Archive pour la catégorie 'Qui se lit…'

Jean Giraud / Moebius est mort…

11 mars, 2012

Jean Giraud / Moebius est mort... dans Films moebius25

Le dessinateur Jean Giraud, alias Moebius, s’est éteint hier à 73 ans. Difficile de résumer la carrière d’un des plus grands maitres de la bande dessinée. Connu mondialement pour « Blueberry » sous le nom de Giraud et pour « l’Incal » sous le pseudo de Moebius, créant ainsi deux classiques dans deux genres totalement différents, le western et la SF. 

D’ailleurs Moebius fut associé à l’adaptation de Dune par Jodorowsky, qui échoua fin des années 70 (on y aurait vu Mick Jagger, Orson welles, Salvador Dali et les Pink Floyd ou HG Giger auraient collaboré au projet). C’est de ce travail que les deux hommes nouèrent une relation artistique qui déboucha sur l’Incal en 1980.

Il fut d’ailleurs associé au travail sur Alien de Ridley Scott, sur le film d’animation « les maitres du temps« , sur « Willow« , « Abyss », « le cinquième élément« .

Jan Kounen adapta Blueberry en 2004 pour un résultat forcément controversé, non dénoué de qualités mais très loin de l’univers de Giraud.

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Jean Giraud commença sa carrière dans les magasines Spirou et Pilote début des années 60, où il inventa en 1963  son célèbre lieutenant Blueberry, dont les traits étaient inspirés de Jean-Paul Belmondo. Puis il dessina des histoires de SF dans diverses revues dont Hara Kiri. Il fonda ensuite la célèbre maison d’édition « les humanoïdes associés » en 1974 avec Jean-Pierre Dionnet et Philippe Druillet. Puis en 1975, il fut l’un des créateurs du magasine « Metal Hurlant« , qui donnera lieu d’ailleurs à un film à sketches à succès début des années 80. Dans les années 80, il s’associa au scénariste fou Alexandro Jodorowski pour publier ses six volumes de l’Incal, classique de la BD moderne.

Parmi les autres oeuvres célèbres figurent « le garage hermétique« , fourre tout d’imagination débridée, ou encore « Arzach« , album onirique sans texte, tous deux issus du magasine « Metal hurlant« .

« J’ai deux pôles, deux gestes. Quand je suis dans la peau de Moebius, je dessine en état de transe, j’essaye d’échapper à mon moi » expliquait Moebius au moment de son exposition à la fondation Cartier en 2010.

Jean Giraud a indéniablement fait prendre à la bande-dessinée une autre dimension, plus adulte, destinée à un public plus exigent. Une voie qu’il ouvrit à d’autres auteurs comme Enki Bilal.

Moebius a influencé tout un pan de la science fiction tant en bande-dessinée qu’au cinéma. Grand fan des classiques de SF, il leur donna une imagerie, une transposition dessinée et un look qui fut repris et copié à diverses reprises.

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Giraud / Moebius fit également beaucoup pour la diffusion du manga en Europe. Il publia d’ailleurs « Icare » avec le maitre japonais Jirô Taniguchi (« quartier lointain », « le sommet des dieux« ) et connaissait bien Hayao Miyazaki. Une exposition comparée de leurs oeuvres eut lieu il y a quelques années. Mais il était tout aussi célèbre chez les aficionados de comics Américain et avait collaboré avec Stan Lee sur un « surfeur d’argent ».

Un monstre sacré, culte dans le monde entier nous quitte, avec un héritage riche, très riche.

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Deux ans de blog et 307 000 visiteurs ! Merci !!

23 novembre, 2011

Deux ans de blog et 307 000 visiteurs ! Merci !! dans Bandes-annonces Alice+in+Wonderland+Rabbit

307 000 visiteurs, 550 000 articles lus et deux ans de blog pour « de l’autre côté, perché avec le blanc lapin… » !

Autant dire que je suis ravi que vous soyez un certain nombre à venir régulièrement picorer des news du cinéma de demain, une critique ou une musique…

Je ne pensais pas pouvoir tenir le rythme d’une publication quotidienne…mais les lapins fous sont des stakhanovistes ! Surtout lorsqu’ils sont blancs avec des yeux rouges à force de taper frénétiquement à un doigt sur leur clavier…

Donc donc donc merci de passer de temps en temps ou régulièrement, en espérant que l’aventure se poursuive longtemps. Mais bon je n’ai pas prévu de décéder donc ceci devrait le faire. Ouais !

Les plus belles histoires sont celles qu’on partage. Comme le fromage ou les voyages. Ceci ne veut rien dire. Mais j’aime bien voyager quand même.

Merci

Yvan 

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« Star Wars Legacy » – critique d’un des meilleurs comics book de l’univers Star Wars

8 janvier, 2011

 

« Star wars legacy » fait partie de l’univers étendu de la célèbre série de films de Georges Lucas, à partir de laquelle de nombreuses bandes dessinées ont été créées. La plus célèbre et réussie était « Clone wars » qui s’intercalait entre l’épisode 2 et 3 des six films à savoir entre la guerre des clones et l’extermination des Jedis par l’empereur Palpatine et Anakin Skywalker.

Star wars legacy est l’une des séries les plus récentes et pour moi la plus passionnante. Elle se situe 137 ans après la bataille de Yavin, bataille spatiale où Dark Vador perdit pour la première fois face à son fils, Luke Skywalker. Dès lors, dans Legacy, tous les personnages connus sont morts depuis longtemps.

L’univers est partagé entre d’une part l’empire issu de celui de Palpatine mais sans aucun Sith en son sein, et d’autre part un fragment de la République qu’on constitué Ian solo, Luke et Leila à la fin des six films. L’ordre Jedi est reconstitué et Koll Skywalker est le petit-fils de Luke.

Un jour les Sith, qu’on croyait vaincus à jamais, reviennent. Et contrairement à la tradition, ils ne se déplacent pas par deux, un maitre, un apprenti, mais en armée nombreuse, exploitant au pire le côté obscur de la force. Leur maitre à tous, Dark Krayt, a décidé de rompre les traditions millénaires de ces jedis noirs et de créer un ordre Sith, concurrent de l’ordre jedi, afin de conquérir la galaxie. Et c’est ce qu’il fait à l’occasion d’un putch sur l’empire, dont l’empereur Roan Fell va entrer en résistance.

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Puis ils exterminent l’ordre Jedi, une nouvelle fois après l’ordre 66 par lequel Palpatine et Anakin avaient assasiné les généraux Jedis (fin de « la revanche des Siths »). Seule une poignée s’en sort et se cache disséminée dans l’univers, à la manière de Yoda et Obi-Wan Kenobi lorsque Palpatine avait pris  le pouvoir, 150 ans plus tôt. Koll Slywalker meurt. Son fils, Cade, âgé de 13 ans, va être recueilli par des contrebandiers et devenir pirate.

L’histoire débute dix ans plus tard. L’empire mené par les Sith règne sans partage. Une flotte de la république menée par l’amiral Stazi lutte contre l’empire. L’empereur déchu Roan Fell résiste toujours contre les Siths. Les jedis sont impuissants. L’ancien maitre de Cade le recherche avec l’aide de maitre K’kruhk, seul Jedi encore vivant qui ait connu l’extermination par Palpatine et l’ordre 66.

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Voilà, la mise en place est longue car l’histoire de « Star wars Legacy » est riche et complexe. Près d’une vingtaine de personnages récurrents peuplent cet excellent comik book non encore terminé, mais dont déjà 8 tomes conséquents ont été publiés en France.

La réussite tient au dessin superbe souvent de Jan Duursema et au scénario en béton armé de John Ostrander, déjà auteur de la plupart des bd « clone wars ». L’univers est crédible et surtout il utilise tous les ingrédients star wars, mais remixés. Il se base sur la mythologie des films d’origine et de la série « clone wars » pour créer des enjeux dramatiques puissants. Le fait que l’empereur déchu soit un opposant aux Siths est par exemple très bien vu car la distinction entre les camps s’avère plus subtile.

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Le mal est gradué entre soif du pouvoir et raison de cette soif. Des jeux politiques se créent. Les Siths sont bien plus intéressants que par le passé car on les voit de l’intérieur. Et comme ils sont nombreux…Mais le plus réussi est pour une fois, le groupe de héros. En effet, dans la trilogie de 1977, Luke était particulièrement gentillet et fadasse et heureusement que Ian solo et Leila apportaient un peu de fun. Dans la préquelle que Georges Lucas a pondu, ratant totalement sa cible, Obi-Wan Kenobi était rigide et manquait de relief, Anakin Skywalker avait le charisme d’une moule, pas très aidé par l’acteur Aiden Christensen, un très mauvais choix. Mais surtout, l’humour était absent ou lourdingue. Ici Cade Skylwalker refuse de redevenir  Jedi, il préfère rester pirate, il aime picoler, il se drogue et aime avant tout sa nana, la belle « Blue », au caractère bien trempé. Son meilleur ami et frère de coeur est son coéquipier Jariah, avec qui il a grandi après le massacre des Jedis. A eux trois ils forment une famille. Finis les robots à la con qui balancent des vannes nulles. L’humain et la texture de caractère reprennent le dessus. Et avec tous ses défauts, Cade Skywalker est de loin le personnage le plus sympathique et attachant de la galaxie Stars Wars depuis Ian Solo. Or justement, c’est ce fun et cette complexité qui manquaient à la préquelle qu’a réalisée Lucas.

A tous ceux qui aiment la première trilogie de 1977 et qui ont trouvé celle de 1999 ratée, je ne peux que vous conseiller de lire « Sar Wars Legacy », c’est excellent !

Et si Georges Lucas lisait ces BD, peut être serait-il inspiré à lancer la production d’une nouvelle trilogie au grand écran sur cette nouvelle base plutôt que d’écrire lui même le scénario avec ses grosses patounes maladroites !!

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Un an de blog ! Merci à tous…le lapin blanc continue !

23 novembre, 2010

Un an de blog ! Merci à tous...le lapin blanc continue ! dans Bandes-annonces oso.miniatura

Voici tout juste un an, je créais ce blog suite aux suggestions de divers amis me voyant depuis des années parler de cinéma, des films vus et de ceux qui vont se faire dans les années à venir. C’est vrai que j’en ai gonflé un paquet de gens avec mes envolées sur les projets cinématographiques ! Ah! Don Quichotte !!! Se fera t il un jour ? J’espère pour mes proches…je suis gravement atteint de Gilliamique aïgue.

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Et donc donc, partant du souhait de faire un blog pour les potes, j’ai ajouté des musiques que j’aime bien, des critiques de bouquin et surtout, des critiques de films. C’est la première fois que je me suis mis à prendre ce recul pour apprécier une oeuvre et j’y ai pris sacrément goût ! Les news de tournage, j’ai l’habitude depuis des années d’en parler, je les passe à la moulinette des raisons pour lesquelles le projet a un intérêt pour moi et me fait rêver, ou pas. Mais la critique c’est plus ardu et je tente donc de m’améliorer. En partant de zéro vous me direz, c’est facile.

Sans+titre+5 dans Films 

« De l’autre côté, perché avec le blanc lapin » est donc parti avec 200 visiteurs le premier mois pour croitre à ma très grande surprise à partir du mois de mai 2010. Merci Tim Burton et son affligeant Alice au pays des merveilles, cette critique a allumé le départ. Sachant que le lapin blanc du titre de ce blog est justement celui d’Alice, la coïncidence est drôle. Aujourd’hui, les plus de 10.000 visiteurs par mois, bientôt 12.000, me surprennent et me motivent gravement pour maintenir une mise à jour quotidienne. Et c’est vrai que 64.000 visites et environ 134.000 articles lus en un an, ça me sidère. La toile est une chose  fascinante.

Merci donc à tous ceux qui passent régulièrement ou de temps en temps par ici, de l’autre côté… Et comptez sur moi, je resterai hyperactif.

bises

Yvan

Perso
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« Quartier lointain », le manga culte adapté au cinéma / bande-annonce

18 octobre, 2010

« Quartier lointain » du maitre Jiro Taniguchi est un manga en deux tomes, bouleversants, qui raconte comment un homme d’une quarantaine d’année se trompe de train en rentrant dans sa famille, se retrouve dans son village natal et par un phénomène surnaturel est projeté dans le passé, dans son corps d’enfant mais avec son vécu, son expérience. Le livre parle de la perte du père, des erreurs sur lesquelles on souhaiterait tous revenir ou corriger des évènements du passé. Outre de très beaux dessins de Taniguchi et des textes simples et troublants, la profonde nostalgie du passé donne un goût à la fois amer et un regard généreux sur la vie. Un très beau roman graphique adapté par des européens alors qu’il se déroule à l’origine au Japon.

Espérons que l’on évitera le massacre voire l’adaptation fadasse et mièvre…pas évident. Le film sort le 24 novembre.
Bande-annonce :

http://www.dailymotion.com/video/xf6zht

Une nouvelle BD « Blacksad » sort en septembre !

25 août, 2010

Une nouvelle BD Blacksad-vertical--Guarnido--2 dans Qui se lit...

Juan Diaz Canales et le dessinateur Juanjo Guarnido ont connu un succès mondial avec les trois premiers tomes de « Blacksad ». Leur idée géniale était d’allier un scénario très bien ficelé de polar avec un détective privé évoluant dans des milieux plus ou moins louches, à un dessin basé sur un anthropomorphisme assez bluffant. Blacksad est un détective fortement inspiré d’Humphrey Bogart. L’ambiance imprègne la rétine d’entrée dans le premier tome, « quelque part entre les ombres ». La roublardise du personnage le rend très attachant et les autres personnages sont si bien croqués que l’ajout d’un scénario en béton fait tout de suite de Blacksad un top des ventes.

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Avec « Artic Nation », les auteurs s’intéressent au Klu klux klan dans une aventure de nouveau brillante par le dessin et l’histoire. Le troisième tome sera très apprécié, abordant la course aux armements et la guerre froide. Personnellement cet « Ame rouge » m’avait fortement déçu, question scénar, justement.

Avec « l’enfer du silence », quatrième tome qui sera publié en septembre, Blacksad sera sur les traces d’un pianiste de jazz à la nouvelle Orléans. Croisons les doigts pour que la BD soit du niveau des deux premiers !

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« Arkham Asylum » – Critique d’un des meilleurs Batman – le comic book culte ressort en librairie

20 août, 2010

 

Cet ouvrage de 1989 de Grant Morriso, peint par Dave Mc Kean, est l’un des fleurons des comics books. « Watchmen« , « the dark knight Return » ou « Rire et Mourir » avaient ouvert le bal d’un basculement des comic books dans le noir profond. Ces trois ouvrages utilisaient le mythe du super héros pour mieux tâter le pouls d’une société sclérosée par l’appât du gain, la course aux armements ou la brutalité quotidienne des rapports sociaux.

J’ai mis de nombreuses années avant de pouvoir lire ce graphic novel culte qui n’était plus disponible à la vente et revient dans une édition classieuse.

Le pitch est génial. Les pires criminels mentaux de Gotham City, menés par le Joker, prennent en otage le personnel de l’Asile d’Arkham, dans lequel ils sont internés. Leur rançon est simple. Ils veulent que Batman les rejoigne puisqu’ils estiment qu’il est aussi dérangé qu’eux mêmes.

A partir de ce cadre scénaristique, le thème de la folie va être développé de manière surprenante, dans les méandres des couloirs glauques d’Arkham, Batman devant parler avec le Chapelier fou, Zeus, Pile ou Face, Croc, Dr Destiny et le Joker, bien entendu. Quel super vilain brillant, psychiatriquement fascinant lorsqu’un auteur ne s’arrête pas au clown tueur. Batman va donc affronter la folie de ceux qu’il a capturé par le passé mais aussi la sienne, qui guette. Mais le plus réussi dans le déroulé est l’histoire d’Amadeus Arkham, le fondateur de l’asile.

La BD n’est pas à faire lire à des âmes sensibles ou des enfants, c’est de la BD adulte, violente psychologiquement et visuellement. Et justement, à une époque où photoshop n’existait pas, il est bluffant de découvrir le travail graphique de Dave Mc Kean. Ce dernier a recours à des peintures hallucinantes très très loin de l’imagerie classique du comic book, de vrais tableaux sur lesquels il sur-imprime des montages photos, des collages. Le résultat est impressionnant. « L’Asile d’Arkham » est enfin reparu, tout comme « Rire et mourir« . Saisissez l’opportunité de l’acquérir avant la prochaine rupture de stocks…

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Sam Mendes abandonne « Preacher » pour James Bond…

17 avril, 2010

Mauvaise nouvelle, l’excellent réalisateur des « Noces rebelles » (Di Caprio, Kate Winstlet) ou « American beauty » abandonne l’adaptation du comic book « Preacher » et c’est bien dommage.

D’abord parceque Sam Mendes est très doué et qu’adapter un comic book aussi déjanté lui aurait fait totalement changer de style. Ensuite les bd sont cultes aux USA et se rapprochent de l’univers de Tarantino. Le langage est ordurier, drôle et irrespectueux et c’est gore à souhait. Un culot assez déconcertant pour cet ancien prêtre défroqué qui essaies de retrouver Dieu pour lui botter le cul. Il est accompagné de son ex, tueuse à gage, et d’un vampire irlandais très attachant mais qui n’a plus toute son humanité bien entendu…il y’a des anges, des tueurs, un cow boy ange exterminateur et un gros bordel dans l’ordre de l’univers auquel les héros cherchent une réponse. C’est vraiment très bon.

Sam Mendes abandonne

Mendes laisses donc le projet orphelin pour s’attacher à la réalisation du prochain « 007″, la franchise ayant décidé pour une fois d’embaucher un très grand nom pour le 23ème James Bond . Mais « Preacher » n’est pas mort, Garth Ennis et Steve Dillon, les créateurs, sont toujours partants. Ils recherchent donc un réalisateur brillant pour ce film qui fera forcément parler de lui. Croisons les doigts pour que ce bijou d’humour noir soit porté à l’écran!!!! En attendant, les sept premiers tomes ont été traduits et sont sortis en France…

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« Siegfried » de Alex Alice

11 avril, 2010

La mythologie scandinave autour de l’anneau des Nibelungen a donné lieu à de nombreux écrits, films, pièces de théâtre et opéras. Siegfried, demi-dieu est poussé sans le savoir par Odin, le dieu des dieux, à affronter Fafnir, un terrible dragon qui menace la terre nourricière avec qui Odin a enfanté les dieux, dont la déesse Walkyrie.

Alex Alice (« le troisième testament ») est à la fois dessinateur et scénariste de cette bande-dessinée et maitrise l’ensemble de cette oeuvre, ce qui n’est pas commun.

Deux tomes sont à ce jour sortis. Alex Alice allie un dessin somptueux à une histoire très simple mais solide, ce qui est rare en matière de fantasy. Ici, il y’a très peu de personnages. La nature tient lieu de cadre à l’épopée de Siegfried et du Nibelungen qui l’accompagne mais elle est aussi un personnage proteiforme. Et tel le dieu marin grec Protée, elle se transforme en permanence et donne un regard cruel sur la fragilité de la vie et sa richesse. C’est assez troublant pour une bande dessinée. Arriver à un tel résultat sur 45 pages c’est tout de même assez fort.

Mais c’est surtout très fidèle à cette mythologie où Odin et ses frères, après avoir tué le premier des géants, Ymir, utilisèrent ses dents pour construire les falaises, ses os pour créer les massifs rocheux, son sang pour alimenter les océans, ses cheveux pour la végétation et son cerveau pour parsemer le ciel de nuages…Bien entendu, la beauté des couleurs et l’attachement immédiat que l’on a pour Siegfried aide beaucoup. Nous le voyons grandir du petit garçon au héros naif. Certaines scènes sont superbes comme celle où Odin libère l’aube de sa paume de main, du haut du royaume d’Asgard, entre la terre et les cieux. L’attente du tome 3 se fait assurément avec impatience…

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« Rire et mourir » – « the killing Joke » Le chef d’oeuvre d’Alan Moore ressort en librairie

27 mars, 2010

Cela fait 7 ans que j’attends la ré-édition de cette bande dessinée culte de 1988 tout simplement introuvable, « Rire et mourir » ou soit disant l’une des meilleures bandes dessinées autour de l’univers de Batman. L’histoire se concentre sur le Joker et ses origines mais aussi sur le rapport qu’il entretient avec Batman. Il est son double noir, lui qui est tombé dans la folie alors que le justicier masqué reste au bord du précipice. Un scénario en béton armé concentré sur le nemesis le plus connu de tous les supers-vilains de comic books. Mais cette fois-ci, le Joker a un visage humain et c’est ce qui rend la bande dessinée géniale. Ce comic book est signé Alan Moore, le scénariste de « the watchmen », « From Hell », « V for vendetta » et « la ligue des gentlemen extraordinaires ». Un maître. Mais il ne faut pas oublier Brian Bolland, le dessinateur qui donne aux traits de ce « killing joke » une classe innouie. C’est la première fois que je trouve que le talent scénaristique de Moore rencontre un dessin aussi beau. Je ne suis pas fan de Dave Gibbons (watchmen) ou de David Lloyd (V for vendetta). Pour cette ré-édition, Bolland a recolorisé les planches originelles et le résultat s’avère encore plus impressionnant (j’avais feuilleté un ancien exemplaire aux couleurs bien plus ternes). Donc précipitez vous sur ce bijou qui a fortement influencé le film « the dark knight » de Christopher Nolan.

« La ménagerie de verre » de Tennessee Williams

2 février, 2010

Tennessee Williams a marqué le théâtre des années 40 à 60 ainsi que pas mal de chefs d’oeuvres cinématographiques adaptés de ses pièces. Ces dernières ont eu la chance de rencontrer des maitres de la mise en scène, que ce soit Richard Brooks (La chatte sur un toit brûlant), John Huston (la nuit de l’iguane), Sidney Lumet (l’homme à la peau de serpent) ou bien entendu Elia Kazan (un tramway nommé désir, Baby Doll).

C’est donc avec la même ferveur que j’ai découvert cette pièce fort connue, que je n’avais jamais lue ni vue jouée.

L’histoire se déroule dans un lieu unique, l’appartement d’Amanda, mère célibataire qui vit dans une certaine misère et couve comme une louve ses deux enfants d’une vingtaine d’années.

Amanda est hantée par son passé. Elle a peur que ses échecs ne se perpétuent à travers ses enfants. Pragmatique, cette dernière met tout en oeuvre pour qu’ils réussissent leur vie…une vie qu’elle ne voit qu’à travers son prisme personnel, l’idéal qu’elle se fait de la réussite, de l’accomplissement. Tom, son fils, rêve d’écrire…rien de très concret pour elle, rien qui puisse signifier la réussite. Quant à sa tendre fille, sa timidité maladive risque fort de l’envoyer tout droit vers un célibat et une prison mentale effroyable. Amanda se débat donc pour sauver cette famille, pour la ramener dans le chemin de l’american way of life…Seulement voilà, Tom cherche à s’émanciper de cette mère étouffante. Il aimerait vivre autrement que pour cette famille pesante et qu’il n’a pas choisie. Son tourment se manifeste par la plus grande douceur envers les deux femmes de sa vie qui sont aussi sa prison. Mais cette gentillesse se laisse vite balayer de vents de rage intériorisés qui ne demandent qu’à éclater à la figure de cette mère omniprésente et castratrice. Vous pouriez vous dire, bonjour le tableau ! C’est pire que Dickens niveau moral ! Et bien non, rassurez vous,  cette pièce très courte de 134 pages est ciselée de personnages torturés à la Tennessee Williams certes, mais ciselés de sa tendre cruauté et de son ironie toujours blessante. Un chaux et froid si particulier qu’on le reconnait en deux pages. Nul autre que lui ne sait nous toucher de manière aussi rapide, nous imprégner de la sueur de ces caractères, de leurs tourments, de leurs émois, de leurs regrets et de leurs rêves brisés et ce, sans jamais tomber dans le cliché, juste avec classe et efficacité.

Critique – « La malédiction d’Edgar » de Marc Dugain

16 janvier, 2010

Excellent bouquin, merci Nicolas.

 Critique -

50 ans d’histoire des coulisses du pouvoir américain vus par la lorgnette de Clyde Tolson, l’amant de John Edgar Hoover, patron du FBI de 1924 à 1972.

Il a côtoyé 8 présidents dont Roosevelt, Truman, Einsenhower, Kennedy, Lyndon Johnson soit 50 ans de pouvoir dans l’ombre. Un ogre paranoïaque, inamovible, que les présidentes des Etats-Unis ne pouvaient virer tant il savait tout sur tout le monde…les écoutes, les enquêtes musclées et le chantage étant les armes puissantes qu’il a inventées dans les années 20.

Il était républicain, très à droite, homosexuel refoulé  mais homophobe et condamnant ce caractère déviant pour lui, anticommuniste jusqu’à l’os. Cette intelligence supérieure était près à protéger la pègre pour concentrer tous ses efforts sur les infiltrations soviétiques. Un grand artisant du maccarthysme et de la chasse au sorcières. Un manipulateur hors pair pour qui la fin justifiait les moyens à savoir une morale assez particulière au service de son pays. Car malgré la monstruosité et le manque total d’empathie pour son prochain, Hoover est dépeint comme un serviteur de l’Etat qui se croit réellement investi d’une mission, défendre son pays. Son cynisme n’est pas aussi important que son raisonnement très normé, qui a toute sa logique propre. L’homme politique est faible et corruptible à merci, il suffit donc de tout savoir de sa vie pour le tenir un jour ou l’autre et éviter qu’il ne fasse n’importe quoi, à savoir pour lui, être un peu trop libéral….que ce soit des déviances tendant à donner plus de droits civiques aux noirs ou à autoriser une pensée s’orientant trop près de la gauche américaine. Et puis bien entendu, Edgar trouve tout à fait normal de rester en poste et de survivre aux présidents jusqu’à sa propre mort. Il a créé le FBI tel qu’il est et il est le seul à avoir suffisamment de morale puisqu’il se pense incorruptible.

La soif du pouvoir de John Edgar Hoover s’accompagnait d’un besoin de stabilité donc de dossiers très fournis sur tous ceux pouvant lui nuire ou nuire à l’Etat un jour. En revanche, il ne pouvait aller jusqu’à se présenter à des élections, le peuple étant trop ignare et influençable pour reconnaitre en lui son génie. Il était donc « consul à vie »  dont la carrière suivit longtemps celle de la famille Kennedy. Et pour le coup, la description du père Kennedy, Joe et de ses fils Bobby et John est assez consternante. L’amant de Hoover a sa propre théorie sur l’assassinat de Marilyn, de JFK et c’est assez drôle de la comparer à la théorie du grand écrivain de polars, James Ellroy, dans ses « American tabloid » et « American death trip »…car elles sont très proches.

Le livre, basé sur un manuscrit de l’amant de Hoover est bien entendu romancé et l’on ne sait ce qui est vrai ou faux. Cependant, les détails multiples donnent au récit une crédibilité forte. C’est un grand coup de pied dans le voile des illusions du mythe américain dont l’apogée est l’aire Kennedy. Jamais le décalage entre l’image publique et la réalité ne semble avoir été aussi marqué. Rien de surprenant me direz-vous ? Et bien pourtant si, on apprend pas mal de choses…

Je vous conseille donc ce livre très vivement. Un excellent moment.

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