L’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller avec Olivier Gourmet, Michel Blanc – Critique

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« L’exercice de l’Etat » et non du pouvoir est un titre évocateur puisque illustrant le quotidien d’un cabinet ministériel, celui des transports et la vie de son ministre et de ses collaborateurs.

Le film va s’intéresser à un animal au sang froid, qui a la poigne nécessaire pour diriger son équipe, qui calcule ses faits et gestes mais qui n’en demeure pas moins vulnérable émotionnellement. Le ministre interprété par Olivier Gourmet s’éloigne comme il le peut de l’émotif pour être le plus directif possible dans des décisions qui le dépassent et engagent des millions de concitoyens. Les politiques décrits ici peuvent jouer du sentimentalisme dans le cadre de leur communication personnelle mais ne jamais tomber dedans.

On va donc suivre un homme qui sacrifie sa vie de famille et sa vie sociale pour sa carrière. Et dans le cadre quotidien du ministère, impossible de s’attacher. La fidélité en politique n’a d ailleurs que peu de sens. Ces hommes de pouvoir sont avant tous des collègues, qui doivent pouvoir se séparer d’un collaborateur de 10 ans du jour au lendemain, par intérêt personnel. Mais rien de caricatural ou demago dans le portrait qui nous est dressé. Ces hommes et femmes font leur boulot, celui d’exercer le pouvoir pour le bien de l’Etat tout en servant évidemment leurs ambitions.

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La politique y est décrite comme un exercice d’équilibriste où les autres ministres sont souvent des ennemis et où l’esprit d’équipe n’existe que dans le cabinet ministériel en question et encore, pour un temps. Olivier Gourmet donne à son personnage toute le sérieux et la fragilité nécessaire. De nombreux thèmes sont abordés, de la volonté de bien faire à la suffisance du pouvoir, la déconnection presque obligatoire de la population et l’impossibilité de suivre ses idéaux si l’on veut faire carrière.

Pierre Schoeller nous fait grâce des histoires de cul auxquelles politiques sont régulièrement associés ainsi qu’au mélange des genres entre politique et média. Par le choix d’un homme plutôt droit dans ses bottes et ayant de réelles convictions, il évite l’écueil du regard populiste et redonne ses lettres de noblesse à un métier de killers sans tomber dans l’angélisme pour autant. Un portrait tout en nuances sur les paradoxes d’un être tiraillé entre devoir et ambition.

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D’autres films sur le même sujet comme « Pater« , « la conquête » sur la campagne de Nicolas Sarkozy ou « les marches du pouvoir » de Georges Clooney, abordent le thème des idéaux, du cynisme et de la mise en scène du politique au quotidien, des coups bas. Ce qui ressort bien entendu des divers longs métrages est l’incroyable dichotomie entre l’image et la réalité de ces hommes, façonnés comme des produits, toujours stratégiques mais rarement libres de leurs choix jusqu’au bout.

Le courage en politique existe mais il se dissout dans les méandres de l’appareil d’Etat. Cette grosse machine détient un certain pouvoir mais les individus qui en sont à la tête en ont bien peu chacun au final. Ils tentent au mieux de mener le navire et surfent sur quelques mesures phares qu’ils arriveront à faire passer, ou pire, sur l’actualité de l’instant. La politique spectacle. C’est un aveu d’impuissance sur le reste, un moyen de se maintenir à flots dans un monde où le politique est jugé trop vite, sans aucun recul possible. La question de la possibilité de mener des politiques de long terme se pose évidemment. Comme le dit le personnage de Michel Blanc, excellent au demeurant, faire voter une loi n’a de sens que si ses décrets d’application paraissent sans la dénaturer. Or c’est l’administration, les hauts fonctionnaires qui ont ce vrai pouvoir.

« L’exercice de l’Etat » s’avère donc une plongée intéressante car non centrée sur l’identification et les scènes connues de la vie de Sarkozy dans « la conquête ». On va directement au sujet sans polluer ce dernier des ressemblances aux faits et personnes ayant existé. Un choix pertinent et décisif pour un film très réussi.

Une Réponse à “L’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller avec Olivier Gourmet, Michel Blanc – Critique”

  1. ta d loi du cine dit :

    Bravo pour votre bon billet. « L’administration et ses fonctionnaires ont le vrai pouvoir »: oui, je ne sais plus dans quel livre sur la République j’ai lu qu’il ne reste guère d-que 5% de marge aux hommes politiques pour influer réellement sur les décisions de l’administration (avec le poids de la reconduction des mesures précédents pour faire « tourner la machine »).
    (s) Ta d loi du cine, « squatter » chez Dasola

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