rapports entre un groupe de taulards suivant une thérapie de groupe. Là le jeune homme va comprendre qu’il n’est pas seul à ne pas savoir canaliser sa violence. Jack O’Connell livre une prestation vraiment de haut niveau pour un jeune acteur de 23 ans, lui qu’on a découvert dans la série Skins. Son personnage cherche le père qu’il n a pas eu tout en voulant lui prouver qu’il peut vivre sans lui.

Ben Mendelshon, génial acteur vu dans « Animal kingdom« , « Cogan kill them softly » ou « The place beyond the pines« , livre à nouveau un excellent personnage. Dans le rôle de bête enfermée qui retrouve son instinct paternel, il est juste, sobre et très bon. Et bien que le film soit au final bouleversant, son réalisateur, David Mackenzie, ne cède à aucun moment à la facilité, au sentimentalisme…cette réconciliation d’un homme avec son passé, cette projection qu’il a de préserver un avenir pour son fils, fait sauter le mur de ce film de prison pour en faire une très belle oeuvre sur la filiation.

Alors ne vous arrêtez pas à l’étiquette « film de prison » et poussez donc la porte de cet enfer, ça ne dure que 1h45 et c’est une très belle réussite et l’un des films à ne pas manquer en 2014.

 

N°7 – « Gone girl » de David Fincher

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David Fincher est l’un des plus grand réalisateurs hollywoodiens. Chaque film est en soit un événement. Si « Gone girl » n’atteint pas les niveaux de ses chefs d’œuvre, « Fight club« , « Zodiac » et « The social Network« , il n’en demeure pas moins très au dessus du lot.

En choisissant d’adapter un thriller sur la mise en accusation d’un homme suite à la disparition de sa superbe et parfaite épouse, on pouvait craindre un thriller efficace mais un film mineur pour Fincher. Fort heureusement les ingrédients habituels sont là avec un casting surprenant. Ben Affleck est parfait en  mec pataud et au bout du rouleau de son couple, et aussi à l’aise dans la naïveté que la vilénie. Rosamund Pike est quant à elle excellente dans son rôle de petite fille modèle et pourrait grâce à ce film décrocher bien des rôles par la suite.

Fincher use de son brio habituel de mise en scène pour faire glisser son thriller vers une manipulation et des rebondissements qui ne sont pas sans rappeler son film « The Game », l’esbroufe et le trop plein de surprises en moins. Le réalisateur a beaucoup appris en 15 ans et surtout à en faire moins, pour le bien du film.

Et puis surtout, le regard narquois et moqueur qu’il livre de l’Amérique modèle, du couple et des médias sont savoureux. Certains reprochent au réalisateur sa misogynie mais c’est idiot. Il s’amuse juste des faux semblants, de l’hypocrisie du paraitre en société, y compris de l’image que véhicule un couple « modèle » et de son utilité pour les membres du couple. La puissance des frustrations exprimées par ce couple qui se déteste mais n’ose mettre un terme à leur prison par soucis divers et variés, est à la fois violente et perverse.

« Gone girl » est un film noir et paranoïaque, qui vous bluffera par son côté ironique et cruel. Captivant et malin, le film doit être vu tant pour  sa mise en scène que pour son script ou son jeu. Un des très bons films de cette fin d’année.

 

N°6 – « Under the Skin » de Jonathan Glazer avec Scarlett Johansson

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Diriger un film de SF quasi muet, où la parole se fait rare, centré sur la beauté venimeuse d’une Scarlett Johansson qui passe le plus clair de son temps à conduire un grand van dans des villes paumées d’Ecosse, c’est comment dire…ultra casse gueule !

Et pourtant, Jonathan Glazer signe là l’un des films de SF les plus originaux de ces dernières années, par une réalisation sobre, des choix radicaux et une utilisation géniale de l’imagerie fantômatique et perdue d’Ecosse et du charisme de son actrice star.

Pour son adaptation de la nouvelle de Michel Faber, Glazer choisit donc de coller à une extraterrestre qui s’est glissée dans la peau d’une humaine ultra sexy. Nous allons donc suivre cet être sans aucune explication sur la façon dont elle a débarqué sur terre et sans aucune parole entre elle et ceux qui l’ont envoyée.

Surtout, nous allons voir à travers ses yeux les humains comme des individus totalement étrangers, comme une race extérieure à la notre. C’est un peu l’histoire d’un oeil venu de l’espace qui se baladerait au milieu des hommes. L’alien a une mission, celle de faire disparaitre des hommes après les avoir séduits. Mais plutôt que de faire de cette mante religieuse un assassin sanguinaire, le personnage va plutôt se contenter de chasser, de séduire et d’attirer ses proies, laissant le reste se dérouler sous forme d’un symbolisme assez fascinant et troublant, rendant hommage à bien des imageiries des années 70. Les chimères que le réalisateur vous montre à l’écran au milieu de scènes pourtant d’une grande banalité, vous heurtent et vous suivent de façon fantômatique bien après la séance.

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Le film comporte peu de textes mais aussi peu de musique. La bande-son est stridente et créé une atmosphère opressante, qui va amplifier des scènes d’une grande limpidité, nous amenant au bord de certains précipices plutôt inédits en matière de SF. Les aliens sont rarement gentils au cinéma mais on comprend souvent leur objectif et surtout on les voit du côté humain. Le renversement de situation et d’approche est pour le coup très réussi. Et puis surtout, l’absence totale de réflexes humains, d’empathie pour ces derniers, donne lieu à des scènes quasi muettes mais terrifiantes sans pour autant verser dans l’hémoglobine. Pas du tout même. Les effets spéciaux s’avèrent inutiles face aux talent de mise en scène de Jonathan Glazer.

Le film est visuel avant tout, fascinant par sa fluidité et sa simplicité, l’abstraction donnant à l’objet filmique non identifié un statut tout particulier. « Under the skin » est un film sensoriel et une expérience de cinéma, un film surréaliste, très esthétique et sombre à la fois. Le film est anxiogène et fait froid dans le dos à bien des moments mais réserve un final destabilisant, d’une vision poétique assez géniale.

Enfin si il peut paraitre long à certains, j’ai pour ma part totalement adhéré à ce film conceptuel novateur, gonflé et porté par une Scarlett Johansson qui a rarement été aussi envoûtante et pertinente dans son choix de projet artistique.

« Under the skin » est une excellente surprise est l’un des films de 2014 à voir de toute urgence !

 

N°5 – « Dallas Buyers Club » de Jean-Marc Vallée avec Matthew McConaughey

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Le réalisateur de C.R.A.Z.Y a eu une excellente idée que celle de s’intéresser à l’histoire de ce personnage atypique et antipathique, atteint du VIH et qui décida de ne pas suivre les traitements officiels pour prendre d’autres médicaments vendus au Mexique. En effet l’histoire est très originale et permet au réalisateur d’aborder divers thèmes avec une efficacité redoutable.
Le personnage principal est un texan machiste, homophobe et ultra égocentrique. Il n’a rien pour lui, c’est une loque. Mais voilà, à force de se piquer à l’hero, il contracte le virus du Sida. Se rendant compte rapidement que les traitements adoubés par les autorités sont destructeurs, il va décider de prendre un chemin de traverse car il n’a rien à perdre. Ces derniers furent prescrits par un corps medical rémunéré par les grands laboratoires. Et lui en trouva des plus efficaces et décida d’en faire commerce, permettant à des centaines de malades de prolonger leur vie de plusieurs années.

Le film raconte sa lutte contre les autorités et les labos, qui ne voulaient évidemment pas autoriser des traitements nuisibles à leurs propre business et qui omettaient volontairement des études scientifiques étrangeres dans leurs rapports ; un cynisme qui glace le sang. Cet aspect du film est passionnant. Mais le meilleur du long métrage se trouve dans la transformation d’un véritable connard, se faisant du fric avec la maladie, en un mec moins mauvais. Matthew McConaughey livre une superbe prestation et confirme qu’il est l’acteur du moment. Jared Leto, qui avait mis sa carrière entre parenthèses pour se consacrer à son groupe musical, trouve quant à lui son meilleur rôle dans ce travesti associé dans l’affaire de revente de médicaments, qui va réussir à faire changer le regard homophobe d’un gros con de texan en un regard humain et tolérant.

Et c est tout le talent de Jean-Marc Vallée que de conter sans violons cette histoire de combat et de survie qui va mener ce type à devenir moins con et à lutter contre la connerie du système, l’hypocrisie et l’appat du gain morbide des grands laboratoires. Un type seul et butté qui va tenir tête et adresser un gros bras d’honneur à ces tristes sires.

Le film est enlevé, et contrairement à Philadelphia, ne tombe pas dans le larmoyant. Et c’est tout l’interêt que de conter cette histoire vue d’un hétéro homophobe confronté lui même au rejet…car il a la même maladie que tous ces « Pd » sur lesquels il crachait.
« The dallas Buyers Club » est à la fois bien réalisé, d’une interprétation de haut vol et illustre une scénario impecable et intéressant. Que demander de plus? Le triumvirat d’un excellent film est là !

 

N°4 – « The Rover » de David Michôd avec Guy Pearce et Robert Pattinson

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David Michôd revient trois ans après son excellent « Animal Kingdom » et change radicalement de style, signant probablement son premier chef d’oeuvre.
L’histoire se passe dans le désert Australien, 10 ans après une crise économique majeure ayant ruiné les sociétés occidentales et les ayant faites entrer dans le quart monde. Un homme se fait piquer sa voiture et décide de poursuivre à tout prix la bande qui le lui a volée.

Qu’y a t-il comme lien entre les hommes lorsque tout s est effondré ? Redevient-on des bêtes ou reste t il quelquechose ? Et c’est quoi ce qu’il reste ?  Le film dissèque le cadavre de nos sociétés occidentales…après la chute…lorsque l’abondance et les échanges matériels se sont stoppés 10 ans auparavant, laissant place à la misère. L’égoisme et le chacun pour soit de nos sociétés modernes a préparé le terreau d’une survie encore plus brutale lorsque le décor disparait. Aucune entraide et aucun soutien n’est à chercher chez d’autres être humains puisque le déshumanisation a précédé le cataclysme économique.

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Avec des dialogues tendus et rares, des flashs de violence ponctuant le récit, David Michôd livre un Mad Max ultra sombre, un mad max sans le côté fun et grand public.
Il choisit dès le départ d’encrer son film dans une noirceur qui fixe un cap. Le personnage de Guy Pearce, qui veut absolument récupérer sa voiture, le seul bien qui lui reste, va t-il avoir un sursaut d’humanité et pourquoi est il aussi acharné ? Et puis surtout, sa rencontre avec un gamin paumé et pas bien méchant, naïf et mentalement diminué, lui donne la possibilité d’une rédemption ou au contraire de plonger encore plus dans l’abime…selon les choix qu’il fera…
Le suspens est donc construit autour du dénouement du film et on le comprend très vite. Savoir pourquoi cette quête est primordiale et si le personnage peut retrouver un soupçon d’empathie pour son prochain sont les deux et presque uniques thèmes du film. Mais la mise en scène est tellement brillante et le jeu des acteurs tellement bon, qu’on adore plonger dans ce vide nihiliste, ce puit sans fond.

Robert Pattinson est excellent dans son rôle à contre emploi face à un Guy Pearce égal au talent qu’on lui connait. Son personnage mutique a un regard alternant entre sauvagerie, survie, lueurs du passé.
Le délitement du lien social a déja eu lieu, le besoin de survivre s’étant déjà substitué au reste. On assiste aux ravages du capitalisme une fois mort, à la destruction de la morale et à cette absence de but pour chaque individu, laissé à lui même, sans cadre…sans idéal puisque les grandes utopies sont déjà mortes avant la chute.
Le film montre une violence écrasante et étouffante et utilise le désert australien et son imagerie post apocalyptique bien connue pour illustrer le propos. The Rover réinvente le genre. The Rover fait partie de ces films coups de poing auxquels vous pensez plusieurs jours après parceque l’impact a réveillé un mixte de réflexion et d’imageries mêlées de façon novatrice. Un film effrayant et somptueux à la fois.

 

N°3 – « Mommy » de Xavier Dolan

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Après 4 films très réussis et déjà un public fidèle, le petit prodige Xavier Dolan a mis la croisette à ses pieds et failli remporter la palme d’or 2014, repartant avec un prix du jury comme lot de consolation.

Entendons nous, Dolan divise. Il est jeune, talentueux, beau, immodeste, limite insupportable dans ses interviews. Mais bon. Il a du talent, énormément de talent et son « Mommy » est assurément son meilleur film et l’un des meilleurs films de l’année.

Le réalisateur choisit donc de retourner au thème de prédilection de son 1er film, « J’ai tué ma mère« , à savoir le rapport filial complexe entre une mère et son fils. Sauf qu’ici, le fils a des troubles compulsifs violents, ce qu’on nomme le symptôme TDAH.

Pour interpréter la mère veuve et la voisine qui va se prendre d’affection pour ce duo improbable, Dolan convoque ses deux fidèles interprètes, Anne Dorval et Suzanne Clément, tout simplement excellentes. Xavier Dolan est aussi un très bon directeur d’actrices. Antoine-Olivier Pilon, découvert dans le célèbre clip de Dolan pour Indochine, est quant à lui une révélation, dans un rôle pas si facile qu’en apparence.

Ensuite Dolan utilise comme d’habitude une BA décalée, des ralentis et effets de style qui agaceront certains et qui raviront le grand public, car c’est généreux, tout simplement. Et que quand l’émotion pointe le bout de son nez, Dolan souhaite nous cueillir et nous emporter loin à chaque fois. Ceci peut sembler redondant, clipesque, facile même, mais pourtant, çà marche !

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Cette histoire est rude, très rude mais magnifique car son thème est l’amour impossible à gérer entre une mère dépassée par les évènements et son fils incontrolabe et malade. Et puis l’idée d’introduitre une tierce personne, accidentée de la vie, qui va vivre une aventure particulière et perturbante, est tout simplement géniale ! On sent la passion révolutionner la vie morne de cette femme brisée. Elle trouve dans ce gamin et sa mère, un but dans la vie et une amie, une raison de revenir dans le monde des vivants et une âme qui peut la comprendre et qu’elle peut aider. C’est beau car c’est généreux, vivant, vivifiant même.

Xavier Dolan arrive à nous faire rire d’un sujet particulièrement difficile et cruel, et dans la scène d’après il nous tire des larmes en une scène surprenante. Inspiré plus que jamais par Pedro Almodovar, son cinéma est jouissif car il connait bien des codes et les manipule avec brio.

« Mommy » est un film sur l’espoir, quoiqu’il arrive, dans la pire des situations, un film fort car résolument optimiste malgré son sujet. Il a l’énergie de la jeunesse de son réalisateur, sa générosité. C’est émotionnellement fort, techniquement impeccable, hyper bien joué. La candeur de Dolan colle à merveille à l’empathie qu’on ne peut qu’avoir pour ses personnages, de belles personnes, cassées certes mais belles, très belles. Xavier Dolan montre que le cinéma peut transfigurer la pire des histoires et en faire un grand film qui marquera très probablement.

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N°2 – « Boyhood » de Richard Linklater avec Ethan Hawke, Ellar Coltrane

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Voici plusieurs années que votre dévoué BlancLapin attend ce film au concept génial, celui de faire vieillir sans aucun artifice ses acteurs, en les filmant chaque année sur une période de 12 ans.

J’étais donc ravi quand Richard Linklater obtint l’ours d’argent à Berlin en février dernier…mais aussi fébrile à l’idée d’être déçu.

Fort heureusement, il n’en n’est rien. Linklater retrouve son acteur fétiche, Ethan Hawke en papa divorcé tentant de tenir sa place avec ses deux enfants, vivant avec leur mère, interprétée par Patricia Arquette.

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Le film va suivre le quotidien d’un gamin de 6 ans, joué par Ellar Coltrane et de sa famille, jusqu’à l’âge de 18 ans. Bien entendu, le procédé est émouvant en soit et relativement inédit. Mais cette idée aurait pu vite tourner en vrille ou apporter son lot de sentimentalisme malvenu.

Sauf qu’ici, Linklater choisit de raconter les petits riens de la vie, rien d’exceptionnel, pas de destin fulgurant, juste comment un enfant se forge sa personnalité pour devenir l’adulte qu’il est à 18 ans.

Les influences des parents, l’évolution des modes, des phénomènes de société comme Harry potter, de l’environnement politique (la guerre en Irak, l’élection d’Obama) vont façonner un individu, à travers le prisme de son entourage. Et c’est celà qui est magnifique dans ce film.

La simplicité et l’humilité du récit pour une histoire universelle, l’histoire du vieillissement naturel au sein d’une famille. Linklater aborde ainsi l’identité culturelle et politique, la difficulté d’assumer le rôle de père dans un couple séparé, les émois de l’adolescence, la déchirure de voir partir ses enfants devenus adultes, et tout un tas de thèmes d’une grande banalité…sauf qu’ici, ils font plus vrais que nature, de façon quasi documentaire, et donc, de façon assez fascinante.

Le découpage du film permet de passer d’une année à l’autre de manière très naturelle. Et puis parfois, la mélancolie s’empare du récit mais là aussi sans jamais verser dans le mélo. Cette chronique familiale vous touchera forcément car elle capte quelquechose qui d’habitude sent beaucoup plus le fictionnel.

Le film est calme et ambitieux à la fois, d’une douceur et d’une grande justesse. Le jeune Ellar Coltrane fera espérons le une belle carrière par la suite, avec son air faussement mystérieux, d’autant plus touchant qu’on l’a vu grandir sous nos yeux.

L’appréciation du temps qui passe est au coeur du récit et de sa morale d’ailleurs, Linklater estimant que l’on est toujours plus heureux en vivant le moment présent qu’en se rattachant au passé ou en se tournant trop vite vers l’avenir. Une morale facile ? Peut-être…mais le résultat est là.

« Boyhood » est un très beau film, l’un des plus beaux de cette année et probablement l’un des meilleurs. Il serait vraiment dommage de ne pas vous déplacer pour tenter l’expérience.

 

And the winner is…

 

N°1 – « Her » de Spike Jonze

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L’auteur de « Dans la peau de John Malkovich » se fait hélas extrêmement rare. Et pourtant, il est l’un des réalisateurs indépendants américains avec un vrai univers et de vrais concepts à chaque fois qu’il passe derrière la caméra. Son dernier, « Max et les Maximonstres« , sorti en 2009, était à la fois tendre et cruel et réussissait à capter de façon particulièrement délicate les états d’âmes de l’enfance.

Avec « HER« , Spike Jonze signe cette-fois ci seul son scénario, sans son fidèle Charlie Kaufman, et livre une oeuvre tout aussi originale et décalée mais avec une dose d’émotion encore plus forte. Bien sûr la psychée humaine reste son terrain de jeu. Mais cette fois-ci son film est élégant, limpide au niveau de la narration et surtout, il vous prend aux tripes.

Entondons nous, non seulement Spike Jonze a réussi à me faire pleurer avec son histoire d’amour entre un homme et la voix de son ordinateur, mais il s’est en plus débarrassé de tout effet de mise en scène pour livrer une oeuvre majeure sur la solitude et sur la naissance des sentiments, leur évolution et le besoin vital de se sentir aimé. Il cherche surtout à illustrer ce qui fait de nous des humains à travers un être artificiel, symbole du phantasme féminin absolu.

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« HER » est un pur chef d’oeuvre d’émotion, délicat, joué avec une partition exceptionnelle par Joaquin Phoenix et la voix si particulièrement chaude de Scarlett Johansson.

L’anticipation est ici ultra réaliste et traite du remplacement progressif du lien humain par des liens autres, l’étape d’après les réseaux sociaux…il en exploite la facilité et de nouveaux horizons qui peuvent paraitre glauques et tristes parfois et très touchants dans d’autres scènes. Et puis surtout, il s’attarde sur le sentiment d’abandon, sur le deuil après avoir été délaissé par la personne aimée puis sur le besoin de recréer une autre histoire et sa mécanique…Le film est plutôt ensoleillé et joyeux la plupart du temps, jouant sur l’absence d’objet du désir masculin de chair et de sang, pour mieux s’intéresser à l’amour et à son rôle dans la reconstruction et la projection.

Le film est brillant de bout en bout, sur une thématique originale, d’une douceur incroyable, poétique, romantique, mélancolique et au final bouleversante. C’est bien entendu le meilleur opus de Spike Jonze et ce sera probablement l’un des plus beaux films de 2014. Un état de grâce rare au cinéma.

 

Et voici LE podium ! cliquez pour voir la vie en grand format…

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Les meilleurs films 2014 du Blanc Lapin – Partie 1 – N°20 à 11

20 décembre, 2014

Pour la sixième année consécutive, votre Blanc Lapin préféré vous livre ses choix, subjectifs, des meilleurs films de l’année 2014 …

Vous n’aurez pas le même classement et je n’ai pas tout vu…mais bon quand même un certain nombre de films voire un nombre certain…

On commence avec du 20ème au 11ème film…

 

N°20 – « Quand vient la nuit » de Michael R. Roskam avec Tom Hardy, Noomi Rapace

Les meilleurs films 2014 du Blanc Lapin - Partie 1 - N°20 à 11 dans Bandes-annonces 89723

« Quand vient la nuit » est l’exemple parfait du passage réussit d’un auteur européen à Hollywood, passage qui aurait pu s’avérer casse gueule à deux niveaux. Tout d’abord le belge Michael R. Roskam fut auréolé en 2012 par la presse mondiale sur « Bullhead« , ensuite parcequ’il s’agit de son second long métrage seulement et que les studios les plus puissants lui font de l’œil.

Alors certes, niveau casting, il est difficile de faire mieux. Tom Hardy a rarement été aussi bon, dans ce rôle d’ex petite frappe un peu limité, avec une diction au ralenti, un peu empâtée. Noomi Rapace crève l’écran comme d’hab, Matthias Schoenaerts retrouve son réal de Bullhead et le regretté James Gandolfini livre une prestation ambiguë comme celle de son Tony Soprano. Et puis le scénariste est juste Dennis Lehane, l’écrivain de « Mystic River », « Gone baby Gone », et « Shutter Island », qui pour la première fois n’adapte pas un de ses livres.

Mais surtout, Michael R. Roskam a la grande classe d’arriver avec un polar humble, d’une facture en apparence très classique. Trop classique dirons certaines mauvaises langues alors que justement, c’est en rendant hommage par la petite porte d’entrée à ses grand ainés que Roskam nous cueille par ses effets de surprise. Le film est davantage une étude du milieu mafieu des bars dépôts qui blanchissent l’argent sale des bas fonds de Brooklyn. Ou comment lorsque l’on a été élevé dans ces quartiers, il est très difficile de s’en extirper, de vivre en dehors de ce système parallèle où la violence et le diktat de la mafia font partie du paysage, qu’on le veuille ou non. C’est même une donnée intégrée. Roskam filme des individus qui ont abandonné, des loosers victimes d’avoir baissé les bras. Ses personnages sont pour l’un dépressif et prêt à faire n’importe quoi pour s’échapper, avec un amateurisme limite touchant, et l’autre blasé par son quotidien de chien chien de malfrats, prenant un recul assez étrange par rapport à la vie. Et c’est ce qui rend ses personnages froids mais attachants tout de même car on sent qu’il y’a eu de l’humain avant qu’ils déconnent complet, s’ennivrent du crime organisé et se brisent les bras contre plus forts qu’eux.

C’est un film sur l’échec dans son propre milieu et la reconstruction dans un froid sec et vif, dans une ambiance crépusculaire qu’un James Gray n’aurait en rien reniée.

Le film a beau être classique dans sa forme, il arrive à vous décontenancer par ses personnages, leurs fêlures et sa violence sous-jacente qui peut vous exploser à la figure à tout moment mais qui pourtant reste la plupart du temps tapie dans l’ombre.

Un scénario subtil, des acteurs excellents et une mise en scène modeste et ample font de ce « Quand vient la nuit » un des très bon films à voir en cette fin d’année 2014.

 

N°19 – « Only lovers left alive » de Jim Jarmusch

 Alphonso Cuaron dans Dossiers

Jim Jarmusch est rare et si il a marqué les cinéphiles avec « Down by law« , « Dead man« , ou « Ghost dog« , son dernier, « the limits of control » était ennuyeux et involontairement parodique de son cinéma. Il fallait remonter à « Broken flowers » en 2006 pour trouver un film notable dans sa filmo.
Aujourd’hui il revient en s’attaquant au film de genre, ce qui peut paraitre surprenant de la part de ce cinéaste égérie du ciné indépendant US.
« Only lovers left alive » laissera forcément sur le carreau un public qui ne peut s’habituer au rythme du réalisateur, à sa lenteur. Et pourtant, le film signe son retour inspiré, reprenant les codes du film de vampire pour faire une déclaration enflammée aux artistes et à la solitude de ces derniers, faisant partie d’un tout dans l’évolution culturelle de nos sociétés, permettant aux prochains artistes d’apprendre de leurs prédécesseurs et de porter plus loin leur œuvre.

only-lovers-left-alive-only-lovers-left-alive-19-02-2014-7-g Angélina Jolie dans Filmsonly-lovers-left-alive-only-lovers-left-alive-19-02-2014-5-g Anne Hathaway dans Films - critiques perso

Le film est doux, romantique et les personnages attachants.

Tilda Swinton est comme d’habitude géniale, et trouve un excellent pendant en Tom Hiddleston, grâcieux et très attachant pour un vampire. C’est que Jarmush utilise la métaphore pour faire de ces derniers avant tout des ex-humains, qui aiment le genre humain et le génie de certains mais reprochent à la masse des vivants leur stupidité, leur vision à courte vue. Ils se portent plus comme des garants des œuvres qui ont façonné l’humanité que comme des bêtes assoiffées de sang.

On est très loin des prédateurs habituels et plus proches d’individus emprisonnés dans une profonde mélancolie mais un désir toujours vif de créer ou de découvrir. L’idée est bonne et bien exploitée et l’humour est comme toujours présent.

Bien sur on ne tombe pas de sa chaise mais on sourit et la lenteur devient au final une berceuse d’une grande classe, un peu snob mais pas trop, juste ce qu’il faut pour dresser le paysage. On se prend d’affection pour ces morts qui ne cherchent pas à tuer les « morts vivants » à savoir les vivants mais qui sont un peu perdus et déphasés face à l’évolution du monde.

Jarmusch parle de la difficulté à s’insérer dans le monde d’aujourd’hui pour des individus qui n’ont pas les mêmes codes, pas les mêmes envies que le tout venant…qui ne se reconnaissent pas dans une culture pop mondialisée et qui du coup s’isolent dans leur cocon plus culturel et précieux, à l’abri du bruit extérieur, dans une certaines sérénité intemporelle. Ils comblent leur perte de repères dans le meilleur de ce qu’a créé l’homme et cette approche des vampires s’avère charmante, emprunte d’un dandysme désenchanté vraiment plaisant.

 

N°18 – « Young Ones » de Jake Paltrow avec Michael Shannon, Nicholas Hoult

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Le genre post apocalyptique est un cimetière de films râtés, subissant toujours l’ombre majeure de Mad Max, dans lequel Nicolas Hoult sera également de la partie pour « Mad Max Furry road« , 4ème du nom.

Seul le film « The rover » a permis il y’a deux mois d’apporter du sang neuf.

Autant dire que Jake Paltrow, pour son premier film, pouvait difficilement trouver plus casse gueule.

La réussite du film est donc d’autant plus louable. La première grande idée est de trouver un postulat original par rapport aux histoires déjà vues, à savoir que le monde a subi une sécheresse telle que l’eau est devenue une denrée très rare, presque aussi rare que l’or, soit une science-fiction pas si éloignée des risques à venir pour l’humanité.

A partir de là, Jake Paltrow va construire son film en trois actes autour de trois acteurs, trois générations et trois très bons acteurs.

Michael Shannon n’est plus à présenter, fidèle de Jeff Nichols et devenu mondialement connu en général Zod dans le dernier Superman, l’homme est brillant à chaque fois. Il incarne ici un père de famille tentant de survivre en plein desert sur une terre fertile mais sans eau, en compagnie de sa fille, jouée par Elle Fanning, un peu sous-exploitée et son fils adolescent, Kodi Smit-McPhee. Ce dernier, vu récemment dans « La Planète des singes, l’affrontement« , fut découvert dans « La route » et « Laisse moi entrer« . Son physique énigmatique et filiforme donne à cet adolescent admiratif de son père un style qui colle à merveille au récit. Il ira très loin.

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Et puis bien sûr il y’a un de mes chouchous, Nicolas Hoult, découvert dans la série « Skins » puis dans « A single Man » et les nouveaux X-men. Le jeune homme est toujours juste et solaire mais là il trouve son meilleur rôle, un personnage ambigu et terriblement contrasté, une excellente surprise lui permettant de prouver qu’il a de multiples registres à exploiter.

Mais au delà du casting malin, le réalisateur évite les clichés ou le sentimentalisme sur lesquels il aurait pu buter. Il reste sobre et nous raconte une histoire de survie, de vendetta, de morale en milieu hostile.

Certes le film n’est pas exceptionnel, mais il a un charme particulier, une originalité propre par son ton écologique et sa façon très western d’aborder le récit.

L’atmosphère du film vise dans le mille de cette typologie de SF. La thématique est aussi celle de l’héritage, et mélange efficacement tragédie grecque et western dans un résultat limpide et bien huilé. Jake Paltrow a tout simplement du talent, qui ne demande qu’à grandir et à s’épanouir.

Amateurs de SF, courrez-y ! C’est une belle réussite et une belle surprise de cet été.

 

N°17 - »71″ de Yann Demange avec Jack O’Connell

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Une recrue de l’armée britannique, Gary Hooke, d’une vingtaine d’années, est envoyé pour une de ses premières missions en Irlande du Nord. A Belfast, les combats font rage entre l’armée, l’IRA et les conflits religieux. Mais dès la première sortie, l’opposition avec la population tourne à l’émeute et Jack se retrouve coupé de ses camarades, pourchassé par des militants de l’IRA souhaitant le tuer à coups de revolver.

L’escouade militaire l’abandonne, forcée de rentrer sous la pression de la rue. Il va tenter de survivre.

Yann Demange est français de naissance mais il a grandi à Londres. Il a fait ses armes à la télévision dans de nombreuses séries. Et pour son premier film, il frappe très très fort. Le film est encensé par la presse à juste titre.

Tout d’abord il est surprenant par son thème. On s’attend à un film de guerre et c’est le thriller qui va mener cette course à la montre morbide, portée par un Jack O’connell halluciné par ce qui lui arrive. La révélation masculine de cette année 2014 signe donc sa second performance de haut vol après « Les poings contre les murs » et avant « Invincible » d’Angelina Jolie et « L’homme qui tua Don Quichotte » de Terry Gilliam. Il bouffe l’écran et il assure grave car il est de quasi chaque scène. Ses dialogues sont limités mais sa performance relève davantage du physique, de l’expression de ses peurs et espoirs sans parler. Il est très bon.

 Jack O’Connell

Le film de guerre est un genre lourd à mettre en scène et le sujet de cette guerre civile complexe a déjà livré quelques bijoux comme « Bloody Sunday » de Paul Greengrass, plusieurs Ken Loch, « Au nom du père« , « Hunger« , etc…

L’idée de montrer le conflit des yeux d’un très jeune militaire anglais qui ne fait que son boulot et n’a aucune opinion politique particulière est excellente. Ce dernier se retrouve être la proie de sanguinaires des deux côtés, qui ont perdu tout recul et toute humanité. Yann Demange traite aussi de l’impact d’une guerre empétrée depuis des décennies, où ceux qui sont du côté du pouvoir comme les opposants en face ont fini par s’organiser de façon mafieuse, par clans ultra violents.

Le film est sec, court, et montre beaucoup avec une économie de mots tout en livrant un suspens étouffant. En effet la brutalité des protagonistes et des situations peut faire décéder n’importe quel personnage à n’importe quel moment. Cette façon d’instaurer dès le début une tension et un danger permanent, de montrer la population aussi stressée par les militaires que par les représailles de l’IRA, arrive à rendre éprouvant le quotidien de ces individus, à restituer le chaos dans lequel ils évoluent.

La réalisation est nerveuse, parcourue de plans séquences assez bluffants dans les ruelles de Belfast comme dans les tours d’immeubles d’une tristesse sans nom.

On pense parfois à « Bloody sunday » et au style documentaire de Gaul Greengrass, qui renforce l’impact du sujet mais Yann Demange y ajoute un style propre, via le thriller.

Le réalisateur ne tombe à aucun moment dans le pathos et ne s’attarde pas sur les morts et l’horreur des situations, la course poursuite obligeant le héros à s’enfuir pour survivre. Ceci donne au film une énergie, celle que vous avez quand vous remontez du fond de l’eau pour retrouver votre respiration. Yann Demange film l’instinct de survie, bestial, tout en montrant la déshumanisation des protagonistes au bout de tant d’années de guerre pour la liberté. On y voit une population qui a perdu quasi tout espoir et livre un combat dans la peur, sans vraiment croire à un futur heureux, car les morts ont été trop nombreux.

En ne portant pas de jugement sur les deux camps, le réalisateur en revient à un constat basique, la guerre c’est con, de chaque côté et si les raisons de l’avoir entamée sont justes, pour la liberté, au bout d’un moment chacun perd ses repères et ses principes. Le sacrifice engouffre alors tout. Aucun jugement moral sur le bien ou le mal de la part du réalisateur, juste un constat, particulièrement efficace.

 

N°16 – « Deux jours, une nuit » de Jean-Pierre et Luc Dardenne

490001 James Gandolfini

Jean-Pierre et Luc Dardenne n’ont pas remporté de 3ème palme d’or avec « Deux jours, une nuit » mais si ceci avait été le cas, je n’aurais pas crié au scandale, loin de là.

Fidèles à la fibre sociale de leur cinéma, les deux frères s’intéressent à la violence du monde du travail, lorsqu’en période de crise, le fait de conserver son travail devient une nécessité vitale et provoque des angoisses incontrôlables. Le personnage de Marion Cotillard vit ce besoin de ne pas être licenciée de façon physique, comme si toute sa vie y était rattachée, comme si plus rien n’existait derrière, qu’elle ne pourrait plus retrouver un travail une fois happée par le chômage.

Alors bien sûr, le pitch peut sembler caricatural. Un patron sans cœur offre le choix à ses employés entre refuser une prime de 1000 € chacun pour garder l’une d’entre eux parmi les salariés ou empocher leur prime et voter pour son licenciement. En reportant la responsabilité sur les collègues de l’employée à virer, le patron n’a effectivement aucun sens moral. Cette simplification extrême ne rend pas bien compte de la réalité. Mais elle a au moins le mérite d’explorer l’éventail des réactions possibles, entre égoïsme et repli sur soit ou regain de solidarité, de personnes acceptant d’aller au delà de leurs petites personnes, se soudant face à à un quotidien salarial où chacun défend sa peau.

218783 James McAvoy

Par la justesse et la sobriété de leur mise en scène, les Dardenne arrivent à éviter de tomber dans le panneau revendicatif éculé et font poindre de fortes émotions tout au fil du récit. Marion Cotillard endosse un rôle casse gueule où elle aurait pu en faire des caisses mais, et c’est peut être au delà de son talent, une direction d’acteurs toujours aussi exceptionnelle, qui permet aux Dardenne d’utiliser au mieux la star, et de la rendre crédible en simple ouvrière dépressive.

Surtout, les frangins arrivent à faire que le film ne soit pas répétitif alors que le thème est quand même là aussi glissant puisqu’on voit une femme aller tenter de convaincre ses collègues un par un de voter pour elle et de sauver son job. Sauf qu’ici, le film est d’abord plein de suspens, et surtout, il est construit comme une lutte tant pour sauver son emploi que pour retrouver une dignité alors même qu’il est humiliant d’aller quémander l’aide des collègues. Mais les Dardenne vont au delà du simple rôle social du travail et de la reconnaissance et de l’insertion qu’il donne. Ils prouvent magnifiquement que l’important n’est pas, justement, de conserver tel ou tel emploi. L’important est ailleurs, dans la volonté de redresser la tête, de se battre, pour soi et ses proches, de se prouver que quels que soient les défis, le futur peut être amélioré. Cette pirouette qui permet au film de se terminer sur un message positif et d’espoir, donne au long métrage tout son sens. Un très beau film sur la reconquête de soi et de sa dignité et une grande réussite.

 

N°15 – « Tom à la ferme » de Xavier Dolan

Affiche_TOM-320x436 Jessica Chastain

Xavier Dolan est doué, mais semble parfois présomptueux, il agace certaines critiques et conquiert d’autres par son talent.. et vous savez quoi? Ce n est pas pret de se calmer.

Outre son prochain film, « Mommy« , en competition pour la palme d’or 2014, le jeune québécois a déja fait ses preuves, à 25 ans à peine. En trois longs métrages, il a montré qu’il savait super bien diriger les acteurs, dont lui, que ses dialogues étaient vifs et drôles (« J’ai tué ma mère« ) qu’il etait très (trop?) référencé par de grands metteurs en scène comme Wong Kar-Wai (« Les amours imaginaires« ), et puis même qu’il savait prendre des risques. Son « Laurence Anyways«  m’avait moins séduit de par ses longueurs, et par un jeu et une mise en scène qui se regardait parfois trop le nombril. Mais le film avait au moins le mérite d’aborder un thème original avec une classe certaine et un sens du rythme, de la colorimétrie et de la Bo incroyables.

Avec « Tom à la ferme« , il vous faudra oublier les tics de mise en scène de Dolan. Ce dernier, en rechangeant de style pour le thriller, oublie justement ce qu’on pouvait lui reprocher. Ici Dolan va donc s’intéresser à une histoire d’homophobie ordinaire dans une campagne reculée et utiliser ce cadre coupé du monde pour en faire un thriller oppressant.

04 Jim Jarmusch

Tom vient de perdre son petit ami et arrive dans son petit village perdu pour son enterrement. Il constate que la mère du défunt ne connait rien de lui ni de l’identité sexuelle de son fils. Pire, son « beau frère », brute épaisse, va le menacer et le terroriser afin qu il reste dans le déni de l’homosexualité du défunt et lui invente une vie afin de préserver sa mère.

Dolan abandonne la virtuosité et les couleurs chamarrées pour livrer un film plus sec, plus gris et embrumé, moins aimable, et instaurer ainsi l’inconfort. Tout ceci permet de bien faire ressentir l’isolement de Tom, qu’il interprète avec finesse. Il préfère les cadres serrés sur le visage des protagonistes et l’économie de mots, afin de créer une ambiance de malaise propice au ressenti du personnage. On y suit un rapport trouble, jamais très clair. Est ce que la victime tombe amoureuse de son bourreau ? Est ce que le frère est homo refoulé ? Est ce juste un psychopathe ? Tom veut il juste s’autodétruire de chagrin, perdu apres la disparition de l’être aimé ?
Peut être un peu de tout mais jamais Xavier Dolan ne choisit la linéarité du récit, le sous texte étant libre d’interprétation…et pour le coup, j’ai trouvé cela très bon, surtout dans ce style nouveau qu’il a le culot d’aborder, et qu’ il a raison d’aborder, pour prouver qu il n’est pas qu’un ptit con doué, mais un vrai metteur en scène ambitieux. Déjà cinq films dont quatre vus et il ne fait aucun doute que la carrière de Dolan pourrait s’avérer passionnante car il a de l’ambition et sait remettre en question ses acquis pour explorer d’autres voies. Alors certes, on sent qu’il s’aime beaucoup mais et alors ? Où est le problème ? On s’en fout franchement. Des tas de réalisateurs ont un énorme égo et c’est peut être celà qui leur permet de se surpasser. Tant que Dolan livrera des oeuvres originales comme « Tom à la ferme », moi je suivrai le talent plutôt que les jaloux.

 

N°14 – « X Men Days of future past » de Bryan Singer

X-Men-Days-of-Future-Past-Cast-poster-570x829 John LeCarré

Bryan Singer avait réussi à faire passer de façon crédible les héros X-men du comic book au grand écran au cours des deux premiers longs métrages, qui figurent encore comme de très bons exemples de réussites d’adaptation en matière de comics. Hélas, parti sur d’autres projets, le troisième volet fut saccagé et ce n’est qu’il y’a trois ans que la franchise fut relancée avec Matthew Vaughn à la réalisation et Bryan Singer au scénario et à la production. « X-men le commencement » avait l’intelligence d’allier reboot et prequel en s’intéressant à la naissance de l’amitié entre les deux mutants opposés, le professeur X (James McAvoy) et Magento (Michael Fassbender). En pariant sur deux supers acteurs pour incarner ces personnages cultes étant jeunes, en travaillant un scénario mélé à une histoire dystopique des USA, en reliant le tout à la Shoa, en intégrant un casting jeune et frais, le film fut une réussite totale et l’un des meilleurs films de supers héros de ces dernières années.

Les X-men sont des héros attachants car ils sont calqués sur une minorité se battant pour ses droits, pour ne pas être exclus et exterminés pour leurs différences. « X-men days of future past » va jusqu’au bout de cette logique et frappe très fort tant en terme de scénario qu’en terme de mise en scène.

magnetos-armed-in-a-new-x-men-days-of-future-past-image Luc Dardenne

Le film est un blockbuster intelligent, complexe, très bien construit. Le film est sombre, ultra référencé seventies là où le précédent était sixties. Singer a eu la géniale idée de reprendre l’arc narratif de l’une des histoires les plus connues des X-men, où les vieux personnages, dans un futur apocalyptique où des robots tueurs exterminent les mutants, décident d’envoyer dans le passé Wolverine, retrouver dans les années 70 Xavier et Magneto mais surtout, Mystique, afin de modifier le passé.

Le film aurait peu être incompréhensible par le nombre de personnages mais reste au contraire très fluide, avec des pointes d’humour qui déjà figuraient dans le précédent. Le film est surtout une suite parfaite à « X men le commencement », où nous retrouvons nos personnages quelques années après, le fauve (Nicholas Hoult), Mystique (Jennifer Lawrence) et les deux anciens amis.

Wolverine devient le personnage central qui réunit les deux générations et s’avère être la colonne vertébrale du film, avec des clins d’oeils multiples à sa propre histoire. Mais surtout, Mystique devient l’enjeu principal des différents camps. L’objectif est de la sauver, de la ramener à la réalité car les trois protagonistes l’aiment, que ce soit le professeur X, Mageto ou le Fauve.

Le film est sombre, ultra référencé seventies là où le précédent était sixties, et surtout, les personnages sont attachants…

Le spectacle est là, du début à la fin et annonce un troisième volet en 2016 qui espérons le, atteindra le même degré d’exigence. Quand on respecte les fans à ce point et qu’on les prend pour des spectateurs intelligents aimant tout autant effets spéciaux excellents et intrigue finement élaborée, on ne peut que recevoir des louanges, et c’est le moindre des mérites.

 

N°13 – « Twelve years a slave » de Steve McQueen

12-years-a-slave Marion Cotillard

REVIEW-12-Years-a-Slave-le-film-definitif-sur-l-esclavage_portrait_w532 Matthew McConaughey

Steve McQueen n’en est qu’à son troisième film et pourtant, après les excellents « Hunger » et « Shame » il signe avec « Twelve years a slave » LE film qui manquait au septième art sur le thème des atrocités de l’esclavage des noirs aux Etats-Unis.
Chiwetel Ejiofor porte le film sur ses épaules et aura sans nul doute une carrière brillante par la suite. Face à lui, Michael Fassbender retrouve une 3ème fois McQueen dans le rôle d’un esclavagiste ignoble, à la mentalité crasse et sadique, un rôle taillé sur mesure dans lequel il excelle.

twelve-years-a-slave-michael-fassbender Michael Fassbender

Mais ce qui fait la force de cette histoire vraie c’est surtout que Steve McQueen arrive à nous tirer des larmes sèches, sans tomber dans le pathos, avec la froideur et le calme de l’esclave regardant droit dans les yeux de son bourreau.

La lenteur du film permet d’accentuer l’aspect hors du temps de cet enfer de déshumanisation ainsi que la longueur du calvaire de cet homme né libre et kidnappé pour être revendu en tant qu’esclave.

McQueen montre en un seul plan effroyable, celui de la pendaison, à quel point l’avilissement et la peur pouvaient rompre toute solidarité de caste entre esclaves, ces derniers vacant à leurs occupations pendant que l’un d’entre eux faisait l’objet de sévices innommables. Ou quand l’asservissement au rang de bêtes et de propriété atteignait toute son ignominie.

En inintéressant au personnage de Benedict Cumberbatch, sudiste plus humanise que les autres, le réalisateur montre aussi l’impact de cette culture raciste sur des esprits pourtant portés à la compassion. Mais le plus détonnant dans le film est de toucher du doigt l’abime qui séparait les Etats du Nord de ceux du Sud à la veille de la guerre de Sécession. Deux conceptions de la nature humaine totalement opposées divisaient les états mais la loi protégeait les bourreaux en toute impunité, les progressistes n’ayant aucune emprise et vivant dans un monde et une société coupée des régions sudistes arriérées.

McQueen arrive donc à disséquer la mentalité des victimes comme des tortionnaires avec une grande retenue, sans en rajouter car c’est inutile. Il livre un film violent et émouvant jusqu’aux tripes. Un film important et qui fera date.

 

N°12 – « Un homme très recherché » d’Anton Corbijn avec Philip Seymour Hoffman

122863 Michael Shannon

Vous vous souvenez sans doute de l’excellent « La Taupe » sorti il y a deux ans. Thomas Alfredson adaptait le culte John LeCarré (La Maison Russie,  Le Tailleur de Panama, La Constance du jardinier) avec brio et un casting composite de trèss haute volée (Gary Oldman, Colin Firth, Tom Hardy…). Le film se passait dans les années 70 et le style, la colorimétrie caractérisaient très fortement l’oeuvre.

Pour son travail sur LeCarré, le réalisateur de « Control« , Anton Corbijn, reste fidèle à la sobriété de l’auteur mais axe moins sur le style de l’image son récit. Situé de nos jours en Allemagne, à Hambourg, l’histoire est plus que d’actualité. On y suit en effet un groupe d’espions chargés de faire tomber un financeur de groupe djihadistes et de tenter de l’apater via un jeune homme, potentiellement dangereux et très recherché…

Le film s’intéresse aux luttes de pouvoir entre diverses organisation d’espionnage et à la manipulation des services pour recruter des taupes dans des milieux à infiltrer.

1280x720-J0h Nicholas Hoult

Le film réussit avec brio à passionner par l’intelligence de son scénario, construit comme thriller psychologique, plus limpide que « La taupe » et surtout par la prestation d’un acteur, Philip Seymour Hoffman.

Disparu en janvier dernier, ce dernier était assurément l’un des meilleurs acteurs au monde et sa prestation de félin ne nous fera d’autant plus que le regretter. Son imposante masse se déplace avec une grâce et une légèreté fascinante. Il incarne à la fois un homme fin et brillant mais aussi brisé par ses erreurs passées dont celle d’avoir fait confiance à ses homologues et d’avoir eu une éthique, une morale. Son personnage mélancolique, parfois blasé mais tenant bon pour atteindre le but de sa mission, est particulièrement réussi.

Autour de lui, Rachel McAdams, Robin Wright, Willem Dafoe et tout le casting se meut admirablement dans ce puzzle. Cette vision réaliste, sans artifices, sans action rocambolesque de l’intérieur des services secrets, est sidérante. Des hommes et femmes cherchent à l’aveugle comment arrêter de futurs terroristes et c’est pour le coup, flippant, car ils sont peu nombreux et que tout repose sur leur intelligence, leur réseau et leur capacité à anticiper le coup d’après.

« Un homme très recherché » est un film à la hauteur du talent de Philip Seymour Hoffman et lui rend hommage en concluant sa carrière par une œuvre d’excellent niveau. C’est un film intelligent, haletant malgré l’absence de coup de feux et de morts ! Un comble pour un film d’espionnage et la gageur d’une mise en scène, d’une partition d’acteurs et d’une histoire à découvrir de toute urgence.

 

N°11 – « Interstellar » de Christopher Nolan avec Matthew McConaughey

267178 Noomi Rapace

A l’heure où la terre se meurt et devient hostile aux humains, l’humanité court à sa perte. Le seul espoir est de trouvera de nouveaux mondes dans l’espace, accessibles uniquement en traversant des trous noirs, chose jamais réalisée jusqu’alors…

Christopher Nolan est devenu un prestidigitateur assez bluffant à Hollywood, réussissant des films intelligents et ambitieux (Memento, Le Prestige), puis renouvelant le genre super héros en lui donnant des accents adultes, réalistes et brutaux avec la trilogie Barman The Dark Knight, ou encore réussissant l’exploit de dépasser les 100 M$ au box office avec un film d’auteur et d’action brillant, « Inception« .

Quand il a repris ce projet avorté de Steven Spielberg, on aurait pu craindre le pire. Qu’il s’attaque à de la SF pure avec l’acteur du moment, génial Matthew McConaughey était certes excitant. Mais l’aspect mélo de certaines œuvres de Spielberg collait mal à l’univers cartésien de Nolan.

Interstellar-1 Philip Seymour Hoffman

C’était sans compter sur sa capacité à s’inspirer de grands auteurs de lSF. Des critiques ont cité Stanley Kubrick ou Tarkovski (Solaris), c’est forcément écrasant et pourtant, pas totalement faux. La traversée des trous noirs ramène à 2001, forcément, et l’aspect métaphysique du propos aux deux auteurs cultes. Certains trouveront ridicule les choix scénaristiques et les décrochages par rapport à une logique cartésienne justement. C’est que Nolan décide de ne pas tout rendre concret et crédible comme Alphonso Cuaron dans « Gravity« . Le propre de la SF est de savoir justement s’affranchir de certaines barrières pour mieux explorer son réel sujet, l’humain, son devenir, sa représentation, sa projection dans le futur. Alors certes Nolan nous parle d’Amour et ceci fait un peu bizarre de la part de cet intellectuel d’habitude opaque à ce genre d’émotions dans son cinéma.

C’est justement cet aspect qui a mon goût est très réussi. Le pathos aurait été atroce traité par Spielberg. Ici Nolan a une pudeur qui sied à merveille au propos. Il n’en fait pas trop, juste le strict nécessaire pour emporter le spectateur. Nolan recycle différemment ses thématiques habituelles, l’obsession (pour un tour de magie dans Le Prestige, pour une femme disparue dans Inception), de l’affect brisé (Batman, Inception). La relation fille-père très forte au centre du long métrage est portée par deux acteurs majeurs du moment, Jessica Chastain, d’une classe incroyable et Matthew McConaughey donc, qui excelle comme toujours depuis cinq ans.

Ensuite on reproche à Nolan d’être bavard. C’est vrai que son film est rempli de scènes de dialogues. D’ailleurs le personnage de Anne Hathaway fait une réflexion très amusante au moment du décollage, un clin d’œil du réalisateur. Mais ces réflexions sur le lien filial, sur ce qui nous motive à travers notre progéniture, sur la notion d’héritage, de pardon et de trahison ou juste de vieillissement et de mort, s’insèrent parfaitement dans le sujet du film. Car c’est le sujet ! Pourquoi vouloir vivre et survivre, pour quelles raisons l’espèce humaine tient-elle cet instinct ?

L’humanité seule dans l’infiniment grand, voilà ce que Nolan arrive a montrer brillamment à l’écran, ce sentiment de finitude et de solitude que chacun ressent lorsque l’on sort la tête du quotidien pour s’élever un peu et que l’on est agnostique ou athée. Le film montre des personnages incapables d’exprimer leurs sentiments, préférant les cacher derrière des théories sur le sujet. Serait ce un aveu du réalisateur, lui même un peu trop porté sur l’intellectualisation permanente du lien humain ?

Nolan est ambitieux et si son film est maladroit par moments, il résout l’essentiel, nous toucher sans que sa mise en scène d’excellence n’étouffe le propos.

Un film désespéré sur l’espoir, un film sombre sur l’humanité et en même temps cherchant le bout du tunnel, « Interstellar a des aspects universels par ses thématiques écolos, le besoin de l’homme d’explorer toujours et surtout, la définition de l’espèce humaine.

 

La suite du classement dans quelques jours…

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Les pires films du Blanc Lapin 2014 !

7 décembre, 2014

Mauvais

Pour la sixième année consécutive, voici le pire du pire des films vus par le blanc lapin en 2014 !

Alors oui, j’avoue, ce classement ratisse moins large que celui des meilleurs films, qui suivra la semaine prochaine. Votre blanc lapin dévoué hésite en effet à voir les sagas pour ados, certains films de supers héros aux critiques catastrophiques et certains ratages avérés…Dès lors ces films ne sont certainement pas les pires mais disons qu’ils m’ont soit bien déçu soit bien gonflé !

Commençons par les singes !

Les pires films du Blanc Lapin 2014 ! dans Dossiers Plan%C3%A8te-Singes-140606-01

N°7 – « La Planète des singes : l’affrontement » de Matt Reeves

Il y’a trois ans, le reboot de la célèbre série « La planète des singes » par Rupert Wyatt avait surpris tout le monde. En effet, si le film original de 1969 avec Charlton Heston est et reste uun chef d’oeuvre, les suites demeurent de piètre qualité et la tentative de Tim Burton fut un four artistique en 2000. Mais là, l’utilisation de la performance capture donnait une nouvelle dimension à l’histoire et l’avancée technologique s’avérait être un véritable atout, allié à un très bon scénario.

Ce qui fit donc le succès de ce blockbuster pourtant craint se retrouve en partie seulement dans cette suite réalisée par le metteur en scène du film de monstres « Cloverfield« .

Le décalage et les progrès techniques sont visibles et sautent aux yeux dès le début. La finesse des poils, la fluidité des mouvements sont bluffants. Andy Serkis, qui est devenu mondialement célèbre pour ses rôles de Gollum, King Kong ou Capitaine Haddock, est LA star de ce film et son incarnation de César montre au monde entier qu’il s’agit bien de jeu au sens le plus noble. C’est seulement qu’il a compris avant tout le monde l’étendue de la pallette d’acteur qui s’ouvrait grâce à cette technologie où l’acteur s’efface derrière le personnage et son apparence physique pour mieux l’habiter. Serkis a par ailleurs monté sa boite de production d’effets spéciaux et non seulement assure le travail créatif sur les singes avec ses équipes mais revend aujourdh’ui ses prestations aux blockbusters dans lesquels il tourne, y compris Star Wars VII. Malin comme un singe…

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Passée cette indéniable réussite, que nous raconte le film ? Quelques années après que le virus ait décimé une très grande majorité de la population humaine, les rescapés tentent de se reconstruire. Exit James Franco et place à un casting dont seul Gary Oldman est connu. Jason Clarke assure le lead, lui qu’on a découvert dans de nombreux films ses dernières années dont « Zero dark Thirty« , « Des hommes sans loi », et que sera du cinquième Terminator en 2015. Il fait le job.

Les singes se sont créé une mini société autour de leur charismatique leader, César et detestent tout comme craignent les hommes, leurs anciens maitres. Certains n’ont gardé que la cruauté de leurs maitres en tête tansis que César est plus tempéré.

L’affontement n’est pas loin et l’équilibre serta difficile à maintenir. Le contexte est donc toujours basé sur des rapports sociaux entre dominants et dominés, classe sociale auparavant surpuissante et exploitatrice et asservis qui découvrent la liberté, l’indépendance et le droit à l’égalité. C’est tout ce qui fait le charme et l’intérêt de cette SF très ancrée dans la mode des seventies. Matt Reeves est doué dans sa réalisation, et se débrouille pour rester fluide dans des scènes de combat complexes à gérer.

Mais voilà, il manque l’autre ingrédient du précédent film, à savoir un scénario original. Le film est manichéen, avec ses bons… très bons et ses gentils…très gentils, des deux côtés. Aucune finesse n’est laissée à part celle de César. Le propos ne vole pas très haut et surtout on s’y attend. On s’attend à l’évolution de chaque personnage. Les clichés sont assez nombreux et seule la technologie arrive à vous scotcher au fauteuil, ce qui est déjà pas mal, mais est ce suffisant ?

Certes Matt Reeves passe de scènes intimistes à des scènes de conflits armés avec aisance mais encore une fois ce n’est pas tant lui qui est responsable de cette impression amère mais plutôt les scénaristes, qui ne se sont pas franchement cassés pour trouver une quelconque originalité ou angle de récit qui surprenne un peu le spectateur. Les métaphores sont lourdes, simplistes, et les héros humains un peu trop clean pour déclencher un quelconque attachement à leurs fadasses problèmes existentiels.

C’est dommage. Espérons que Matt Reeves aura davantage la main sur l’écriture du troisième volet.

 

zero_theorem_fr dans Films - critiques perso

N°6 – « The Zero Theorem » de Terry Gilliam

Celles et ceux qui me connaissent ou sont passés régulièrement par ici savent que Terry Gilliam est mon réalisateur préféré, que ce que j’ai dans la tête est très proche des délires qu’il est capable de nous livrer..ceux là même me disent toujours que je ne suis pas objectif, que ma critique sera forcément biaisée, d’autant plus que Terry a un mal fou à monter ses films et trouver les budgets, son Don Quichotte étant l’une des plus grandes arlésiennes du septième art, auquel je crois encore, car les rêves font avancer.

« The Zero Theorem » est un projet que je connais bien, pour l’avoir suivi depuis sa première évocation en 2009 lorsqu’un professeur d’anglais de l’Université de Floride, Pat Rushin, envoya son scénario à Terry Gilliam…qui commença le tournage seulement fin 2012, suite à l’échec d’une énième tentative de Don Quichotte.

Le film réunit un casting pas forcément all stars mais porté par un Christoph Waltz (Inglorious Basterds, Django Unchained) et une Mélanie Thierry inspirés. Il revient surtout à la dystopie qui fut le succès de Gilliam et son chef d’oeuvre le plus évident, Brazil.

Le-Theoreme-Zero2 dans Films series - News de tournage

On y suit Qohen Leth, génie de l’informatique vivant dans un futur proche dirigé par un certain Management, où tout est controlé et surveillé dans une apparente féérie du consumérisme. Les gens ont l’air heureux et évoluent dans un univers coloré où les publicités murales ou les boites à Pizza vous parlent. En ce sens le film se veut différent de Brazil car livrant une image moins sombre mais tout aussi désespérée du futur. Qohen Leth attend un coup de fil quasi divin qui lui donnera un sens à sa vie et se voit chargé de découvrir le secret du Théorèm Zéro par Management, sorte de Big Brother de ce 1984 version 2010.

Le premier reproche fait au film par certaines critiques, est justement de livrer un imaginaire daté et très eighties comme si Gilliam n’avait pas évolué depuis Brazil. La critique est idiote et provient d’une presse n’ayant aucun recul par rapport à l’oeuvre de l’ex Monty Python. Gilliam choisit volotairement ce futur old school, ce qui est la définition même de la dystopie, faite d’élèments futuristes mixés à des élèments du passé. Quand on n’aime pas la SF ou qu’on n’a pas lu Philip K. Dick, il est parfois conseillé de moins la ramener avant de faire ce genre de commentaires à coté de la plaque.

Non, pour ma part, le problème du film de Gilliam n’est ni la direction d’acteurs, excellente, ni la photo ou l’univers volontairement criard et bourré comme d’habitude d’imaginaire débordant. Le film ressemble à du Gilliam mais justement, avec tous les défauts du maitre.

Le principal écueil se trouve hélas dans le côté brouillon du film, dû pour une part à un scénario manquant de contenu, de relief et de sens là où l’anticipation fait en général passer des messages. Or ici, le sous-texte semble peu original et rescussé par rapport à l’historique du genre et par rapport à Brazil, auquel le film ne peut forcément qu’être comparé. Le manque d’intérêt du fond fait beaucoup de mal au propos. Par ailleurs « The Zero Théorem » patine sérieusement dans la semoule durant ses 20 premières minutes qui ont un mal fou à décoller. Or quand l’univers ne vous hape pas d’entrée, il est diffiile de rattraper la suite, surtout avec un personnage froid et peu empathique comme celui du personnage de Christoph Waltz.

Le second écueil tient en revanche à Terry Gilliam himself, dont le choix de montage m’a semblé pas toujours des plus opportuns. De son propre aveux, il a coupé le début et la fin de certaines scènes afin de provoquer davantage de rythme. Si l’effet est effectivement réussi, il provoque parfois une certaine rapidité dans l’évolution des personnages et ajoute plus au côté grand bordel qu’à la fluidité de l’histoire. L’aspect anarchique du récit chez Gilliam a toujours été critiqué et source de son style. Mais ici, combiné à cette impression de rescussée de Brazil en moins bien et sans aucun message fort, le bordel donne au film un goût amère.

On y voit tout le talent d’un grand monsieur du septième art, au profit d’un petit film au script trop light, qu’il essaie de rendre intéressant par la performance d’acteur et son talent de cinéaste.

Sauf que la sauce ne prend hélas pas et que si le film reste regardable et pas désagréable, pour ceux qui ont adoré Brazil, L’armée des 12 singes ou Las Vegas Parano, il sonnera plus comme le douloureux constat d’un réalisateur contraint de signer des projets mineurs, plutôt que d’avoir accès à des projets de son calibre. Le film s’avère donc frustrant car il n’est pas mauvais, il est juste sous-dimensionné, et vire parfois à la caricature d’un film de Gilliam. Il est extraordinaire de voir ce que Gilliam a fait d’un script et d’un budget si modestes , avec moins de 10 M$, livrant un film qui aurait pu en coûter le double.

J’ai mal au coeur de critiquer si sévèrement mon Terry adoré, mais objectivement son film est râté et s’avère un film mineur dans sa filmographie. Ce qui m’énerve en revanche, c’est la horde de critiques flinguant toute l’oeuvre de Terry Gilliam sous prétexte qu’il n’est pas à son plus haut et que ses derniers films furent des fours au box office, mis à part L’imaginarium du Docteur Parnassus, qui rentra amplement dans ses frais. Ces gens n’ont aucune tolérance et reconnaissance pour la bataille que livre chaque jour Gilliam pour rester libre des studios et restituer sa vision non déformée de son cinéma. Par ailleurs, ses deux précédents films,  « Tideland » et « L’imaginarium du Docteur Parnassus » verront probablement leur côte remonter tant ces deux oeuvres mal aimées recèlent une profondeur bien plus sombre et passionnante que ce que ces critiques faciles ont retenues. Ce ne sera hélas pas le cas de « The Zero Théorem ». J’espère que Terry Gilliam réussira enfin en 2015 à monter son « The Man who Killed Don Quixote » avec John Hurt et que son scénario sera à la hauteur du film tant espéré. J’aimerais que Terry arrive à tordre le cou à cette presse injustement violente et amnésique.

Si « The Zero Theorem » n’a pas le panache et la complexité de ses oeuvres les plus illustres, il reste un film plus riche et intelligent que nombre de productions de SF actuelles…pour moi ce n’est pas assez car je suis fan et exigeant…pour vous, peut être serez vous cueillis par tant d’ingéniosité…

 

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N°5 – « Noé » de Darren Aronofsky

J’adore le travail de Darren Aronofsky, de « Requiem for a dream » à « Black Swan« , en passant par « The Wrestler » et l’incompris et poétique « The fountain« .
Avec cette fresque autour du déluge et du personnage de Noé, l’athée Aronofsky réalise un rêve d’enfant, lorsque vers 13 ans il écrivait le premier jet du scenario.
Il passe aussi à la barre d’un énorme blockbuster de 120 M$, qui, au vu des premiers chiffres du box office, ne sera pas rentable sur le territoire américain mais bien plus confortable à l’international.

Alors que penser de cet énorme film?

Et bien tout d’abord, Darren Aronofsky prouve qu’il maîtrise son arche et que les effets spéciaux et sa façon si particulière de conter de façon parfois très épurée, sont au rendez vous.

L’autre constat évident est qu’il a eu deux idées phares plutôt inspirées.

Tout d’abord il opte pour l’inclusion de surnaturel et tourne une version heroic fantasy de la bible, pas du tout réaliste mais bon ce n’est pas un bouquin d’histoire. Certes, l’aspect fable de l’ensemble a pu gêner des catholiques intégristes mais pourtant le récit reste très fidèle à l’ancien testament. En une scène, il nous raconte la genèse et tente de la faire coller à la théorie de l’évolution en rappelant justement que le texte n’est que métaphore.

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Ensuite, il fait de Noé un intégriste, justement, qui, sincère tout au long de l’histoire dans sa foi et sa mission, va devenir peu à peu un antagoniste alors même qu’il était censé être le guide, le sage. Un choix intéressant qui pointe du doigt les excès de la religion même lorsque leur point d’origine est pur.

Et puis bien sur, Noé reste une fable écologique faisant de l’homme le cancer de notre planète. Mais pour le coup, la naÏveté de l’ensemble, que l’on retrouvait déjà dans « the fountain« , manque cette fois ci de poésie. Ou tout du moins, elle ne m’a pas touchée là où la symbolique pompière de « The fountain » m’avait emporté malgré tout.

C’est vrai qu’Aronofsky est généreux et talentueux mais la question qui me trottait dans la tête en sortant de la projection était « pourquoi ? » « Pourquoi tout cet investissement pour livrer un film au message finalement assez simpliste et banal ?« .

Car oui, si Noé ne m’a pas ennuyé, il ne m a pas surpris non plus, je m’attendais à tout ce qui se déroulait à l’écran. Le message est bateau pour faire un jeu de mot facile. Mais le film, si il a dû être complexe techniquement à réaliser, reste un objet pour lequel l’empathie est difficile à développer. Les personnages sont trop archétypaux, l’enjeu dramatique est inexistant puisqu’on connait la fin, le message est trop 1er degré voire un peu concon.

Bref, ce Noé est une semi déception car je craignais déja un film pudding indigeste. Au final la fluidité de la réalisation d’Aronofsky permet au déluge de ne pas faire sombrer son film dans le ridicule mais ne lui permet pas non plus de livrer un opus digne de son talent. Le sujet Darren, le sujet ! C est bien d’avoir des rêves de cinéma quand on est enfant…mais après les opus passés, c’est un peu léger…

 

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N°4 – « Black Coal » de Diao Yi’nan

Pas de critique mais un long et profond ennui…

 

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N°3 – « Enemy » de Denis Villeneuve

Denis Villeneuve avait impressionné les critiques et reçu un oscar du meilleur film étranger avec « Incendies« .

Puis l’an dernier, il changeait de style avec l’excellent thriller « Prisoners« . Cette filmo de cinéphile talentueux, sachant utiliser ses références avec brio, ne pouvait que nous exciter avec son troisième film, ou plutôt second puisqu’en réalité il fut tourné avant et présenté à Toronto en 2012. La presse était excellente sur « Enemy », film dans lequel Villeneuve retrouve le caméléon Jake Gyllenhaal, dans le rôle d’un professeur de fac, à la vie paisible, qui va se trouver confronté à son double.

Je n’aurais qu’un avertissement à vous donner… »méfiez vous des critiques ! » …sauf de celles du Blanc Lapin bien sûr…

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Le traitement que choisit Villeneuve de son sujet est radicalement différent de ses précédents films, rythmés dans leur mise en scène. Ce dernier instaure davantage une ambiance, une impression d’irréalisme des situations, comme si le personnage était claustrophobe et que le spectateur devait douter en permanence sur ce qui relève du réel ou de la projection. Si j’ai bien compris le but de cette mise en abymes et de ce rythme particulièrement lent, je me suis hélas ennuyé à plusieurs reprises, ce qui ne devait pas être l’objectif initial.

Disons que le film fait attendre un rebondissement, une chute et que lorsque cette dernière intervient, elle peut tout simplezment vous laisser sur le bas côté de la route et vous frustrer méchamment.

Le long métrage n’est en effet pas aimable, il est stressant et avec trop peu d’aspérités pour comprendre là où il veut nous amener. Or le problème, c’est que la clé du film est tout aussi nébuleuse. J’ai pensé à certains films des années 80 comme le « Possession » de Żuławski, soit un cinéma hermétique et chargé de symboles. Sauf que les symboles, par leur manque d’évidence et le trop peu dit, ont l’incroyable capacité d’agacer une partie des spectateurs, en les livrant à un énorme point d’interrogation. Ici bien entendu, l’intérieur de la psyché des protagonistes est représentée. Mais comme aucune frontière n’est dressée entre le dedans et le dehors, il faut s’accrocher pour comprendre le sens.

Personnellement, je préfère une vision plus imagée. Dans le domaine du dédoublement, l’excellent et récent « The double » de Richard Ayoade avec Jesse Eisenberg, m’a davantage convaincu de part sa forme et ses choix stylistiques. Mes préférences culturelles pour Terry Gilliam et les univers Kafkaïens expliquent probablement cette appétence pour avoir moins de subjectif dans le récit.

C’est dommage car la prestation de Jake Gyllenhaal est très bonne, l’ambition du film est là mais voilà, je n’ai juste pas accroché aux choix. Et le fait de devoir réfléchir hyper longtemps pour ne serait que comprendre ce que Denis Villeneuve voulait nous raconter, m’a tout simplement gonflé. Une fois compris, je reconnais que le film a des qualités indéniables mais son aspect volontairement élitiste et opaque m’a laissé de marbre. L’étrangeté comme réponse m’agace, l’ellipse également. Fermer toutes les portes et ne refiler aucune clé au spectateur n’est pas très « wellcome » comme attitude. Et j’ai été déçu de la part de Denis Villeneuve, que je pensais plus généreux. On ne fait pas toujours du cinéma pour un très large public mais c’est bien de penser aux spectateurs de temps en temps.

Et puis surtout, lorsque j’ai trouvé l’explication bien plus tard, le concept m’avait déjà exclu depuis longtemps d’un plaisir de cinéphile. Le film ne m’a pas envouté, pas subjugué, juste énervé, d’autant plus lorsque j’ai compris que le scénario tenait sur un ticket de métro. Et puis la mise en scène se prend trop au sérieux, beaucoup trop. Un film tour à tour frustrant ou agaçant.

 

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N°2 – « Nebraska » de Alexander Payne

« Nebraska » est précédé d’une excellente presse a reçu un excellent accueil à Cannes en 2013 et a valu le prix d’interprétation à Bruce Dern…

Alexander Payne revient avec une chronique sur une Amérique de gens délaissés du système et pauvres, paumés dans une région où il n’y a pas d’économie florissante, pas de développement et pas de perspective et où le chômage est record.

On va donc suivre un vieillard à moitié sourd et qui commence à oublier pas mal de choses et dont l’unique but est d’aller chercher un gros lot d’un million de dollars qu’il est convaincu d’avoir gagné mais qui n’est qu’une publicité mensongère. Son fils va décider de jouer le jeu, au mépris de sa mère et de son frère, afin de donner un sens à la vie pathétique de son père et peut être un peu à la sienne…

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Je crois que je n’aime pas le cinéma d’Alexander Payne…car ce n’est pas la première fois que je me fais avoir par une presse à mon avis bien trop conciliante avec cet auteur disons…anecdotique.

« Monsieur Schmidt » avec Nicholson et « Sideways » m’avaient gentilment ennuyés et surfaient tous les deux sur un très bon pitch autour de performances d’acteurs…mais très vite la machine s’enlisait dans un certain consensualisme et surtout, une impression que Payne se contentait un peu trop de surfer sur sa bonne idée première et sa thématique.

« The Descendants » il y’a deux ans avec Georges Clooney avait failli rafler plein d’Oscars et j’avais senti une espèce de grande solitude face à cette chronique fade et paresseuse, recyclant toujours les thèmes des racines, du rôle de parents râtés, des petites gens qui pêtent un cable dans leur vie de merde…Ouais…pas bon…car il y’a des orfèvres comme les Coen depuis une petite trentaine d’années, qui font çà mieux, de façon inspirée, plus drôle, plus noire, moins chiante pour être clair !

Ce « Nebraska » comporte un peu tous ces défauts mais n’est pas si mal…deux trois scènes sont vraiment drôles mais pour certaines tellement attendues et surtout tellement caricaturales. Je conçois que certains de ces américains moyens voire pauvres n’aient rien dans le ciboulot, lessivés par les deux seules activités qui les interessent, boire et regarder la télévision…mais j’ose espérer que le niveau est plus élevé et surtout moins uniforme. La vie c’est moche quand on est pauvres et on se fait chier ! OK…

Devant tant de nuances, j’ai un peu de mal j’avoue à adhérer au cinéma pompier d’Alexander Payne. Son film se regarde, mais il souffre la comparaison avec tant de confrères plus fins…

Oui je crois qu’en fait, j’ai trouvé çà facile…parfois drôle, souvent long…bref, allez plutôt voir « Her » de Spike Jonze ou « The Grand Budapest Hôtel » de Wes Anderson, eux ils ont du style et des idées…

 

 

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N°1 – « Still the Water » de Naomi Kawase

Le pitch : Sur l¹île d’Amami, les habitants vivent en harmonie avec la nature, ils pensent qu’un dieu habite chaque arbre, chaque pierre et chaque plante. Un soir d’été, Kaito, découvre le corps d¹un homme flottant dans la mer, sa jeune amie Kyoko va l’aider à percer ce mystère. Ensemble, ils apprennent à devenir adulte et découvrent les cycles de la vie, de la mort et de l’amour…

Naomi Kawase s’est construite une réputation internationale avec « La Forêt de Mogari » ou encore « Hanezu« . Elle est revenue à Cannes cette année en croyant dur comme fer qu’elle remporterait la palme d’or. C’était d’ailleurs l’une des favorites. La sortie de son « Still the Water » est encensée par la presse.

Cà, c’est pour le rappel du contexte critique de cette chouchoutte de la presse. Pour ma part, pauvre Blanc Lapin, j’avoue bien bas m’être particulièrement emmerdé devant cette pose de 2h et quelques et être même sorti de la salle tellement l’ennui était fort, insupportable. Bref, chiant, très très chiant.

Je ne suis pas sensible au cinéma de Kawase, contemplatif et vouant un culte à la nature certes louable mais pénible. Pourtant j’adore Terrence Malick, mais bon, sa façon se filmer à lui est différente. Les longs plans de Naomi Kawase sur un bol de riz s’enchainant avec un rythme mou du genou de scénettes en scénettes sans grande histoire ou action, m’ont achevé ! Pourtant c’était en pleine après-midi, en pleine forme.

J’ai trouvé son propos poseur et lourdingue derrière son apparente finesse et pudeur. Elle nous raconte l’éveil de deux adolescents à l’amour, à la prise de conscience de la mort, du temps qui passe. Le thème est très bon mais tout de même largement exploré. Dès lors nous infliger cette épure sans rythme apporte quoi ? De la poésie? Je ne dois ni être assez fin ni être assez imprégné de spiritualité mais je suis passé totalement à côté de cette interminable histoire où rien ne se passe.

« Still the water » est une carricature du film de festival auquel le public ne peut pas adhérer car sa cinéaste filme pour elle avant de filmer pour les autres. Qu’elle ait un style naturaliste c’est très bien, mais qu’elle arrive à capter les émotions et surtout à emporter le spectateur c’est autre chose. L’extrême retenue de son récit conjuguée à sa durée rend son film esthétique mais opaque. Un calvaire.

 

Et voilà pour le pire du pire…des films dont certains ont reçu d’excellentes critiques mais que j’ai trouvés pour ma part assommants et snobs…

Semaine prochaine, rdv avec la première partie des meilleurs films de l’année…

 

Le Blanc Lapin a 5 ans ! et toutes ses dents !

22 novembre, 2014

L'ouest Américain 1856 bis

5 ans! 5 ans que le « De l’autre côté, perché avec le Blanc Lapin » existe et que je tiens bon. Et un blog çà marche sur la durée…enfin pour moi çà court !

Poster des news de ciné quasi quotidiennement et écrire une critique par semaine, c’est comment dire ? …du flux tendu !

C’est 1752 news de cinés publiées, 618 bandes-annonces, 949 musiques, et 16974 vistes par mois en moyenne…

Après je me demande tout le temps ce qui fait que les gens viennent lire…les mots clés probablement…un des articles les plus lus fut « Marion Cotillard prostituée chez James Gray » ,…hum…le doute m’assaille…parceque bon 20 700 personnes qui lisent un de mes articles je veux bien croire que ce soit pour son style littéraire incomparable…mais bon, j’ai peut être été aidé…pareil, les articles parlant de la gayfriendly attitude de James Franco cartonnent, toujours…

Alors quels mots clés pour attirer du lourd ? Faire exploser la jauge du nombre de visites et propulser le blanc lapin très très haut, perché…

Je n’ose pas trop écrire un article en insérant des associations un peu trash pour tester l’effet…genre « c’est comme si  Nicolas Hoult était gay dans un film alors qu’il aime les gros seins de Jennifer Lawrence« …pas facile à caser dans un article. Ou bien « et pourquoi pas un film érotique avec Brad Pitt et Angelina Jolie où ils divorceraient pour de faux ? « …Non ce n’est point sérieux, je n’ai pas envie qu’on me fasse la peau pour si peu…et puis ce serait mal perçu et tellement racoleur. Je ne préfère pas l’écrire, c’est mieux…

Ah et puis, je me suis amusé à reprendre mes classements des films préférés de cinq premières années…et çà donne le podium suivant (cliquez sur l’image pour agrandir) :

2009

 

2010

2011

2012

2013

2014

 

Allez je m y remet! Merci pour le passage!
Votre blanc lapin dévoué

Les meilleurs films de l’année du blanc Lapin – partie 2 (N°10 à N°1)

21 décembre, 2013

Après les n°20 à 11, voici les dix films préférés du blanc lapin, comme chaque année depuis 4 ans.

Et pour rappel les 20 à 11 premiers sont ici : Les meilleurs films de l’année du blanc Lapin – partie 1 (N°20 à N°11)

Et les pires films de l’année sont là !

 

N°10 – « Trance » de Danny Boyle

 

Les meilleurs films de l'année du blanc Lapin - partie 2 (N°10 à N°1) dans Dossiers 10779

Le pitch : un jeune commissaire priseur est complice du vol d’une oeuvre de Goya mais au cours du vol, les choses tournent mal et il perd la mémoire. Ses ex complices vont tout faire pour retrouver cette dernière car avec elle s’est envolée la toile…une femme spécialiste de l’hypnose va tenter d’y remédier…

Après l’excellent « 127 heures« , Danny Boyle a choisi de mettre de côté tous ses autres projets dont « 28 mois plus tard » ou la suite de « Trainspotting » pour se concentrer sur un thriller, tourné en 2011 puis monté un an plus tard, après qu’il en ait eu terminé avec la cérémonie d’ouverture des  JO de Londres.

Est force est de constater que Boyle n’a pas perdu la main et revient en très grande forme, avec un retour aux sources, celui de la comédie noire qui fut son premier succès, « Petits meurtres entre amis« . Ici, c’est moins le côté immoral du récit qui est mis en avant mais cette même noirceur et cette même ironie donne aux deux longs métrages un goût de parenté.

Sauf qu’entre temps, Danny Boyle s’est essayé au film de zombie, au film de Sf, au film hommage à Bollywood et qu’il maitrise encore mieux ses talents de mise en scène. Comme toujours la bande originale est excellente et le travail sur les effets visuels, quasi clipesque, qu’on a pu lui reprocher, est toujours aussi présent, mais au service de son histoire.

Le film est malin et se tourne et se retoune comme prévu entre twist scénaristiques qu’on attend de découvrir mais qui arrivent à surprendre. Boyle sait que son public est averti, il joue donc avec lui d’autant mieux que les codes du thriller et les codes de son propre cinéma ont été défrichés depuis longtemps. James McAvoy et Vincent Cassel sont parfaits. Je suis content de voir Cassel poursuivre sa carrière internationale avec brio. Fâce à eux, Rosario Dawson assure grâve et pas que physiquement.

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Le film est brillant car il se déroule sans temps morts, sans certitude sur qui manipule qui et avec des ruptures de tons soulignées par la mise en scène habile mais jamais tappe à l’oeil. Mais surtout Boyle n’use jamais de facilité, à aucun moment il ne laisse une grosse ficelle porter l’histoire d’une rive à l’autre. Le suspens est total car le jeu des possible est ouvert, multiple. Et puis toujours pour retourner à Trainspotting ou Petits meurtres entre amis, chaque personnage a la caractéristique d’être protéiforme, ni bon ni mauvais ou tout du moins, on ne sait jamais vraiment jusqu’au bout du bout.

J’attend donc avec toujours le même enthousiasme le prochain opus du réalisateur britannique, quel que son soit le projet, il aura le respect du travail ultra bien ficelé. Son film est une vraie réussite.

 

 

N°9- « Stoker » de Park Chan Wook

 

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Sur un scénario de Wentworth Miller (celui de Prison break, oui, oui!), le maitre coéren à l’origine des brillants Sympathy for Mister Vengeance ou Old Boy, passe donc à Hollywood pour son premier long américain.

Le film ne fait visiblement pas l’unanimité. Pourtant, dès les premières images, le génial réalisateur marque sa présence par un style qui a du chien, avec une violence tappie prête à bondir à tout moment.

Ce qui marque c’est bien cette mise en scène de très haute volée au service d’un seul but, la tension et le mystère qui entoure cet oncle pervers qui vient habiter chez sa belle soeur et sa nièce à la mort de son frère. Matthew Goode était un choix parfait, avec son beau visage au sourire énigmatique et son allure de dandy. Nicole Kidman a certes droit à une scène très Oscar « regardez comme je joue face à la caméra » mais c’est un peu la rançon du succès.

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A force de la voir exceller, ses prestations sont encore plus regardées de près et on en oublierait presque le niveau qu’a atteint l’actrice depuis 15 ans. Bon en revanche niveau botox, ça se voit….son visage est un peu trop de cire et c’est bien dommage. Quant à Mia Wasikowska, elle confirme qu’elle est l’une des actrices indispensables du moment. A seulement 23 ans, sa carrière est déjà bien remplie car elle fait des choix exigeants.

Le trio d’acteurs est donc parfait et peut se mouvoir avec aisance dans ce superbe écrin stylistique que Park Chan Wook semble dédier au Maitre Alfred Hitchcock. On est toujours en plein suspens, on fleurte joyeusement avec l’immoralité des personnages et surtout, on y prend du plaisir, un plaisir coupable, celui de voir une histoire sombre se dérouler devant nous avec classe.

Park Chan Wook prend dès la première scène un parti pris. Il filme le parcours d’une araignée et dès lors nous incite à tout regarder de très près, maintenant une tension lorsqu’il n’y a rien qui se passe scénaristiquement à l’écran. La perfection de cette mise en scène est bouleversée parfois par des cadrages un peu particuliers ou inhabituels, comme pour montrer que cette maison familiale n’est pas un refuge, que le mal est à l’intérieur. L’atmosphère se fait alors ambigue, perverse et envoûtante à la fois. La sensualité de certaines scènes s’explique par la thématique à peine voilée du film, celui d’une adolescente qui découvre le désir, le sexe et qui passe à l’âge adulte, de façon certes particulière.

Je ne suis donc nullement déçu par ce film que j’attendais depuis trois ans et qui se trouve comme prévu être une réussite et l’un des longs métrages à ne surtout pas louper cette année.

 

 

N°8 – « L’inconnu du lac » de Alain Guiraudie

 

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« L’inconnu du lac » a fait son petit buzz à cause de maires un peu trop zéllés ayant retiré les affiches pour une raison ridicule. Mais si le film s’est distingué des autres sorties ciné, c’est surtout parcequ’il a marqué les esprits à la quinzaine des réalisateurs cette année.
Alain Guiraudie choisit une histoire se situant exclusivement dans un lieu de drague gay, au bord d’un lac. Pas une femme n’apparait à l’écran. En revanche des hommes on en voit, nus, totalement, puisque c’est une plage nudiste et qu’on les voit aussi se ballader dans le bois d’à coté pour baiser. C’est cru, homophobes s’abstenir…mais je crois que le buzz de l’affiche évitera les cris d’orfraie dans la salle…
Il y a beaucoup d’hommes murs, de gras du ventre et on se retrouve très loin des clichés pink du marais parisien. Ces corps qui s’entelacent n’ont rien de beau, c’est réaliste et c’est du sexe triste. Guiraudie aurait il pu s’abstenir d’aller si loin dans ce qu’il montre ? De montrer autant de bites ? Oui, bien sur mais son choix permet d’évacuer très vite la gêne de voir ces corps nus et de s’y habituer, laissant le champ au fond de l’histoire. La nudité fait partie du cadre, ne pas la montrer aurait été compliqué et n’aurait pour le coup, rien apporté. Et pourtant, le film n’est pas réel et semble parfois relever du conte par l’atmosphère qui s’en dégage.

En effet le réalisateur choisit l’économie de lieux et de plans. On voit le parking sur lequel la voiture du jeune personnage principal arrive, scène multipliée pour souligner l’habitude et l’addiction. On voit la plage et le lac et on voit le bois de tous les ébats. Point. Les scènes sont cadrées à l’identique au plus près des corps et des visages. Certains peuvent trouver cela ennuyeux, d’autant que ce que se disent les personnages n’a rien de passionnant, mais c’est justement ces partis pris de mise en scène qui resserrent l’étau sur un final oppressant à souhait.

Le film m’a fait monter l’angoisse peu à peu jusqu’à un niveau étouffant. La fascination qu’a le « héros » pour un être mortellement sensuel, sexuel et mystérieux, attire le personnage malgré tous les signaux qui devraient l’alerter. Ce rapport de fascination, cette ambiance crépusculaire mélangée à la solitude de ces types qui ne viennent là que pour baiser, qui ne semblent pas avoir de vie sentimentale, donnent à cet « Inconnu du lac » un gout effrayant. Mais un gout irréel aussi.

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Le réalisateur transforme un film qui pouvait sembler voyeuriste en thriller noir et flippant avec une efficacité redoutable. La frontière du bois des désirs fait basculer l’ensemble dans un conte pour adultes où le petit Pd se trouve face à un inconnu manquant d’humanité, au point de n’être homme qu’en apparence. La photo et la lumière du film baignent l’ensemble dans ce même mystérieux. L’humour arrive même à s’immiscer entre deux scènes de cul.

Jusqu’où désir et passion peuvent elles amener un individu à s’aveugler alors qu’il sait qu’il fonce dans un mur ? Alain Guiraudie situe son film simplement dans un milieu et un cadre qu’on ne voit pas si souvent, avec des protagonistes pour lesquels classe sociale et cadre familial n’ont pas d’incidence. Le lien de ces hommes est le sexe bestial dès lors comment se prémunir d’un prédateur? Le long métrage peut choquer certes mais pour ma part j’ ai trouvé l’exercice de style brillant.

 

 

N°7 – « Jodorowsky’s Dune »

 

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Dès l’annonce du projet, votre blanc lapin préféré s’était fait l’écho d’un enthousiasme débordant à l’idée de voir enfin racontée l’une des histoires de tournage les plus extravagantes de ces 30 dernières années. Car ce documentaire allait nous détailler comment Alejandro Jodorowsky, réalisateur barré chilien et scénariste de bd cultes comme l’Incal, Juan Solo, ou « la caste des méta-barons », avait tenté un rêve impossible au milieu des années 70.

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Ce dernier a en effet failli adapter Dune de Frank Herbert , l’un des plus ambitieux romans de SF avec un casting de malade mental, Salvador Dali en empereur de l’univers, Orson Welles en immonde baron Harkonnen, Mick Jagger en Feyd Rautha, les Pink Floyd à la Bo, le dessinateur Moebius au storyboard et HG Giger, créateur d’Alien pour les décors de la planète harkonnen…

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C’était un projet fou, produit par Jérome Seydoux, mais c’était un projet de passionnés.

Le film avait réuni 2/3 du budget et s’est cassé les dents face à des executives d’Hollywood pour qui Sf ne rimait pas avec gros budget…car c’était avant Star Wars.

« Jodorowsky’s Dune » nous conte donc une aventure, celle d’artistes qui ont irradié la Sf des années 80, de Alien à Blade Runner ou Star Wars, ou de l’Incal aux Méta-Barons, après s’être donnés à fond dans ce projet hors normes. Jodo se définit comme un général à la tête d’artistes guerriers dont l’objectif était de livrer une adaptation qui révolutionnerait le genre, un chef d’orchestre fou qui réussit à fédérer des talents divers autour d’un idéal de film somme. Jodo fut le catalyseur et le destructeur de son projet, son originalité faisant peur aux studios américains et faisant trébucher le film sur la dernière marche avant le décolage.

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Il est toujours passionnant de voir pourquoi et comment un film qui avait tout pour devenir un objet culte, s’est vrillé et s’est transformé en échec. On se souvient du doc « L’enfer d’Henri Georges Clouzot » ou de l’excellent « Lost in la mancha » sur le Don Quichotte de Terry Gilliam qui fit naufrage.
Mais le talent de  Frank Pavich est de mettre au centre du récit cet iconoclaste artiste touche à tout qu’était Jodo, qui nous fit l’honneur d’être au forum des images un dimanche soir pour présenter le film. Agé de 84 ans, l’homme est bluffant d’optimisme, de rage créatrice, de volontarisme et insuffle au long métrage un vent de fraicheur incroyable. Mais surtout, le recul amusé, 30 ans après ce terrible échec, donne lieu à un récit parfois hilarant. Car c’est la surprise de « Jodorowsky’s Dune », oui, le film est drôle, très drôle.

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Au lieu de présenter cette histoire comme un cataclisme artistique, Frank Pavich choisit au contraire de retenir l’émulsion de ces artistes, leur grain de folie, leur indépendance acharnée, et l’héritage évident qu’ils ont laissé, réutilisant eux mêmes leurs matériaux dans d’autres oeuvres passées à la postérité. Ou comment positiver un échec pour construire autre chose de grand sur une autre route. En voyant Nicolas Winding Refn, réal de Drive, ami et fan de Jodo témoigner, se vanter malicieusement d’être le seul à avoir lu l’énorme « bible » du story board (il en resterait deux au monde) avec les commentaires de Jodo…en entendant Jodo souhaiter que même après sa mort son projet renaisse…on se prend à rêver…et au final c’est la réussite de Jodorowky, son film n’existe pas mais il est bien plus culte que celui boursoufflé qu’a pondu David Lynch quelques années plus tard.

Mais même sans ce film ou sans sa reprise en main dans X années par un autre visionnaire, ce documentaire suffit à vous ouvrir la boite à imaginaire. Les non afficionados de Dune peuvent aussi prendre part à ce voyage excentrique car au final on y parle juste de liberté créatrice, de la l’art pour transcender la mort, lui survivre, se projeter et toucher à l’universel…c’est enthousiasmant et c’est beau, très beau…

 

 

N°6 – « Effets secondaires » de Steven Soderbergh

 

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Je ne pensais pas pouvoir mettre un jour 4 gros lapins bien assurés à Steven Soderbergh. Il faut dire que l’animal m’a souvent agacé avec sa filmographie éclectique mais très inégale. L’homme est coutumier du fait de sortir un à deux films par an, à tourner plus vite que son ombre, surtout dans les années 2000, pour livrer au final des films malins et roublards mais très moyens au final. Son « Sexe, mensonges et vidéo » lui valu une palme d’or en tout début de carrière pour un film surestimé mais qui comportait déja les limites du réalisateur. Il rêvait de devenir un auteur ultra bankable et s’y évertué avec des films biens consensuels comme « Erin Brockovich » ou la trilogie « Oceans eleven« . Et puis il lui fallait une caution auteuriste et ses insupportables « Bubble », « Full frontal », « Girlfiriend expérience », étaient là pour montrer sa recherche artistique en même temps que provoc.

Mais Soderbergh vaut bien mieux que cela quand il prend le temps. Son « Traffic » est un bijou en terme de recherche de mise en scène et de scenario. A 50 ans et à la veille de prendre une retraite de cinéaste qu’il a annoncée partout, il sort donc son dernier film, « Effets secondaires« . Et c’est comme si il voulait prouver une bonne fois pour toute la virtuosité et le sens du récit qu il a assimilés très tôt via sa cinéphilie puis son travail de stakhanoviste compulsif.
« Effets secondaires » est l’un de ses plus brillants exercices de style dont Sir Alfred Hitchcock ou Brian de Palma n’auraient pas rougi. Il aborde la thématique de l’addiction médicamenteuse aux antidépresseurs et du lien pervers entre le milieu médical et l’industrie pharmaceutique, débutant son long métrages avec une première demi heure haletante, passionnante. Elle pose tout de suite un cadre propice à ce qui va suivre. Tout comme avec la lutte anti drogue dans « Traffic », il pose des questions sensibles sur le mélange des genres, de morale et d’argent, mais son but est ailleurs. Son film aurait pu s’essouffler et devenir un pensum si il n avait pas opté pour un thriller et une rupture de ton d’une efficacité redoutable, où quand mise en scène et scénario ne font qu’un pour divertir, intelligemment. Le film ne vous lâche pas un instant quitte à ce que les rebondissements foisonnent de toute part. Mais l’atout essentiel est ici le casting.

Rooney Mara et Catherine Zeta Jones sont excellentes. Jude Law trouve quant à lui son meilleur rôle. Il est juste parfait et prouve de façon magistrale toute la finesse de son interprétation. Bien entendu, tout le monde s’accorde à dire que Jude Law est bon acteur mais ce dernier s’est souvent planté dans ses choix. Il était bon mais avec un manque de bol incroyable, dans des opus de grands metteurs en scène peu inspirés en général, que ce soit chez Spielberg (A.I), Kenneth Branagh (Le limier), Wong Kar Wai (my blueberry nights), Antony Minghella (Par effraction), Fernando Mereilles (360), David O Russell (J’adore Huckabees), Jean-Jacques Annaud (Stalingrad)…et je ne cite pas les films oubliables. On connait Jude Law mais à Part « Bienvenue à Gattaca« , citez moi un très bon film dans sa filmo…

La chose est donc reparée et j’espere que sa carrière va s’épaissir dans le bon sens mais c’est une question d’opportunité car Jude est très demandé, juste pas dans les bons projets. Il tourne fort heureusement pour Wes Anderson en ce moment.
Courez donc voir « Effets secondaires, une réussite indéniable et une façon ultra classe pour Soderbergh de tirer sa révérence…pour l’instant…il n’a que 50 ans et largement le temps de changer d’avis…

 

 

N°5 – « 9 mois ferme » de Albert Dupontel

 

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Albert Dupontel revient avec son meilleur film depuis Bernie, jouissif et méchamment drôle, fidèle à l’humour du réalisateur et à ses references. Il est vrai que j’avais trouvé « Enfermé dehors » poussif et pas très drole, versant trop dans la carricature sociale. Et puis « Le vilain » etait réussi mais un peu trop sage, trop lisse. En revanche il avait trouvé dans ce dernier une esthétique qu’il n’avait pas autant auparavant.
Ici Dupontel retrouve l’idée d’un duo avec une actrice de talent, Sandrine Kiberlain, qui s’était faite rare ces dernières années et revient ici avec un rôle de pétage de plomb idéal. Dupontel la met d’ailleurs au premier plan et a l’humilité de ne pas trop se mettre en avant, offrant à chaque second rôle des scènes hillarantes. Car oui, « 9 mois ferme » déclenche des hurlements de rire avec un comique mélant tex avery et le cartoon, comme toujours chez Dupontel mais aussi un humour facon Monty Python ou Fluide glacial.

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La caméra sert le scénario et les situations cocasses et crée une vraie différence avec les comédies francaises formatées et souvent laides en terme d’image. Ici tout est léché, ne condidérant pas que de bons acteurs et de bonnes répliques ou gags suffisent. Non, Dupontel est précis et exigeant et c’est tant mieux pour nous. Quel bonheur de voir un rire intelligent, sans stars du petit écran ou du one man show recasées par des potes dans un truc gentillet.

Mais attention, Albert Dupontel se permet même des touches de poésie voir de tendresse pour ses personnages, avec la pudeur qu’on lui connait mais qui rajoute encore à ce film qui a déja atteint son but initial : faire rire.

C ‘est comme si Dupontel, après avoir expérimenté des idées pendant 15 ans sur des longs métrages de très bonne facture, revenait avec une certaine maturité tout en retrouvant la fougue et les délires de Bernie.

Il est plaisant et rassurant d’avoir un artiste comme lui dans le paysage cinématographique francais. Non content d’être un excellent acteur chez les autres, l’homme a créé un style de comédie qui lui ressemble et dont on souhaite qu’il en fasse plein d’autres du même niveau d’excellence.

 

 

N°4 – « Frances Ha » de Noah Baumbach

 

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Le réalisateur Noah Baumbach et son actrice Greta Gerwig, coscénaristes, nous offrent avec Frances Ha un film merveilleusement gai, frais, et joyeux.
Pourtant, l’histoire de Frances n’est pas très marrante. Danseuse en devenir mais trop vieille pour faire carrière, elle n’a plus de fric et plus d’avenir professionnel. Pire, son mec la largue car elle est trop proche de sa meilleure amie et colocataire, Sophie.

Et puis Frances a un problème, elle est trop franche, trop naturelle, et trop bizarre. Disons qu’elle est particulière. Et surtout, qu’elle ne veut pas grandir. Ca lui plait de vivre comme ca, de boire, de faire l’amour et de se sentir libre, en éternelle étudiante…sauf qu’elle a 27 ans.

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L’un des atouts majeurs de « Frances Ha » est de réussir à saisir quelquechose de pas si courant au cinema, l’amitié féminine. En entrant dans l’intimité de cette amitié dans ce qu’elle a d’attachant et de cruel parfois, le film vous cueille et en sort les plus belles scènes, vraiment émouvantes. On se dit au début que le personnage risque d’agacer, mais c’est sans compter sur le scénario, et léactrice, suffisament barrée mais pas trop, juste assez pour emporter l’adhesion et la bienveillance. Sa nonchalance  réchauffe dans un monde un peu trop normé et balisé vers la « réussite ».

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Cette réussite sociale, et amoureuse sont autant de schémas de vie que la société recommande à Frances, afin de devenir adulte. « Tu es incasable » lui dit un de ses amis, un peu interessé. Car oui, il faut se caser et choisir une voie, et devenir une grande, abandonner ses rêves, ici celui d’être danseuse professionnelle. Seulement voila, Hana n’est pas comme cela et ces choix…elle ne voit pas pourquoi les faire. C’est ce qui fait que le film est frais réjouissant. Elle aime son immaturité. La naiveté, la gaucherie et le naturel du personnage vous emportent. On pense évidemment à Woody Allen pour le lieu (New York), le noir et blanc et les dialogues infinis comme dans Manhattan ou Hannie Hall.
Sauf qu’ici il n’est pas question d’une histoire d’amour mais d’une histoire de choix, de route à trouver quand tous les autres de son âge sont déjà partis. Nostalgique, drôle, ce film est décalé à l’image de son personnage et c’est l’une des excellentes surprises de cette année.

 

 

N°3 Ex aequo -  « Django unchained » de Quentin Tarantino

 

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J’ai vu « Django unchained » en avant première ! Et outre le fait que Quentin Tarantino a l’air d’un mec bien sympathique et barré, ce fut LA grande classe de découvrir son nouvel opus dans de telles conditions.
Tarantino continue donc à revisiter le passé de l’Amérique avec, comme dans « Inglorious basterds« , trois objectifs. D’abord il revisite un genre, après le film de guerre façon « 12 salopards« , c’est au tour du western Spaghetti, toujours entre le pastiche et l’hommage. Ensuite l’animal veut nous donner un film fun et jouissif. Enfin il donne aux opprimés de l’histoire une vengeance et une revanche par procuration puisque le cinéma permet toutes les libertés. La controverse de Spike Lee sur le fait que Tarantino serait raciste parcequ’il utilise le mot « nègre » est d’autant plus stupide que non seulement le film est un playdoyer contre toute forme d’avilissement mais qu’en plus, Spike Lee devrait commencer par refaire de bons films, après on en reparlera.

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Tarantino commence donc « Django Unchained » par 45 minutes de scènes absolument géniales, drôles, dans le pur style qu’on lui connait, entre dialogues perchés à se plier en quatre et violence gratuite et stylisée mais oh combien brillante et racée. En gros, il nous enchaine plusieurs scènes qui devraient devenir cultes. On pense à un mixte entre « Kill Bill » et « Inglorious basterds« . A ce titre, le rôle qu’il a écrit pour Christoph Waltz est en or. Autant l’acteur allemand était bluffant en Nazi sadique, pervers et cultivé chez les Basterds, autant son personnage de sympathique chasseur de primes raffiné est une force indéniable du film. Waltz est un acteur au charisme qui crêve l’écran.

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Puis vient un petit ralentissement de rythme mais qui n’endommage pas la rapidité à laquelle passent ces 2h50. Et là, Léonardo Di Caprio entre en scène! Autant dire que tout cinéphile rêvait de voir le petit génie du jeu dans un rôle d’immonde ordure ! Alors la déception c’est qu’il cabotine et qu’il ne surprend pas. Il est très bon, son rôle est taillé pour lui mais il ne réserve aucune surprise. Le tout accompagnant un rythme plus lent et bavard, ceci donne au long métrage la même impression de rupture de rythme que dans « Inglorious basterds », compensée par une fin digne de très bon moments de « Kill bill ». Ca saigne, ça gicle durant le film mais c’est un pur bonheur régressif ultra réferencé avec deux ingrédients qui en font un des très bons Tarantino. La bande originale et les dialogues sont au top, avec le même effet euphorisant !
Bref, grande réussite que cet opus, qui devrait s’insérer dans une trilogie sur l’histoire américaine. Le prochain reviendrait au « débarquement », cette fois ci avec des soldats noirs américains devenus fous et prêts à buter du soldat blanc quel que soit son uniforme, tout un programme ! Et on l’espere d’un aussi bon niveau que son western !

 

N°3 Ex aequo – « Le Loup de Wall Street » de Martin Scorsese

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En s’attaquant à l’histoire délirante de Jordan Belfort, jeune homme issu d’un milieu modeste, devenu courtier multimillionnaire en vendant du vent, Martin Scorsese renoue avec les histoires bigger than life qui ont abouti à certains de ses chefs d’oeuvres comme « Les affranchis » ou « Casino« . La longueur du récit, 3 heures se déroulant à toute vitesse et la folie des personnages nous ramène forcément à ce must du must du grand maitre.

Mais c’est aussi près du superbe et écorché « A tombeaux ouverts » qu’il faudrait rapprocher ce « Loup de Wall Street« , pour sa mise en scène au couteau, frénétique, son rythme délirant ne faisant qu’un avec son sujet.

Et pour leur cinquième collaboration, Léonardo DiCaprio livre une prestation hallucinante. C’est probablement le meilleur acteur de son âge et pour son père de cinéma qu’est Scorsese, il nous livre l’une de ses meilleures performances, génial de bout en bout.

Quand en sortant du film, on se dit qu’aucun autre acteur actuel n’aurait pu interpréter ce rôle, c’est que pour le coup, Léo est au top de sa forme.

DiCaprio avait déjà interprété pour Scorsese un grand mégalo addict aux drogues avec Howard Hughes dans « Aviator« . Mais le film souffrait de longueurs et DiCaprio en faisait peut être un peu trop, justement.

Ici il est parfait. La débauche de grand n’importe quoi, de drogues en tout genre et de prostituées défilant dans les bureaux de la compagnie de courtage, sont autant de pétages de plombs euphorisants parfois, et transgressant la morale la plupart du temps. On peut être choqué par les lancés de nains mais ce qui marque le plus, c’est justement cette absence totale de limites morales, de bornes. Belfort et son équipe n’ont qu’un seul crédo, se faire du fric et partir du principe que tout est possible.

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Cette exagération du mythe américain où n’importe qui peut partir de rien et se contruire au sens capitalistique du terme, n’est cependant ni condamnée ni adoubée par Scorsese.

Ce dernier se contente de transposer une histoire hautement cinématographique par ses excès et se garde bien de rendre sympathique ou antipathique le personnage. D’ailleurs, l’idée de le juger ne vous traverse pas durant le long métrage, au même titre que le DeNiro de Casino ne suscitait pas de dégoût. Ici nous avons à faire à des malfrats en col blanc, prêt à tout et n’importe quoi. La seule différence est qu’ils ne tuent pas et vendent du rêve de devenir riche. Ils surfent sur les illusions entretenues par l’American way of life. A ce titre la scène avec Matthew MacConaughey est assez bluffante, même si pour le coup, son discours est un peu caricatural.

Virtuose et chaotique, le film est cynique sur l’envers du modèle américain, provocateur en diable, souvent très drôle. Mais l’absurdité de cette fuite en avant cache aussi l’obsession du personnage pour le plaisir, tel un ogre jamais repu, près aux comportements les plus suicidaires et dangereux pour avoir la possibilité de jouir une fois de plus.

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Cette passion dévorante et cette course d’un type qui brûle la vie par les deux bouts, a forcément un côté enivrant mais aussi une facette sombre qui font du film une oeuvre bien plus complexe qu’elle n’y parait. Le rapport des américains à l’argent et du monde actuel aux apparences est décortiqué avec brio. « Le loup de Wall Street » est rock’n'roll et peu fréquentable mais il a la force de vous amuser et de vous tendre un miroir de nos vils instincts matérialistes sans jamais montrer du doigt, juste en se moquant, comme les blagues de mauvais goût du personnage principal.

« Le Loup de Wall Street » est donc le grand film qu’on attendait de Martin Scorsese après son « Hugo Cabret » un peu ennuyeux et beaucoup trop sage. Scorsese a 71 ans et il reste l’un des plus grands cinéastes en vie, à la carrière impressionnante, alignant des bijoux régulièrement, avec la même fougue qu’un jeune cinéaste. Alors certes, il revient à un genre qu’il maitrise parfaitement, loin de ses expériences sur « Gangs of New York » ou « Shutter Island« , mais se serait débile de se plaindre qu’un grand cinéaste conserve son style pour nous livrer un nouveau chef d’oeuvre. Or ce « Loup de wall street » en sera probablement un.

 

N°2 – « La Danza de la Realidad » de Alejandro Jodorowsky

 

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Scénariste culte de l’Incal de Moebius et d’autres Bd Sf assez excellentes, cinéaste iconoclaste des années 70, de « La Montagne sacrée » hallucinogène à son western « El Topo« , Alejandro Jodorowsky est un personnage marquant. Je vous avais parlé dejà de lui cette année avec le brillant documentaire sur l’adaptation de Dune qu’il a failli monter fin des annees 70 (voir ici).
Mais 2013 est aussi le retour du chilien au grand écran après 20 ans d’absence!

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Et vous savez quoi ? Fellini et Buñuel ne sont pas morts ! Ils revivent grace à un jeune réalisateur de 84 ans, complétement barré !
« La danza de la realidad » raconte l’enfance d’Alejandro Jodorowsky au Chili et plus particuliérement de son rapport à un père communiste autoritaire et fan de staline. Et dans le film, c’est le fils de Jodorowsky qui joue, son père !

J’avoue ne pas être fan du suréalisme de Buñuel, Fellini ou de l’épure provocatrice de Pasolini.

Mais ici, « Jodo » ne fait pas que s’en inspirer, il y rajoute son experience de la Bd, avec un humour taquin, et balance une poésie et des tableaux visuels d’une grande beauté, une imagerie entre le kitch et le délire démiurge. Mais il le fait avec un sens du récit limpide, ce qui était un peu la crainte que j’avais, ayant vu ses précédentes oeuvres. Non ici, le film est plutôt facile d’accès et convoque juste le fantastique et l’imaginaire au beau milieu du réel.
Jodo raconte son enfance tel un mélange de rêves et de souvenirs. Sa mère ne s’exprime qu’en chantant comme une cantatrice, et pisse sur son père pour le soigner de la maladie, exemple hallucinant de ce qu’on peut voir dans cette oeuvre totalement libre, furieuse et tendre à la fois, une ode à la vie et à l’héritage.

Jodorowsky joue pour de vrai son personnage aujourdhui, qui parle derrière son double enfant et apporte l’experience qu’il tirera plus tard de ses aventures de gamin tiraillé entre idées communistes du père et profonde croyance catholique de la mère. Il renvoie dos à dos les cultes politiques et religieux, se moque d’un dictateur pantin façon Chaplin et fait preuve d’une mise en scéne vigoureuse assez bluffante.

Il apporte un vent d’air frais cinématographique en convoquant les fantômes de son passé et ceux du cinéma suréaliste. Mais comme il aime à le dire, la meilleure facon de rendre hommage c’est de violer l’oeuvre et de la faire sienne.

J’ai été scotché par cet intriguante déclaration d’amour à son passé, ce regard malicieux et perché d’un vieil homme vers le terreau de sa personnalité. Quel hommage magnifique à ses racines ! Quel spectacle de clown fou ! Courrez y !

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N°1 – « Mud » de Jeff Nichols

 

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Pour être très franc, je suis allé voir « Mud » pour deux raisons. L’excellent accueil critique et le fait que mon meilleur ami ait été touché. Car de Jeff Nichols, j’avais surtout le très mauvais souvenir de « Take shelter« , sorti l’an dernier, encensé également par la presse et qui m’avait très sérieusement ennuyé.

Cette « seconde chance » donnée à Nichols fut donc la bonne. « Mud » est un récit initiatique sur le passage de l’adolescence au monde adulte mais ce n’est pas que celà.

On a un peu peur tout au long du long métrage qu’un cliché surgisse à un moment et rompe le charme de ce bel équilibre, fragile, cette belle histoire d’amitié entre un marginal fou amoureux d’un amour impossible et deux gamins de 14 ans qui, en cherchant de l’aventure, finissent par la trouver et même par apprendre bien plus encore.

Ils se font défenseurs d’une histoire qu’ils fantasment car ils ne connaissent rien des rapports amoureux, ils ne font que les deviner au travers des relations entre leurs parents, ou de leurs premiers tâtonnements avec les filles. Ils y vont avec cet aplomb du jeune homme qui ne connait rien mais qui veut être un homme et le prouver, même si ses sentiments d’enfant le rattrapent souvent pour lui rappeler que la vie d’adulte c’est rude, enfin, en tout cas, çà en a sacrément l’air. Et du panache, Matthew McConaughey en a sacrément lui aussi. Cet acteur plutôt cantonné aux rôles fadasses quand il était le beau blond jeune premier, a su en quelques rôles décoller, à l’approhe de la quarantaine. Il incarne à la fois toute la naiveté d’un gamin qui s’est élevé tout seul en pleine nature, bercé de bien des illusions, et cet homme mur façonné par cette nature sauvage et ses multiples déceptions avec la femme de sa vie. Cet amour impossible est l’un des arcs scénaritisiques vraiment touchants du film. Un récit sans pathos, avec une économie de mots par moments, car les situatons parlent d’elles mêmes.

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Le fait de faire découvrir au spectateur l’identité de ce Mud par le regard admirateur de ces deux ados est excellente. Ils cherchent à devenir des hommes et voient donc forcément ce mystérieux Mud à travers le prisme de leurs aspirations propres, de leur idée de la virilité, de leur espoir dans une pureté de l’amour homme-femme, dans l’idée que les sentiments sont immuables, sauf qu’ils ne le sont pas. La prise du temps abime bien des choses et les plus naifs en sont pour leurs frais. Mais loin de tout cynisme, le film porte sur ses épaules un regard tendre sur cette découverte de l’envers du décors des adultes.

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Le long métrage pourrait avec ces seuls ingrédients, cette seule utilisation de la nature comme personnage à part entière (comme dans Take shelter), suffire à sa réussite. Sauf que les seconds rôles sont tout aussi bons, de Mickael Shannon en oncle sympa à Sam Shepard en vieil homme qui a lui connu les déceptions jusqu’au bout du bout. Le rapport père fils constitue lui aussi une histoire secondaire qui donne un relief au tout. Sans crier gare, Jeff Nichols, y aborde l’incommunicabilté entre un père et un fils dont la pudeur virile se fendille, confrontée à l’impuissance du père à sauver son couple. Ce dernier ne peut prouver qu’il est porteur d’un projet qui puisse motiver son épouse et sauver du naufrage l’échec de leurs rêves, de leurs aspirations qui se sont éloignées, confontés au mur du quotidien. Et puis « Mud » montre deux adolescents découvrant que le temps détruit les plus belles histoires, eux qui ne rêvent que d’aventure et d’idéal et pour qui « Mud » incarne un peu tout celà. Cette projection qu’ils se font du futur, de ce que c’est qu’être homme, est d’autant plus touchante qu’elle est faite avec retenue, comme les personnages, pour qui montrer n’est pas franchement un truc de mecs. La mélancolie de ce récit d’aventure vous touchera probablement. A brasser des thèmes aussi universels, Nichols aurait pu sombrer dans un mélo chiant, sirupeux et démonstratif. Il n’en n’est rien. Au contraire, on ressort plus léger de cet exercice d’équilibriste particulièrement réussi.

 

Voilà, l’année 2013 se boucle sur des cow boys tarantinesques, un vieux réalisateur chilien libre comme un jeune homme fougueux et irrévérentieux, un Matthew MacConaughey crevant l’écran dans un rôle simple et déroutant…

2014 aura t elle autant de richesses et autant de films de niveau 4 à 5 lapins ? …Une vingtaine en 2013 ! exceptionnel !

Rendez-vous dans les salles obscures et avant celà  De l’autre, côté, perché avec le blanc lapin…puisque je vous mijoterai comme chaque année ma sélection des films les plus attendus de 2014 ! Et une sélection très exhaustive !

Une cinquième année qui sera riche de surprises ! Je n’en doute pas une seconde !

Les meilleurs films de l’année du blanc Lapin – Partie 1 (de 20 à 10)

14 décembre, 2013

Comme chaque année depuis 4 ans, le Blanc Lapin vous livre son classement des films préférés de cette année. C’est subjectif et heureusement mais faites moi confiance, les 20 films sélectionnés sont tous bons, tous 4 lapins minimum au compteur.

Alors pourquoi 20 alors que les autres années c’est 15 ? Et bien parceque 2013 aura été riche en films de très bon niveau et qu’il me semblait dommage de ne pas reparler de certains d’entre eux une dernière fois avant de refermer ce millésime. Ca peut aider à sélectionner les films à voir en Dvd ou ou redifs sur des chaines cablées.

Petite précision, le Blanc Lapin n’a pas vu le Scorsese ni le film de Joseph Gordon Lewit et ces deux là, qui sentent très bon, passeront donc sur 2014 puisqu’ils sortent le 25 décembre.

Allez on commence, avec la critique du blanc lapin à chaque fois…

 

Les meilleurs films de l'année du blanc Lapin - Partie 1 (de 20 à 10) dans Dossiers hr_Passion_1

N°20 - »Passion » de Brian de Palma
Avec ce remake du dernier film d’Alain Corneau, et alors que « Crime d’amour » était plutôt mineur et raté, Brian de Palma renoue avec le brio de sa mise en scène.
On retrouve le maître enfin, après plus d’une décennie de films mineurs et décevants. De Palma revient au thriller sexuel qui a fait son succès dans les années 70 avec « Obsessions« , « Pulsions« , ou « Body double« .
« Passion » traite donc du rapport de force et de séduction entre deux femmes à des postes clé d’une grande société de publicité. La séduction de Rachel McAdams, méconnaissable en blonde sulfureuse s’oppose à l’attitude sage et soumise de son apparente victime, Noomi Rapace. Cette dernière excelle comme d’habitude et use de son visage énigmatisue pour cacher tant ses doutes que sa propre duplicité. De Palma va alors se faire plaisir et rendre un superbe hommage à sa propre filmographie mais aussi à celle d’un certain Alfred Hitchcock, poussant le suspens avec une accéleration d’images et de thèmes musicaux jusqu’à l’obsession. A la manière d’un Polanski avec son « The ghost writer« , De Palma synthètise son cinéma et s’autoréférence pour mieux le moderniser et livrer un film d’un faux classicisme mais dont l’impact est surprenant d’efficacité.
De palma fait monter la pression sur quelques choix de mise en scène radicaux parfois très eighties qui auraient pu s’avérer ridicules ou has been mais qui au contraire s’affirment avec classe. Le jeu d’ombres de la plupart des scènes qui suivent la déclaration de guerre des deux femmes est assez impressionnant.
Le film est sulfureux mais ne vire ni dans le voyeurisme ni dans l’érotisme chic, préférant utiliser les codes du thriller et se jouer de cette fausse relation lesbienne.
Les retournements se mèlent au mélange entre rêve et réalité, se jouant du spectateur comme les personnages se dupent eux mêmes entre eux.
Brian De Palma est donc de retour en très grande forme à 72 ans et c’est forcément une excellente nouvelle. Après la renaissance artistique de son pote Francis Ford Coppola il y a quatre ans, on peut se rassurer qu’un tel artiste ne soit pas enterré et qu’il taquine de nouveau les sommets sur lesquels il nous a si souvent transportés.

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N°19 – « Mobius » de Eric Rochant

Le pitch : Grégory Lioubov, officier des services secrets russes est chargé de trouver le moyen de faire tomber un homme d’affaire russe. Installé à Monaco avec son équipe, il va recruter Alice, une jeune requin de la finance qui travaille pour sa cible. Mais Grégory va entrer en contact direct avec elle et entamer une liaison, rompant la règle d’or qu’on lui a toujours inculquée…la passion va naitre entre eux et tout remettre en cause…

Le retour d’Eric Rochant, après six ans d’absence, s’effectue en force, le réalisateur français nous livrant un film d’espionnage digne de ses ainés américains, avec un truc en plus.

L’auteur d »Un monde sans pitié » nous avait déjà montré il y a presque 20 ans avec « Les patriotes« , qu’il savait mener de bout en bout une histoire d’espionnage en rendant son univers des plus secs, inhumains et crédibles dans les rapports entre agents. On retrouve ici la même signature mais avec un cadre différent des services secrets israeliens puisqu’ici c’est le cynisme de la haute finance internationale qui mène la danse. En ceci le film est nettement plus incisif que « Le capital » de Costa Gavras, alors même que le sujet n’est pas là. Mais son approche est juste et plus fine.

Moebius-d-Eric-Rochant_portrait_w674 dans Films - critiques perso

Le grand atout du long métrage c’est d’allier mise en scène au cordeau, avec une tension de bout en bout, empruntant aux classiques de l’espionnage mais avec des espions et des personnages de chair et de sang. Jean Dujardin est très loin de ses rôles de comiques et rappelle qu’il est bon acteur dans tous les registres. Crédible en homme tiraillé entre la fidélité à son père spirituel et l’amour naissant, son visage exprime très bien le doute qui s’installe, là où pourtant ce n’était pas gagné. On a tellement l’habitude de le voir utiliser son visage élastique pour faire rire, que l’agent Oss 117 aurait pu flinguer cet agent très sérieux.

Quant à Cécicle de France, outre qu’elle est toujours aussi belle et méconnaissable les cheveux blonds et mi longs, elle trouve à nouveau un rôle à la mesure de son talent. L’alchimie des deux acteurs était indispensable et elle se voit à l’écran. Ce qui manque souvent dans les films d’espionage c’est l’humain car le genre restranscrit des individus se comportant comme des êtres de sang froid. Ici les scènes d’amour sont sensuelles et touchantes. L’armure des deux personnages si sûrs d’eux, qui se fendille, donne au film un très beau souffle, et transforme un thriller super bien mené en une histoire d’amour poignante.

Möbius est un film sophistiqué, précis, humain et au déroulé implacable, où l’intime se mèle à la manipulation avec classe. On suit le ruban sans se douter de l’issue. Une grande réussite.

 

 

Prisoners+(0) dans Les meilleurs films du Blanc Lapin

 

N°18 – « Prisoners » de Denis Villeneuve

 

Après son excellent « Incendies« , oscar du meilleur film étranger, Denis Villeneuve revient cette année avec deux films très bien accueillis par la presse. « An enemy » sortira en 2014 mais pour l’instant c’est son « Prisoners » avec Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal qui nous impressionne.

Villeneuse garde le sombre et l’ultra dark qui caractérisait « Incendies » dans ce thriller à couper au cordeau. Jackman joue un père dont la fillette s’est faite enlevée avec celle de ses meilleurs amis et qui est persuadé qu’un jeune simple d’esprit est le kidnapeur ou le complice. Gyllenhall joue lui l’enquêteur de police très professionnel mais méthodique qui tente de résoudre son affaire sous la pression du père, qui veut se faire justice lui même.

« Prisoners » nous dresse un tableau de l’américain de classe sociale modeste, entre reclusion sur lui même et paranoia.

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Le film installe au bout d’à peine 5 minutes un suspens halletant, une course contre la montre pour retrouver deux fillettes qui peuvent mourir à tout instant selon qu’elles ont été laissées seules enfermées ou qu’au contraire le pervers se trouve avec elles. Et au jeu du suspect, Denis Villeneuve brouille les pistes suffisamment pour nous perdre en même temps que le personnage de Jackman, très bien dirigé, se perd dans des fausses pistes, tout comme le flic impuissant devant ce qui leur semble irrésolvable.

Le seul suspect étant quasi muet et mentalement dérangé, chacun va se trouver confonté à un mur de silence, et au risque de faire erreur, de ne pas s’interesser au bon suspect. Bien sur, l’état psychologique des deux familles est parfaitement rendu. Mais surtout, le film ne sombre pas dans le mélo et la tension permanente nous embarque sans lâcher prise sur quand même 2h33 de film, ce qui est assez fort en soit.

Villeneuse profite donc de son redoutable thriller pour aussi aborder le thème de l’autojustice, de la limite morale de chacun face à l’horreur. A quoi est on prêt pour sauver deux enfants des griffes d’un monstres ? Peut on tout faire ou donner sa confiance aveugle dans la police, qui n’a pas forcément les moyens suffisants de remuer ciel et terre. L’impuissance des familles, de la population et du flic constituent ainsi le climat général pesant du film, au bon sens du terme, car il nous immerge dans la torpeur des familles.

On pense à « Mystic River » d’Eastwood pour la perte de repères moraux de personnages confontés à l’horreur et à « Zodiac » de David Fincher pour la traque du criminel fantôme, collés derrière chaque protagoniste.

Denis Villeneuve signe l’une des excellentes surprises de cette fin d’année.

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N°17 – « The immigrant » de James Gray

Cinq ans d’attente nous séparent du précédent et magnifique film de James Gray, « Two lovers« . Le cinéaste a de nombreux projets mais a beaucoup hésité. Et puis l’animal est très respecté en Europe mais pas franchement reconnu aux Etats-unis, sur ses propres terres.

Pourtant James Gray est l’un des plus grands réalisateurs de sa génération, il est aussi doué et marquant que Wes Anderson, Darren Aronofsky ou Paul-Thomas Anderson.

Comme à son habitude, son film « The immigrant » s’est fait descendre à Cannes avant de retrouver des couleurs dans la presse française de cette semaine, lors de sa sortie.

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Gray rerouve son acteur fétiche, son double de cinéma, Joaquin Phoenix qui est parfait comme à son habitude, mélange d’animal fougueux et blessé. Mais cette fois-ci le réalisateur décide d’une part de livrer le premier rôle à une femme, Marion Cotillard et d’autre part de s’attaquer au film en costunes. L’histoire se déroule en 1921 à New York et suit Ewa, jeune immigrée polonaise dont la soeur est gardée à la frontière en quarantaine dès leur arrivée, pour cause de tuberculose. Ewa n’aura de cesse que de récupérer sa soeur et va pour se faire tomber sous la coupe d’un proxénète. Mais les rapports entre eux vont s’avérer plus nuancés et complexes qu’on pourrait l’imaginer.

Ceux qui n’aiment pas Cotillard risquent de ne toujours pas aimer. Perso, je trouve qu’elle joue bien, en tout cas dans ce film, elle n’en fait pas trop. Son accent polonais est impeccable et elle reste fragile sans jamais tomber dans la démonstration d’actrice. Gray arrive à donner à son histoire particulièrement sombre, des élans de drames qui font penser justement à ses précédents opus, où chaque personnage n’est ni bon ni honnête. Chacun essaye de se sortir comme il peut de la misère, quitte à exploiter l’autre, mais pas sans sentiments, pas de façon détachée mais avec une ambiguité touchante.

La construction du film manque certes quelques peu du souffle qu’on a pu connaitre dans les précédents opus, mais globalement, le film vous tient en haleine et ne peut pas vous laisser indifférent. Il est vrai que James Gray sort rarement les violons et préfère une certaine pudeur, un certain recul que de verser dans du lacrymal démonstratif. Mais c’est tout ce qui accentue l’impact émotionnel de ses histoires.

Gray rend ainsi hommage à sa propre famille qui a du repartir de zéro une fois le pied en dehors du bateau, à ces millions d’anonymes qui ont du s’abaisser et accepter l’humiliation avant de s’intégrer. Le sous-texte politique, le regard historique et critique de James Gray sont des élèments clés de la réussite du long métrage. Le célèbre chef op Darius Khondji enrichit le film d’une superbe lumière chaude dans les intérieurs et glaciale en extérieur, accentuant l’antagonisme entre la liberté pour l’héroine de fuir dans l’inconnu ou celle d’accepter de poursuivre la prostitution dans un cocon protégé.

La subtilité du film et l’habituelle mais classieuse mélancolie de James Gray font de « The immigrant » l’un des très bons films de cette fin d’année à ne surtout pas louper.

 

N°16 – « Jeune et Jolie » de François Ozon

François Ozon confirme avec son nouveau long métrage qu’il sait trouver des sujets vraiment originaux dans le cinéma hexagonal actuel et les porter à l’écran avec classe.

En choisissant d’aborder la prostitution d’une jeune mineure, il sait très bien que son thème peut être hélas d’actualité, aux vues des articles divers sur des étudiant(e)s se prostituant pour arrondir facilement leurs fins de mois. Mais son film aurait pu verser dans le sordide, le misérabilisme, le voyeurisme, le consensualisme d’une dénonciation à la fois moralisatrice et déjà traitée maintes fois…

On aurait pu craindre aussi une certaine provoc déjà rencontrée chez lui mais qui aurait pu virer au très mauvais goût.

Ozon évite tous ces écueils et réussit de nouveau à transcender son concept, tout comme dans son dernier, « Dans la maison« .

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Il faut bien entendu apprécier de nouveau son casting d’une très grande justesse, que ce soit le rôle principal porté par Marine Vacth que les parents joués par Géraldine Pailhas et Frédéric Pierrot, parfaits.

Mais surtout, Ozon aborde la prostitution sous un angle plutôt inédit. La jeune femme découvre le sexe mais pas l’amour, pas les sentiments et se tourne vers la prostitution par pure transgression, par provocation, par curiosité et surtout, volontairement.
Elle n’est pas malheureuse et c’est ce qui pourrait choquer…l’absence de dénonciation. C’est qu’Ozon préfère zapper cet aspect car on se doute bien qu’il n’est pas question de faire l’apologie, de juger ou de dresser un portrait complet du sujet mais plutôt de s’intéresser à la façon dont la jeunesse d’aujourd’hui conçoit le sexe et l’argent.
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Le sexe est partout, facilement disponible. Tout se vend tout s’achète et dès lors dans ‘esprit du personnage, la distinction entre ce qui est bien ou mal n’est pas évident. Elle assume son choix, elle désire se perdre, elle recherche quelquechose, une sensation, une excitation. C’est l’acte transgressif qui la pousse plus que le besoin. Elle n’est pas en manque d’argent, issue d’un milieu plutôt aisé. Non, ici ce qui l’attire est ailleurs et ce qui lui manque aussi. Cette froideur et cette absence de sentiments naissants pour un garçon de son âge sont troublants mais pas surprenants forcément.
François Ozon conte cette histoire avec une grande fluidité, une mise en scène sans fioritures, efficace, une BA adaptée, et alterne brillamment le cocon familial rassurant où l’héroine ne manque de rien et cet ailleurs, cette fuite, cette mise en danger vers laquelle cette jeune fille trop jolie cherche à s’aventurer. Un mal qui n’a pas de raisons évidentes aux yeux de l’extérieur mais qui s’exprime de cette façon chez ce personnage en construction, qui cherche ses repères, ses limites, en s’abimant volontairement, sciemment.
La sortie de l’adolescence peut s’avérer cruelle et violente, la métaphore d’Ozon est en ce sens bien plus intéressante que l’histoire tapageuse d’une gamine qui fait la pute. Explorer la perversité et le coté sombre est toujours délicat, Ozon arrive à rester équilibré tout du long. Son film est sec et juste, restant à la distance suffisante pour prendre la hauteur nécessaire avec son sujet et éviter tous les clichés qui auraient pu s’accumuler. Excellente réussite.

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N°15 n- « Only god forgives » de Nicolas Winding Refn

Ultra attendu depuis le succès critique et public de « Drive« , Nicolas Winding Refn entre en compétition pour la palme d’or aujourd’hui.

Et si vous voulez mon avis …il la mérite !

Mais attention, beaucoup d’entre vous risquent de ne pas aimer, du tout. Car si le réalisateur danois reprend Ryan Gosling en héros quasi muet, sa mise en scène est plus proche de celle de « Walhalla rising, le guerrier silencieux« , à savoir une économie de mots associée à un climat, une lenteur, parsemée d’excés de violence. Un film d’ambiance plus qu’une histoire. Mais quand on a du style et de la classe, on n’a pas forcément besoin de scénario.

Ce dernier tient sur un ticket de métro et n’aurait rien à envier d’un film bourrin de vengeance façon Steven Seagal. D’ailleurs, certains spectateurs m’ont bien gonflé dans la salle à rire à soupirer ou s’émouvoir des giclées de sang. De grâce, si vous n’aimez pas, ayez le respect de le garder pour vous. D’autres à côté peuvent adorer. Et ce fut mon cas. Exprimez vous sur des forums ou sur des blogs mais pas dans une salle…

Le pitch est donc débile. Julian deale de la cocaine en thailande avec son frère, en se servant d’un club de boxe thaïlandaise comme couverture. Mais son frère, ordure de première, se fait descendre par un flic vengeur, après avoir violé et tué une jeune fille. La mère des deux hommes débarque et décide de venger son fils ainé.

Kristine Scott Thomas est méconnaissable et crêve l’écran dans le rôle de cette mère « monstre », castratrice, sèche, impitoyable. Gosling est lui aussi parfait mais on n’en doutait peu. Le rapport entre ce dernier et cette mère, le complexe qu’il a développé, les blocages que lui ont infligé cette gorgonne sont illustrés avec brio. Tout comme la violence sourde, tout comme la détermination du flic, interprété par l’impassible Vithaya Pansringarm, génial.

Alors oui, certains reprocherons à Nicolas Winding Refn de prendre la pause, à la limite de son autocaricature. C’est vrai qu’on n’en n’est pas bien loin, mais justement, il prend le risque.

« Only God Forgives » est un exercice de style majestueux, sombre et envoûtant. Mais il vrai que Refn devra changer un peu de style la prochaine fois, au risque de se vautrer dans le tapis rouge de Cannes 2015 ou 2016…

La bande son est presque aussi réussie que dans « Drive ». J’entend d’ici les reproches sur la violence gratuite du film, éternels relans de spectateurs n’ayant pas compris grand chose au génie du bonhomme. Qu’on m’accuse de snobisme, je m’en fout.

L’immoralité du film est coupée de scènes décalées et drôissimes où l’antagoniste de Ryan Gosling se met en scène. C’est radical, c’est rouge, et putain, c’est bon !

Mais forcément, le film est moins grands public que « Drive »…

 

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N°14 – « Shadow dancer » de James Marsh

Belfast, 1993, alors que les dirigeants de l’IRA négocient la paix, certains irréductibles poursuivent les attentats. Collette fait partie d’une famille d’activites mais se fait prendre. Mac (Clive Owen), agent secret du MI5 lui laisse le choix entre 25 ans de prison et espionner sa famille.

Excellent film que ce « Shadow dancer » sur un thème pourtant maintes fois porté au grand écran…quoique. Justement, ce n’est plus sous l’angle républicain et impérialiste que cette histoire est racontée mais plutôt vue d’une victime du système, d’une enfant du terrorisme, qui n’a pas franchement eu le choix.

Elle est malheureuse, son quotidien familial sent la mort et la perte d’êtres chers sacrifiés pour la cause. Et de futur ou d’idéal, il en est ici peu question, comme si au bout d’une guerre de dizaines et dizaines d’annés, les forces étaient épuisées, lassées, des deux côtés. La mise en scène très sobre met d’ailleurs l’accent sur le climat froid et sec de l’Irlande et sur la pauvreté des habitants et souligne cet état de fait, la guerre larvée ne fait que des morts et n’avance pas, des deux côtés.

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Le personnge de Collette, est portée par une Andrea Riseborough excellente à la mine défaite et fatiguée mais aussi mystérieuse et mutine, comme si le poids des secrets lui avait appris dès le plus jeune âge à ne rien exprimer. C’est d’ailleurs une certaine fausseté des rapports familiaux, des non dits et une vie terroriste parallèle qui font de ce milieu un univers hostile, glacé et étouffant.

Le film arrive à maintenir l’haleine tout du long par un astucieux suspens autour de l’enquête du personnage de Clive Owen. Car les menteurs sont des deux côtés, y compris chez les anglais.  Ce jeu de dupe dont des vies de civils comme d’activistes sont à la clé, est réellement porté à l’écran avec une efficacité redoutable. Elle l’est d’autant plus que James Marsh préfère filmer les silences que les dialogues et arrive ainsi à rendre l’ensemble bien plus percutant.

Le réalisateur ne prend aucun parti, il part d’un constat, dresse un tableau et utilise la crédibilité de cette situation pour surfer sur certaines recettes du thriller et livrer une des très bonnes surprises de ce début d’année.

Je vous propose la bande-annonce pour vous inciter un peu plus à y aller, le film ayant hélas eu peu de pub, il restera peu longtemps à l’affiche, dépéchez vous…

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N°13 – « Les amants du Texas » de David Lowery

Très bien accueilli dans divers festivals cette année, « Les amants du Texas » mérite tout le bien qu’on en a dit mais m’a surpris par sa traitement.

Le film a été vendu comme un pseudo Bonnie and Clyde version années 2010 mais ce n’est pas tout à fait celà, et c’est tant mieux.

L’histoire suit effectivement un couple de gangsters dans les années 60, Bob et Ruth,  mais il s’intéresse surtout à l’après arrestation de Bob. On sait dès le départ qu’il s’évadera de prison pour la rejoindre mais comment réagira t elle quatre après, alors qu’elle lui avait promis de l’attendre, avec leur petit fille, née alors qu’il était déjà sous les barreaux ? D’autant qu’un jeune flic présent lors de leur arrestation, joué par un Ben Foster tout en nuances, essaie de séduire Ruth et de l’amener dans le droit chemin. Et loin d’être un intru, son personnage est surprenant.

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Rooney Mara et Casey Affleck sont très beaux dans ce film et forment de façon crédible les deux faces d’une même pièce, un couple passionné, qui s’est connu enfant, qui s’est aimé dans la transgression criminelle et qui était un couple fusionnel. Mais la séparation et l’âge peuvent-ils avoir une incidence ? C’est l’histoire d’un amour impossible car si lui rejoint sa belle, il la condamne à l’errance et met en danger leur fillette et eux deux. Et puis elle trouve bien des qualités au policier qui la courtise et lui offre un autre futur.

De ce scénario très simple, David Lowery arrive à tirer un très beau film, tendre et désabusé à la fois. Le sursis des personnages et le danger qui les guette, l’impossibilité pour eux de se réunir, forment un creuset idéal pour illustrer comment une histoire d’amour peut résister ou fondre selon les assaults. Il aborde la thématique du choix de l’un des deux amants pour la normalité, pour se sauver soit et sauver l’autre. Et le film joue tout du long sur la décision qui sera faite entre la fuite en avant et le sacrifice amoureux qui signifie le suicide de la relation. Il faudra attendre la dernière minute pour savoir vers quelle direction ira la très belle et énigmatique Ruth, portée par une Rooney Mara parfaite. La voix nasillarde de Casey Affleck est utilisée avec soin tout au long des lectures des échanges épistolaires entre le couple. Mais le réalisateur prend surtout un parti pris, celui de filmer avec lenteur et de baigner son film d’une beauté naturelle qui fait forcément penser à Terrence Malick. Il y’a pire comme inspirateur.

Le film pourrait s’apparenter à une lente ballade sentimentale dont l’épilogue ne pourra pas vous laisser indifférent. C’est beau comme tout parcours de vie brisé, comme toute histoire qui aurait pu s’écrire autrement et dont l’épilogue tient à un fil. Et c’est un très joli film qui raisonne des regrets les plus beaux.

 

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N°12 – « The Master » de Paul Thomas Anderson

 

Voila enfin le nouveau film de Paul Thomas Anderson, l’un des meilleurs réalisateurs américains du moment, à la carrière sans fautes, de « Boogie nights » à « There will be blood », en passant par « Magniola« .
Il faut dire que « The master » est un rescapé car depuis 6 ans qu’il traine comme projet, il a bien failli ne pas se tourner, les grands studios ayant eu peur du thème, la montée d’une secte qui ressemble étrangement à la scientologie. Et sans la milliardaire productrice Megan Ellison, Anderson n’aurait pu aborder ce sujet fascinant qu’est le rapport entre le gourou d’une secte et son numéro deux, et la montée en puissance de ses idées dans une Amérique des années 50, déboussolée par la seconde guerre mondiale.

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La première évidence du film c’est que la double interprétation de Philipp Seymour Hoffman en gourou et Joaquin Phoenix en disciple est magistrale, récompensée à juste titre au dernier festival de Venise. Joaquin Phoenix avait quitté les plateaux depuis 5 ans et revient donc maigri et transformé. En jouant cet homme alcoolique, ex marine brisé par la guerre, il rencontre un rôle d’une grande finesse. En jouant à la fois vouté et parlant avec la bouche déformée, Phoenix est bluffant. Face à lui, Seymour Hoffman confirme qu’il est l’un des meilleurs acteurs au monde. Il donne à cet avatar de Ron Hubbard une bonhommie séduisante et dangereuse.

Mais là où Anderson est très fort, c’est qu’il ne présente pas les dirigeants de la secte uniquement comme des manipulateurs mais plus comme des aficionados déboussolés par le charisme d’un homme. Et cet homme complexe est lui même un peu fou et croit en partie aux délires qu’il tente de théoriser. Le détournement qu’il fait des esprits est manifeste, telle une grande entreprise de reformatage des pensées, de croisade non denuée d’intêrét personnels et financiers.

La démonstration d’Anderson est subtile. Sa mise en scène épurée et classieuse sert le recit car contrairement à ce que certains ont reproché à ce trop bon élève qu’est le metteur en scène chouchou des festivals, le manque d’émotion de l’ensemble est volontaire. Anderson ne cherche pas à provoquer de l’empathie mais plutôt à décortiquer un mécanisme et un caractère. Sa réalisation très proche de « There will be blood » permet justement de conserver la distance nécessaire. Tout comme l’infame pétrolier que jouait Daniel Day Lewis dans l’opus précité, il ne servait à rien d’épouser de trop prêt l’humanité du gourou. C’était même dangereux pour le propos général. Grâce à ce parti pris, Hoffman nous livre la figure d’un homme qui peut entrainer derrière lui des centaines de personnes sur de petits détails de personnalité, mélangeant théories scientifiques fumeuses pour créer une nouvelle croyance qui sera d’autant plus suivie qu’elle sera abérante !

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Et puis « The master » est aussi une histoire d’amour entre deux hommes hétéros que tout oppose. D’un coté l’ intellectuel délirant, ogre égocentrique qui avale toute personnalité sur son passage et de l’autre la bête blessée sans aucune direction, sans attaches et totalement exclue de la société. Les deux se fascinent autant qu’ils se détestent, s’aiment autant qu’ils se rejettent. Paul Thomas Anderson nous montre que même un grand gourou de secte peut être faillible et dépendant d’un être très éloigné de lui. Le sujet est donc brillament traité, du jeu à la mise en scène, un grand film.

 

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N°11 – « Gravity » de Alfonso Cuarón

Il est difficile de faire une critique d’un film aussi attendu et dont on parle depuis longtemps, teasé par d’éminents réalisateurs comme James Cameron.

Il faut dire que le concept de Gravity est fort et que son réalisateur, Alfonso Cuarón s’est illustré par le passé avec de bons films comme « Y tu Mama tambien« , « Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban » ou encore l’excellent film de SF, « Les fils de l’homme« .

Le film est en effet un tour de force technique assez bluffant. Il commence par un long plan séquence aboutissant sur l’explosion de la station spatiale de deux cosmonautes propulsés dans l’espace et laissés à eux mêmes.

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Puis les séquences s’enchainent avec deux personnages et deux acteurs parfaits dans leurs rôles. Sandra Bullock est plutôt habituée aux comédies sentimentales et pour ce film, elle change radicalement de registre en interprétant une scientifique qui n’a plus d’attaches sur terres. Georges Clooney apporte quant à lui la dose d’humanité et d’humour nécessaires, contrebalancant cette femme qui se retrouve seule au monde au sens propre comme figuré.

La réussite majeure de Gravity est de vous immerger dans l’espace, dans son silence, son infinité, et de faire en sorte que vous y plongiez comme aucun film n’a réussi à le rendre de façon aussi crédible. Le réalisme est sidérant, que ce soit la violence des chocs en apesanteur que la vitesse. Des images somptueuses au service d’un film dont on pourrait craindre l’ennui puisque la nana va quand même se retrouver seule à flotter dans l’espace en attendant la mort. Et même 1h35, c’est long.

Sauf que bien entendu, Alfonso Cuarón prévoit des rebondissements et ne nous permet pas un instant de relacher la tension de ce survival hyper réaliste, sans aliens, juste une femme, l’univers et la terre à rejoindre à tout prix.

Mais pourquoi? Pourquoi rejoindre la terre ? C’est là que le film prend une dimension plus intéressante encore que le résultat technique. Qu’est ce qui fait qu’on a un instinct de survie et pourquoi ?

Le film réussit à y répondre mais fait à mon sens deux fautes de goût qui le font trébucher sur la dernière marche menant au chef d’oeuvre tant hurlé par toute la presse.

D’abord une scène montre Bullock dans une position faisant référence à 2001, l’Odyssée de l’espace…une scène que j’ai trouvée facile là où le film évite pourtant la niaiserie et le pathos. Car même dans les pires moment, Gravity arrive à émouvoir de façon adulte, avec le recul de l’individu ayant pris conscience de sa petitesse face au grand vide. Une espèce de sagesse et de déterminisme qui marque les personnages et donne justement au film une belle patine. Le second écueil est aussi cette fin pompière et particulièrement chargée en terme de symbolisme…c’est dommage, Cuaron aurait pu soit éviter cette musique insupportable soit couper son film deux scènes plus tôt.

Mais ne boudons pas notre plaisir, Gravity est un excellent mixte de divertissement et de réflexion, de film grand public et de film d’auteur, original, novateur.

 

Voilà pour la première partie de mes coups de coeur cinéma 2013, les 10 meilleurs, la suite, c’est pour dans quelques jours…

Les pires films de l’année 2013 du Blanc Lapin

8 décembre, 2013

La fin d’année approche et il est temps de dresser les bilans, hisoire de se souvenir, de ne pas faire du temps un effacage permanent.

Alors le blanc lapin va commencer parcequ’il brulerait volontiers, avec les pires films de l’année ! Sélection oh combien subjective…

 

N°9 – « Lincoln » de Steven Spielberg

Les pires films de l'année 2013 du Blanc Lapin dans Dossiers lincoln-spielberg

Voici enfin le « Lincoln » de Steven Spielberg, vieux projet d’une quinzaine d’années et véritable arlesienne pour le pape d’Hollywood, qui a pensé successivement à Harrison Ford puis Liam Neeson dans le rôle titre avant de convaincre l’un des plus brillants et rares acteurs au monde, Daniel Day Lewis. Ce dernier est sans surprise confondant de ressemblance et sa partition est fine. Hélas, la réalisation de Spielberg, sans tomber dans ses pires travers, m’a laissé un peu sur le coté. Comme si ce dernier, c’était pris dans le tapis, à trop vouloir prendre au sérieux son sujet sans verser dans le pathos, chose qu’on lui a reproché tant de fois, de « ET », « La couleur pourpre » ou « Always » en passant par « Intelligence articielle » ou « Amistad ».
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Justement, Spielberg choisit le même thème que Amistad à savoir la lutte contre l’esclavagisme et s’intéresse plus particulièrement aux derniers mois de Lincoln, pour décrocher un vote en faveur de l’abolition et provoquer ainsi la fin de la guerre de Sécession. Moins sirop que Amistad, film le plus insupportable de Steven Spielberg, Lincoln provoque un intérêt par la sobriété des nombreuses scènes de dialogues et les rouages des manoeuvres politiques qu’a du entreprendre le sacralisé Lincoln pour tordre le cou aux préjugés et accélerer l’histoire. Mais voilà, la cause est tellement pleine de bons sentiments que dès que le personnage de Day Lewis part dans des élans lyriques, le sirop rejaillit et déborde.
Ce n’est pas la faute de l’acteur mais bien celle du réalisateur. La musique pompeuse de John williams n’aide pas franchement, les trompettes rappelant un peu trop la vocation du film à concourir aux Oscars et de flatter le patriotisme américain. Quant à l image quasi christique de Lincoln, elle a évidemment de quoi agacer le chaland, malgré tout le brio de Daniel Day Lewis, qui livre ici une performance de très haut niveau, comme à son habitude.
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L idée de montrer la grande histoire par le trou de la lorgnette, en entrant dans le quotidien du Président est pertinente. Spielberg réussit à humaniser le mythe et nous faire palper les hésitations et efforts intellectuels de chacun pour conceptualiser l’abandon de l’esclavage. Il explique aussi très bien le long chemin qu’il restait à parcourir pour l’égalité totale. Mais le didactisme de sa démonstration est un peu lourd, comme toujours chez Spielberg. Le film fait un peu le même effet que « La liste de Schindler »  à savoir qu il s’adresse avant tout à un public americain, Steven expliquant avec un académisme de professeur la grande histoire.
Le film est bavard et parfois trop. Le rythme lent colle en revanche bien aux manoeuvres politiciennes qui ont amené au vote, au risque d’être légèrement ennuyeux par instants.
Bref, Lincoln est un film honnête, bien réalisé mais un peu trop sage à mon gout…
N°8 – « Tip Top » de Serge BOZON

francois-damiens-tiptop-1 dans Films series - News de tournage

Suite au meurtre d’un indic, deux femmes de la police des polices débarquent en banlieue lilloise pour mener l’enquête.
« Tip top » de Serge Bozon joue à fond sur le décalage complet de ses personnages iconoclastes dans un univers très proche des films d’Aki Kaurismäki.
Le grain est vieillot façon seventies et séries est allemandes des années 80. Sandrine Kiberlain et Isabelle Huppert s’en donnent à coeur joie dans leur jeu entre la désincarnation et le loufoque permanent. L’humour froid du film fonctionne très bien la premiere demi heure, aidé par un Francois Damiens nageant dans cet univers toc comme un poisson dans l’eau.

En revanche certains acteurs jouent comme des quiches et sont probablement des amateurs…pire, ils jouent mal les personnages s’exprimant de façon perchée.

Mais le problème du film vient ensuite par une accumulation de pauses, et de scènes toutes du même acabit, finissant par lasser votre devoué blanc lapin. La surenchère de rien a finit par m’ennuyer, tout simplement, l’incongruité des personnages faisant ressortir du long métrage uniquement du toc et une posture.

Ceci aurait probablement convenu à un moyen métrage. Mais tout le monde n’a pas le talent de Kaurismaki…c’est clair…le burlesque est à manier avec finesse…et ne doit pas laisser les acteurs en roue libre sinon le malaise prend le dessus….au risque de rendre l’objet filmique non identifié, un peu trop presomptueux et identifiable au final à un exercice de style hermétique et facile. L’idée de depart est bonne mais la paresse se voit trop.

N°7 – « Lone ranger » de Gore Verbinsky

Johnny Depp revient avec un nouveau blockbuster Disney et encore trois tonnes de maquillage sur la gueule avec « Lone ranger« …

Après un début de carrière très très fort, « Arizona dream« , « Dead man« , « Ed wood« , « Las vegas Parano« , ce brillant acteur s’est enferé à la fois dans des rôles funs et exagérés et à la fois dans une complicité destructive artistiquement avec son ami Tim Burton, dont la carrière a pris une direction bien terne et facile. Johnny Depp semble confondre jeu d’acteur et déguisement, transformisme et interprétation de personnages forcément outranciers. Peu de place pour des personnages nuancés. Et c’est bien dommageable.

Depp retrouve Disney et Jerry Bruckheimer, producteur de la franchise « Pirate des Caraibes« et le réalisateur des trois premiers, Gore Verbinski. Ca fixe tout de suite le niveau. Autant dire que le four monumental reçu par le film est amplement mérité ! 215 M$ pour 89 M$ sur le sol américain et 260 M$ dans le monde…

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N°6 - »Gatsby le Magnifique » de Baz Luhrmann
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L’adaptation de Scott Fitzgerald de 1974 avec Robert Redford et Mia Farrow m’avait relativement pétrifié d’ennui, avec une mise en scène relativement plate.
L’idée que Baz Luhrmann réadapte ce classique avec tout le manque de retenue qu’on lui connait était interessante. Et Léonardo DiCaprio en gatsby semblait parfait. Et comme Léo est un acteur brillant, il est Gatsby. Avec une classe qui force le respect, il est l’interet principal du long métrage.
Mais contrairement à « Moulin rouge« , Gatsby manque de souffle et de panache. Et la comparaison est facile puisque Luhrmann en fout plein la vue niveau visuel et décorum dès le début. Il nous prend par la main pour entrer dans des fêtes somptueuses mais dépourvues d’âme. C’est peut être volontaire mais cette mise en scène, plombée par une voix off qui ralentit le rythme, aboutit à un résultat inverse à l’objectif et on s’ennuie un peu voire beaucoup.Le film reste regardable car Leo est magnifique. Mais cette histoire méritait un traitement moins bourrin que cet étalage de couleurs et de rococo. La mise en scène et le montage écrasent les personnages. Carrey Mulligan, pourtant superbe actrice, devient une idiote sans aucun charisme.Dès lors l’histoire d’amour perd une bonne part de crédibilité. Je suis content financièrement pour Baz Luhrmann et DiCaprio que le film marche au box office mondial. Artistiquement, c’est un autre rendez vous manqué pour Léo après le « John Edgar » de Clint Eastwood. Et ce n’est pas de sa faute à lui, toujours très bon, mais bien celle d’une mise en scène qui manque furieusement de finesse et ne colle pas à son histoire. Dommage.
N°5 – « A la merveille » de Terrence Malick

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Terrence Malick était déjà culte quand il revint fin des années 90 avec « La ligne rouge« , après 25 ans d’abscence. « Le nouveau monde » qui suivit confirma que son génie était intact, et que personne d’autre que lui ne savait donner à dame nature ce rôle à part entière, cette poésie troublante emrobant toutes les scènes.

Avec « The tree of life« , il remporta la palme d’or il y a deux ans mais certains critiques commencèrent à le bouder pour son manièrisme jusque boutiste et ses longs plans contemplatifs limite new age. La naiveté de son propos sur la croyance n’aida pas les plus sceptiques à adhérer. Pour ma part, la magie opéra encore.

Celles et ceux qui n’ont pas aimé « The tree of life » risquent donc de détester ce « A la merveille« . Malick décide en effet de prolonger son expérience encore plus loin. Il s’intéresse ici à une histoire d’amour entre une française et un américain campé par Ben Affleck. Passée la surprise d’entendre parler français la moitié du temps et le fait que le début du film se déroule en France, le style Malick s’affirme avec un minimum de compromis. L’auteur décide de supprimer les dialogues et de nourir uniquement ses superbes images de voix off, essentiellement crlle de Olga Kurylenko, Ben Affleck étant quasi muet du film. Au début ceci fonctionne et donne un aspect aérien, intemporel.

Mais avouons le, au bout d’un moment l’espoir se fait jour de voir un début de dialogue reprendre le fil du récit, tout comme dans « Tree of life ». Mais ce moment n’arrive pas. Ben Affleck est parfait dans son rôle et exprime par de simples gestes tous les doutes du personnage. On voit très bien l’histoire se construire, puis la lassitude arriver subrepticement dans le couple, Affleck commencer à être moins investi que sa copine, elle en souffrir, le tout se déliter. Mais passée cette première étape, l’arrivée du personnage de prêtre de Javier Bardem s’insère mal. On ne voit pas trop le rapport de sa recherche de dieu avec le reste. Et surtout la lassitude s’éprend de nous, spectateurs, se disant intérieurement que l’on va devoir se retapper plus d’une heure de plans sans fil directeur narratif qui puisse être matérialisé par la parole. Le pari de Malick est osé mais extrême et l’ ennui l’emporte hélas, au moment où une énième aude à la nature nous déclenche un sourire plus narquois et agacé que contemplatif.
Terrence Malick reviendra avec deux films en 2014, avec un casting de malade comprenant Ryan Gosling, Christian Bale, Michael Fassbender, Natalie Portman ou Cate Blanchet.J’espère que son cinéma retrouvera un tour plus dialogué avec une trame moins décousue, car j’adore ce réalisateur mais il a atteint ici la limite de son expérimentation.

 

N°4 – « Le Congrès » de Ari Folman

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Après « Valse avec Bachir », on attendait le retour de Ari Folman. Curieusement, ce dernier choisissait d’abandonner l’animation pour faire un film mixant animation et prises de vues réelles, avec une vraie actrice, Robin Wright.

Et son thème était passionnant puisque « Le Congrès » suit une actrice de plus de quarante ans qui a fait de mauvais choix, dont la carrière est derrière elle et à qui des producteurs vont proposer un pacte terrible. Ils lui offrent un dernier contrat, à savoir qu’elle fasse scanner toutes ses expressions pour qu’ensuite le studio la récréé en image de synthèse et fasse jouer son double sans même recourir à elle.

Ainsi son image pourra t elle jouer pour la fin des temps sans jamais vieillir.

A l’heure où James Cameron envisage très sérieusement de produire des films ou concerts avec Marilyn Monroe ou le King, l’heure où la publicité déterre des icônes pour vendre ses produits (Steve McQueen, Grace Kelly, Audrey Hepburn…), le sujet n’est pas de tant science-fiction que celà.

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La technique existe, elle est là. Aujourd’hui les avancées de la motion capture utilisée sur Avatar permettraient de faire se cotoyer des acteurs d’aujourd’hui avec des monstres sacrés, morts depuis des décennies. Alors quel intérêt autre que commercial ? A priori l’objectif est putassier car comment retrouver l’âme de l’acteur ? Ce n’est pas un acteur tiers qui peut jouer comme l’acteur en question, l’enveloppe physique ne suffisant pas. Et puis d’un point de vue éthique, c’est tout simplement plus que limite.

Ici dans « Le Congrès », la première partie du film amène bien le sujet mais très curieusement l’abandonne en cours de route. On aurait aimé que ces questions soient approfondies, que des contre arguments soient avancés.

Mais il n’en n’est rien. Alors que Ari Folman disposait d’une excellente actrice, superbe, il préfère tomber dans un délire visuel animé, psychédélique et incompréhensible à biens des moments. Le film devient alors ennuyeux à force d’étaler des incohérences et de survoler son sujet en passant complétement à côté. Du coup, la frustration l’emporte. Bien partis sur 3/4 d’heure, le basculement dans l’animation agace, fatigue et vous sort complètement du long métrage, qui dure tout de même 2 heures…et quand on s’ennuie, c’est super long une heure…

Bref, Folman aurait mieux fait de virer totalement l’animation et de passer à un film classique. Ici il semble avoir eu la mauvaise idée de ne point poursuivre son scénario et de s’être laissé aller à un délire éreintant pour le spectateur.

Pour le coup son animation est désincarnée et ne risque pas de remplacer de vrais acteurs.

Une grande, très grande déception.

 

N°3- « Le Monde fantastique d’Oz » de Sam Raimi

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Prequel du Magicien d’Oz de Victor Flemîng, qui fut en 1939 une vraie révolution en technicolor, le film de Sam Raimi arrive enfin sur nos écrans. Plusieurs réalisateurs se sont succédés sur ce projet avant que Disney ne choisisse celui qui donna à Spiderman un accueil critique et public exceptionnel. Pour ma part, j’ai toujours trouvé la trilogie de l’homme araignée beaucoup trop consensuelle et ricaine à mon goût. Mais Raimi est un brillant metteur en scène.

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L’accueil par la presse du film est plutôt bon et met l’accent sur une comparaison avec le « Alice au pays des merveilles » de Tim Burton, que j’ai détesté, soulignant que cet Oz est moins laid, plus inspiré, et parsemé de clins d’oeils malins…Bon, soyons clairs, le début du film est très réussi, en noir et blanc, l’ introduction du charlatant qu’est Oz fait référence à tout un pan du cinema. Et l’évidence s’impose dès ces premières scènes, James Franco était un choix génial. Sa bouille de beau gosse au sourire charmeur et regard faux cul collent parfaitement au rôle. Il est l’atout principal du film et porte les meilleures séquences par sa roublardise et son coté petit garçon chenapant.
Le problème c’est que c’est bien la seule véritable réussite du long métrage. Les couleurs criardes du pays d’Oz sont en effet tout aussi écœurantes et fake que celles d’Alice. C’est assez moche en fait et là où le carton-pâte pouvait avoir du charme, les décos, arbres, champs, fleurs en image de synthèse donnent plutôt envie de fuir de ce pays d’Oz. On se demande d’ailleurs bien comment le magicien peut avoir envie de passer sa vie avec une sorcière niaise avec une couronne ridicule de Miss france sur la tête, ou une poupée de porcelaine plus chiante qu’une diva, ou un singe ailé un peu con et naif …ce pays d’Oz est un enfer.

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La présentation des populations fringuées comme dans le film d’origine fait flipper. Ok c’est un hommage mais le film d’origine a 74 ans ! Et l’imagerie aurait pu évoluer et s’adapter au public actuel. Les habitants du pays d’Oz sont tout simplement à baffer. La découverte du pays en lui même est plutôt expédiee, limitant la féerie à ces châteaux d’émeraude toc, comme construits en faux bijous de verre pour petites filles. Enfin la méchante sorcière est particulièrement ratée, caricaturale et pas effrayante du tout. Le film est donc fait pour les enfants mais même eux risquent de s’emmerder ferme et de rêver de devenir serial killers dans ce bon vieux pays d’Oz, histoire de liquider deux trois insuportables nains ou idiots du village…gratuitement. La sécurité à l’entree des parcs Disney devrait se renforcer …

Bref, la notion de poésie et d’imaginaire est subjective mais je ne pensais pas que celle des vieux Disney ringards reviendrait aussi vive.Alors bien sûr, il y a un sous texte sur le pouvoir du cinéma, sa capacité à faire croire aux gens en des choses tellement fortes, tellement belles que tout peut aller mieux après…plus balourd que celà, tu meurs. Terry Gilliam sait suggérer ce genre de message avec finesse, complexité dans un beau bordel fascinant. Là, tout est propre et idiot, avec des personnages sans aucun intérêt, aucune profondeur et un côté obscur tellement gentil que j’ai failli vomir du sucre d’orge.

C’est donc un film sans personnalité, lisse et vieillot que nous a livré Sam Raimi. On l’a connu plus Rock’n'roll avec ses Evil dead. Disons que lui aussi a du la trouver la montagne d’or dans laquelle James Franco se plonge, mais probablement dans le palais de la belle au bois dormant des parcs Disney, quitte à y perdre son âme. Il aurait mieux fait de fuir vers de tout autres cieux…il rejoint ainsi Tim Burton dans la cour des grands qui se sont totalement laissés bouffer par le fric et la paresse.

 

N°2 – « L’écume des jours » de Michel Gondry

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Michel Gondry a son public d’aficionados émerveillés par « La science des rêves » ou « Eternal sunshine of the spotless mind » et qui souvent l’ont des découverts par ses clips barrés de Björk.

C’est vrai que l’animal a un univers créatif singulier, une signature comme en ont des Terry Gilliam, Wes Anderson, Tim Burton ou Guillermo del Toro. Un réalisateur à l’imaginaire débridé ancré dans les effets visuels de bric et de broc, dans la nostalgie de l’enfance et de la capacité que l’on a tout petit à transformer notre quotidien par le rêve.

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J’ai toujours été sensible à Gondry mais je suis resté souvent sur ma faim, ce dernier ne réussisant pas à terminer ses films, laissant le scénario en roue libre ou s’appuyant trop sur ses délires visuels et pas assez sur un épilogue qui tienne la route. « Rembobinez soyez sympa » en est le cruel exemple, 1/2 heure très bonne puis l’ennui de la répétition.

Adapter Boris Vian relevait de l’impossible. Mais confier le projet à Michel Gondry était logique. Qui mieux que lui pouvait saisir la poésie du roman de Vian et illustrer par l’image les multiples métaphores ?
Seulement voila, passées les vingt premières minutes, le défaut précité de Gondry arrive mais bien plus tôt que d’habitude et surtout bien plus fort. Il y a comme une lassitude rapide devant cet étalage d’effets visuels délirants et charmants au demeurant. A trop montrer un monde irréel et trop appuyer sur l’univers qu’il cherche à reconstruire, il finit par nous détacher des personnages au point que l’on se fout complètement de ce qui leur arrive.

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L’univers de Gondry vampirise le récit et le laisse exempt de toute émotion. Et c’est un comble que la transposition du beau roman de Vian ne provoque aucun sentiment et se contente d’étaler un catalogue de trouvailles visuelles, écrasant de leur omniprésence tout le reste. A trop vouloir assurer le côté poésie, Gondry en a oublié comme d’habitude qu’il avait une histoire, des personnages à qui donner une âme. Romain Duris et Audrey Tautou sont bien trop transparents. L’enfilement d’effets « façon Gondry » tue l’histoire et n’en fait plus qu’un long, très long clip qui quand il se termine, laisse une grande frustration.

Le sens de la tragédie n’est vérirablement pas le fort du cinéaste. Ce défaut d’affect est véritablement le pire hommage que, l’on pouvait rendre à Boris Vian. Michel Gondry s’est planté et c’est agaçant car visuellement son film est splendide.

 

AND FOR THE FILM LE PLUS NAZE DE L’ANNEE

 THE WINNER IS …

 

N°1 – « Pacific Rim » de Guillermo Del Toro 

J’adore Guillermo Del Toro car il a un style, à lui, un imaginaire foisonnant et un talent qui a explosé dans ses deux Hellboy et dans le Labyrinthe de Pan.

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Ayant du abandonner son adaptation des « Montagnes hallucinées » faute de budget, il s’est tourné vers ce Pacific Rim, hommage aux films de monstres kaijus japonais (façon Godzilla) et aux robots vus aussi dans l’animation nippone (Goldorak and Co).
Il est vrai que le film impressionne par sa lisibilité, sa fluidité de mise en scène, Del Toro étant très doué pour les scènes d’action. Ces robots géants chargés de terrasser des aliens marins gros comme plusieurs immeubles, sont visuellement parfaits.  Les monstres, eux, sont très moches, leur look m’a un peu gavé.

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Au delà de cet aspect, le scénario est affligeant à bien des égards. Tout d’abord l’histoire est super con et ultra attendue. Les personnages sont caricaturaux, que ce soit Idris Elba en général qui plombe le film de discours patriotiques à deux balles, l’héroïne qui veut prouver qu’elle a des couilles mais qui est trop mais alors trop sensible, ou pires, les chercheurs fous chargés de donner la dose comique. Sauf qu’ils ne sont pas drôles du tout avec leur humour pour ados pré-pubères, et qu’on a envie qu’un monstre les avale et les mâche bien lentement.

Le casting est insupportable. Le trafiquant d’organes joué par Ron Perlman est ridicule, l’acteur surjouant façon badass, sauf que si pour jouer Hellboy c’était parfait, ici c’est juste chiant. Et puis la linéarité des rebondissements, tous attendus, a finis par m’achever. Il y a même un chien sympa ! C’est pour dire ! Transformers ce n’est pas terrible mais il n’y a pas de chien bordel !
Donc de Pacific Rim, il faut mettre à la poubelle tout ce qui n’est pas scène de baston! Et pour ces scènes là, vous en aurez pour votre argent. Sauf que la 3D ne sert à pas grand chose si ce n’est à vous piquer 3 ou 4 € de plus et à ternir la colorimétrie.
Pacific Rim est une grande déception. C est mauvais tout simplement. N’y allez pas! Profitez du soleil! Ou allez voir l’excellent Frances Haa (critique ici) !
J’espere juste que Del Toro ne va pas faire son Tim Burton gavé au fric des studios et qu’il saura retrouver l’inspiration, ca devient une priorité pour sa carrière artistique. Si le film pouvait ne pas trop marcher, ca l’obligerait à se concentrer sur ses scénarii.

 

Allez, d’ici quelques jours, votre blanc lapin préféré vous livrera le côté Jedi du bilan annuel !

Les meilleurs films du Blanc lapin 2012 – Partie 2 – N°7 à N°1

23 décembre, 2012

Après la première partie (Les meilleurs films du Blanc lapin 2012 – Partie 1), suite et fin du classement subjectif des meilleurs films du Blanc Lapin vus en 2012 avec ma critique à chaque fois…

 

N°7 – « The dark Knight Rises » de Christopher Nolan

Les meilleurs films du Blanc lapin 2012 – Partie 2 – N°7 à N°1 dans Dossiers 2096848-the_dark_knight_rises

Quatre ans après avoir scotché la presse et remporté le troisième plus grand succès de tous les temps au box office, Christopher Nolan conclut sa trilogie autour de son Batman réaliste et adulte.

Certains ont été déçus, peut être parceque « The dark knight rises » n’est pas exactement dans la continuité de style que « The dark knight » mais plutôt dans un mixte de « Batman begins » et du second volet. Car ce qui frappe c’est évidemment la cohérence de l’ensemble des trois films, les renvois aux deux précédents et la logique implacable de la trilogie. Bruce Wayne / Batman se construit par rapport à la mort de ses parents et l’évolution de Gotham city. Et les méchants qui s’attaquent à la ville, l’agressent comme un individu et se construisent eux aussi en creux par rapport à Gotham. Dès lors il serait injuste de passer au second plan le super méchant de cette histoire, Bane, joué par l’excellent Tom Hardy, au prétexte que le joker d’Heath Ledger était parfait. Bane est lui aussi un terroriste mais pas pour les mêmes raisons. Il est intelligent et bien plus dangereux physiquement. Mais il ne souhaite pas jouer avec batman, contrairement au Joker. Ce dernier était le nemesis de Batman, il avait besoin de Batman, et besoin du chaos et de l’anarchie comme toile de fond permanente pour satisfaire sa folie. Bane au contraire est encore plus flippant car il veut tout détruire, tout raser et ne pas laisser Batman survivre. C’est un méchant ultra violent et qui fait peur lui aussi car il a un but clairement avoué d’entrée et fonctionne comme un rouleau compresseur. En ce sens, Christopher Nolan a tès bien sélectionné l’ennemi du caped crusader.

Catwoman est quant elle campée par une Anne Hathaway très éloignée de la sulfureuse Michelle Pfeiffer de Tim Burton. Tellement éloignée que la comparaison ne vient pas à l’esprit. Son rôle s’imbrique parfaitement dans le scénario et rejoint plutôt le personnage du comic book, très ambivalent et inclassable entre alliée ou ennemie.

La relation entre Bruce wayne et Alfred (excellent Michael Caine) prend quant à elle une tournure touchante, une relation tout en délicatesse à comparer à la brutalité du long métrage. Mais la surprise vient de l’un de mes chouchous, le jeune Joseph-Gordon Levitt, dont la présence est importante à l’écran. Il apporte l’espoir, la lumière dans un Gotham en perdition, menacé d’être ravagé par Bane. Il incarne l’intégrité et le courage de jeunes de Gotham qui ont toujours cru en Batman et ne se sont pas laissés bernés par le sacrifice de ce dernier et de Gordon à la fin de l’opus précédent. C’est là aussi un choix de personnage et de casting inspiré qui fait prendre tout son sens à la naissance d’une légende et de ce qu’est un super héros dans l’imaginaire collectif. Joseph Gordon-Levitt apporte toute sa nuance de jeu à ce personnage clé, sans qui cet épisode n’aurait peu être pas atteint un tel niveau.

Christopher Nolan exploite aussi l’actualité et s’inspire des dérives criantes du capitalisme pour donner un peu de morale à tout cela. Pas une morale donneuse de leçon mais une humanisation des convictions et motivations des terroristes. Ca ne les rend pas moins effrayants mais c’est moins binaire qu’à l’accoutumée.

Et puis pour terminer cette critique plus que positive de ce petit bijou, Nolan a eu l’intelligence de terminer sa trilogie sur un final comme j’en ai rarement vu, une fin véritablement à la hauteur des promesses. Il va être très difficile pour un autre réalisateur de passer derrière Nolan et de donner une autre vision tout aussi pertinente de Batman. Personnellement je ne pouvais pas attendre mieux, c’est pourquoi je mets 5 blancs lapins. Nolan ne s’est pas répété, il s’est renouvelé et a imbriqué les trois films ensemble, c’est classe, très très classe.

 

N°6 – « La chasse » de Thomas Vinterberg

 dans Films

14 ans après son chef d’oeuvre, « Festen« , et deux ans après son retour artistique réussi avec « Submarino« , Thomas Vinterberg confirme qu’il a retrouvé l’inspiration et le talent qui lui a manqué pendant les années 2000, écrasé par son ultra succès très jeune.

« La chasse » a divisé la presse tant à Cannes qu’aujourd’hui lors de sa sortie en salles. Seule le prix d’interprétation masculine à Cannes pour Mads Nikkelsen ne suscite pas de controverse, tant son jeu est parfait.

Pour ma part, je suis de ceux qui ont adoré ce nouvel opus, et ne comprends pas le rejet d’une partie de cette presse ou l’affirmaton que Vinterberg opte pour la facilité, la lourdeur du propos, caricatural, offrant un film maladroit et malhonnète….n’en jetez plus ! Le snobisme de certains critiques a encore frappé, comme si ces derniers étaient incapables de pardonner à Vinterberg de ne pas avoir eu la carrière qu’on lui prêtait.

Ici, il  choisit de réaliser une sorte de double négatif de « Festen » à bien des égards. Son film n’atteint pas le niveau de cet illustre prédecesseur mais il frappe fort et juste sur une thématique souvent abordée au cinéma. Ici il est question du rejet de la foule, de la société mais cette fois l’injustice qui touche le personnage s’ancre dans une période où les scandales pédophiles ont parsemé l’actualité de blessures très vives et d’inquiètudes bien normales de tout parent normalement constitué.

L’homme que l’on observe est donc accusé par une fillette d’attouchements sexuels et cette fillette n’est autre que la fille de son meilleur ami. Il n’ y a pas de preuve de l’affirmation de l’enfant mais juste la parole de cette dernière et l’impossibilité pour l’adulte de se défendre. Vinterberg va nous montrer comment sur un rien, un mensonge d’enfant, toute la vie de ce type va basculer suite à l’engrenage du doute.

Une fois qu’un adulte se fait sa propre opinion sans fait objectif pour la valider, tous vont se mettre à croire au monstre, qu’ils ont vus partout dans les médias et qui pourrait donc se tapir auprès d’eux, parmi eux. Le déterminisme de ce jeu de massacre, d’exclusion et d’autopersuasion dans la haine et le rejet est finement abordé. Par quelques évènements, l’adulte va mettre la parole de l’enfant au dessus de tout et va même jusqu’à ne pas croire ce dernier lorsqu’il fait marche arrière et avoue son mensonge. On pense évidemment à l’affaire d’Outreau mais pas pour les erreurs judiciaires puisqu’ici la justice fait très bien son travail. « La chasse » montre les conséquences inaltérables de la rumeur, de l’opprobre, l’impossibilité de laver ces accusations, qui resteront quoiqu’il advienne.

L’homme se trouve traqué et dans l’impossibilité de prouver l’improuvable, un cercle vicieux qui donne le tournis et fait froid dans le dos, car ceci peut arriver à n’importe qui.

Il y a certes des clichés dans « La chasse » mais ils ne m’ont en rien gêné, l’objectif n’est pas là. Le fait que le héros soit clairement innocent est au contraire un choix scénaristique intelligent pour démonter un mécanisme. Le choix peut ne pas plaire à certains, moi je le trouve cohérent et bienvenu. Le trouble n’aurait pas été le même dans cette option de scénario.

Contrairement à « Festen » et davantage dans la veine de « Submarino« , Vinterberg choisit la lumière et l’espoir via ces quelques personnes qui décident de croire en l’humain qu’ils connaissaient et le soutiennent jusqu’au bout. Le personnage du cousin et celui du fils de l’accusé amènent une bouffée d’espoir, dressant au passage une belle image de l’amour père-fils et du lien familial.  « La chasse » parle aussi de la confiance dans un ami d’enfance, qui ne peut se prouver par rien de concret, juste par une connaissance de l’autre, de son « moi intérieur », de son humanité. Le film parle aussi de pardon, de communauté, et regarde de l’avant avec une fin tout de même très maligne et dénuée du cynisme que les détracteurs lui prêtent. Nous n’avons probablement pas vu le même long métrage.

La chasse est un grand film, implacable, glaçant, traversé de très belles touches d’humanité, d’émotion, sans pathos et avec le recul et la froideur nécessaire à ce type de sujet.

Une des grandes réussites de cette année.

 

N°5 – « A dangerous method » de David Cronenberg

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Après deux chefs d’oeuvre, « A history of violence » et « Les promesses de l’ombre« , David Cronenberg revient avec un film plus âpre et moins facile d’accès.

Faisant preuve d’un Grand classicisme dans la réalisation, le maitre prend son temps pour installer ses personnages et les laisser se livrer à leurs échanges intellectuels, au demeurant passionnants.
La relation entre Carl Jung et Sigmund Freud est alors disséquée par échanges verbaux et lectures épistolaires sur leur approche respective de la psychanalyse.

Une confrontation du père au fils spirituel va dès lors avoir lieu sous nos yeux…il faut tuer le père pour prendre son envol, illustration !Jung s’éloigne des théories de Freud tout en respectant son impact et son apport, il souhaite aborder la parapsychologie, apporter une réponse au patient, lui indiquer le chemin qu’il devrait suivre pour être épanoui en fonction de ses attentes. Freud souhaite quant à lui se limiter à la définition des causes d’un trauma. Il ne veut pas se transformer en dieu qui indique au patient que faire. Il reproche d’ailleurs à Jung ses origines ariennes et fait une remarque surprenante à la disciple de Jung qui est juive comme lui.

Il estime que Jung étant arien, il faut se méfier de son approche « supérieure » et influencée par la haute opinion qu’un arien a de lui-même. Réflexion rapide mais d’autant plus significative que Jung, sur le même sujet, ne comprend pas pourquoi faire une distinction d’origines et de religions, et n’adhère absolument pas au racisme de ces temps troublés.

Un bel exemple de la richesse et de la profondeur du propos, à savoir les limites du chercheur et de sa raison, même pour les découvreurs de cette discipline. Limites qui trouvent racine dans les rapports de classe, les règles sociales qui font tenir une organisation humaine, règles morales ou idées préconçues qui préservent de l’anarchie. Qui évitent et classent certains sujets pour ne pas mettre en péril les fondements d’un système d’organisation politique humain.

Freud souhaite d’ailleurs exclure la religion de leurs réflexion pour ne pas polluer leurs recherches mais se trouve tout de même rattrapé par un a priori, issu de l’oppression millénaire juive et du climat antisémite d’avant guerre.
Le personnage de Vincent Cassel est excellent car il montre un psychiatre lui même en fin de psychanalyse et qui s’est libéré de tous les carcans sociaux et moraux pour retrouver sa liberté totale, sexuelle en premier lieu. Un véritable anarchiste, très différent d’un révolutionnaire…
Il est donc question de sexe, de désir et d’amour, de la définition de la limite entre le désir pur et davantage, de l’impossibilité même pour ces éminents chercheurs de se départir de leur passions, même sur la longue durée. Cronenberg réussit donc une oeuvre certes aride mais d’une telle exigence intellectuelle qu’elle force l’intérêt et captive. Viggo Mortensen est brillant mais Michael Fassbender lui vole la vedette. L’acteur est un caméléon et prouve après « shame« , « hunger« , « fish tank » et « x-men first class » qu’il peut tout jouer. Quel plaisir qu’un tel acteur rencontre ce succès et soit aussi pertinent dans ses choix. En 2012, nous le verrons dans « Prometheus« , prequel d’Alien de Ridley Scott et nous verrons Cronenberg dans un tout autre style avec Robert Pattinson, de Twilight, un sacré défi pour le jeune homme et un pari gonflé pour le maitre canadien. « A dangerous method » est en tout cas une belle réussite, mais moins évidente à premier abord que d’autres longs de Cronenberg…

 

 N°4 – « Holy motors » de Léos Carax

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Léos Carax est l’auteur maudit par excellence, une image un peu agaçante parfois mais pourtant bien vraie. Alors que « Mauvais sang » l’avait propulsé comme un jeune prodige estimé de tous, « Les amants du pont neuf » avaient créé le scandale par le coût faramineux du long métrage et le four au box-office qui s’en suivit, faisant oublier au passage la qualité du film. Puis ce fut un long désert, un « Pola X » pas terrible, et pas grand chose en vingt ans.

Dès lors, que ce soit le réalisateur lui-même qui ouvre la première scène de « Holy Motors » et nous invite à entrer dans son imaginaire est chargé de sens et de promesses.

Seulement voilà, pour celles et ceux qui voudraient de la cohérence et du scénario linéaire, il faudra repasser une autre fois. Car très honnêtement, on ne comprend pas tout. Et c’est tant mieux. L’acteur fétiche de Carax, Denis Lavant, endosse avec brio un rôle protéiforme, celui de Monsieur Oscar, un homme payé pour jouer des rôles et entrer dans la peau de vrais personnages. Edith Scob joue la conductrice de l’énorme Cadillac dans laquelle il se change et se maquille. Elle l’emmène d’histoires en histoires. Il faut bien évidemment y voir une métaphore ou plusieurs mêmes, dont celle du métier d’acteur, qui n’aide pas franchement à avoir des racines mais se résume plutôt à devenir un passeur de vies.

Cette très belle idée est particulièrement bien rendue et donne lieu à des scènes relativement perchées. Le danger de ce genre de film, c’est ne pas adhérer et de s’emmerder ferme. Pour ma part, ceci m’a touché, pas au point de crier au génie comme l’on fait certaines critiques à Cannes. Mais j’avoue avoir été bluffé à plusieurs reprises. Le film n’est pas prétentieux, il est juste décousu, volontairement, sans ligne directrice, ce qui s’avère perturbant mais pas chiant. On se retrouve simplement frustré de ne pas tout saisir tout le temps. Voir Kylie Minogue chanter avec mélancolie son amour gâché en pleine Samaritaine en ruine a quelquechose de kitsch et de poétique.

L’autre force du film est son humour, chose surprenante mais oui, Léos Carax s’amuse avec son spectateur, avec qui, dès le départ, il assume le côté toc du film. Il regarde la salle et l’invite à passer de morceaux d’histoires en morceaux d’histoire, comme dans un envers du décor surréaliste où les vrais gens seraient pour certains des acteurs qui se croisent et vivent de multiples vies. Le film se métamorphose, Carax s’autocite que ce soit en explorant cette samaritaine si proche de son fameux Pont Neuf ou en faisant revenir le personnage de Piccoli de « Mauvais sang ». C’est sûr que pour les non cinéphiles, ceci vous laissera de marbre.

Et puis grâce à ce choix sans concession, Léos Carax arrive à tourner plusieurs films et non un seul, laissant libre court à son talent de mise en scène, à la forme plutôt qu’au fond, le fond étant un long murmure délirant…

C’est une manière d’autoparodier sa propre vie d’artiste, cinéastes incapable de faire un choix sur une histoire à raconter et voguant de projets avortés en projets avortés depuis 15 ans. On ne comprend pas toujours un poème et ce n’est pas bien grave au final, le tout est d’en ressortir ému, transpercé de diverses sensations, de bribes d’histoires et de visuels fantaisistes, un film détonant par la liberté qu’il s’offre.

Un objet filmique non identifié et unique. Merci Monsieur Carax d’être revenu passer nous faire un clin d’oeil. Vous serez toujours le bienvenu.

 

N°3 – « Moonrise Kingdom » de Wes Anderson

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Voici enfin « Moonrise Kingdom« , première incursion en compétition officielle à Cannes pour l’un des meilleurs réalisateurs quadras hollywoodiens.
Il y a peu de metteurs en scène dont on reconnait la pate au premier plan. Comme dans « La vie aquatique« , Wes Anderson commence son film par des travellings virtuoses de camera au travers du  décor de la maison familiale des protagonistes. En accentuant cet aspect carton pate et décorum de cinéma, il nous insère avec brio dans ce cocon familial clos, maison isolée elle même sur une ile et, au passage, nous livre un clin œil, une invitation à entrer dans son petit univers.

Les couleurs jaunies très sixties sont complétées par un montage, un séquençage des scènes très efficace et d’un niveau bluffant. On ne sait pas où on va mais on y va en rythme ! Certains critiques reprochent à Wes Anderson de ne pas se renouveler, de toujours raconter une histoire de famille sur un ton situé entre nostalgie, absurde et déconnexion lunaire. Mais contrairement à un Tim Burton qui ne fait que « copier coller » sans âme ses marques visuelles, Anderson construit bien une autre histoire, différente des précédentes. La thématique est toujours familiale, une famille qu’on ne choisit pas, une adolescence qui laisse des traces, mais c’est le cas de la plupart des réalisateurs que de retourner à des sujets fétiches.

Ce qui interpelle dans ce nouvel opus, au-delà du jeu de cette brochette d’acteurs (Bruce Willis, Frances McDormand, Edward Norton, Bill Murray), c’est ce souci du détail dans chaque plan, cette délicatesse dans l’expression des  états d’âme de chaque personnage, tout en survolant l’ensemble avec un second degré permanent. Une légèreté qui prend racine dans une dérision assumée, qui pourtant traite de sujets bien en relief. L’image, la colorimétrie sont là pour accentuer cet espace isolé où cohabitent des protagonistes tous un peu perchés. Mais ces thématiques  n’en demeurent pas moins universelles et il serait dommage d’en zapper la profondeur.

« Moonrise kingdom » c’est un peu l’aventure et l’imaginaire de l’enfance qui rencontre la frontière de l’âge adulte.

Ces adultes sont tristes, dépressifs et n’ont plus de projets, plus d’entrain, ils restent coincés dans leur vie de famille comme Bill Murray et Frances MacDormand, couple qui ne se s’aime plus mais reste ensemble par commodité, pour les enfants.
Le burlesque des situations provoque des rires mais jamais des éclats car la tendresse qu’a Wes Anderson pour ses personnages est incroyablement communicative. Elle vous donne la patate car on se reconnaitra tous dans les errements de ces gamins qui cherchent à échapper à cette destinée peu reluisante et figée du monde des adultes.
Les enfants cherchent à être des grands et les adultes à jouer aux scouts ou aux amoureux adolescents plutôt que de prendre des décisions concrètes et engageantes. Un film sur le pouvoir de la naïveté. Les enfants veulent être libres et adultes le plus vite possible alors que les adultes cherchent à retourner dans cette période si particulière. Un chassé croisé drôle et rocambolesque.
Anderson est timide et cache ses messages derrière son drôle de style qui n’appartient qu’à lui mais qui en fait décidément un des très grands auteurs mondiaux d’aujourd’hui.

 

N°2- « Bullhead » de Michael R. Roskam

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Les belges sont décidément un peuple surprenant. Non contents de nous apporter régulièrement des artistes majeurs, du cinéma des frères Dardenne à Benoit Poelvoorde en passant Bouli Lanners, c’est cette fois-ci à un cinéaste flamand de faire une entrée fracassante avec « Bullhead« .

Ici point de comédie ni de chronique sociale, plutôt un exercice de style avec une approche cinéma de genre particulièrement inspirée, entre western et polar.

En nous plongeant dans le milieu des éleveurs de viande bovine mêlés au trafic d’hormones, Michael R. Roskam brasse les styles. Entre film de mafieux et chronique d’une enfance détruite , le réalisateur va suivre un jeune homme brutal, proche des animaux qu’il élève et abat. Tellement proche qu’il prend des stéroïdes et de la testostérone comme il injecte des produits chimiques à ses animaux.

Matthias Schoenaerts trouve ici un rôle difficile car quasi muet. Et ce dernier va exploser à n’en pas douter. Jacques Audiard vient d’ailleurs de le faire tourner dans son prochain film, « un goût de rouille et d’os » aux côtés de Marion Cotillard. L’année 2012 devrait donc faire connaitre cet acteur au grand public.

Mais c’est surtout un homme seul que l’on suit, un homme coupé du monde par son milieu rural, par l’aspect clanique de sa famille, par la chape mafieuse des hommes avec qui sa famille travaille, par l’infirmité qu’il essaie de combattre en devenant un sur-homme, en cherchant à réparer sa masculinité par l’ apparence de son corps. On se prend bien entendu d’empathie pour cette bête blessée et maladroite, cet homme rustre qui n’a d’humain que ses souvenirs mais dont le trauma originel explique tout le reste. Au-delà de cela, son amitié d’enfant coupée en plein vol avec un garçon qui reparait dans sa vie à l’âge adulte, rajoute une dimension supplémentaire à cette tragédie. Les parallèles entre passé et présent permettent alors au film de décoller vers des niveaux de dramaturgie très très hauts perchés.

Que dire aussi de la mise en scène ? Michael R. Roskam montre dès le départ son parti pris, en filmant la première scène par une caméra frolant la portière d’une voiture qui s’arrête et ne s’attardant pas sur le personnage principal mais sur l’homme avec qui il vient régler des comptes. Une façon d’introduire de nombreuses scènes. Il plante d’abord le décors et les protagonistes extérieurs pour mieux faire ressortir l’immixtion brute et violente du personnage dans un univers où il est forcément perçu avec crainte et interrogation, même par ses proches. L’image est léchée, le montage incisif, la lumière crépusculaire.

La vie peut faire d’un être un monstre et c’est toute la force du film que d’entrer dans cette origine du mal et d’en revenir bluffés par la qualité du récit, sans un gramme de graisse en trop, que de la chair brute et efficace, rien de plus. Un film saisissant sur le déterminisme social, un film noir comme rarement on a l’occasion d’en découvrir et une réussite évidente.

Après ce premier film très référencé, Michael R. Roskam va être très attendu pour la suite de sa carrière.

 

N°1 – « Amour » de Michael Haneke

 

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Voici une palme d’or évidente pour l’autrichien Mickael Haneke, trois ans après sa première palme pour un « Ruban blanc » un peu austère et auteuriste par rapport au reste de sa carrière.

L’homme a toujours eu un regard clinique, notamment sur la violence, d’où ces coups de poings comme « Funny games » ou « La pianiste« .

Mais cette fois-ci, il choisit un thème assez rare au cinéma et abordé de façon différente, que ce soit par exemple chez Julien Duvivier dans « La fin du jour » ou Ingmar Bergman dans « Les fraises sauvages« . Il nous parle de la fin de vie, de la vieillesse et de la mort, mais pas pour la confronter aux regrets, aux souvenirs ou à la jeunesse comme dans les deux chefs d’œuvre précités. Non, Haneke choisit de nous parler d’Amour, de l’amour d’un couple qui a vécu 60 ans ensemble, et de ce qui se passe quand la vieillesse s’empare d’une telle union, d’une telle proximité, d’une telle intimité. Il nous parle de ce qu’il reste d’un couple qui a traversé tant d’épreuves et se trouve au crépuscule de sa vie. Et contrairement à ce qu’on pouvait attendre de l’autrichien froid et distant, « Amour » porte très bien son nom et nous parle de cette tendresse profonde et de ce lien qui fait que ces deux personnes octogénaires ne peuvent vivre l’une sans l’autre comme mourir l’une sans l’autre.

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C’est un film beau et sublime car dépourvu de pathos, de sentimentalisme et bénéficiant du regard sensible d’un réalisateur connu pour son recul et du jeu tout en nuances et en retenue de deux immenses acteurs, Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant. Les deux auraient mérité le prix d’interprétation à Cannes mais le règlement du festival interdit au jury d’attribuer ces prix si la palme revient au film. Et pourtant, le film n’existerait pas tel quel sans eux. D’ailleurs Haneke a écrit le film pour Trintignant et a réussit un exploit, celui de faire sortir de sa retraite de 15 ans l’un des plus grands acteurs français, d’abord lassé de jouer autrement qu’au théâtre puis pour les raisons qu’on connait et la disparition de sa fille Marie.

Trintignant est majestueux, sa voix énonce avec clarté son texte avec le ton si particulier qu’on lui connait, face à une Emmanuelle Riva tout aussi classieuse et dont le rôle et loin d’être évident. Les deux acteurs arrivent à faire passer autant la dureté de ces deux êtres qui se connaissent par cœur et ont tout vécu ensemble que la tendresse dans des regards, des petits gestes qui lors de certaines scènes m’ont véritablement ému aux larmes.

Ils sont beaux tous les deux à l’écran et donnent à ce couple et cette marche vers la mort une dimension tragique, fataliste mais finalement pas si morbide que cela. « Amour » est un film parfois dur à regarder car il nous confronte à ce qui nous attend tous, au fait que nous sommes seuls face à la mort quoiqu’il arrive, quelque soit votre entourage. Le film rappelle et pose cette évidence dans une société où le jeunisme n’a jamais été aussi fort et la volonté d’être immortel jamais été autant bercée d’illusion par notre société marchande de rêve.  La sobriété et l’unité de lieu du récit, la froideur et la retenue de leur fille  interprétée par Isabelle Huppert, l’absence d’enfants et quasiment d’intervention extérieure, permettent justement d’isoler le couple dans un espace où le temps est suspendu. On imagine très bien tout ce qui a pu se passer dans leur appartement parisien, tous les livres qu’ils ont lu l’un à coté de l’autre, les moments où elle a joué du piano pour lui, les silences qu’ils ont su apprécier à deux. Les mots se font d’ailleurs économes à cet âge là car ils n’ont plus besoin d’exprimer le lien qui les unit, il se voit en les regardant se tenir la main et moduler le ton de leur voix pour parler plus doucement.

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La générosité d »Amour » est de nous livrer une belle leçon de vie, sur un sujet qu’on évite en général car on préfère ne pas le regarder en face. Un film pudique mais direct sur la fin de vie et le courage qu’il faut pour l’affronter dignement. Haneke a longtemps montré la cruauté de l’être humain dans toute sa profondeur et livre aujourd’hui une belle croyance dans ces mêmes individus et dans l’amour, qu’on définit si mal en général. Il démontre que la vie vaut d’être vécue ne serait-ce que pour ce type de lien, car même lorsque le corps vous lâche et qu’il se détruit, il peut rester cette tendresse jusqu’au bout. Haneke nous parle de ces vieillards qui s’en vont et en ont parfaitement conscience, qui ne veulent pas quitter la scène, qui ont toujours soif de culture, de savoir mais n’ont pas le choix et l’acceptent. Haneke aurait pu se contenter de filmer la déchéance mais il arrive à capter l’empathie, à filmer avec épure la fin d’une très belle aventure avec tout ce qu’elle projette de peur sur nous mais aussi de vérité.

C’est toujours un peu idiot de parler de chef d’œuvre mais pourtant, il y a des films qui sonnent tel quel dès leur première vision. Savoir que Jean-Louis Trintignant termine cette carrière sur cette brillante prestation est en soit un très bel adieu. Cette palme d’or était une évidence, oui.

 

Voilà, c’est finis pour les bilans 2012, place à 2013…vous retrouverez ici même d’ici peu ma sélection des 75 films que j’attend en 2013 avec crainte ou enthousiasme…

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